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la fête fixée au décadi suivant serait célébrée, non plus au Palais-Royal, mais sous les voûtes de Notre-Dame, et qu'elle aurait le caractère d'une grande manifestation anti-catholique. Un événement considérable venait en effet d'avoir lieu. Le 17 brumaire, à une heure de l'aprèsmidi, l'évoque Gobel et ses vicaires s'étaient présentés au Conseil général du département, assemblé extraordinairement et assisté d'une députation delà commune de Paris, ainsi que d'une députation du département de la Nièvre: et là ils avaient déclaré que, « soumis à la voix de la philosophie, à la volonté du peuple français qui ne permet plus aucune religion dominante, ils venaient abjurer le caractère de prêtre, et déposer leurs lettres de prêtrise dans le sanctuaire des lois ». Le Conseil avait pris acte du décret rendu le 16 par la Convention, portant que « les citoyens ont la faculté d'adopter le culte qui leur convient, et de supprimer les cérémonies religieuses qui leur déplaisent ». Puis, usant aussitôt du droit que lui accordait ce décret, le département avait décidé qu'une « fête patriotique» serait célébrée dans la ci-devant église métropolitaine, le décadi 20 brumaire, à dix heures du matin ; que les musiciens de TOpéra y participeraient; que ceux de la garde nationale, qui devaient jouer ce jour-là au Lycée des Arts, seraient invités à changer leur destination et à se réunir à Notre-Dame. Le Conseil général du département, accompagné de la députation de la
commune et de celle du département de la Nièvre, se rendit ensuite, à deux heures, à la Convention pour lui présenter « le citoyen Gobel et les patriotes qui avaient suivi son exemple ».
Le soir du 17 brumaire, le Conseil général de la commune, réuni en séance ordinaire, reçut communication officielle de l'arrêté du département, et, s'y associant, il décida qu'une statue de la Liberté serait élevée dans la ci-devant église métropolitaine {Moniteur).
La Feuille du salut public et le Journal de la Montagne ne mentionnent pas l'arrêté du département; à lire leurs relations de la séance de la commune (conçues en termes identiques), il semblerait que l'initiative de cette fête appartint à celle-ci * :
Il devait se célébrer décadi prochain une fête en l'honneur de la Liberté, et cette fête devait avoir lieu au ci-devant Palais-Royal ; le Conseil arrête qu'elle aura lieu le même jour dans l'église métropolitaine; arrête, en outre, que tous les musiciens de la garde nationale y chanteront des hymnes patriotiques 2^ et que la statue de la Liberté y sera élevée en place de celle de la ci-devant Sainte-Vierge, impudemment appelée la mère du Sauveur.
\ . En réalité, cette initiative fut prise de concert par le département et la commune, puisqu'une députation de la commune, composée du maire, du procureur, du secrétaire-greffier et de plusieurs officiers municipaux, avait assisté à la séance du Conseil général du département et avait participé à ses délibérations.
2. Les musiciens de la garde nationale étaient des instrumentistes ; mais, dans certaines circonstances, ils devaient être assistés de choristes.
Le maire, Pache, avait écrit d'urgence aux administrateurs des travaux publics pour les informer que « décadi prochain la fête de la Liberté et de la Raison ^ sera célébrée dans la cidevant église de Notre-Dame ». Il ajoutait : « Je ne doute pas que le secrétaire du département ne s'empresse de vous faire passer l'arrêté; cependant, j'ai cru devoir vous en prévenir, afin que vous puissiez faire d'avance les dispositions ^ ».
Avertis dans la journée du 18, les artistes de la musique de la garde nationale, ou, pour leur donner le nom que le décret de la Convention les autorisait désormais à prendre, les musiciens de l'Institut national, firent auprès de la commune une démarche assez singulière : ils sollicitèrent du Conseil général l'octroi de bonnets rouges, distinction que le Conseil accordait à ceux qui l'avaient méritée par leur civisme. Les artistes de l'Opéra, de leur côté, remercièrent
1. On voit ici commencer à se produire la confusion entre les expressions de féie de la LiherLé et de fêle de la Raison, qui ira croissant, si bien qu'on finira par employer indifféremment l'une ou l'autre, suivant les préférences individuelles. Au département, le 17 brumaire, la fête n'est désignée par aucun nom, elle est simplement qualifiée de fête patriotique ; à la commune, le même jour, on l'appelle la fêle de la Liberté qui, au lieu d'être célébrée au Palais-Royal, doit se faire à Notre-Dame ; le maire la nomme fête de la Liberté et de la iîaison; enfin, le lendemain 18, les artistes de l'Opéra, écrivant à la commune (voir ci-aprèrs), se serviront des mots de fête de la Raison, fête dans laquelle, ajoutent-ils, « on offrira à la Liberté les restes des préjugés du fanatisme ».
2. Lettre autographe de Pache, analysée dans le Catalogue d'une iinportante collection de documents autographes et historiques sur la Révolution française, Paris, Gharavay, 1862, p. 144.
pour l'invitation qui leur avait été adressée. On lit ce qui suit dans le compte-rendu de la séance de la commune du 18 au soir :
« Sur la demande des citoyens composant le corps de musique de la force armée parisienne, le Conseil général arrête qu'il leur sera donné à chacun un bonnet rouge, en témoignage du patriotisme qu'ils ont toujours montré ^
Les artistes de l'Opéra remercient le Conseil de l'invitation qui leur a été faite de participer à la fête de la Raison qui doit avoir lieu le jour de la seconde décade, dans la ci-devant église métropolitaine, où l'on offrira à la Liberté les restes des préjugés du fanatisme 2. »
La seule relation un peu complète que l'on possède de la fête du 20 brumaire est celle des Révolutions de Paris, attribuée à Momoro, qui, à ce moment, était président par intérim du département. Quoiqu'elle soit bien connue, je demande la permission d'en reproduire les passages essentiels; il importe,, pour la clarté de ce qui va suivre, de les remettre sous les yeux du lecteur :
1. Cette distinction ayant été demandée par ceux qui l'obtinrent, il faut ^ien admettre que les membres de l'Institut national de musique, Gossec, Méhul, Lesueur, Catel, Jadin, Duvernoy, Devienne, Lefévre, Ozi, etc., portèrent réellement le bonnet rouge qui leur avait été donné ; c'est donc la tête ornée de cette coiffure qu'ils figurèrent le surlendemain à la cérémonie de Notre-Dame