Il avait été arrêté comme hébertiste le 5 germinal
2. L'édition in-4°, donnant les parties vocales et les parties d'orchestre, ne parut qu'en fructidor, dans la sixième livraison de la Musique à l'usage des fêtes nationales.
l'apprend un document d'archives (Archives nationales, F ^^ 1291). Or, il existe deux éditions différentes, in-8°, du Chant du Départ, dans deux tirages successifs destinés à la quatrième livraison (messidor) de VOaorage périodique de chansons et romances civiques: dans l'une de ces éditions,, le nom du poète est remplacé par trois étoiles, celui du musicien est seul indiqué ^; l'autre édition, au contraire, donne le nom de M.-J. Chénier à côté de celui de Méhul. Les cent exemplaires gravés fournis pour le concert du 16 messidor appartenaient au premier tirage, c'est-à-dire à l'édition anonyme. Mais dix jours après, au concert du 26 messidor (14 juillet), le Chant du Départ était exécuté de nouveau, et cette fois Chénier était désigné comme l'auteur des vers sur l'hymne gravé, dont il fut fait un nouveau tirage, à 8000 exemplaires (lettre de Sarrette à la Commission executive de l'instruction publique, du 25 messidor, citée par M. Constant Pierre); le Journal de Paris du lendemain contenait cette annonce: « On trouve au Magasin de musique... les morceaux suivants exécutés au concert du peuple hier 26 messidor: la Bataille de Fleurus, de Lebrun et Catel; le Chant du Départ, de Chénier et Méhul... »
Si Chénier, au moment où son hymne fut gravé pour la première fois, avait tenu à garder l'anonyme, c'est bien certainement parce qu'alors il
1. Constant Pierre, Musique exécutée aux fêtes nationales de la Révolution française, p. 69.
s'était cru menacé; on sait qu'après le 22 prairial il avait quitté son domicile, et qu'il avait demandé l'hospitalité à Sarrette. à l'Institut national de musique, où il fut logé dans la chambre occupée habituellement par Catel ^ Au concert du 16 messidor, on exécuta donc le Citant du Départ sans que Fauteur des paroles fût désigné; mais Ghénier se sentit bien vite rassuré par l'accueil fait à l'hymne nouveau, tant à Paris qu'à l'armée (car on ne lui laissa pas ignorer, sans doute, que ses vers avaient été chantés sur le champ de bataille deFleurus); et c'est pourquoi, quand on dut procéder à un nouveau tirage, il jugea qu'il pouvait sans inconvénient se faire connaître. Lors donc que le poète a. écrit, en 1802, qu'il « fut contraint de IdÀ^^Qv longtemps anonyme le Chant du Départ », il a exagéré : l'anonymat n'a pas duré plus d'un mois.
P. S. — Au dernier moment, une lettre de M. Constant Pierre m'api^rend que, depuis la publication de
1. Ghénier a dit, dans l'Epître dédicatoire de son Fénelon (1802), que, « un mois avant la chute du tyran populaire, des hommes, qui vivaient encore, avaient sollicité devant lui, dans un comité redoutable, un décret d'accusation contre lui ». Le Comité dont il s'agit ne peut être que le Comité de sûreté générale ; quant à ceux que Ghénier signale comme ses persécuteurs, et qui «vivaient encore » en 1802, ce sont évidemment des conventionnels montagnards. Il résulterait de ce passage que ce sont les terroristes du Comité de sûreté générale dont Ghénier crut avoir à redouter les rigueurs. Gomme il place cet incident « un mois avant la chute dn tyran », c'est-à-dire dans les premiers jours de messidor, il ne peut pas être question de l'affaire de Timoléon, qui eut lieu en floréal.
son ouvrage de 1893, il a modifié son opinion en ce qui concerne le crédit àaccorder au témoignage d'Arnault. Au sujet du récit qui fait la composition de la m^usique du Chant du Départ contemporaine des répétitions de Mélidore etPhrosine, il a écrit dans sa Bibliographie des hymnes de la Révolution (sous presse i) : « Bien qu'elle puisse semi3ler un peu prématurée, cette date n'est cependant pas inadmissible ». Et quant à l'exécution sur le champ de bataille deFleurus, il ajoute : « Composé à Paris depuis la période indiquée (avril-mai), le Chant du Départ pouvait être, en effet, exécuté un mois après à l'armée de Sambre-et-Meuse ». Je suis enchanté de me voir d'accord-sur ces deux points avec le très méritant éditeur du beau recueil Musique des fêtes et cérémonies de la Révolution française.
1. Cette Bibliographie a paru depuis, sous le titre Les Hymnes et Chansons de la Révolution, Paris, 1904,