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L ECOLE NORMALE DE L AN III

l'ancien Comité. M. Dupuy a bien montré comment le 9 thermidor avait déterminé un changement d'orientation, et quelle inlluence fâcheuse Garât, le nouveau commissaire de l'instruction publique, avait exercée sur ce changement; il reconnaît ce qu'il y a de légitime dans les reproches adressés par Romme, le 27 germinal an III, à l'institution thermidorienne. Mais il constate en môme temps que l'Ecole normale, telle ({u'elle lui constituée; et qu'elle vécut, en des jours de réaction grandissante, à la veille de la^crisc de prairial, n'en a pas moins rendu des services dignes d'être rappelés. Biot. dans son Essai sur l'Histoire (jéiiéraledes sciences pendant la HéooliUion, a comparé l'Ecole normale de l'an III « à une vaste colonne de lumière sortie tout à coup* du milieu du pays désolé, et s'élevant si haut (jue son éclat immense couvrit la France entière et éclaira l'avenir ' ». Arago a insisté sur ce point important, que TEcole normale a fait voir pour la première fois les pre-

l. Biot avait déjà indiqué, dans une phrase de son livre, le rapport de filiation entre l'Ecole des armes et l'Ecole normale : ï Le succès des cours révolutiunnaires relatifs aux poudres et salpêtres, dit-il, avait fait concevoir la possilîilité de cette instruction rapide dont les avantages étaient alors si précieux. On parla même d'étai^Ur sur ce plan une école normale, où les savants les i)lus distingués formeraient des professeurs, et donneraient des leçons sur l'art d'enseigner. » Mais la phrase de Biot, écrite en l'an XI, n'avait été remarquée jusqu'ici par personne, et M. Dupuy est bien le premier qui ait mis en lumière cette origine si remarquable de l'Ecole normale, dont aucun des historiens modernes n'avait parlé.

miers savants du pays cliarg-és de renseignement public, et que, par là, « la Convention jeta sur les fonctions enseig"nantes un éclat inaccoutumé ». C'est ce double jug-ement deBiot et d"Arago qu'il convient d'accepter, dit M. Dupuy comme conclusion de son étude sur l'Ecole normale. « Révolutionnaire elle a été, non par une action immédiate, comme l'avait voulu le Comité de salut public, mais par le trouble et la fièvre de son existence, par un puissant bouillonnement de sève où se sont élaborés dans l'écume de riches germes d'avenir. »

11 faut, après avoir indiqué ainsi l'idée maîtresse du livre, mentionner au moins quelquesunes des pages les plus instructives de ce travail, où l'auteur a réuni, au prix de longues et laborieuses recherches, une si riche moisson de faits intéressants. Au chapitre l'"'", M. Dupuy a très bien expliqué l'inlluence exercée par l'Allemagne sur la France de la Révolution en matière de réformes scolaires; il a montré que le Comité d'instruction publique se trouvait très exactement renseigné sur l'œuvre des éducateurs d'outre-Rhin, tant par l'intermédiaire de quelques représentants alsaciens et lorrains, comme Arbogast, Riihl et Grégoire, que par les communications directes de collaborateurs de Basodow. comme Simon et Yillaume, et d'écrivains allemands, comme Dorsch et Archenholtz. lia noté l'établissement temporaire, par Simon, au printemps de l'an II. d'une école normale de langue

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française, à Strasbourg (p. 43). Plus loin, dans les chapitres II et III. il a tracé avec verve des portraits, un peu poussés à la charge, par moments, mais ressemblants tout de même, des deux hommes à qui fut confiée la direction des aifaires de l'instruction publique au lendemain du 9 thermidor: le souple et pompeux Garât, et son porteparoles le rhéteur Lakanal. On trouvera peutêtre qu'il a mis quelque cruauté à souligner avec insistance chez celui-ci les traits déplaisants, la vanité enfantine, l'amour du panache, le charlatanisme, le besoin de se mettre en scène, allant jusqu'à la mauvaise foi ; mais, quand on connaît le détail des faits, quand on a suivi de près la besogne quotidienne des Comités, quand on a dû surmonter son dégoût pour lire, dans la série des documents officiels, les injures invraisemblables jetées en l'an lll aux vaincus de thermidor par ce même Lakanal qui, l'année précédente, se montrait si lier d'avoir été choisi par les Jacobins comme l'un des commissaires épurateurs du club (lettre écrite de Paris à la Société populaire de Bergerac, frimaire an II), on trouve bon qu'un historien bien informé se donne et vous donne le plaisir de détruire des légendes trop com plaisamment acceptées, et de remettre les choses au point et dans leur vrai jour. Très curieux et très abondamment documenté le chapitre, absolument neuf, où est raconté le conflit entre Lakanal et les Comités des finances et des travaux publics, au sujet des dépenses engagées

pour rinstallation matérielle de l'Ecole normale, dans l'église de la Sorbônne d'abord, puis dans l'amphithéâtre du Muséum. On lira avec plaisir, aux chapitres IV, Yl, VIII et IX. les détails amusants donnés sur certains professeurs qui eurent la vogue, comme l'abhé Sieard, La Harpe.. Bernardin de Saint-Pierre, et les portraits de maîtres de la science comme Berthollet. Laplace, Monge, Lagrange. On a cru pendant longtemps que Bernardin de Sftint-Pierre. chargé du cours de morale, n'avait fait qu'une seule le(;on ; c'était une erreur : outre sa leron d'ouverture, le 3 pluviôse, il en* a fait neuf autres en floréal, dont M. Dupuy a retrouvé le manuscrit à la bibliothèque du Havre. Les pages consacrées à Bernardin de Saint-Pierre contiennent nombre d'anecdotes piquantes, qui font mieux connaître ce faux bonhomme, si intéressé et si peu intéri'ssant : on y voit avec quelle rcjuerie et quelle rapacité l'auteur de Paul et Vinjinie a su tirer, de cette Révolution qu'il a ensuite tant dénigrée, toutes sortes de petits profits. Voici un spécimen de ces tours de bâton : « Le vertueux Bernardin de Saint- Pierre trouva moyen de se faire donner son traitement jusqu'en brumaire an IV (c'est-à-dire pendant six mois après la clôture de l'Ecole), vendémiaire et brumaire étant payés double... Le fait (révélé par une lettre deGrandjean, chef du contentieux de la Commission executive de l'instruction publique, du 19 brumaire an IV) est iiitéressant à ajouter aii dossier du professeur

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(le morale. On savait déjà, par le procès-verbal du Comité (19 et 2i fructidor an III). qu'il avait demandé, bien que retiré à Essonnes, à être considéré Cj^iime un fonctionnaire attaclié à la capitale, et à recevoir, en consé([uence. les denrées de première nécessité suivant un certain tarif. La letti-e de (îrandjean nous apprend que cette faveur lui a été acc< u'déo, et (juelle nt; lui a pas sufli. »

On remplirait plusieurs numéros de cette Revue si l'on voulait citer et commenter tout ce que la publication de M. Dupuy contient d'intéressant et de in.'uf. Xous renvoyons donc nos lecteurs au livre lui-même; ils y trouveront, en même temps que l'histoire spéciale de l'Ecole normale, un tableau saisissant de ces lamentables journées de l'hiver etduprintemps deFan III, où Paris avait faim, et où la réaction s'apprêtait, en frappant les derniers Montagnards, ces hommes « illustres par leur science comme par leurs vertus ». à tuer, selon l'e.Kpression des ^Jéllloires de Barras. « les vrais fondateurs de la République 1 ».

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