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Journal d'une bourgeoise pendant la Révolution, p

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« Robespierre et ses partisans ne voyaient pas dans l'Ecole de Mars un sérieux instrument de leurs desseins. Le dictateur n'avait confiance que dans les sections, dans les canonniers et les gendarmes de llanriot. » Je serais curieux de savoir quels étaient au juste, selon M. Chuquet, ces « desseins » de Robespierre et de ses partisans, et comment il a pu les connaître : car, pour moi, j'avoue n'avoir jamais rencontré de document digne de foi qui put me renseigner à cet égard.

Mais, tout en croyant à la réalité d'un complot tramé par le « dictateur », M. Chuquet ne place pas les élèves ni les officiers de l'Ecole de Mars au nombre des complices; il démontre aisément que Robespierre n'avait pu songer à s'appuyer sur les élèves de l'Ecole de Mars, « des adolescents qui ne savaient pas encore à cette époque manier le fusil et qui n'avaient même pas de quoi charger leurs pièces ». D'ailleurs, une partie seulement de ces jeunes gens devaient assister à la fête; les autres, qui n'avaient pas encore reçu leur costume, ne pouvaient être admis à y prendre part, et le représentant Peyssard, dans un ordre du jour, les avait exhortés à supporter cette contrariété sans murmurer. Le chapitre intitulé Le 9 thermidor est, sur ce point spécial, tout à fait concluant.

Je voudrais cependant relever, dans ce chapitre, un ou deux détails sur lesquels l'auteur s'est trompé, et me plaindre d'un manque de

précision à propos d'une question où la précision était bien désirable, celle de savoir quand et comment fut prise la décision de faire participer à la fête les élèves de Mars. M. Chuquet dit, en termes vagues : « Un article du projet d'éducation présenté par Lakanal à la Convention portait que les élèves des écoles assisteraient aux fêtes nationales du canton et de la commune; et Robespierre, déclarant dans son rapport du 7 mai ' que « le plus magnifique de « tous les spectacles, c'est celui d'un grand peu- « pie assemblé », réservait une place aux jeunes gens dans ces solennités. L'Ecole de Mars devait donc figurer à la fête du 28 juillet ou du 10 thermidor, où les honneurs du Panthéon seraient décernés à Bara - et à Yiala. Dans le pro-

1. 18 floréal. — M. Chuquet a l'habitude de remplacer partout les dates du calendrier républicain par les dates grégoriennes. Ce système, qui peut se justifier lorsqu'il s'agit des dates de batailles, pour lesquelles les historiens étrangers emploient le calendrier traditionnel, a de sérieux inconvénients lorsqu'on l'applique à l'histoire intérieure, liarleiiientaire et administrative ; il oblige à retraduire en stylu républicain chacune des dates données par le livre, pour pouvoir retrouver, dans les documents originaux, le décret ou l'arrêté cité. En outre, pour certaines dates devenues classiques, la traduction grégorienne semble un travestissement : il faut un certain effort pour reconnaître le rapport du 18 floréal dans le « rapport du 7 mai » ; et si un auteur parlait de la loi du 10 juin 1194 et de la journée du 5 octobre 1793, ce n'est qu'après une opération assez compliquée que j'arriverais à comprendre qu'il s'agit de la loi du 22 prairial et de la journée du 13 vendémiaire.

2. Pourquoi M. Chuquet appelle-t-il Bara « le petit tambour I (p. 15) ? La lettre de l'adjudant général Dosmarres, du 18 frimaire, lue à la Convention le 22 frimaire an II, parle de Bara en ces termes : « Cet enfant m'a accompagné depuis l'année dernière, monté et équipé en hussard ; toute

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^^rainme tracé par David et remanié par Payan. les urnes qui renfermaient les cendres des deux « martyrs » étaient portées en avant de la Convention, » etc.

On pourrait croire, à la lecture de ces lignes, que le projet d'éducation présenté par Lakanal (le 26 juin 1793) était encore à l'ordre du jour, ou du moins que les idées qu'il renfermait étaient celles de la Convention. Or, ce projet avait été écarté le 3 juillet 1793; l'assemblée avait discuté, dejiuis, deux autres projets, et adopté le 29 frimaire celui de Bouquier; il est donc singulier de voir mentionner ici un projet auquel s'était attachée une défaveur spéciale à cause de son principal auteur (Sieyès), et qui ne pouvait avoir aucune espèce d'intluence sur les résolutions du Comité de salut public et de la Convention en l'an 11. M. Chuquet rappelle ensuite le discours do Robespierre du 18 floréal, puis, sans transition, il ajoute : « L'Ecole de IMars devait donc figurer à la fête du 28 juillet », comme si la présence de rEc(de à cette fête eût dû avoir lieu en vertu du discours de Robespierre et du projet de décret, depuis longtemps oublié, jadis présenté par Lakanal.

11 y avait autre chose à dire, il y avait des décrets positifs et des dates à citer. La fête de Bara et de Viala, d'abord fixée au 30 prairial,

rarmoe a vu avec étonnenient un enfant de treize ans affronter tous les dangers, charger toujours à la tête de la cavalerie ».

fut renvoyée au 30 messidor par un décret du 17 prairial rendu sur la proposition de Barère, rapporteur du Comité de salut public, qui le motiva en expjsant que la date du 30 prairial était trop rapprochée de celle de la fête de l'Etre-suprème, et que, si on choisissait celle du 30 messidor, « les élèves de l'Ecole de Mars seraient dans ce moment réunis, campés et habillés ', et pourraient jouir de cette fête », Le 23 messidor, David, eharg'é de dresser le plan de la solennité, lut ce plan à la Convention, qui Tadopta et en décréta l'impression et l'envoi aux autorités constituées, aux armées et aux sociétés populaires. David rappela ensuite que le 26 messidor serait l'anniversaire du 14 juillet ; et pour que deux fêtes ne se succédassent pas à quatre jours seulement d'intervalle, il proposa que la fête fixée au 30 messidor fût renvoyée au 10 thermidor; sa proposition fut décrétée. Un membre qui n'est pas nommé fit observer qu'aucune place n'avait été réservée dans le cortège aux élèves de l'Ecole de Mars, et proposa un décret qui fut sur-le-champ voté en ces termes :

Sur la proposition d'un membre, la Convention nationale décrète qu'un détachement de l'Ecole de Mars assistera à îa fête du 10 thermidor prochain, en l'honneur de Bara et de Viala.

David, reprenant alors la parole, expliqua que

1. Sur ce dernier point, Barère se trompait : comme ou l'a vu, en thermidor le plus grand nombre des élèves n'avaient pas encore regu leur uniforme.

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c'était à dessein qu'il n'avait pas fait figurer les élèves de l'Ecole de Mars dans son plan : ses réflexions, jointes aux idées qu'il avait pu recueillir, l'avaient amené à cette conclusion, qu'il était plus utile de laisser ces jeunes gens dans leur camp et de ne point interrompre leurs travaux, afin de leur faire sentir davantage quels efforts ils- devaient faire pour mériter les honneurs décernés à Ikira et Viala: en conséquence, il demanda que le décret voté un instant auparavant, et qui appelait à la cérémonie les élèves de Mars, fût rapporté. Mais Le Bas réclama le maintien du décret : « Depuis le commencement de l'institution d<'S élèves de Mars, dit-il, les représentants commissaires auprès du camp leur ont proposé pour récompense de leurs premiers progrès d'être admis au cortège delà fête; cette espérance les encourage chaque jour, elle développe en eux les germes du vrai républicanisme; vous ne la leur ravirez point. » La Convention donna raison à Le Bas contre David, et le décret fut maintenu '.

On me permettra de critiquer aussi les mots de « programme tracé par David et remanié par Payan ». D'abord, en parlant de « Payan » tout court, M. Chuquct fait penser à l'agent national

1. J'emprunte ces détails au Journal des débals et des décrets. Le Moniteur ne mentionne pas cette discussion, et ne parle même pas des décrets du 23 messidor. — J'ai cherché et retrouvé aux Archives nationales (G, carton 308) la minute de la proposition relative à la présence d'un détachement de l'Ecole de Mars à la fête ; elle n'est pas signée, et je n'ai pu en déterminer récriture.

de Paris, qui figure en plusieurs endroits de son volume, tandis qu'il s'agit ici de son frère aîné Joseph Payan, le commissaire national de l'instruction publique; ensuite, Joseph Payan n'a pas « remanié » le plan de David : conformément à la disposition finale de ce plan, ainsi conçue : « La Commission de l'instruction publique est chargée de l'exécution de la fête ».. il a pris, le 6 thermidor, de concert avec son adjoint Fourcade, un arrêté intitulé Dispositions et détails de l'éxecution de la fête, ainsi que cela avait eu lieu déjà pour la fête de l'Etre-suprême : cet arrêté a complété, expliqué, précisé le plan de David, sans y rien modifier *. J'ajoute que le cortège ,ne devait pas déboucher devant le Panthéon « à trois heures », comme Ta écrit M. Cliuquet (p. 152) : c'est la réunion du peuple aux Tuileries qui était fixée à trois heures; le cortège devait partir à cinq heures; il ne pouvait donc arriver au Panthéon qu'à cinq heures et demie; ce qui a dû induire en erreur ^I. Chu- (juet. c'est un passage de l'arrêté du 6 thermi-

1. La substitution de quarante-huit élèves de l'Ecole de Mars à la députation d'enfants choisis dans chaque section pour porter l'urne de Viala était la conséquence du décret du 23 messidor, et non une décision prise par la Commission d'instruction publique de son propre chef. Du reste, David et Joseph Payan étaient intimement liés, comme le prouve un billet de David au commissaire île l'instruction publique, qu'on trouvera au tome IV des Procès- verbaux du Comité (Vvistruclion publique (p. 208), billet par lequel David consulte. Payan pour la rédaction de son rapport du 23 messidor ; il est donc fort probable que l'arrêté du 6 thermidor, bien que ne portantque les signatures officielles de Payan et de Fourcade, a dû être concerté entre David etla Commission.

dor relatif à la salve que devait tirer l'artillerie de l'Ecole de Mars, passage rendu pou clair par une faute d'impression du Moniteur.

Quant à la réponse que le livre de M. Chuquet apporte à la troisième question : « Que sait-on de la vie intérieure de l'Ecole? » elle est aussi complète, sur presque tous les points, qu'on pouvait le désirer. L'auteur nous donne la liste des élèves de l'Ecole, par districts et par départements, d'après le registre d'inscription du camp des Sablons ; nous y voyons que tous les districts de la République, y compris ceux de la Vendée, envoyèrent leur contingent, à l'exception de ceux de la Corse (l'île était à ce moment en pleine révolte); — la liste des instructeurs, dressée en brumaire an 111 par le représentant Moreau; — une seconde liste, faite par l'auteur lui-même, où ces instructeurs sont rangés par ordre alphabétique, avec des renseignements sur un certain nombre d'entre eux; — la liste des instructeurs des fortifications, dressée à la même époque par l'instructeur en chef Bizot- Charmoy; — celles des officiers de santé et des employés de l'hôpital, toiles qu'elles se trouvent dans les arrêtés du Comité de salut public des i®"" et 2 messidor. 11 nous fait assister au choix des élèves parles agents nationaux des districts,

à leur voyag"o, à leur arrivée au camp. 11 nous décrit minutieusement le régime de l'Ecole : emplacement du camp des Sablons; division des élèves en décuries, centuries, milleries; coucher sous la tente, équipement provisoire, uniforme, nourriture, régime sanitaire, tribunal militaire. Xous faisons connaissance avec les principauxinstructeurs militaires, millerions et centurions ; nous suivons les élèves dans leurs exercices : maniement du fusil, de la pique, manœuvres d'infanterie, équitation, cours d'artillerie, travaux de fortification. Une partie du chapitre V est consacrée aux leçons données aux élèves dans leur amphithéâtre, pendant quatre décades, par leurs trois « instituteurs », Bizot-Charmoy (art militaire), Ilassenfratz (administration militaire) et Chaussier (santé des troupes et moyens de la conserver).

Je dois à M. Chuquet la connaissance des noms de ces trois maîtres, qui ne sont pas mentionnés par Guyton-Morveau dans son rapport du 2 brumaire an m, et qu'on no trouve pas non plus, chose singulière, dans les programmes imprimés des leçons faites par eux \ C'est avec élo-

1. Au sujet de ces programmes imprimés, M. Chuquet ne donne aucun renseignement bibliographique. 11 se borne à dire (p. 1:25) que, sur l'invitation du Comité, les maîtres firent imprimer et distribuer quotidiennement aux i enfants de Mars i le programme de leurs léchons, afin de guider leur auditoire; et que les élèves qui désiraient conserver la collection de ces feuilles la firent coudre et mettre en cahier: « Nous avons eu entre les mains un de ces exemplaires », dit-il en note. Il n'aurait pas été inutile d'ajouter

ges qu'il parle de Bizot-Charmoy. « un des officiers les plus distingués de Tarme du génie », et du célèbre médecin François Chaussier, « que le Comité avait appelé de Dijon à Paris et chargé de rédiger le plan d'une Ecole de santé » : pourquoi, lorsqu'il s'agit du « jacobin » Hassenfratz, qu'il appelle pourtant un homme « probe et intelligent », prend-il le ton du persiflage? Quelle force ont donc certains préjugés, et quel empire exercent encore certaines modes, pour qu'un historien aussi sérieux que M. Chuquet n'ait pu s'en affranchir!

Je ne veux pas insister, et j'aime mieux dire que j'ai fort goûté d'autres pages pleines de vie et de couleur, où l'auteur nous montre, en utilisant avec beaucoup de bonheur les sources dont il disposait, quel était l'esprit des élèves, quel enthousiasme républicain les remplissait; comment l'exemple de Bara et de Yiala, « génies tutélaires du camp », dont les bustes colossaux étaient placés à l'entrée de l'amphithéâtre, leur

que ce recueil, qui fut distriijué aux nienil)ros de la Convention, forme une brochure in 4" intitulée « Programme des cours révolutionnaires sur l'art militaire, V administration militaire, la santé des troupes et les moyens de la conserver, faits aux élèvei! de l'Ecole de Mars depuis le ô fructidor Jusqu'au i3 vendémiaire, an troisième de la République. Imprimé par ordre du Comité de salut public. An 3 de la République française. B (Bilil. nat. R 8324.) Le cours de l'art militaire forme quatorze leçons ; le cours d'administration militaire comprend vingt-trois chapitres, précédés d'une introduction, et suivis d'un chapitre complémentaire (formant deux leçons) sur la santé des troupes et sur les maladies contagieuses. Celte brochure n'est pas rare ; la bibliothèque du Musée pédagogique en possède un exemplaire (n" 2140).

inspirait le désir de les imiter : quelles relations, en quelque sorte paternelles, s'étaient établies entre le général BerLèclie et les jeunes gens qui lui étaient confiés; quelles petites misères s'associaient aux joies fortifiantes de la vie du camp, laissant d'ailleurs intacte la foi commune que tous partag-eaienl, représentants, général, « instituteurs » et élèves. Le côté technique du sujet, pour lequel M. Chuquet est particulièrement compétent, a été élucidé de la façon la plus satisfaisante, et les détails de l'organisation militaire et administrative de FEcole ne conservent plus de mystère pour le lecteur.

Sur un point, toutefois, j'aurais souhaité un peu plus de lumière. Il y avait des millerions, censurions et décurions instructeurs, chargés de l'instruction des élèves, et nommés par le Comité de salut public ; il y avait aussi d'autres millerions, centurions et décurions, tirés au sort parmi les élèves eux-mêmes. C'était aux officiers de la première catég-orie qu'appartenait l'autorité réelle; cependant, les élèves revêtus temporairement d'un grade avaient aussi leur part du commandement : quelle était au juste cette part? on aimerait à le savoir, M. Chuquet se borne à dire, d'après Hyacinthe Langlois, que les élèves millerions, centurions et décurions « s'acquittaient souvent de leurs fonctions avec une g^ravité comique et en se donnant des airs d'importance » (p. 71).

On sait que Bertèche, l'héroïque officier qui

avait reçu quarante-deux blessures à Jemappes et auquel la Gonventiou avait décerné un sabre d'honneur, avait été nommé commandant de l'Ecole par le Comité de salut public '. Le 9 thermidor, il fut destitué et mis en état d'arrestation. Les renseignements que donne M. Chuquet sur cet incident, sur la captivité de Bertèche et sur sa mise en liberté en l'an lll. sont un peu succincts. L'intérim fut fait par Chanez. instructeur en chef du camp. Le Lj thermidor, le Comité confia le commandt^ment de l'Ecole au g"énéral Alexandre Dumas; mais, trois jours après, celui-ci se ravisa, envoya Dumas à l'armée de Sambre-et- Meuse, et le remplaça définitivement par Chanez. qui exerça les fonctions de commandant, avec le titre de général, du 18 thermidor jusqu'à la levée du camp.

A côté du général se trouvaient deux représentants du peuple. Les premiers qui reçurent la mission de surveiller l'Ecole de Mars furent Le Bas et Peyssard (arrêté du Comité de salut public du 14 prairial). Le Ras, après son arrestation et sa mise hors la loi le 9 thermidor, fut remplacé par Drivai (lo thermidor), puis par Guyton-Morveau (26 thermidor) Le 21 fructidor, sur la motion de Panis, la Convention décréta que les représentants près le camp des

1. M. Chuquet date (p.35)Jn \~ mai la nomination de Bertèche. Le n mai 1194 correspond au 28 floréal an II : cette date est donc impossible. Faut-il lire 17 Juin, ce qui correspondrait au i>'J prairial ? Si la date eût été donnée en style républicain, une erreur se fût moins facilement produite-

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Sablons seraient renouvelés, et le lendemain elle nomma, pour remplacer Peyssard et Guyton, Moreau et Bouillerot : ce fut sous le proconsulat de ces deux députés que les élèves assistèrent à la fête de Marat (o® sans-culottide) et à celle des Victoires (30 vendémiaire an 111), et qu'ils exécutèrent des grandes manœuvres aux environs de Poissy (du 14 au 24 vendémiaire) ; c'est Moreau et Bouillerot qui présidèrent au licenciement de l'Ecole (du 3 au 15 brumaire).

Il y aurait une observation à faire sur les listes du personnel que nous a fait connaître M. Chuquet. C'est que les listes des instructeurs, dressées en brumaire an 111, nous donnent l'état de ce personnel au moment de la fermeture de l'Ecole ; or. après le 0 tbermidor, en exécution d'un décret provoqué par Tallien, le personnel avait été « épuré » : un certain nombre d'instructeurs, nommés en messidor, n'étaient donc plus là en brumaire, tandis que d'autres, qui figurent dans les listes de brumaire, ne sont entrés en fonctions qu'après le 9 thermidor. D'autre part, les listes des officiers de santé et des employés de l'hôpital portent les dates des 1" et 2 messidor, et il est probable que plusieurs de ceux qui sont inscrits sur ces listes furent éliminés ensuite comme robespierristes : on sait que le chirurgien en chef Souberbielle, par exemple, était un ami dévoué de Robespierre et resta toujours fidèle à sa mémoire. Il eût été désirable d'avoir deux tableaux complets du per-

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sonnel de TEcole, l'un avant, l'autre après l'épuration ; mais M. Chuquet ne pouvait donner que ce qu'il a trouvé, et ce qu'il nous donne est déjà une aubaine inespérée.

En ce qui concerne la levée du camp, la manière dont M. Chuquet présente les choses ne me paraît pas exacte. Son récit donne cette impression, que le parti montagnard désirait, pour des raisons politiques, prolonger l'existence de l'Ecole et qu'il songeait à se servir d'elle contre ses adversaires, tandis que les thermidoriens voulaient, au contraire, se débarrasser au plus vite de ces jeunes gens en qui ïallien, le 12 thermidor, avait dénoncé « une armée de séides pour servir le tyran qui vient d'être anéanti ». Que le représentant Peyssard et quelques-uns des instructeurs aient souhaité la durée de l'établissement, et aient cherché, en fructidor, à suggérer aux élèves de demander à la Convention « la faveur d'être réunis plusieurs mois encore », cela est certain; que les coryphées de la réaction aient vu de mauvais œil les jeunes soldats républicains, cela est certain aussi. iMais ni l'une ni l'autre chose n'a influé en rien sur la date de la fermeture de l'Ecole. Le décret du 13 prairial disait que « les 'élèves resteraient sous la tente tant que la saison le permettrait », et que,

« aussitôt le camp levé, ils retourneraient dans leurs foyers ». Ce fut donc tout simplement pour obéir au décret que le Comité de salut public aux premiers jours de la mauvaise saison, fit présenter (2 brumaire — 23 octobre) par Guyton- Morveau le rapport sur les résultats obtenus à l'Ecole de Mars, et fit voter la levée du camp. Il n'est pas nécessaire de supposer que le rapporteur était embarrassé, comme le dit M. Cbuquet, et de chercher dans son rapport des habiletés (pages 222-223). Pour moi. je ne vois dans le rapport de Guyton que l'expression de l'opinion d'un homme qui dit honnêtement ce qu'il pense; ce savant, devenu membre du Comité de salut public après l'avoir été longtemps du Comité d'instruction publique, s'entendait à la fois aux choses de l'éducation et aux choses militaires ; il avait été représentant près l'armée du Nord avant d'être représentant près l'Ecole de Mars ; les éloges qu'il adressa aux jeunes élèves et la satisfaction qu'il témoigna sont certainement sincères, et je ne puis admettre, comme le veut M. Cbuquet, que le Comité « couvre de fleurs les enfants de Mars » parce que c'était le seul moyen de les renvoyer sans s'exposer aux protestations des Jacobins. Je tiens pour sérieuse cette conclusion de Guyton-Morveau, constatant que les prévisions émises par Barère en prairial s'étaient réalisées :

Une des véritrs les plus importantes i|ui se trouve acquise, on iilutôt conûrniée, par les essais faits à l'E-

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cole de Mars, c'est que tout soldat, soit d'infanterie, soit même de cavalerie et d'artillerie, peut apprendre, en moins de trois mois, le maniement des armes et toutes les parties de son service, de manière à exécuter en corps nombreux toutes les manœuvres avec une grande précision. Ce que vous avez vu décadi, à la fête des Victoires, de la force et de l'adresse des élèves de cette Picole, dans une lutte préparée pour offrir le simulacre d'un combat, me dispensera de vous retracer toutes les preuves qu'ils en avaient déjà données; mais l'impression que vous en avez conservée ajoutera sans doute à l'intérêt avec lequel vous entendrez l'expositions des moyens par lesquels on a obtenu des progrès si rapides et véritablement étonnants.

Cette déclaration significative, M. Chuquet semble glisser sur elle comme si la portée lui en échappait. Je me serais attendu, tout au contraire, à la voir soulignée, mise en relief, commentée et discutée avec toute l'ampleur que la question mérite. Où est. en (;ffet, l'intérêt qu'oiïre l'Ecole de Mars ? C'est qu'elle fut une tentative faite par la République pour former des « défenseurs de la patrie » en employant une méthode toute dilférente de celle de la monarchie. Cette tentative a-t-elle réussi ? Guyton- Morveau l'affirme, et avec lui ses collègues du Comité de salut public, où Carnot avait siégé jusqu'au 15 vendémiaire et où il allait rentrer le 15 brumaire. M. Chuquet se borne à contredire Guyton, sans discuter, sans apporter de preuve ni d'argument à Tappui de ce qu'il avance ; il écrit : « L'Ecole de Mars ne répondit pas aux espérances de ses fondateurs... Ce fut une im-

provisation curieuse, inefficace pourtant et stérile. Mais le Comité se garda d'avouer son erreur. » (Pages 236-237.)

En quoi donc eût consisté l'erreur du Comité? Il avait voulu former des soldats, et M. Cliuquet reconnaît que « l'Ecole forma des soldats », et que « ces jeunes gens possédaient la connaissance des manœuvres et le maniement des armes,, lorsque la réquisition les appela sous les drapeaux ». Donc, le Comité ne s'était pas trompé. Pour pouvoir prétendre qu'il s'était trompé, il faut lui prêter des desseins qu'il n'a pas eus ; et c'est ce que fait M. Chuquet : il donne à entendre que le Comité avait voulu former des officiers, et il triomphe sans peine en s'écriant : « Comme si. en quatre mois, — ou mieux, en trois mois et demi, du 8 juillet au 23 octobre, — il était pjssible de former, selon le vœu de Barère, des officiers de toutes armes, voire des ingénieurs et des commissaires des guerres I » (P. 237.)

M. Chuquet commet ici une erreur manifeste: jamais Barère, comme il le lui fait dire, n'a prétendu qu'après trois ou quatre mois d'apprentissage les élèves de l'Ecole de Mars en sortiraient officiers. Il a dit précisément le contraire; il a dit que, « dans l'Ecole royale militaire, on acquérait le droit d'être placé officier dans les armées, sans avoir appris à l'être » ; tandis que les élèves de l'Ecole de Mars rentreraient dans leurs familles, et apprendraient ainsi « que celte éducation nationale ne donne pas un privilège,

ne fournit aucun titre particulier pour avoir droit aux places » ; ceux qui auraient « annoncé le plus d'aptitude et de talent seraient admis à d'autres degrés ou genres d'instruction »;.et c'est dans ce sens seulement que Barère a pu dire que « cette éducation précoce avait le double objet de former en même temps des officiers et des soldats, des ingénieurs et des cavaliers, des artilleurs et des commissaires des guerres, et qu'elle avait encore l'avantage aussi précieux de former des jeunes citoyens à toutes les vertus républicaines, et de développer des talents que la nature a disséminés dans les chaumières comme dans les cités ».

Se trouva-t-il réellement, parmi les élèves de l'Ecole de Mars, des jeunes gens doués d'aptitudes particulières et qui parvinrent plus tard à des grades élevés dans l'armée? M. Chuquet l'a recherché, et, dans son dernier chapitre, il énumère quatre généraux, Manhès, Lemarois, Morio-Delisle etLafaille ; un intendant militaire, Fromentin; un colonel, un major, un chef de bataillon, un chef d'escadron, plusieurs capitaines et lieutenants. Mais au nombre des jeunes gens qui passèrent par le camp des Sablons, il y en eut aussi qui ne suivirent pas la carrière des armes ; l'un d'eux, Soulard, entré dans l'administration, figure parmi les notabilités du département de Maine-et-Loire {Dictionnaire de M. Célestin Port); un autre, AplTel, magistrat en Alsace, a légué 1,800,000 francs à la ville de

Strasbourg- « pour le développement de l'art dramatique ou musical »; un troisième, Langlois, déjà nommé, dont les Souvenirs sont V une des sources où a puisé M. Cliuquet, fut élève de David et se consacra à la gravure. Et naturellement, cette « poignée de noms ». comme dit M. Chuquet. est bien loin de comprendre tous ceux qui, parmi ces 3,400 jeunes gens, purent se distinguer à un titre ou à un autre : il serait impossible d'en faire le relevé.

L'objection que je voudrais faire à l'Ecole de Mars, quant à moi, n'est pas celle qui résulte implicitement des critiques de M. Cbuquet. lequel s'associe ainsi, sans s'en apercevoir peut-être, à l'erreur, signalée par lui même, des historiens qui s'étaient imaginé « que cette Ecole avait remplacé l'ancienne Ecole royale militaire ». Ce serait plutôt l'objection qu'avait énoncée Couthon, disant « qu'il paraît extraordinaire que l'on veuille former trois mille élèves pour défendre une République qui a besoin de douze cent mille combattants ».

En terminant, et quelles que soient les réserves que j'ai dû faire sur certaines parties du livre de M Chuquet, je remercie sincèrement l'auteur de nous l'avoir donné, parce qu'il nous a appris beaucoup de choses, et que les matériaux qu'il nous apporte sont des plus précieux à consulter pour l'histoire de la Révolution.

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