‹ Études révolutionnairesChapitre 54 sur 76 · L'HYMNE A L'ÉTRE-SUPRÊME · texte numérisé non relu

L'HYMNE A L'ÉTRE-SUPRÊME

... Grégoire mérite moins encore que Charles Nodier d'être rangé au nombre des historiens. Cependant., comme quelques auteurs ont fait état d'un passage de la seconde édition de son Histoire des sectes religieuses, passage où l'on ne saurait sérieusement voir un témoignage ayant une valeur quelconque, nous allons reproduire les quelques lignes consacrées là, par l'ancien évoque de Blois, à la fête du 20 prairial :

On enflerait un volume de toutes les odes faites à l'Etre-suprême, par Saint-Ange, Laurence, Ladmiral, Benoit Lamotte, etc.; par Ximenez, qui se disait le doyen des poètes, et qui, après avoir chanté l'Etre-suprème, chantait encore les actrices ; par Sylvain Maréchal, auteur de plusieurs ouvrages c<jntre Dieu, et qui, sans doute par peur, ci'W. devoii'àson tour préconiser l'Etre-suprènie. Ghénier parut aussi sur les rangs ; dans sa pièce, on trouve Dieu et V Hercule français ^ ; mais pour la fête du 10 (sic) prairial fut préférée l'hymne de Desorgues, Père de l'univers, suprême intelligence, dont (il faut l'avouer) la musique est belle. Elle fut exécutée au Champ de Mars (sic) par les vestales de l'Opéra, qui avaient figuré à la fête de la Raison à Notre-Dame, que l'on retrouve dans le même temple à la fête du Concordat, et qui habituellement ont figuré dans les églises de Paris pour exécuter des oratorio, des pièces deHaydyn (sic), de Mozart, auxquelles aflluaitlebeau monde, avec des billets taxés comme à la comédie 2.

duis que les passages concernant l'évéque Gréj^oire, le musicien Zimmermann, Lamartine, Michelet, et le littérateur P. Ilédouin.

1. Dans l'avant-derniére stance, où, parhint du peuple, Ghénier l'appelle « l'Hercule français » et lui souhaite de t terrasser ses rivaux, debout sur les débris des tyrans et des crimes ».

2. Histoire des sectes religieuses..., par M. Grégoire, ancien

L'inexactitude proverbiale de Grégoire, son incapacité à reproduire et à raconter correctement les choses, se complique encore, ici, d'alfaiblissement sénile de la mémoire: l'auteur avait soixante-dix-huit ans, et écrivait trente-quatre ans après l'événement. Aussi faut-il se garder d'accorder le moindre crédit à cette assertion que l'hymne de Desorgues aurait été exécuté au Champ de ^fars. Grégoire a écrit le Champ de Mars au lieu d'écrire « les Tuileries », comme il a écrit le 10 prairial au lieu du « 20 », sans y prendre garde et sans y attacher aucune importance...

En 1841, le musicien Zimmermann publia dans la France musicale, numéro du 21 novembre, un article intitulé Bernard Sarrette. fondateur du Conseroatoire. Sarrette était encore vivant, et Zimmermann tenait de lui les renseignements qui lui servirent à écrire son article, où des indications évidemment exactes > sont mêlées à des erreurs. J'en reproduis le passage principal :

Cet au moment où M. Sarrette donnait les preuves les plus réitérées de son zèle pour l'établissement qu'il avait créé, que, sur une dénonciation faite par un subalterne, il fut, sans examen, jeté en prison. Un élève de l'école avait fait entendre sur le cor l'air proscrit :

évèque de Blois. Nouvelle édition, corrigée et considérablôc ment augmentée; Paris, Baudouin père, 1828; 4 volumes in-S". Tome I«', p. 109. La première édition, publiée en 1814, on 2 volumes, ne contient pas les chapitres sur les fêtes révolutionnaires.

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0 Richard! ô mon roi ! Il n'en fallait pas davantage. Le chef paya pour l'élève, et peu s'en fallut que M. Sarrette ne fût proscrit à son tour '.

Cependant, le jour de la fête de TEtre-suprème approchait ; M. Sarrette devenait indispensable. Le progi-anuue du dictateur [Robespierre] exigeait la présence du directeur de l'Institut de musique; M. Sarrette obtint de sortir de Sainte-Pélagie *, mais pendant quinze jours il fut escorté d'un gendarme, qui, après l'avoir suivi tout le jour, se couchait encore, lui troisième, dans lachambre conjugale.

M. Sarrette, le 15 prairial 1793 3, reçut du Comité de salut public une missive signée Barère, Carnot et Robert Lindet, par laquelle on lui communiquait l'envoi d'une hymne qui devait être mise en musique pour la fête solennelle du £0 prairial. Gossec se met aussitôt à l'œuvre, et le lendemain le directeur de l'Institut [Sarrette] se présente au sein de la Commission nationale 4 . Il rencontre Robespierre . Celui-ci s'indigne qu'un Girondin, un fédéraliste tel que Chénier ait été chargé de l'hvmne nationale 5. Barère, qui était présent et se

d. L'arrestation de Sarrette (5 germinal an II) avait été motivée par une dénonciation qui le représentait non comme un royaliste, mais comme un partisan des hébertistes que le Comité de salut public venait de frapper.

2. Sarrette fut mis en Iil)erté provisoire, sous la surveillance d'un gendarme, dés le 6 floréal, pour s'occuper non des préparatifs de la fête de l'Etre-snpréme, qui ne fut décrétée que le 18 floréal, mais de l'organisation d'un corps de musique destiné à l'armée du Nord (arrêté du Comité de salut public du 3 floréal).

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