Mémoires de Baisas, t. I", p
Chaumette est, parmi les hommes de la Révolution, un de ceux qui ont été le plus en butte aux haines posthumes, et sur le compte desquels on a le plus inventé de fables ridicules. Je veux montrer l'un de ses calomni-ateurs pris en flagrant délit d'inexactitude, dans une circonstance où les documents permettent — ce qui n'est pas toujours le cas — de constater la fausseté des faits imputés au calomnié qui n'était plus là pour se défendre.
Dans le premier rapport sur les destructions opérées par le vandalisme, présenté à la Convention par l'évêque Grégoire le 14 fructidor an II, — un mois après les sanglantes exécutions qui firent tomber les têtes d'une centaine de mem-
1. Lecture faite à l'assemblée générale de la Société de rhistoire de la Révolution, à la Sorbonne, le 14 mars 1897.
bres de la commune de Paris., — on lit cette phrase : .
Ghaumette, qui faisait arracher des arbres sous prétexte de planter des pommes de terre, avait fait prendre un arrêté pour tuer les animaux rares que les citoyens ne se lassent point d'aller voir au Muséum d'histoire naturelle.
Personne ne protesta contre l'injurieuse allégation de Grégoire. L'histoire a enregistré la double accusation, et, aux yeux de la postérité, Ghaumette est resté bel et bien convaincu :
1° D'avoir fait arracher les arbres des jardins de Paris, sous le prétexte de planter des pommes de terre ;
2" D'avoir fait prendre un arrêté pour tuer les animaux rares de la ménagerie du Muséum.
Nous allons voir ce qu'il en est de l'une et de l'autre de ces accusations.
Pour suivre l'ordre chronologique, nous devons commencer par l'allégation relative à la ménagerie.
Dans sa séance du deuxième jour du deuxième mois de l'an deuxième, le Gonseil général de la commune de Paris prit un arrêté que les Affiches de la Commune rapportent en ces termes :
Le procureur de la commune, après avoir exposé les dangers de l'exposition des ours blancs, panthères, etc.,
requiert que ces animaux soient relégués dans le cabinet d'histoire naturelle, en indemnisant le propriétaire, ou que ces 9.nimaux soient tués i.
Quel motif détermina Ghaumette à faire cette proposition? Nous l'ig-norons. Il est probable qu'un incident qui ne nous est pas rapporté avait eu lieu; des plaintes s'étaient sans doute produites, et le procureur de la commune avait été amené à penser que l'exhibition d'animaux féroces sur les places offrait un danger pour la sécurité publique.
L'arrêté du Conseil général prévoyait deux alternatives : ou bien les animaux seraient placés dans le « cabinet d'histoire naturelle », c'est-àdire au Jardin des Plantes, tout récemment transformé en Muséum d'histoire naturelle, et qui n'avait pas de ménagerie encore ^; ou bien
1. Affiches de la Commune, n" 122, da 3 du 2^ mois, l'an 2«. — Le Journal de la Montagne dit : « Le procureur de la commune requiert que tous les animaux dangereux, tels que lions, léopards et autres, que l'on fait voir dans les foires et places publiques, soient tués ou placés à la ménagerie, sauf indemnité. Adopté. » Le Moniteur s'exprime ainsi : « Sur le réquisitoire du procureur de la commune, le Conseil général arrête que tous les animaux dangereux, tels que léopards, lions et autres, que l'on fait voir sur les places publiques, seront tués ou envoyés à la ménagerie à Versailles, sauf indemnité aux propriétaires «.Gomme il n'y avait pas encore de ménagerie à Paris, le rédacteur du Moniteur a cru bien faire d'ajouter, de sa propre autorité, les mots à Versailles, sans s'apercevoir que cette addition était absurde. Le texte des Affiches de la Commune montre bien qu'il s'agissait du Muséum, et l'ordre des administrateurs de police Baudrais et Fontes, dont il sera parlé tout à l'heure et qui fut donné en exécution de l'arrêté du Conseil général, ne laisse aucun doute sur ce point.