‹ Etudes révolutionnaires, première-[deuxième] sérieChapitre 64 sur 79 · Le premier vers · texte numérisé non relu

Le premier vers

« Triomphe au magistrat qui sait mourir pour elle », fut remplacé par celui-ci :

« Triomphe à tout Français qui sait mourir pour elle » ; et le huitième :

« Nouveau peuple français, marche sous son enseigne », par celui-ci :

« Peuple républicain* marche sous son enseigne »,

patriotique », imprimé ainsi à la veille de la fête de l'Etre-suprême, n'est autre chose que V Hymne à la Raison de M.-J. Chénier et Méhul, qui avait été chanté le 10 frimaire an 11 dans la ci-devant église Saint-Roch ^

Eh bien, je me suis demandé si — de même que Méhul, avec l'agrément de ses confrères de rinstitut national de musique, et d'accord avec le poète Chénier, avait remis en lumière un Hymne à la Raison écrit l'automne précédent, auquel l'auteur des paroles avait fait des corrections et ajouté des strophes nouvelles pour le transformer en une adhésion au culte de l'Etresuprême — Gossec n'a pas pu avoir la pensée d'utihser la musique de V Hymne à la Liberté pour la faire chanter à la fête de l'Etre-suprême sur des paroles nouvelles.

Le Plan de David n'avait prévu, au Champ de Mars, qu'une seule grande manifestation musicale populaire, les trois strophes chantées sur la montagne et répétées par le peuple entier. Mais la Commission executive de l'instruction publique, d'accord avec Barère et avec Chénier, ajouta au programme un numéro de plus : un

1. M. A. Lieby, dans un article {Révolution française du 14 janvier 1903) intitulé l'Hymne à la Raison de M.-J. Chénier adapté au culte de l'Etre-suprême, a indiqué les changements que le poète a fait subir à son Hymne à la Raison, du 10 frimaire, pour l'adapter, en prairial, aux circonstances nouvelles. Il parut bon à Chénier, en outre, de changer le titre de son œuvre en celui d'Hymne patriotique ; et, la prudence l'emportant sur l'araour-propre de l'auteur, il crut devoir, tandis que Méhul était nommé comme le compositeur, s'abriter, lui, soas le couvert de l'anonyme.

hymne à la Divinité exécuté par le corps de musique. Je suis tenté de croire que la musique de cet hymne était toute prête, que ce n'était pas autre chose que celle de VHymne à la Liberté chanté le 20 brumaire à Notre-Dame, et que c'était Gossec lui-même qui, ne doutant de rien, avait eu l'idée de faire exécuter cette belle composition, avec de nouvelles paroles, dans un nouveau cadre, plus grandiose encore que le premier. On sait que le « grand chœur » de Gossec se compose de deux mouvements : un Larghetto, à^\}XiQ>2iVd,ç,ihvç^TQM^\Q\xx, et un Mouvement animé de marche; et on aura pu s'étonner que cette Marche, avec ses accents guerriers, figurât dans une invocation à PEtre-suprême? La chose s'explique tout naturellement, si la musique de ce « grand chœur » a été primitivement celle àe VHymne à la Liberté. Cet Hymne à la Liberté de Chénier débute par une invocation à la déesse :

Descends, ô Liberté, fille de la nature, etc.;

mais il se termine par deux strophes belliqueuses :

Au peuple souverain tous les rois font la guerre. Qu'à tes pieds, ô déesse, ils tombent désormais ; Bientôt sur le cercueil des tyrans de la terre Les peuples vont jurer la paix.

Guerriers libérateurs, race puissante et brave, Armés d'un glaive humain, sanctifiez l'effroi ! Terrassé par vos coups, que le dernier esclave Suive au tombeau le dernier roi !

Dans l'hypothèse où je me place, Chénier, pour entrer dans les vues de Gossec, dut écrire son Hymne à V Etre-suprême en « parodiant » exactement l'hymne de brumaire, non seulement pour la coupe des vers, mais pour le double caractère à donner aux paroles. Il écrivit des strophes religieuses pour le Larghetto \ ce furent les vers si connus :

Source de vérité, qu'outrage l'imposture, etc. ;

et il termina par des strophes guerrières qu'on connaît moins, parce que le poète les a supprimées dans l'édition de ses Poésies lyriques publiée en l'an V; elles étaient destinées à être chantées sur la musique du Mouvement animé de marche, et, dans la partition manuscrite qui se trouve au Conservatoire, on peut les lire sous les notes de ce Mouvement :

A venger les humains la France est consacrée ; Sois toujours Tallié du peuple souverain, Et que la République, immortelle, adorée, Ecrase les trônes d'airain.

Anéantis des rois les ligues mutinées ; De trente nations taris enfin les pleurs : De la Sambre au Mont-Blanc, du Var aux Pyrénées, Fais triompher les trois couleurs 1

Je n'entrerai ici dans aucun développement au sujet de cette hypothèse, que je me borne à indiquer sans insister. J'ajouterai seulement ceci : si cette supposition se trouvait juste, on n'aurait plus à se demander comment s'est faite

cette chose étrange, que la musique de V Hymne à la Liberté ait disparu sans laisser de trace ; cette musique n'aurait pas disparu, elle serait devenue celle de V Hymne à V Etre-suprême (grand chœur). Il n'y aurait pas eu besoin, en prairial, de faire copier les parties d'orchestre de cette composition (voir p. 231, n. 2), puisque ces parties existaient déjà. On comprendrait mieux, en outre, la répugnance que dut avoir Robespierre à laisser exécuter à la fête de l'Etre-suprême l'hymne que Barôre, Chénier et Gossec avaient cru pouvoir faire figurer au programme sans inconvénient. On comprendrait aussi comment il a été possible que les vers de Chénier, une fois adoptés par le Comité de salut public, n'aient été envoyés officiellement que le 15 prairial (missive signée Barère, Carnot et Robert Lindet, mentionnée par Zimmermann) à l'Institut national pour être mis en musique * : c'est que la musique était déjà composée ^

1. J'avais, au tome IV des Procès verbaux du Comité d'instruction publique de la Convention, rejeté comme inadmissible cette date du 15 prairial (voir ci-dessus, p. 244); elle le serait en effet, si l'hymne de Chénier, à cette date, n'eût pas encore eu sa musique.

2. Le fait, découvert par M. Constant Pierre, que la musique qui devait être chantée le 20 prairial sur les paroles de Chénier comprenait, non pas deux morceaux, mais quatre, ne contredit pas nécessairement mon hypothèse ; il oblige seulement à la compléter sur un point de détail. UHymne à la Liberté du 20 brumaire n'aurait fourni que le premier et le quatrième morceaux, les seuls dont le caractère s'adapte au contenu de ses six stances ; les second et troisième morceaux, en ut mineur, auraient été ajoutés en prairial par Gossec. {Note écrite en 4908.)

L'autre hypothèse, je l'ai dit, est relative à l'origine du Chant du Départ.

Dans le Plan de la fête. à l'Etre-suprême lu à la Convention par David, le 18 floréal, se trouve esquissé le canevas d'un grandiose poème lyrique, dont le théâtre devait être le Champ de Mars rempli d'un peuple innombrable, avec la montagne symbolique sur laquelle seraient groupés les représentants du peuple et les deux mille quatre cents délégués des sections parisiennes :

Une montagne immense devient l'autel de la Patrie; sur sa cime s'élève l'arbre de la Liberté ; les représentants s'élancent sous ses rameaux protecteurs ; les pères avec leurs fils se groupent sur la partie de la montagne qui leur est désignée ; les mères avec leurs filles se rangent de l'autre côté; leur fécondité et les vertus de leurs époux sont les seuls titres qui les y aient conduites. Un silence profond règne de toutes parts : les accords touchants d'une musique harmonieuse se font entendre. Les pères, accompagnés de leurs fils, chantent une première strophe : ils jurent ensemble de ne plus poser les iirmes qu'après avoir anéanti les ennemis de la République : tout le peuple répète la finale. Les filles, avec leurs mères, les yeux fixés vers la voûte céleste, chantent une seconde strophe : celles-ci promettent de n'épouser jamais que des hommes qui auront servi la patrie; les mères s'enorgueillissent de leur fécondité : « Nos enfants, disent-elles, après avoir purgé la terre des tyrans coalisés contre nous, reviendront s'acquitter d'un devoir cher à leur cœur ; ils fermeront la paupière de ceux dont ils ont reçu le jour ».

Le peuple répète les expressions de ces sentiments sublimes, inspirés par l'amour sacré des vertus.

Une troisième et dernière strophe est chantée par le peuple entier. Tout s'émeut, tout s'agite sur la montagne : hommes, femmes, filles, vieillards, enfants, tous font retentir l'air de leurs accents. Ici, les mères pressent les enfants qu'elles allaitent; là, saisissant les plus jeunes de leurs enfants mâles, ceux qui n'ont point assez de force pour accompagner leurs pères, et les soulevant dans leurs bras, elles les présentent en hommage à l'auteur de la nature ; les jeunes filles jettent vers le ciel les fleurs qu'elles ont apportées. Au même instant et simultanément, les fils, brûlant d'une ardeur guerrière, tirent leurs épées, les déposent dans les mains de leurs vieux pères; ils jurent de les rendre partout victorieuses; ils jurent de faire triompher l'égalité et la liberté contre l'oppression des tyrans. Partageant l'enthousiasme de leurs fils, les vieillards ravis les embrassent, et répandent sur eux leur bénédiction paternelle.

Je ne puis m'einpêcher, en lisant ces phrases enflammées de David, de songer au Chant du Départ, Je retrouve ici, parfois textuellement, les idées que Chénier a exprimées dans ses vers sonores.

David écrit :

Ils jurent ensemble de ne plus poser les armes qu'après avoir anéanti les ennemis de la République... Les fils tirent leurs épées, ils jurent de les rendre partout victorieuses, ils jurent de faire triompher la liberté et l'égalité contre l'oppression des tyrans.

Chénier chante :

...Nous jurons à nos pères...

D'anéantir les oppresseurs.

Les Français donneront au monde Et la'paix et la liberté.

David :

Les filles promettent de n'épouser jamais que des hommes qui auront servi la patrie.

Chénier :

Si pour s'unir un jour à notre destinée Les citoyens forment des vœux, Qu'ils reviennent dans nos murailles, Beaux de gloire et de liberté...

David : "

■ Les mères s'enorgueillissent de leur fécondité...

Chénier :

Nous vous avons donné la vie, Guerriers, elle n'est plus à vous...

Nos voix chanteront votre gloire, Nos flancs porteront vos vengeurs.

David :

Nos enfants, après avoir purgé la terre des tyrans, reviendront s'acquitter d'un devoir cher à leur cœur ; ils fermeront la paupière de ceux dont ils ont reçu le jour.

Chénier :

Et rapportant sous la chaumière Des blessures et des vertus, Venez fermer notre paupière Quand les tyrans ne seront plus.

Le Plan que David lut le 18 floréal à la Convention n'avait certainement pas été improvisé.

Délégué (lès le 3 floréal par le Comité d'instruction comme un de ses commissaires auprès du Comité de salut public, David s'était abouché avec Barère et avec Robespierre, et sans doute il dut s'entretenir aussi avec Chénier^ le poète désigné des grandes fêtes républicaines. David donna-t-il des idées à Chénier, ou en reçut-il de lui? Je l'ignore : mais je crois qu'on doit attribuer à une source unique d'inspiration et les vers du Chant du Départ (qui fut écrit en floréal) et les tableaux décrits dans le Plan de David.

Je suis disposé à me représenter les strophes du Chant da Départ^ chantées alternativement par les mères, les vieillards, les épouses, les jeunes filles, les guerriers, comme une tentative de réalisation de la conception qui sera énoncée également dans le Plan : elles auraient été écrites, et mises aussitôt en musique par Méhul, en vue de la fôte du 20 prairial. Puis, quand les idées de David se furent précisées, et précisées en un projet à la fois colossal comme action . d'ensemble, très succinct comme poésie, et forcément très simple comme musique, on aurait reconnu que le poème de Chénier serait trop long, et surtout que la musique de Méhul — musique savante, avec des formules harmoniques compliquées — serait trop difficile : on se serait alors contenté de Pair de la Marseillaise, et on aurait prié Chénier d'écrire sur cette mélodie connue les trois strophes qui furent effectivement chantées sur la montagne du Champ de Mars, et

qui sont comme une'^version] abrégée du Chant du Départ^,

S'il paraissait trop hasardé d'affirmer qu'en écrivant le Chant du Déparât, Chénier avait espéré le voir exécuter à la fête du 20 prairial,

1, Voici le texte de ces trois strophes :

Les Vieillards et les Adolescents.

Dieu puissant, d'un peuple intrépide

C'est toi qui défends les remparts;

La victoire a, d'un vol rapide.

Accompagné nos étendards.

Les Alpes et les Pyrénées

Des rois ont vu tomber l'orgueil ;

Au Nord, nos champs sont le cercueil

De leurs phalanges consternées.

Avant de déposer nos glaives triomphants, Jurons d'anéantir le crime et les tyrans.

Les Femmes.

Entends les vierges et les mères,

Auteur de la fécondité !

Nos époux, nos enfants, nos frères

Combattent pour la liberté.

Et si quelque main criminelle

Terminait des destins si beaux,

Leurs fils viendront sur des tombeaux

Venger la cendre paternelle.

Avant de déposer vos glaives triomphants, Jurez d'anéantir le crime et les tyrans.

Les Hommes et les Femmes Guerriers, offrez votre courage ; Jeunes filles, offrez des fleurs ; Mères, vieillards, pour votre hommage Offrez vos fils triomphateurs.

Bénissez dans ce jour de gloire Le fer consacré par leurs mains :

Sur ce fer, vengeur des humains, L'Eternel grava la victoire.

Avant de déposer i^^gj glaives triomphants.

Jurons j (^'anéantir le crime et les tyrans. Jurez i

du moins reconnaîtra-t-on, je pense, qu'il y a une étroite parenté entre la page ci-dessus reproduite du Plan de David et l'idée mère de l'hymne de Chénier, et que tout au moins il est juste de dire que le Chant du Départ — baptisé en messidor « Hymne de g-uerre » — avait été écrit à V occasion de cette grande manifestation de lyrisme républicain qui s'appela la fête de l'Etre-suprème.

Cîiénier a été très dur pour David après thermidor. 11 a dit de lui, pendant que le grand peintre était en prison : (( Je sais combien il a été injuste envers les artistes,, et personne ne connaît plus que moi peut-être jusqu'où il a poussé la prévention » (séance de la Convention dh 10 frimaire an III). Il y avait eu brouille entre David et Chénier. soit en messidor, soit déjà peutêtre vers la fin de prairial : c'est ce qui explique comment, pour la fête projetée de Bara et de Viala, dont David fut aussi l'organisateur, les vers de Thymne officiel,, dont Méhul fit la musique, furent demandés à un versificateur obscur, Davrigny. Mais en floréal, on ne prévoyait pas encore les complications politiques qui allaient se produire, et Chénier ne songeait certes pas, au moment où le Comité de salut public prenait la série des arrêtés fameux rédigés par Barère \,

1. 11 s'agit de la série des Arrêtés du Comité de salut public relatifs aux monuments publics, aux arts et aux lettres (arrêtés des 5, 12, 13, 2o, 27 et 28 floréal an II), qui ont été imprimés à part en l'an II en un cahier de 24 pages in-4o.

292 ÉTUDES RÉVOLUTlOxNNAIRES

qu'un jour viendrait où, pour assouvir ses rancunes, il accuserait les dictateurs jacobins de « vandalisme ».

Voilà les deux idées qui nie hantent depuis fort longtemps. Je me risque à les imprimer ; et maintenant je m'attends bien à ce qu'on me démontrera que les preuves décisives font défaut. Je le sais de reste: mais peut-être quelqu'un les découvrira-t-il un jour.

xvjir

COURT REMERCIEMENT A M. A. LIEBY l

L'étude consacrée par M. A. Lieby, dans le dernier numéro de la Révolution française, aux hypothèses que j'ai émises relativement à la musique de VHynine à C Etre-suprême (hymne « à grand chœur »), et à l'origine (mais non pas à la date) du Chant du Départs m'a vivement intéressé. Je ne pouvais espérer de voir le sujet traité avec une plus parfaite connaissance de

1. Dans la Révolution française du 14 novembre 1904, M. A. Lieby avait publié un article intitulé L'origine du « Chant du Départ » et la date de sa coynposition, où il donnait son opinion sur les deux hypothèses émises j)ar moi dans l'étude précédente, et relatives, la première, à la musique de l'Hymne à la Liberté, de Gossec, que l'auteur — selon cette hypothèse — aurait voulu faire entendre de nouveau à la fête de l'Etre-supréme, sur de nouvelles paroles de Ghénier; la seconde, à l'origine du Chant du Départ, qui aurait été composé à l'occasion de la fête de l'Etre-supréme. Il n'est pas nécessaire de résumer ici le nouvel article de M. Lieby : la réponse qu'on va lire, parue le 14 décembre 1904, en fait connaître suffisamment le contenu.

tous les détails de la question. Et, après le minutieux examen qu'en a fait un critique si renseigné, mes deux hypothèses, dans la limite exacte que je leur avais assignée et que j'avais précisée ie plus nettement possihle, me s'emblent commencer à prendre quelque consistance.

Je voudrais dire en peu de mots comment les choses m'apparaissent après la lecture de l'article de M. Lieby.

La première hypothèse — à savoir que Gossec aurait repris la musique de son Hymne à la Liberté, de brumaire an II, pour la faire chanter à la fête de PEtre-suprême ^ sur des paroles nouvelles — réunit, dit M. Lieby, « une grande somme de probabilités », et « il est difficile de ne pas lui reconnaître une très grande vraisemblance ». Il ajoute que les probabilités seraient plus grandes encore, « s'il était possible d'affirmer que Gossec n'avait pas fait servir pour l'hymne de brumaire quelqu'une de ses compositions antérieures, susceptible également de s'y adapter ».

Observation fort juste, et que je sais gré à M. Lieb~y d'avoir faite : car précisément il est « possible d'affirmer », je le crois, que la musique de V Hymne à la Liberté êi^ii nouvelle et n'avait pas

1. Ou, plus exactement, pour essayer de la faire chanter, puisque l'hymne « à grand chœur » fut ensuite rayé du programme définitif.

COURT REMERCIEMENT .\ M, A. LIEBY 295

encore servi. Il y a deux raisons pour cette affirmation. D'une part, nous ne connaissons aucune circonstance antérieure à l'occasion de laquelle Gossec aurait pu composer une musique susceptible de s'adapter à l'hymne en question, comme s'y adaptent le Larglietto et le Mouvement animé de marche qui répondent si bien au caractère différent des premières et des dernières strophes. D'autre part, lorsque, le 18 brumaire an II, l'Institut national de musique exécuta pour la première fois V Hymne à la Liberté dans la salle môme de la Convention, cet hymne fut présenté — c'est du moins mon impression — comme une composition nouvelle, tant pour la musique que pour les paroles, dont l'Institut voulait régaler l'assemblée. « Nous allons, dit Sarrette, vous exécuter l'hymne composée par Chénier, et mise en musique par le Tyrtée de la Révolution, le citoyen Gossec, qui nous accompag"ne. » (Moniteur.)

Quant à la seconde hypothèse, j'ai voulu, comme l'a fort bien remarqué M. Lieby, qu'elle fût « absolument indépendante du témoignage d'Arnault » au sujet de la date de la composition du Chant du Départ. Mon hypothèse, en effet, ne porte pas sur la date, puisque je considère ce point-là comme hors de doute \ mais sur Vorigine du Chant du Départ.

1. Je ne veux pas discuter à nouveau ce point spécial, sur lequel M. Constant Pierre est d'accord avec moi. Je re-

J'ai montré qu'il y a une ressemblance singulière, et qui ne saurait être une coïncidence fortuite, entre « les vers du Chant du Départ et les tableaux décrits dans le Plan de David » pour la fête de l'Etre-suprême. Sur ce point, M. Lieby me donne toute la satisfaction possible, puisqu'il dit: (( M. J. Guillaume a, le premier, je crois, noté de frappants rapports entre diverses strophes du Chant du Départ et le canevas des trois strophes prévues dans le Plan (de David) pour être chantées sur la montagne symbolique du Champ de la Réunion ».

Il ajoute, il est vrai, que cette constatation, « en soi fort juste », a été « prolongée » par moi « en une construction assez aventurée », à laquelle « on ne peut contester une savante exactitude d'arrangement », mais^ qui reste, après tout, un simple c( faisceau, ingénieusement dressé, de possibilités ». Je ne croyais pas avoir échafaudé de « construction » ni dressé de « fais-

garde comme un fait acquis — jusqu'à preuve du contraire — que le Chant du Départ, paroles et musique, fut composé avant le retrait de Timoléon (i9 floréal) et avant la première représentation de Mélidore et Phroslne (17 floréal), c'est-à-dire dans la première moitié de floréal. Le témoignage d'Arnault— qui n'est pas ma seule raison pour penser de la sorte, mais qui vient à l'appui de cette manière de voir — ne me semble pas négligeable, malgré ce qu'il a d'imprécis et même de contradictoire dans certaines de ses parties. M. Lieby, dans une note, me fait dire que « selon mon hypothèse, l'hymne aurait dû être prêt, avec sa musique, avant le mois de floréal ». Je n'ai pas dit cela, et il ne peut y avoir là qu'un lapsus calami de la part de M. Lieby, car lui-même, ailleurs, reconnaît que mon opinion est que le Chant du Départ * fut écrit en floréal ».

COURT REMERCIEMENT A M, A. LIEBY 297

ceau )); j'avais seulement émis une supposition qui n'a rien de « compliqué ^ », ainsi formulée :

« Je suis disposé à me représenter les strophes du Chant du Départ comme une tentative [anticipée] de réalisation de la conception qui [le 18 floréal] sera énoncée également dans le Plan [de David]; elles auraient été écrites, et mises aussitôt en musique par Méhul, en vue de la fête du 20 prairial. »

Cette supposition, « à l'appui de laquelle je n'ai aucune preuve authentique à donner », une fois mise au jour pour en libérer mon imagination « hantée depuis fort longtemps », j'ai eu soin d'ajouter :

« S'il paraissait trop hasardé d'affirmer qu'en écrivant le Chant du Départ, Chénier avait espéré le voir exécuter à la fête du 20 prairial, du moins reconnaîtra-t-on, je pense, qu'il y a une étroite parenté entre la page ci-dessus reproduite du Plan de David et l'idée mère de l'hymne de Chénier ^, et que tout au moins il est just<^ de dire que le Chant du Départ fut écrit à l'occasion de cette grande manifestation de lyrisme républicain qui s'appela la fête de TEtre-suprême. »

On le voit, sans insister sur une première sup-

1. M. Lieby a écrit : « Une telle complication d'hypothèses ne me paraîtrait légitime », etc.

2. J'avais dit, plus haut, à ce sujet : « David donna-t-il des idées à Chénier, ou en reçut-il de lui? Je l'ignore, a

position que je reconnaissais, spontanément, pouvoir être taxée de « hasardée », je m'étais réduit,, comme conclusion, à un minimum : j'avais demandé qu'on voulût bien reconnaître « une étroite parenté entre le Plan de David et l'idée mère de l'hymne de Chénier » ; qu'on admît la légitimité de cette affirmation que le Chant du Départ a dû, tout au moins, être écrit « à l'occasion de la fête de l'Etre-suprême ». C'est à ce minimum,, à cette seconde et nullement aventurée proposition, que j'espérais rallier des suffrages.

Je crois donc pouvoir négliger une foule de points accessoires introduits par M. Lieby dans le débat, — et élucidés par lui avec une sagacité que j'ai plaisir à louer, — parce que ces points sont étrangers à ma thèse finale. Je ne sollicite nullement, pour la supposition « hasardée » que le Chant du Départ aurait pu être écrit en vue de la fête du 20 prairial, une « adhésion » que M. Lieby ne refuse d'ailleurs pas de façon absolue, mais qu'il « donnerait moins volontiers ». Je me tiens à la chose pour moi essentielle, à la proposition que je viens de rappeler : que Chénier écrivit le Chant du Départ à un moment où David et lui avaient déjà échangé ou allaient échanger * des idées sur le programme de la fête de l'Etre-suprême, — que les vers de Ché-

1. « Avaient déjà échangé », si c'est David qui donna des idées à (Chénier ; « allaient échanger » est suffisant, si c'est Chénier qui donna des idées à David.

COURT REMERCIEMENT A M. A. LIEBY 299

nier et les tableaux décrits par David procèdent « d'une source unique d'inspiration ».

Or, cette proposition-là, M. Lieby ne l'accueille pas avec réserve; il la traite, au contraire, comme si elle était démontrée. En effet, mon aimable « collaborateur » écrit que Ghénier « avait mêlé au libre dessin des strophes (du Chant du Départ) le thème poétique adopté par la Convention », et qu'après avoir « fourni les trois strophes commandées, sur l'air des Marseillais, il put être tenté de reprendre, avec la libre ampleur de son inspiration personnelle, le thème qu'il venait de versifier dans un cadre étroitement imposé »; qu' « il importe assez peu que les vers du Chant du Départ aient été écrits avant ou après — je ne me prononce pas sur ce point ^ — ceux des trois strophes »; et, enfin, que l'omission, par Chénier, des trois strophes dans son recueil de l'an V, tandis qu'il y faisait figurer le Chant du Départ « à la place même qu'elles auraient dû y prendre par ordre de date », s'explique par « le souvenir conservé de leur commune origine ».

Je ne crois pas qu'il soit possible d'être plus complètement d'accord avec moi sur ce point qui, dans ma pensée, est le point capital: r«étroite parenté » entre les trois strophes du Plan de David et le Chant du Départ, ou, comme dit M. Lieby, leur « origine commune ». Heureux

1. C'est M. Lieby qui parle. Il admet donc que le Chant du Départ a pu être écrit avant les trois strophes.

d'avoir trouvé un lecteur si judicieux et si bien informé,, il ne me reste qu'à le remercier Je la sérieuse attention qu'il a bien voulu accorder aux idées que j'avais exposées.

UN DERNIER MOT A PROPOS DU " CHANT DU DÉPART " l

M. A. Lieby revient une fois de plus, dans la Révolution française du 14 février 1907, sur la question àuC liant du Départ. Mis en cause à ce propos, je suis assez embarrassé pour répondre, car je n'ose supposer que les lecteurs de cette Revue aient gardé quelque souvenir de mes articles d'octobre 1902, septembre 1903 et décembre 1904, et j'oserais encore moins les prier de les relire. Je ne me sens pas le courage de reprendre un par un tous les détails de la question, et de suivre M. Lieby dans les sinuosités de sa discussion, tout intéressante que je l'aie trouvée. Résolument donc, je laisse de côté tout ce qui me semble accessoire, et, me limitant à l'essentiel,

1. Réponse à un troisième article de M. A. Lieby, paru dans la Révolution française du 14 février 1907, sous ce titre : La date de la composition du « Chant du Départ ». Cette réponse a paru le 14 mars 1907.

je retiens trois points seulement, sur, lesquels je vais présenter quelques brèves observations.

Arnault place la composition de la musique du Chant du Départ à l'époque des répétitions de Mélidore et Phrosine. J'avais dit que ce témoignage n'était pas la seule raison qui m'eût fait admettre « comme un fait acquis, /asga'd preuve du contraire, que le Citant du Départ, paroles et musique, fut composé dans la première moitié de floréal »; sur quoi M. Lieby écrit : « On ne voit cependant pas quelles peuvent être les autres raisons, plus décisives, en faveur de cette opinion ».

Mes « autres raisons » sont au nombre de deux. J'en ai dit une en octobre 1902, en ces termes : « Nulle date ne s'accorde mieux avec le caractère du morceau : c'était le moment où la République remettait en mouvement ses héroïques armées K où la nation s'associait, par la fabrication des armes et du salpêtre ^ à l'effort suprême; l'enthousiasme débordait, la résolution de vaincre était dans tous les cœurs; les républicains, conscients de leur supériorité, mar-

1. Prise d'Oneglia (18 germinal), d'Ormea (28 germinal), combats de Boussu (7 floréal), de Moescroen (9 floréal), prise de Saorgio (10 floréal), etc.

2. Les cours révolutionnaires de l'Ecole des armes et poudres s'étaient achevés le 30 ventôse.

chaient en chantant à un triomphe assuré. Oui, le Chant du Départ signale bien l'ouverture de cette campag-ne du printemps de l'an II, qui allait, par une série de succès inouïs, aboutir si rapidement à la libération du territoire. »

La seconde raison est une conséquence de l'hypothèse que j'ai publiée en 1903 (et que j'avais déjà dans l'esprit depuis un certain temps) sur l'origine du Chant du Départ. Rapprochant l'hymne de Ghénier du rapport de David du 18 floréal, j'ai attribué « à une source unique d'inspiration » les strophes du poète et les tableaux décrits dans le rapport de l'ordonnateur de la fête à l'Etre-suprème; et cela m'a conduit naturellement à penser que c'est en floréal qu'il faut placer les vers de Ghénier, aussi bien que la prose poétique de David.

Je tiens à faire bien remarquer que mon opinion sur la date de la composition du Chant du Départ n'a pas été énoncée sous une forme absolue, mais au contraire avec une restriction expresse : « Je regarde — ^i-je dit — comme un fait acquis, jusqu'à preuve du contraire,.. » Aussitôt que M. Lieby aura administré la preuve du contraire, je m'inclinerai.

Il est beaucoup parlé, dans l'article de M. Lieby, d'un récit fantaisiste dû à la plume du musicien

Ad. Adam, et du commentaire qu'en a fait M. Constant Pierre ^ Dans ce récit, Adam dit que Bernard Sarrette, ami de M.-J. Chénier, « continuait à le cacher chez lui » (après la fête, de l'Etre-suprême). Cette phrase, mal comprise, a donné lieu, de la part de M. Pierre, à une hypothèse selon laquelle Chénier aurait pu se trouver caché par Sarrette dès le mois de floréal. M. Lieby déclare cette hypothèse tout à fait inacceptable, et il a bien raison; mais, comme il n'a pas lu le récit d'Adam, et ne le connaît que par ce qu'en a dit M. Pierre, il n'a pu s'apercevoir que celui-ci avait commis une erreur matérielle. M. Pierre dit d'abord : « D'après Ad. Adam {le Constitutionnel, 2-3 septembre 1848), Sarrette vit, dans le refus de Robespierre [17 prairial] d'accepter VHymne à V Etre-suprême présenté par M.-J. Chénier pour la fête du 20 prairial, la preuve que sa perte était résolue, et il continua de le cacher chez lui ». Puis, plus loin, à propos de la date assignée par Arnault à la composition du Chant du Départ (milieu du floréal), M. Pierre ajoute : « Bien qu'elle puisse paraître prématurée, cette date n'est cependant pas inadmissible; elle s'accorde avec la déclaration de Chénier : « Je fus contraint de laisser long- « temps anonyme le Chant du Départ ^ », qui est

1. Dans son ouvrage Les Hymnes et Chansons de la Révolution ; Paris, Imprimerie nationale, 1904.

2. Cette assertion de Chénier est exagérée, comme je l'ai fait voir {Révolution française d'octobre 1902); dans le premier tirage du texte gravé destiné ù la livraison Je messidor de

elle-même corroborée par l'assertion d'Adam, de laquelle il ressort qu'au moment où VHymne à r Etre-suprême de Desorgues fut substitué à celui de Chénier, c'est-à-dire le 17 prairial, Sarrette continuait à le cacher. »

Or, Adam n'a nullement dit ce que M. Pierre lui fait dire. J'ai recouru au texte original du feuilleton du Constitutionnel, du 2 septembre 1848, et j'ai constaté que M. Pierre n'avait pas lu ce texte avec assez d'attention. Voici le résumé de ce qu'Adam raconte : Lorsque Sarrette, «sorti de prison le 17 prairial » V, fut rentré chez lui,, il y trouva Chénier et Gossec qui l'attendaient; le jour même, appelé au Comité de salut public, il y vit Robespierre, qui refusa de laisser chanter VHymne à FEtre-suprêrne composé par Chénier; et il revint à l'Institut national de musique, consterné de ce qu'il venait d'entendre. « Mon ami, dit-il, en entrant, à Chénier, vous êtes perdu; Robespierre a repoussé vos paroles uniquement parce qu'elles venaient de vous et à cause de vos opinions; il faut fuir la mort qui

l'Ouvrage 'périodique de chansons et ro7na?ices civiques, le nom du poète est remplacé par trois étoiles; mais, dans le second tirage, fait à 8000 exemplaires, avant le concert du i-6 messidor, Chénier est nommé en tontes lettres comme l'auteur des vers. (Voir ci-dessus, p. 272.)

1. Adam ignore, naturellement, que l'arrêté du Comité de sûreté générale ordonnant la mise en liberté provisoire, sous la garde d'un gendarme, de Sarrette (emprisonné le 5 germinal), est du 6 floréal. Ce n'est pas pour laire chanter l'Hymne à l'Etre- suprême que Sarrette fut élargi, mais pour s'occuper de la formation d'un corps de musique destiné à l'armée du Nord. (Voir p. 241 du présent volume.)

VOUS attend. — Fuir, dit Chénier, est-ce possible? — Il y a encore un moyen de sauver votre vie, reprit vivement Sarrette; vous resterez caché ici : le concierge seul vous a vu entrer, et vous savez que nous pouvons compter sur lui... » Ainsi, d'après Adam, ce fut le jour où Sarrette alla au Comité de salut public pour y présenter V Hymne à V Etre-suprême, le 17 prairial, qu'il conçut des craintes pour la vie de Chénier; ce fut ce jour-là, et non à une date antérieure, qu'il lui proposa de le cacher ches lui et qu'il le cacha en effet.

Dans le feuilleton du lendemain 3 septembre, — où se trouvent les mots « qu'il continuait à cacher », cause de l'erreur de M. Pierre, — Adam fait une description grotesque des préparatifs de la fêtedel'Etre-suprême, et de la fête elle-même, puis il continue ainsi : « Robespierre fut enchanté; tout avait réussi au gré de ses souhaits. Sarrette obtint sa grâce entière, et fut enfin délivré de son éternel gardien, qui ne l'avait pas quitté jusque-là ^ Mais, pour être rassuré sur lui-même, ses inquiétudes n'étaient pas moins vives pour Chénier, qu'il continuait et cacher chez lui. Un poète est toujours poète, et, dans l'ennui de la captivité, Chénier composa une des plus belles odes qu'ait inspirées l'ardeur patrio-

1. Autre erreur d'Adam. Sarrette avait obtenu sa libération définitive, la retraite du gendarme qui le gardait et la levée des scellés apposés dans son appartement, dés le 21 floréal, quinze jours après sa libération provisoire, et un mois avant la fête de l'Etre-suprême.

tique : La victoire en chantant nous ouvre la barrière. » •

Le sens des mots : quHl continuait à cacher chez lui ne fait pas question : Sarrette cachait Chénier depuis le 17 prairial seulement, et il continua de le cacher après la fête du W prairial. Par conséquent, l'hypothèse de M. Constant Pierre tombe d'elle-même.

Outre le récit d'Adam, il y a celui d'un certain Zimmermann, publié en 1841 dans la i^/'a/ice musicale, dont M. Pierre et,, à sa suite, M. Lieby. font ég-alement état. Ces messieurs ont relevé, dans les assertions de Zimmermann et dans celles d'Adam, des inexactitudes flagrantes, et, néanmoins, ils se montrent disposés à accepter comme vraisemblables certaines parties des dires de ces chroniqueurs futiles et ignorants. Ces parties sont — il fallait s'y attendre — celles où les deux narrateurs mettent en scène Robespierre de la façon la plus absurde ^ Or, ceux qui ont étudié de près l'histoire intérieure

\. J'ai montré {Révolution française d'octobre 1902) qu'au témoignage de Gliénier lui-même, il n'y eut de persécution dirigée contre lui qu'en messidor, et qu'elle vint du Comité de sûreté générale, non de Robespierre (voir ci-dessus p. 273, note) : ce serait donc en messidor seulement, non en prairial, que Chénier aurait eu à se cacher chez Sarrette. Mais, à ce moment, le Chant du Départ était composé déjà, et appris par les exécutants.

de la Convention et du Comité de salut public savent qu'une légitime suspicion s'attache à tous les récits anti-robespierristes mis en circulation après thermidor. Ces récits ont toujours été forgés après coup; et, en bonne critique, lorsqu'on rencontre une de ces anecdotes tendancieuses, accueillies avec complaisance par tant de littérateurs modernes, où Robespierre est ridiculisé, outragé ou dénigré, on doit l'écarter d'emblée comme inventée ou travestie. Les insulteurs des vaincus de thermidor mentent sans vergogne: cette conviction s'impose à quiconque connaît l'immonde littérature postthermidorienne, dont le public en général n'a aucune idée. C'est quelque chose comme la littérature anti-communarde des journaux et pamphlets versaillais de 1871. Mais aujourd'hui, pour les hommes du 18 mars, un retour d'opinion s'est fait, et Eugène Varlin a sa rue à Paris, — tandis que Robespierre, celui que Michelet salue du titre de « grand homme » au moment où sa tête tombe sous le couteau de la guillotine I, n'aura sans doute jamais la sienne-.

1. « Puis il y eut un coup sourd... Ce grand homme n'était plus ». [Histoire de la Béoolution française, t. VII, p. 520, édition do 1853.) Combien signiticatif ce cri arraché par la force de la vérité au plus acharné des détracteurs systématiques de Robespierre !

2. On trouvera, à la fin du volume, une correspondance écliangée entre j\[. Charles Vellay et moi, à l'occasion des dernières lignes de cet article.

LES SEXTILES DE L'ÈRE RÉPUBLICAINE l

On sait que le calendrier républicain, tout comme le calendrier julien-grégorien, dans la série des années de trois cent soixante-cinq jours, trop courtes d'environ le quart de la durée d'une rotation terrestre (exactement, à l'époque actuelle, — car cette valeur est variable et va en diminuant, — de 5 heures 48 minutes 45 secondes, à une fraction de seconde près), intercalait de temps à autre une année de trois cent soixantesix jours. Dans le calendrier julien-grégorien, le trois cent soixante-sixième jour s'ajoute au mois de février, et l'année où on l'ajoute s'appelle bissextile, pour une raison que je rappelle en note -. Dans le calendrier républicain, il s'a-

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