Le Champ de Mars
numéro du 30 prairial an II, p. 334. a publié les huit stances de l'hymne de Desorgues, sous ce titre : «Hymne à rEtre-suprème, de Th. Desorgues, musique de Gossec, chanté sur l'estrade du Palais national, après le discours de Robespierre ». Pour la seconde partie de la fête, celle qui se passa au Champ de Mars, je reproduis également le Précis de Bontemps et Barry :
Les bataillons carrés des adolescents se sont rangés en cercle autour le la montagne . les groupes des vieillards et des adolescents sont montés, suivant leur destination, sur la montagne à droite, et les jeunes filles, avec les mères le famille ei les enfants, y ont été placées à gauche. La Convention occupait le sommet, la musique au milieu sur le sommet le plus élevé...
La musique exécuta un hymne à l'Etre-suprême, dont les spectateurs reprenaient le refrain '.
1. Le Détail des cérémonies avait dit que, sur la montagne, « le corps (le musique exécuterait seul un hymne à la Divinité » ; mais cette partie du programme, on l'a vu, avait été modifiée. L'indication fournie ici par Bontemps et Barry pourrait donner à penser que l'hymne déjà chanté le matin aux Tuileries fut exécuté une seconde fois au Champ de Mars — ce qui n'eut pas lieu. Gomment les narrateurs ontils pu se tromper sur ce point? Je suis porté à croire que, au lieu de raconter ce qu'ils eussent pu voir et entendre s'ils se fussent trouvés au Champ de Mars (car ni eux, ni maints autres journalistes qui ont parlé de la fête ne semblent avoir été présents à la cérémonie de l'aprés-midi), ils ont simplement suivi ici, eu le modifiant à leur guise, le texte, qui n'était plus conforme aux faits, du Détail des cérémonies. Sur la foi de ce texte périmé, ils ont dit qu'au Champ de Mars on avait exécuté un hymne à l'Etre-suprème, et ils ont ajouté ce détail de la répétition d'un refrain par les spectateurs, sans s'ajiercevoir que dans le programme (a Tous les hommes répandus dans le Champ de la Réunion répéteront en chœur le refrain s) ces mots s'appliquaient au refrain des strophes chantées sur l'air de la
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Cet hymne fut suivi d'une grande symphonie. Les vieillards et les adolescents placés sur la montagne chantèrent une première strophe sur Tair des Marseillais, en jurant ensemble de ne poser les armes qu'après avoir anéanti tous les ennemis de la République :
Avant de déposer nos glaives triomphants, Jurons d'anéantir le crime et les tyrans i.
Enfln une salve d'artillerie, interprète de la vengeance nationale, a retenti dans les airs, et tous les citoyens et citoyennes, confondant leurs sentiments dans un embrasseuient mutuel, ont terminé ce beau jour en élevant vers le ciel ce cri de la patrie: Vive la République française !
Les renseignements que donne le Moniteur — la seule source que l'on consulte d'ordinaire — sur la fête du 20 prairial sont à la fois incomplets et erronés. Ce journal ne mentionne Texécution d'aucun hymne aux Tuileries ; et quant à la cérémonie du Champ de Mars, il a commis une méprise bien étonnante : parlant d'un premier hymne chanté sur la montag-ne, il dit : « La musique a exécuté Lhymne à l'Eternel, dont nous avons déjà fait connaître les paroles »; or, les paroles que le Moniteur avait déjà fait connaître sont celles de l'hymne de Chénier :
Source de vérité, qu'outrage l'imposture,
publiées dans son numéro du 19 prairial. Cette in-
Marseillaise : ils ont fabriqué de la sorte une phrase qui ne répond à aucune réalité.
1. Les narrateurs ont omis de parler de la seconde et de la troisième strophe Cette dernière partie de leur compterendu parait faite tout entière « de chic » : elle n'est qu'une paraphrase du texte du Détail des cérémonies.
concevable étourderie d'un journal qui n'a pas pris la peine de se renseigner exactement sur un fait aussi simple ' a induit en erreur deux écrivains très consciencieux, Louis Blanc et Ernest Hamel : ils ont cru l'un et l'autre, sur la foi du Moniteur, que l'hymne à l'Etre-suprême chanté à la fête du 20 prairial était l'hymne de Chénier, et que l'exécution de cet hymne avait eu lieu au Champ de Mars ^. M. Aulard — qui dit, très exactement, qu'après le premier discours de Robespierre aux Tuileries les artistes de l'Opéra (il eût fallu ajouter « avec le peuple entier »)
1. Le Mercure français (numéro du 23 prairial), rédigé par La Harpe et imprimé, comme le Moniteur, chez Panckoucke, dit que le second discours de Robespierre aux Tuileries « a été suivi de l'hymne de Chénier, chanté par les artistes, réunis, des divers spectacles ; nous en avons rapporté les paroles dans notre précédent numéro i (ces paroles sont celles qui commencent par le vers : Source de vérité , etc.). Or, il est absolument certain, comme il sera démontré plus loin (p. 230) par un document irréfutable, que l'iiymne à l'Etre-supréme de Chénier ne fut pas chanté le 20 prairial.
2. Les auteurs de l'Histoire parlementaire de la Révolution française, Bûchez et Roux, ne s'étaient pas laissé prendre à l'assertion erronée du Moniteur. Ils ont écrit: « M.-J. Chénier est l'auteur des strophes intercalées dans le plan de la fête [le Détail des céi'émonies]. Il avait aussi composé un hymne à l'Etre-supréme, qui commence par ces mots : Source de vérité, etc., et qui devait être chanté. Mais le Comité de salut public préféra celui de Desorgues, Père de Vunivers, etc. ; Gossec composa la musique de cet hymne. » M. Ernest Hamel, persuadé que l'hymne de Chénier avait été chanté, a cru devoir relever, dans une note de son Histoire de Robespierre (tome III, p. 5V2), ce qu'il appelle « l'erreur qu'ont partagée les auteurs de l'Histoire parlementaire ». Or, tout au contraire, Bûchez et Roux ont été les seuls parmi les historiens de la Révolution, jusqu'à une époque toute récente, qui n'aient pas dit sur la fête du 20 prairial quelque cliose d'inexact.
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exécutèrent l'hymne de Desorgues Père de l'univers — s'en est rapporté, pour le reste, lui aussi, au Moniteur, et a pensé que l'hymne à l'Etre-suprême de Chénier, musique de Gossec, avait été réellement exécuté le 20 prairial '.
Parmi les dépenses de la fête de l'Etre-suprème, il en est une qui fut l'occasion d'un échange de lettres entre l'architecte Hubert et la Commission executive de l'instruction publique : ce sont les frais de gravure et d'impression de l'hymne à l'Etre-suprème de Chénier et Gossec, ainsi que les frais des copies faites pour l'exécution de ce même hymne, qui n'avait pas été chanté. La Commission executive décida que les mémoires concernant ces travaux devaient être acquittés et compris dans le compte des dépenses de la fête, et elle les fit figurer dans une ordonnance de paiement de 4o07 livres 3 sols expédiée le 23 fructidor an II. Voici la lettre écrite par Hubert à la Commission :
1. Le culte de la Raison et le culte de l'Etre-suprême, 1892, p. 314. — M. Julien Tiersot a très bien vu que l'hymne chanté aux Tuileries est celui en ut majeur, que Gossec composa sur les paroles de Desorgues ; et il sait que l'hymne en mi bémol ne fut pas exécuté (articles du A/é/ies/reZdes 29 avril et 6 mai 1894). M. Constant Pierre, par contre, a commis une erreur : il a cru que l'hymne en mi bémol avait été réellement chanté le 20 prairial, mais sur les vers de Desorgues, et que l'exécution di' cet hymne avait eu lieu au Champ de Mars.
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de la République ' ^
L'inspecteur général des bâtiments de la République, chargé de la direction de la fête du 2U prairial, à la Goniuiission executive de l'instruction publique.