‹ Études révolutionnairesChapitre 57 sur 76 · C'est-à-dire « stance · texte numérisé non relu

C'est-à-dire « stance

l'hymne a l'étre-supréme 247

Grand Dieu, qui sous le dais fais pâlir la puissance. Qui sous le chaume obscur visites la douleur. Tourment du crime heureux, ])esoin de l'innocence. Et dernier ami du malheur !

A peine Robespierre eut-il lu ces vers qu'il dit à Sarrette avec l'accent d'une profonde colère : « Je ne veux pas de cela! Comprends-tu, citoyen? Fais faire d'autres paroles, et, quant à l'exécution, elle doit avoir lieu non par les artistes des théâtres, mais par les masses populaires. Vas et obéis. » Il n'y avait point à répliquer à un tel homme, et cependant une double difficulté résultait de la volonté qu'il venait d'expriu^ier. Quatre jours seulement séparaient cette volonté du jour de la fête ; où trouver un poète pour remplacer Ghénier ? Gomment apprendre à un grand nombre de gens du peuple le chant de Gossec ? La Providence vint au secours de Sarrette éperdu. Le lendemain à six heures du matin, Théodore Desorgues arriva, conduit par le hasard, chez Gossec, et lui proposa de mettre en musique des paroles qu'il avait faites sur le sujet à l'ordre du jour. Or, il se trouva qu'elles allaient parfaitement sur l'air déjà composé 2. De nombreuses copies du tout furent remises aux artistes, parmi les-

1. Cette stance (que Hédouin appelle strophe) n'est pas l'avant-derniére, mais la treizième des vingt stances qui composent l'hymne de Ghénier. Toutefois, dans l'édition des Poésies lyriques de M.-J. Ghénier publiée en l'an Y (et réimprimée telle quelle en l'an IX), les six dernières stances de l'Hymne à l'Etre-supréme ont été retranchées, en sorleque la treizième stance se trouve devenue l'avant-derniére : ce qui prouve que Hédouin avait sous les yeux non la version de l'an II, mais celle d'une édition postérieure.

2. Hédouin, on le voit, se figure que l'air qui fut chanté sur les paroles de Desorgues est celui que Gossec avait composé antérieurement sur les paroles de Ghénier : il ignore que Gossec composa pour l'hymne de Desorgues un air entièrement nouveau, et que la musique composée pour celui de Ghénier ne fut pas exécutée à la fête.

quels so trouvaient Gherubini, Méhul, Berton i, avec ordre de se rendre dans les mairies 2, sur toutes les places publiques, dans les marchés, dans les halles, accompagnés d'un renfort de violon-;, tlûtes, clarinettes, et d'appremlre riijnnne à l'Etre-suprème au peuple souverain. Gela réussit à merveille, et le jour de la fête plus de cent mille i)ersonnes entonnèrent à l'unisson le chant de Gossec avec un sentiment religieux, un élan patriotique qui ont laissé unprofund souvenir parmi les contemporains assistant à cette solennité 3.

Dans ce récit, l'erreur qui cousiste à prétendre que l'hymne île Chénier fut écarté par hostilité contre sa personne s'aggrave d'une calomnie : llédouin prétend que, dans la stance qu'il cite, le poète avait visé Robespierre, que celui-ci le comprit, et ne voulut pas laisser chanter des vers où il était parlé du « crime heureux » et d'un Dieu protecteur de Tinnoccnce. 11 suffit, pour montrer l'inanité de cette invention, de faire remarquer que Robespierre lui-même, dans son premier discours du 20 prairial, a précisément exprimé les idées qui, à ce qu'on voudrait nous faire croire, auraient excité sa colère : on trouve, en effet, dans ce discours cette phrase : « C'est lui

1. Ni Gherubini ni Berton ne faisaient partie, à ce moment-là, de l'Institut national de musique, où dont ils ne devinrent membres que le mois suivant : ils n'eurent donc pas à s'occuper d'enseigner au peuple l'hymne de Gossec.

2. Il n'y avait pas alors 0 des » mairies, puisque Paris avait un maire unique ; Hédouin se sert d'une forme de langage qui est un anachronisme. Il veut dire « dans les sections ». On voit que ses informations sont peu précises, et qu'il ne connaît pas les choses de la Révolution.

3. Mosaïque. Peintres, musiciens, etc., par P. IIédouix; Paris, 1856. in-S». p. 299.

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qui plaça dans le sein de l'oppresseur triomphant le remords et l'épouvante, et dans le cœur de l'innocent opprimé le calmeet la fierté ». Ernest llamel a très bien montré qu'il est absurde de prétendre, comme le veut Ilédouin, trouver dans les vers de Chénier une attaque contre Robespierre; et il eût pu ajouter qu'à supposer que cette attaque s'y trouvât, ou que Robespierre eût cru Ty découvrir, celui-ci n'eût pas été assez naïf pour s'en montrer irrité devant Sarrette.

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