Publié dans la Révolution française du 14 avril
on en fitune prison. Lors du stupide décret d'octobre 1793, ordonnant la destruction des tombeaux et mausolées des ci-devant rois, le commissaire aux plombs de la section de TObservatoire ne manqua pas de se rendre, accompagné d'une bande d'iconoclastes, aux ci-devant Bénédictins anglais. On savait que le dernier des Stuarts y était inhumé », etc.
M. Georges C^inse figure, comme on voit, que le décret ordonnant la destruction des tombeaux des rois de France a été rendu en octobre 179.3. Il se trompe. La mesure dont il parle, et qu'il qualifie de stupide, a été ordonnée par farticle XI du célèbre décret du 1" août 1793. La Convention vota ce décret dans un moment de juste colère, après que Barère, au nom du Comité de salut public, eut mis sous ses yeux, avec la preuve écrite des trahisons royalistes, le tableau des atrocités commises par les ennemis de la République, et en particulier par le gouvernement britannique. Par farticle lY de ce décret, la Convention « dénonce, au nom de f humanité outragée, à tous les peuples, et même au peuple anglais, la conduite lâche, perhde et atroce du gouvernement britannique, qui soudoie l'assassinat, le poison, l'incendie, et tous les crimes, pour le triomphe de la tyrannie et pour l'anéantissement des droits de l'homme » ; par l'article YF, elle envoie JMarie-Aiitoinette devant le tribunal extraordinaire; par l'article XI et dernier, elle ordonne que « les tombeaux et inauso-
lécs des ci-devant rois, élevés dans l'église de Saint-Denis, dans les temples et autres lieux, dans toute rétendue de la République, seront détruits le 10 août prochain ».
Les « destructions » prescrites par ce dernier article commencèrent à Saint-Denis dès le 6 août, sous la surveillance d'un membre delà Commission des monuments. Les restes des rois et des reines furent exhumés, et transportés dans le cimetière de l'église. Les œuvres d'art qui ornaient les mausolées furent soigneusement préservées de toute atteinte; pour en mieux assurer la conservation, la Commission des monuments désignal quatre commissaires, le savant bénédictin Domj Poirier, l'antiquaire et géographe Puthod de Maison rouge, et deux anciens membres de l'Académie de peinture et sculpture, Mouchy et Moreau.l Ces commissaires, accompagnés d'Alexandre Le-J noir, garde du dépôt des monuments constitué] aux Grands-Augustins, se rendirent aussitôt à] Saint-Denis, et l'on aies procès-verbaux de leurs] opérations.
Le 7 septembre suivant, Lequinio se plaignit à| la Convention que la destruction des tombeaux] des rois ne fût pas encore achevée ; il demande que ces monuments, « que la liberté désavoue )),| fussent promptement démolis, « et que les morceaux précieux pour les arts fussent transférés dans la salle des monuments ». L'observation de] Lequinio, renvoyée à la Commission des monuments, lui fut officiellement transmise le 11 oc-
tobrp seulement (20® jour du 1®'' mois de Tan 2®) ; la Commission répondit aussitôt par une lettre signée de son président, L.-A. Mercier, et de son secrétaire, l'abbé Mulot, ex-membre de la Législative, en faisant observer que la cause du retard venait de ce qu' « il a,vait été nécessaire, pour épargner les finances de l'Etat, de faire dresser un aperçu des dépenses indispensables pour la conservation des objets d'art que ces tombeaux renferment », et en assurant la Convention de son zèle ^ Les opérations, néanmoins, durèrent jusqu'a|i^29 nivôse an II (iSjanvier 1794), et même ce fut seulement en 1799 que Lenoir se rendit à l'église Saint-Germain-des-Prés, assisté de Poirier et de Leblond, « pour y faire ouvrir le tombeau de Childebert et le faire transporter de là au Musée des monuments français - ».
La fonte des cercueils de plomb ne fut nullement prescrite par le décret sur la destruction des tombeaux des rois, comme le croit M. Georges Cain, racontant l'exhumation du corps du dernier des Stuarts. La recherche du plomb des cercueils fut une mesure générale, du même ordre que la fonte des cloches, et qui fut rendue indispensable par les nécessités de la guerre : elle s'étendit à tous les tombeaux où l'on croyait
1. Archives nationales, FIT, carton 1326. Voir les Procèsverhau.v du Comité d'instruction publique de la Convention, t. II, p. 610.
2. M. Georpres Cain trouvera tout le détail de ces choses au chapitre XIII du livre ])ien connu d'Eugène Despois, Le Vandalisme révolutionnaire.
pouvoir trouver le précieux métal destiné à fournir des balles aux défenseurs de la Révolution, y compris le tombeau de Bulî'on à Montbard. celui de Racine à Paris, et bien d'autres.
Quant aux décrets rendus en octobre, je n'en vois qu'un qui ait du rapport avec le sujet : c'est celui du 2i octobre 1793 (3® jour du deuxième mois), complétant et expliquant trois décrets antérieurs, du 1®"" août, du 14 septembre, et du 18^ jour du premier mois, qui avaient ordonné l'enlèvement de tous les emblèmes de la royauté et de la féodalité. Ce décret, rendu sur le rapport d'un membre du Comité d'instruction publique, le montagnard Romme, sera difficilement incriminé de tendances iconoclastes; il dit:
« Il est défendu d'enlever, de détruire, mutiler ni altérer on aucune manière, sous prétexte do faire disparaître les signes de féodalité ou de royauté, dans les bibliotbèques. les collections, cabinets, musées publics ou particuliers, non plus que cbez les artistes, ouvriers, libraires ou marchands, les livres imprimés ou manuscrits, les gravures et dessins, les tableaux, bas-reliefs, statues, médailles, vases, antiquités, cartes géographiques, plans, reliefs, modèles, machines, instruments et autres objets qui intéressent les ai'ts, l'histoire et l'instruction. »
Si M. Georges Gain était le premier venu, je n'aurais pas pris la peine de relever son étrange appréciation d'actes de la Convention qu'il paraît imparfaitement connaître. Mais c'est un
membre de la Société do Thistoire de la Révolution, c'est un conservateur du Musée Carnavalet qui a écrit ces choses : et j"ai dû signaler des erreurs et des préjugés qu'on peut s'étonner à bon droit de rencontrer sous sa plume.
iiO.
Il y a une quinzaine d'années, vers 1892. j'allais fréquemment rendre visite, dans le pavillon qu'il occupait au n** 123 du boulevard Montparnasse, à l'éminent chimiste Edouard Grimaux. Ce savant modeste et laborieux — que son attitude courageuse devait plus tard signaler à l'attention au moment de l'affaire Dreyfus — avait reçu en dépôt les papiers de Lavoisier; il s'en était servi pour l'intéressante biographie qu'il avait donnée de l'illustre créateur de la chimie « pneumatique » ^, et pour la publication des tomes V et VI de ses Œuvres (les quatre pre-