L'ÉCOLE NORMALE DE L'AN III
Le programme des cours; — YII. Le choix des élèves; — VIIL L'aspect des cours ^: — IX. L'exécution des programmes; — X. La dissolution (lt!>»rEcole ; — XI. Dépenses et résultats.
Je n'entreprendrai pas d'analyser le contenu de ces chapitres, remplis de choses presque toutes entièrement nouvelles. Mais je désire signaler ce qu'on peut appeler la « découverte » de M. Dupuy, l'explication qu'il a donnée, pièces en main, de la genèse de l'Ecole normale de l'an III, restée inconnue de ses devanciers. On savait que,, dès avant le 9 thermidor, le Comité de salut public avait projeté l'établissement à Paris « d'une école où se formeraient des instituteurs, pour les disséminer ensuite dans tous les districts », et que Ikirère avait annoncé ce projet dans son rapport du 13 prairial sur la création de l'Ecole de Mars; on savait également qu'à la même ép(jque le Comité d'instruction publique avait discuté un projet de décret relatif à ce cours normal destiné à « révolutionner l'instruction», décret qui n'avait pas été apporté à la tribune. Mais c'est M. Dupuy qui nous a appris comment était née l'idée première du cours normal; il nous a montré que c'était « une application nouvelle d'une méthode révolutionnaire créée par le Comité de salut public ». Cette méthode avait été appliquée, en premier lieu, à la fabrication du salpêtre et
1. Des extraits de ce chapitre ont été lus par l'auteur à l'assemblée générale de la Société de l'histoire de la Kévoiution, à la Sorbonne, le 3 mars 1893.
(les canons, par l'arrêté du Comité de salut public du 14 pluviôse an 11 qui institua la fameuse Ecole des armes. En exécution de cet arrêté, chaque district avait dû envoyer à Pans deux citoyens robustes, intelligents et accoutumés au travail, désignés par l'administration sur la présentation des Sociétés populaires; neuf instructeurs furent nommés par le Comité de salut public pour faire à ces huit cents citoyens les cours nécessaires sur l'art de raffiner le salpêtre, de fabriquer la poudre, de mouler, fondre et ft^rer les canons * ; la durée des cours fut limitée à tr(jis décades; en raison du grand nombre des élèves, ceux-ci furent répartis en trois séries, dont les cours commencèrent respectivement le l^^ le 11 et le 21 ventôse ; une paie de trois livres par jour fut allouée aux élèves; les cours pour les poudres et salpêtres se firent dans l'amphithéâtre du Muséum d'histoire naturelle; ceux pour la fabrication des canons, au ci-devant Evèché. « Commencés au 1" ventôse, les cours furent terminés le 30, et les élèves défilèrent dans Paris et devant la Convention avec le salpêtre et les canons qu'ils avaient fabriqués; après quoi ils retournèrent dans leurs districts et organisèrent la fabrication de la pjudre et des armes, c'est-à-dire apprirent à d'autres ce qu'ils étaient
1. Cos « instructeurs » furent Guyton-Morveau, Foureroy, Dufourny, BerthoUet, Carny, Pluvinet, pour la fabricatioa des salpêtres et poudres ; Hassenfratz, Monge, Pôrier, pour la fabrication des canons.
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venus apprendre eux-mêmes à Paris. » Cette Ecole des armes a été véritablement le prototype de l'Ecole normale, et c'est le succès de la première qui donna l'idée de la seconde.
Dès le 11 ventôse, en ellet. une noie du Moniteur appréciait en ces termes l'Ecole des armes: « Cet essai d'instructions données à des envoyés de tous les districts et répandues tout à coup sur une grande surface promet des succès qui seraient restés inconnus sans cette belle expérience. C'est unemét/tode révolutionnaire, qui sera sans doute employée par le gouvernement pour multiplier en peu de temps tous les genres d'instruction que la prospérité publique exige. » Le 29 floréal, le Comité d'instruction publique arrête que trois de ses membres, liouquier, Tbibaudeau et Coupé (de l'Oise), lui présenteront « un projet de décret tendant à propager l'instruction publique sur le territoire de la République par des moyens révolutionnaires semblables à ceux quiontété déjà employés pour les armes, la poudre et le salpêtre »; et, le surlendemain, un projet de décret « sur les instituteurs à mettre en réquisition » fut en eiletluau Comité, adopté par lui, et transmis d'urgence au Comité de salut public. Celuici, de son côté, s'occupait à préparer, en ce môme moment, la création, comme pendant à l'Ecole des armes, de l'Ecole de Mars, qui fut décrétée le 13 prairial, a Celte seconde expérience se fit dans des conditions analogues à celles que nous avons notées pour la première. Chacjue distri(.'t devait
6 ÉTUDES RÉVOLLTIU.NNAIRES
envoyer à l'Ecole de Mars six jeunes citoyens, qui, venant par étapes, arriveraient à Paris le 20 messidor au plus tard, trente-sept jours après le décret; ils resteraient suus la tente tant que la saison le permettrait, et ensuite, en attendant qu'ils allassent faire leur serv'ice aux armées, ils retourneraient dans leurs foyers. Ainsi fut fait. En trois décades les élèves arrivèrent, les instructeurs furent rassemblés, un camp pour 4,000 hommes préparé dans la plaine des Sablons, les approvisionnements assurés. Quatre mois après, tout était fini, le résultat poursuivi était atteint '. »
11 était nécessaire, ajoute avec raison M. Dupuy, « de connaître tous ces détails sur l'Ecole des armes et sur l'Ecole de Mars, pour comprendre comment, dans quelles circonstances, après quelles expériences, le Comité de salut public a pu concevoir et la Convention décréter l'Ecole normale ».
Sans doute, l'Ecole normale, telle qu'elle fut réalisée en l'an III, du 1" pluviôse au 30 floréal, ne fut pas ce qu'avaient désiré les membres de
!. 11 y eut encore, dit M. Dupuy, deux autres applications de la mélliode révolutionnaire. Buache, le géographe, a raconté qu'une partie dos succès des armées françaises était due aux cartes topograplii([ues que le Comité d'instruction publique avait pris soin de rassembler, et à « l'instruction révolutionnaire qui avait eu lieu à l'égard des jeunes ingénieurs qu'il avait fallu former ». Le 11 nivôse an III, la Convention décréta des a écoles révolutionnaires de navigation et de canonnage maritime », dont les cours devaient durer du 20 iduviôse an III au 1" vendémiaire an IV; chaque district devait y envoyer dix élèves.