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ARTICLE DEUXIÈME

Lu à l’Académie des Sciences le 20 octobre iSS/j.

ANNOTATIONS CONFIRMATIVES D’ APRÈS l’ÉTAT DE LA LITTÉRATURE, ET CONCLUSIONS, AU SUJET DES MONOTRÉMES.

Quand je me suis occupé de la rédaction du Mémoire précédent, j’ai désiré n’avoir aucune préoccupation d’esprit, voulant écrire dans une parfaite indépendance sur le vu des faits et sans influence d’érudition;, ces faits nouveaux acquis et retracés, j’ai pu et j’ai dû les poursuivre par des éclaircissements selon les lumières d’un esprit consciencieux.

Maintenant une autre tâche commence pour moi. Qu’ont donné autour de moi l’érudition , la critique de mes faits et les jugements portés surines jugements? Je doisce respecta mes confrères, de faire cas de leur intervention , de la signaler et d’examiner à mon tour leurs écrits, comme ils ont faitpour les miens.

Après que M. Richard Owen ( i ) se fut engagé dans la lutte sur les

(1) Lisant le précédent Mémoire dans notre séance académique du i3 octobre, je fus interrompu pour recevoir l’information que M. Richard Owen avoit remis à M. Arago , passant par Londres , un Mémoire fort étendu sur l’ornithorinque. Jj’écrit, préparé pour l’Académie, fut remis en anglois. Il fut toutefois présenté et inscrit dans la forme accoutumée: il sera traduit: enfin cette réclamation réservée doit être lue dans la séance du 27 suivant. Ce mode est insolite : toutefois je n’en pris aucun ombrage. M. Owen avoit déjà formulé toute sa pensée dans les procèsverbaux de la Société zoologique de Londres, et en particulier dans celui du 27 mai dernier, imprimé et parvenu à Paris. On a pu lire précédemment avec quelle scrupuleuse attention j’en avois rendu compte dans ma lecture du i3. {Voyez la note des pages-] et S). Sur un point, son opinion concernant la Nature lactée du produit

HISTOIRE CRITIQUE, ET CONCLUSION

monotrêmes, s’y constituant le défenseur des idées de Meckeî, j’écrivis en i833 un premier Mémoire lu à l’Académie dans le

de la glande mammaire, j’ai passé rapidement ; une longue argumentation à ce sujet devenoit inutile; j’étois revenu à l’avis de M. Owen.

Je pouvois donc, avec un plein repos d’esprit, passer à ma seconde lecture, le 20, dans la séance suivante , et rester indifférent à la communication promise pour le jour du 27. Mais au lieu de cette communication , le 27, j’ai appris que l’écrit-Ovren rouleroit sur des nouveautés inédites encore. Ce savant auroit-il reçu d’autres et de nouveaux documents de l’Australie? Et dans tous les cas, il me semble avoir fait une confusion enjoignant les monotrêmes aux marsupiaux, car il laisse par-là dans le vague l’idée et le mot à' ovo-viviparisme.

Si dans le Mémoire précédent, imprimé depuis cette tardive réflexion, je n’ai point insisté sur cette considération , c’est que je voulois réserver la question entière pour la fin du présent volume : Etudes progressives d’un naturaliste; je la voulois réserver pour le moment où je donnerois de fort belles gravures à ce sujet. De la chaleur est apportée dans cette affaire, et je vais de suite m’en expliquer.

La génération marsupiale offre un quatrième mode, Yembryulipare, le premier acte de naissance des marsupiaux, qu’il ne faut pas confondre avec les générations vivipare, ovipare, et ovo-vivipare . Par-tout l’ovaire engendre Yovule (le jaune ou le vitellus. Si l’ovule, ayant traversé une très courte moitié d’oviducte, ne s’est qu’un peu imprégné ou recouvert de produits séreux, il est arrêté dans la portion suivante de l’oviducte, la matrice; il se greffe aux parois de celle-ci, et le sujet en développement devient un fœtus avec placenta, et naît vivipare. Qu’au contraire, l’ovule sorti fort gros de l’ovaire acquière, en traversant l’oviducte, l’état d’une grosse boule, laquelle irrite déplus en plus les parois de l’intestin oviducte, le volume de cette boule s’accroît de couches séreuses empruntées à l’oviducte, et vers la fin de cet arrangement doit survenir une couche épaisse avec membrane d’enveloppe, qui prive la boule d’aller se greffer sur un point de l’oviducte; puis cette boule, acquérant sa dernière période dans le canal, s’y revêt des membranes de la coque, et de la coque elle-même. Il y a dès-lors un œuf formé. Telle est la condition de la génération ovipare; il faut plus tard incubation et éclosion du sujet. Plus tard sans doute; mais alors par deux modes différents : 1° après que la mère s’est débarrassée et a pondu son œuf, donnant ainsi sa condition d’ovipare, comme chez l’oiseau; et 2° dans le cas où la mère ne parviendroit pas à se débarrasser et qu’elle garderoit au-dedans d’elle son œuf, œuf tenu alors de subir ses phases d’incubation et d’éclosion; cet évènement est ce qu’on nomme la génération ovo-vivipare, qui forme le

SUR LES MONOTRÉMES.

couraot de janvier de cette année. G’étoit afin de rappeler l’état de la question et de reproduire mes anciennes vues. Mais un mois après, le i8 février, il arriva une chose assez singulière 5 notre séance académique fut remplie par la lecture consécutive de

cas spécial delà vipère, des poissons cartilagineux , et des monotrèmes. Ce mot est mai fait, je le sais ; mais quand je m’en sers, j’explique l’acception que je lui donne alors.

La génération marsupiale est donc différente , puisque, selon moi , elle peut pren dre le nom d'emlnyulipare. Une ponte l’occasione, quand le produit delà génération, ovule d’abord en sortant de l’ovaire , s’est transformé, après son entrée dans le pavillon, en un commencement d’embryon. C’est dans l’état à'embryule , de cette phase du développement, que se fait une première naissance du Marsupial, au profit de la bourse, autre matrice supplémentaire. Arrive son autre phase des développements, l’événement d’une seconde naissance, quand le petit brise les liens qui l’attaclioient aux tétines. A ce moment le Marsupial devient vivipare. Uovaire produit donc son ovule, comme à l’ordinaire; et celui-ci traverse un oviducte en dedans duquel rien ne l’arrête. A peine s’est-il, dans ce passage, transformé (lui alors étant excessivement petit et nageant dans un fluide abondant), qu’il est porté dans la bourse. La a lieu une autre greffe que dans la matrice, une greffe de la bouche à la tétine. Aussi le mode de nutrition participe des deux moyens : 1° la mère lance son fluide alimentaire dans la bouche et l’estomac du sujet; et 2° celui, ci, né pour la seconde fois, c’est-à-dire alors qu’il a rompu les liens qui l’avoientfixé sur les mamelles, devient lactivore à la manière des mammifères ordinaires.

Ceci forme-t-il les nouveaux documents de M. Richard Owen et sa nouvelle manière de comprendre la cjuestion de la génération des monotrèmes? Je n’ai à ce sujet rien autre chose à dire , si ce n’est qu’il me faut entendre ce savant anatomiste en ses développements. Puis-je toutefois me permettre d’ajouter par anticipation que j’ai long-temps médité ce point et que je n’y ai rien trouvé qui allât à ce système?

Ce n’est pas que je ne le reconnoisse avec plaisir et que je ne m’empresse de le dire à la louange de M. Richard Owen; il est fort soigneux d’aller aux informations auprès de ceux de ses compatriotes qui arrivent journellement de l’Australie ; il possède, par conséquent, beaucoup de précieux documents, et sait leur donner souvent toute la valeur scientifique qui leur appartient; si bien que je reste convaincu qu’à lui demeurera en définitive l’honneur d’amener une aussi curieuse question à sa dernière forme et solution. Sa position de sujet anglois lui en facilite tout-à-fait les moyens , tous les nouveaux arrivages lui profitant aussitôt.

HISTOIRE CRITIQUE, ET CONCLUSION. 2 1

(leux Mémoires sur la meme matière, 1° Le premier étoit de moi : car, faute de sujets observables, javois fait uu elfbrt d’intuition ; je venois de supposer à priori ce qui pouvoit être, et de préparer, pour être communiqué aux observateurs, de l’Australie un pro- (jramme de remarques à faire : j’ai lu alors ce programme ; et j’en ai fait tirer 200 exemplaires, ayant pris le soin de les faire parvenir à Sidney et à Diemen, 2“ Après la lecture de ce programme, toujours le même 18 février, M, de Bîainville lut son Mémoire sur rornitliorinque; il répondoità mon écrit de janvier, et il appuyoit les conclusions de Richard Owen, qui lui avoit paru avoir donné crédit aux siennes.

Or, tel est ce Mémoire, qui, je crois, a été modifié au moment d’être imprimé (vers la fin de 1 833) dans Xe?, Nouvelles Annales du Muséum.^ tome second, page 369 à 4 16. Dans cet écrit de 47 pages in-4° sont beaucoup de renseignements curieux, et en définitive des conclusions que l’on destinoit à servir de réplique aux observations contenues dans mon Mémoire du mois précédent. Là étoient beaucoup de détails pour le moment étrangers aux points en litige, et généralement l’iiistorique des documents concernant les monotrêmes, depuis Blumenbacli, le premier auteur qui en ait parlé , jusqu’à nos jours. Pour moi, je ne reviendrai point sur ce long passé, inutile à reproduire, et je vais m’en tenir aux sujets seuls en dissentiment.

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