‹ Etudes révolutionnaires, première-[deuxième] sérieChapitre 5 sur 79 · Bernardin de Saint-Pierre, qui avait succédé au mar · texte numérisé non relu

Bernardin de Saint-Pierre, qui avait succédé au mar

ils seraient tués. Mais évidemment on ne devait les mettre à mort que dans le cas où il ne serait pas possible de les conserver vivants. En fait, aucun animal ne fut tué ; tous ceux qu'on saisit furent conduits au Muséum.

Ce fut seulement onze jours après la délibération du Conseil g-énéral que les administrateurs du département de police. Baudrais et Fontes, donnèrent, le 13 brumaire,, l'ordre nécessaire pour sa mise à exécution. En vertu de cet ordre, le commissaire de police de la section des Tuileries fît saisir le 14, dans une échoppe place de la Révolution (aujourd'hui place de la Concorde), quatre animaux appartenant à un industriel forain nommé Marchini, un ours blanc, un léopard, une civette et un singe, elles fit conduire au Muséum. Le lendemain ou le surlendemain, deux autres convois d'animaux arrivèrent encore au Jardin des plantes : c'étaient un ours blanc, deux mandrils et un vautour, appartenant au citoyen Louzardi; un chat-tigre, deux agoutis et deux aigles, appartenant au citoyen Henry.

J'ai retrouvé aux Archives nationales le procès-verbal de saisie des animaux appartenant à Marchini. Yoici cette pièce curieuse^ :

quis de la Billarderie, en juillet 1792, comme intendant du Jardin du roi, et qui conserva ces fonctions jusqu'au décret du 10 juin 1793 organisant le Muséum d'histoire naturelle, avait, dans un mémoire adressé à la Convention, demandé la translation au Jardin des plantes des quelques animaux formant la ménagerie du château de Versailles ; mais cette proposition n'avait pas eu de suite. 4. F17, carton 1130. Cette pièce a été publiée au tome II des

Progês-verbal.

Le quatorzième jour de brumaire, l'an deuxième de la République française, une et indivisible, en exécution d'un ordre de l'administration de police bu date d'hier, dûment en forme, scellé et |signé Baudrais et Fontes, administrateurs du département de police, portant que les animaux vivants qu'on fait voir à la place de la Révolution et autres places publiques seront enlevés, sauf à indemniser les propriétaires, et ces animaux seront conduits à l'instant au Jardin des Plantes où ils seront payés ainsi que les cages qui les renferment et que les propriétaires recevront en outre une indemnité qui puisse leur permettre de gagner autrement leur vie; ledit ordre demeure annexé au présent procès-verbal. Pour mettre ledit ordre à exécution, nous, Simon-Toussaint Charbonnier, commissaire de police de la section des Tuileries, accompagné du citoyen Flexinville, commissaire du comité civil de ladite section, nous sommes transporté place de la Révolution en sortant du pont-tournant à gauche, dans une échoppe dans laquelle il y avait quatre animaux étrangers vivants, appartenant au citoyen Dominique Marchini, rue de Lille, n° 633, section de la Fontaine de Grenelle, auquel parlant nous lui avons donné lecture dudit ordre et l'avons sommé de s'y conformer, à quoi il a obéi et nous a obsei'vé que le lion marin < lui coûte quatre mille livres, le léopard lui coûte dix mille livres, la civette lui coûte deux mille livres, et le petit singe deux cents livres, que tous les ustensiles, cages et voitures servant à transporter les lits animaux lui coûtent cinq cents livres, ce qui fait un total de seize mille sept cents livres; nois observe en outre que c'é-

Procès-verbaux dit Comité d'instruction publique de la Convention nationale, Paris, 1894 (p. 818), ainsi que la lettre de Desfontaines qu'on trouvera plus loin (Ibid., p. 816.) 1. C'est l'ours blanc que le procès-verbal appelle ainsi.

tait la seule ressource qu'il eût pour gagner sa vie ainsi qae le nommé Rémi Amet qui pansait ordinairement ces quatre animaux, s'offrant l'un et l'autre d'avoir soin desdits animaux, étant très familiers avec eux et connaissant parfaitement tout ce qui peut être nécessaire à leur conservation, et nous ont invité de prier les citoyens administrateurs du département de police de les recevoir pour avoir soin desdits animaux; que les aj^ant fait conduire devant le comité, nous les avons remis au citoyen caporal de garde au poste de la rue Sainte-Nicaise pour, en conformité dudit ordre, les conduire au Jardin national des plantes, lequel [caporal] s'en est chargé et a signé, dont et tout ce que dessus nous avons dressé le présent procès-verbal pour servir et valoir auxdits citoyens Marchini et Amet ce que de raison,'et ont les susnommés signé avec nous. La minute est signée : Laborier, caporal de garde ; Charbonnier et Chambellan, secrétaire de police, et Flexinville.

Four copie conforme :

Signé: Charbonnier, commissaire de police.

Les professeurs du Muséum n'avaient nullement été consultés au sujet de l'envoi de ces animaux; aussi furent-ils fort surpris et assez embarrassés du présent inattendu qu'on leur faisait : ils ne savaient où loger leurs nouveaux hôtes, et n'avaient pas d'argent pour les nourrir et pour indemniser les propriétaires. Ils s'adressèrent au Comité d'instruction publique, le 16 brumaire, pour lui demander ce qu'ils devaient faire. Voici la lettre qu'écrivit le botaniste Desfontaines, leur secrétaire, lettre que j'ai retrouvée dans un carton des Archives nationales, comme le procès-verbal de saisie:

Lettre de Desfontaines au président DU Comité d'instruction publique.

An citoyen Guy ton- M or veau, président du Comité d'instruction publique.

Paris, le 16 brumaire, l'an 2« de la République une et indivisible.

Citoyen président, La commune de Paris a i^ris un arrêté dans une de ses dernières séances, sans que nous l'ayons sollicité, qui porte que les animaux vivajits que l'on fait voir aux boulevards, surlesplacespubliques et autres lieux, seront enlevés et conduits au Muséum national d'histoire naturelle. En conséquence et d'après un ordre particulier de l'administration de police de la section des Tuileries énoncé au procès-verbal dont la copie est ci-jointe i, on nous a envoyé au Muséum, le 14 brumaire, quatre animaux vivants, savoir : une panthère, une civette, un singe et un ours marin 2, que le citoyen Marchini, à qui ils appartiennent, faisait voir à la place de la Révolution. Nous prions le Comité d'instruction publique de vouloir bien nous faire connaître le plus tôt qu'il lui sera possible la conduite que nous devons suivre à cet égard. Il y a sous les galeries du Muséum un local où ces animaux peuvent être logés provisoirement en y faisant les réparations convenables, et ce lieu est même r.ssez vaste pour en recevoir un plus grand nombre si l'on en amène encore d'autres

1. Cette phrase de Desfontaines présente les clioses d'une façon inexacte ; il eût fallu dire : « d'après un ordre particulier de l'administration de police, adressé au commissaire de police de la section des Tuileries et énoncé au procès-verbal dont la copie est ci-jointe ».

2. Cet animal, dénommé « lion marin» dans le procèsverbal du commissaire, est appelé u ours blanc » dans une seconde lettre de Desfontaines, du 17 frimaire.

et si le Comité d'instruction publique juge convenable de les conserver. Il n'est pas douteux qu'une collection d'animaux vivants ne puisse être très avantageuse à l'instruction publique et au progrés de l'histoire naturelle, et que ce ne soit un moyen d'acquérir et de multiplier sur le territoire de la République française plusieurs espèces utiles qui n'existent encore que dans les pays étrangers ; mais c'est au Comité à peser dans sa sagesse si ces avantages peuvent se concilier avec les besoins actuels de la République.

D'après l'estimation que nous avons faite, les quatre animaux qui ont été conduits au Muséum coûteront douze livres par jour y compris le paiement de celui qui sera chargé de les soigner. Nous ne pouvons offrir aujourd'hui au Comité aucun aperçu de la dépense que pourraient occasionner ceux qui doivent encore nous être envoyés, n'en connaissant ni le nombre ni les espèces.

Nous prenons la liberté de faire observer que les frais qu'occasionneront les animaux vivants, si le Comité juge convenable de les conserver, ne peus^ent être }3ris sur les fonds affectés à l'établissement, parce que dans ce moment on est obligé d'user de la plus grande économie pour qu'ils puissent suffire aux dépenses actuelles qui sont devenues plus considérables par l'agrandissement des galeries, par la cherté de la maind'œuvre et de toutes les denrées.

Salut et fraternité.

Le citoyen Desfont aine s, secrétaire du Muséum d'histoire naturelle.

P. S. — A l'instant où j'allais fermer cette lettre, j'apprends qu'il est encore arrivé au Muséum un chattigre, un ours marin mâle, deux singes mandrils et trois aigles i.

i. Ce sont des animaux appartenant à Louzardi et à Henry que Desfontaines, dans sa hâte, énumére d'une façon

Le 21 brumaire, le Comité d'instruction publique nomma Basire et Prunelle « commissaires pour se rendre au Muséum d'histoire naturelle et conférer sur l'utilité d'y faire conserver plusieurs animaux vivants ^ ». Les commissaires posèrent à l'assemblée des professeurs les quatre questions suivantes : « 1° A quelle somme s'élèvera la dépense nécessaire pour disposer le local destiné à recevoir provisoirement les animaux vivants? 2° Quelle est la valeur des animaux

inexacte et incomplète. Dans sa lettre du 17 frimaire, il en donne la liste suivante : « Animaux appartenant au citoyen Louzardi : un ours Liane, deux mandrils, un vautour ; animaux appartenant au citoyen Henry : un chat-tigre, deux agoutis, deux aigles ».

1. M. Isidore Geoffroy Saint-Hilaire, dans son livre intitulé Vie, travaux et doctrine scientifique de Geoffroy Saint- Hilaire (Paris, 1847), prétend que les professeurs du Muséum ot s'adressèrent à Lakanal, qui obtint de la Convention la construction de quelques loges ». L'habitude de tout rapporter à Lakanal a induit ici l'écrivain en erreur. Lakanal avait, le 10 juin 1793, fait voter à la Convention le décret constitutif du Muséum; mais, depuis le 17 du premier mois (8 octobre), il se trouvait à Bergerac en mission, et il y resta dix mois (jusqu'en thermidor an II). 11 fit, il est vrai, une courte apparition à Paris dans la première décade de nivôse, et, pendant ce séjour, alla visiter le Jardin des Plantes; nous lesavons par unelettrequeluiécrivit Desfontaines, le 11 nivôse, pour lui transmettre une délibération de l'assemblée des professeurs du Muséum, qui était un témoignage de reconnaissance adressé au rapporteur du décret du 10 juin. Desfontaines ajoute: « J'ai appris avec bien de la peine que vous alliez encore vous éloigner de nous pour quelque temps ; votre absence est une perle pour notre établissement, dont vous avez été le plus ferme appui et qui aurait encore bien besoin de vos conseils ». (Lettre publiée dans V Exposé sommaire des travaux de Josep/i Lakanal, Paris, 1838, p. 223.) Mais ni à ce moment, ni durant un second séjour à Paris, qu'il fit à la fin de germinal, Lakanal ne fut chargé par le Comité d'instruction publique de s'occuper de la ménagerie.

envoyés au Muséum? 3° Combien en coûtera-t-il par jour pour nourrir ces animaux? 4° Combien coûterait l'acquisition du bâtiment de la Régie avec un terrain adjacent,, dans le cas. où la Convention nationale se déciderait à former une ménagerie ? » Desfontaines répondit à ces questions par une lettre en date du 17 frimaire (publiée dans les Procès-verbauœ du Comité d'instruction publique de la Convention, t. II, p. 818). Dès la réception de cette réponse,, le Comité d'instruction publique s'occupa activement de la question de la ménagerie. Le 19 frimaire, il désigna Romme pour remplacer Basire (qui avait été mis en état d'arrestation le 27 brumaire) ; et les deux commissaires. Prunelle et Romme,, rédigèrent un projet de rapport à la Convention dont j'ai retrouvé la minute,, de la main de Prunelle, dans un carton des Archives K En voici le texte, qui est inédit :

La municipalité de Paris ayant conçu des craintes relativement à quelques animaux féroces enfermés dans des cages légères et que l'on offrait à la curiosité du puLlic, l'administration de police prit un arrêté le 13 Ijrumaire pour que ces animaux fussent conduits au Muséum d'histoire naturelle: en conséquence, ces animaux y furent déposés le 14.

Les professeurs du Muséum firent part de ce dépôt au Comité d'instruction publique. Avant de vous en rendre compte, votre Gomit3 a voulu connaître ce qu'il en pourrait coûter à la nation pour indemniser les Ijropriétaii'es de ces animaux, i^our établir les loges

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