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à un équiiioxe ou à un solstice, mais neuf ou dix jours après le solstice d'hiver.
Dans ces institutions bizarres on trouve l'empreinte des superstitions et des erreurs qui ont successivement entravé ou même dirigé les réformateurs successifs du[calendrier, Numa, Jules César et Grégoire XIII.
Il raille les raisons qui firent donner ving^thuit jours seulement au mois de février, mois consacré aux dieux infernaux et qui devait avoir un nombre pair de jours,, parce que le nombre pair était malheureux; celles qui firent donner trente et un jours à certains autres mois; et les délibérations du concile de Mcée, et la réforme de Grégoire XIII, dont la grande préoccupation était le placement de la fête de Pâques.
Sans]! doute le calendrier français lui-même (( n'est pas à l'abri de tout reproche »; il n'a pas toute la perfection désirable, « perfection qu'il était si facile de lui donner ». Il a deux défauts essentiels :
Le premier et|le plus grave est la règle prescrite pour Jes sextiles, qu'on a fait dépendre du cours vrai et inégal du soleil, au lieu de les placer à des intervalles fixes. Il^e^i résulte que sans être un peu astronome, on ne peut savoir précisément le nombre des jours qu'on doit donner à chaque année, et que tous les astronomes réunis seraient, en certaines circonstances, assez embarrassés pour déterminer à quel jour telle année doit commencer; ce qui a lieu quand l'équinoxe arrive tout près dc^minuit...
Ce défautj'^peu sensible pour les contemporains, a les conséquences les plus graves pour la chronologie. Il pourrait toutefois se corriger avec facilité', il suffirait de
supprimer l'article 3 de la loi qui a réglé ce calendrier, et d'ordonner qu'à commencer de l'an XVI les sextiles se succéderont de quatre en quatre ans, les années sextiles séculaires de quatre cents ans en quatre cents ans.
Cette correction, réclamée par les géomètres et les astronomes, avait été accueillie par Romme, l'un des principaux auteurs du calendrier; il en avait fait la matière d'un rapport et d'un projet de loi, imprimés et distribués le jour même de la mort de leur auteur, et que cette raison seule a empêchés d'être présentés à la Convention.
Il y a quelque chose de saisissant dans ce rapprochement qui nous montre le rapport de Romme distribué le jour même de sa mort ; mais Reg'naud s'est trompé. Romme a été condamné à mort le 29 prairial; or, son rapport avait été imprimé en floréal (la date de l'impression y est indiquée) : il a donc dû être distribué au commencement de prairial et non à la fin. Mais il n'y a rien d'impossible à ce qu'il ait fait partie de la distribution du 1®^ prairial, c'est-à-dire de la séance même où son auteur était décrété d'arrestation : l'ironie de la destinée serait particulièrement poig-nante, à voir la Convention frapper Fauteur du calendrier républicain précisément le jour où était distribué à l'assemblée le projet de décret par lequel, renonçant à « chercher un point fixe dans les mouvements célestes », il réglait l'ordre des sextiles.
Regnaud passe ensuite au second défaut :
Mais un défaut plus^important du calendrier fran-
çais est dans l'époque assignée pour le commencement de l'année.
L'orateur du gouvernement oublie qu'il vient de dire que le premier défaut était « le plus grave». Pourquoi juge-t-il maintenant le second défaut « plus important » que l'autre? On le devine : c'est que l'époque à laquelle commençait l'année, dans le nouveau calendrier, perpétuait le souvenir de la République :
On aurait dû, pour contrarier moins nos habitudes et les uaages reçus, le fixer au solstice d'hiver, ou bien à l'équinoxe du printemps, c'est-à-dire au passage du soleil par le point d'où tous les astronomes de tous les temps et de tous les paj's ont compté les mouvements célestes.
On a préféré l'équinoxe d'automne, pour éterniser le souvenir d'un changement qui a inquiété toute l'Europe, qui, loin d'avoir l'assentiment de tous les Français, a signalé nos discordes civiles: et c'est du nouveau calendrier qu'ont daté en même temps la gloire de nos camps et les malheurs de nos cités.
Il n'en fallait pas davantage pour faire rejeter éternellement ce calendrier par toutes les nations rivales, et même par une partie de la nation française.
C'est la sage objection qu'on fit dans le temps, et qu'on fit en vain, aux auteurs du calendrier.
On pourrait répondre qu'à part le fait que l'équinoxe d'automne était associé au souvenir de la fondation de la République, — crime irrémissible aux yeux d'un empereur, — il n'y avait rien, dans le choix de cette époque pour le commencement de l'année, qui fût de nature à contrarier bien profondément soit les habitu-
des sociales, soit le cours naturel des choses. L'année scolaire commence en automne, et finit au moment des chaleurs de l'été. De même l'année agricole commence naturellement avec le moment des semailles, et s'achève avec celui des récoltes. D'ailleurs,, si l'on eût jugé à propos,, pour faciliter l'adoption du calendrier français par les autres nations, de placer le commencement de l'année à une autre époque, par exemple à l'équinoxe du printemps, il était très aisé de le faire, et les caractères essentiels de ce calendrier n'en eussent pas été altérés.
Le nouveau calendrier, continue le commissaire, ayant été repoussé par une partie des Français, et les peuples étrangers n'en ayant point adopté l'usage, il devait en résulter qu'on aurait deux calendriers à la fois, « ce qui est beaucoup plus incommode que de n'en avoir qu'un seul, fût-il plus mauvais encore que le calendrier romain^ ». Et c'est ce qui s'est produit :
Nous avons en effet deux calendriers en France. Le calendrier français n'est employé que dans les actes du gouvernement, ou dans les actes civils, publics ou particuliers, qui sont réglés par la loi; dans les relations sociales, le calendrier romain est resté en usage ; dans l'ordre religieux, il est nécessairement suivi. Et la double date est ainsi constamment employée.
Si pourtant, Messieurs, ce calendrier avait la perfec-
1. La Connaissance des temps a imprimé « nouveau » au lieu de « romain » ; mais ce ne peut être qu'une faute d'impression, car avec le mot « nouveau » la phrase n'a plus -de sens.
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tion qui lui manque, si les deux vices essentiels que j'ai relevés plus haut rie s'y trouvaient pas, Sa Majesté impériale et royale ne se serait pos décidée à en proposer l'abrogation. Elle eût attendu du temp?, qui fait triompher la raison des préjugés, la vérité de la prévention, lutilité de la routine, l'occasion de faire adopter par toute l'Europe, par tous les peuples civilisés^ un meilleur système de mesure des années, comme on peut se flatter qu'elle adoptera un jour un meilleur système de mesure des espaces et des choses.
Il ne faut évidemment pas prendre au pied de la lettre ce que prétend ici Reg"naud, à savoir que, si le calendrier de la République eût placé les sextiles à intervalles fixes tous les quatre ans, et s'il eût fait commencer l'année au solstice d'hiver ou à l'équinoxe du printemps. Napoléon n'en aurait pas proposé l'abrogation. Car rien n'était plus facile — Reg'naud vient de le dire lui-même — que d'ordonner que la prochaine année sextile, au lieu d'être l'an XV, serait l'an XVI; et on eût pu, avec la même facilité, placer le commencement de Tannée à l'époque que l'on eût regardée comme la plus acceptable pour tous. Il n'en reste pas moins que le commissaire témoigne qu'il ne considère nullement comme une absurdité l'éventualité qu'il fait envisager au Sénat, d'une décision de l'empereur qui eût pu être favorable au maintien du nouveau calendrier, et qui eût eu pour résultat, avec le temps, son adoption par tous les peuples civilisés, de même qu'ils devaient adopter un jour le système métrique décimal, dont
le calendrier décadaire faisait à l'origine partie intégrante.
Mais Napoléon a pris une décision contraire, rien que pour deux motifs, selon Regnaud, dont l'un est la question des sextiles. Donc, on reviendra au calendrier romain :
Le calendrier grégorien, auquel Sa Majesté vous propose de revenir, Messieurs, a l'avantage inappréciable d'être commun à presque tous les peuples de l'Europe... Sa Majesté a cru qu'il vous appartenait de rendre à la France, pour ses actes constitutionnels, législatifs et civils, l'usage du calendrier qu'elle n'a pas cessé d'employer en concurrence avec celui qui lai fut donné en 1793, et dont l'abrogation de la division décimale avait fait disparaître les principaux avantages.
Ici, n'est-il pas vrai, la tentation est grande de répliquer à Porateur : « Pourquoi l'avoir abrogée en Tan X, cette division décimale? C'est parce que vous livriez la France à l'Eglise. Mais la domination de Rome ne sera pas éternelle : un jour viendra où, en France et partout, la raison émancipée dirigera seule les choses humaines, et alors... »
Et alors, voici ce qui passera : c'est l'orateur du gouvernement impérial qui nous le dit, comme conclusion de son rapport, en des termes bien remarquables :
Un jour viendra, sans doute, où l'Europe calmée, rendue à la paix, à ses conceptions utiles, à ses études savantes, sentira le besoin de perfectionner les institutions sociales, de rapprocher les peuples en leur
rendant ces institutions communes; où elle voudra marquer une ère mémorable par une manière générale et plus parfaite de mesurer le temps.
Alors, un nouveau calendrier pourra se composer pour l'Europe entière, pour l'univers politique et commercial, des débris perfectionnés de celui auquel la France renonce en ce moment, afin de ne pas s'isoler au milieu de l'Europe ; alors les travaux de nos savants se trouveront préparés d'avance, et le bienfait d'un système commun sera encore leur ouvrage.
On ne pouvait pas affirmer plus catég-oriquement; au moment même où l'on demandait au Sénat de renoncer au calendrier républicain, que ce calendrier était celui de l'avenir ; et qu'un jour, (( quand la raison aurait triomphé des préjugés », l'univers civilisé, adoptant les travaux des savants français, se donnerait un calendrier décimal, et remplacerait l'ère chrétienne par une ère nouvelle.
Le Sénat nomma une commission spéciale pour l'examen du projet de sénatus-consulte portant rétablissement du calendrier grégorien; et ce fut Laplace qui, le 22 fructidor, présenta le rapport de cette commission.
Laplace, on l'a vu, avait été l'un des astronomes qui, en l'an III, avaient été appelés à conférer avec Romme pour l'élaboration du projet de décret destiné à réformer le décret du 4 frimaire. Aussi insista-t-il tout particulièrement sur la question des sextiles. Voici le début de son rapport:
Il ne s'agit point ici d'examiner quel est, de tous les calendriers possibles, le plus naturel et le plus simple.
Nous dirons seulement que ce n'est ni celui qu'on veut abandonner, ni celui que l'on propose de reprendre. L'orateur du gouvernement vous a développé, avec beaucoup de soin, leurs inconvénients et leurs avantages. Le principal défaut du calendrier actuel est dans son mode d'intercalatiôn. En fixant le commencement de l'année au minuit qui précède à l'Observatoire de Paris l'équinoxe vrai d'automne, il remplit, il est vrai, de la manière la plus rigoureuse, la condition d'attacher constamment à la même saison l'origine des années; mais alors elles cessent d'être des périodes de temps régulières et faciles à décomposer en jours, ce qui doit répandre de la confusion sur la chronologie déjà trop embarrassée par la multitude des ères. Les astronomes, pour qui ce défaut est très sensible, en ont plusieurs fois sollicité la réforme. Avant que la première année bissextile ^ s'introduisît dans le nouveau calendrier, ils proposèrent au Comité d'instruction publique de la Convention nationale d'adopter une intercalation régulière, et leur demande fut accueillie favorablement. A cette époque, la Convention, revenue à de bons principes et s'occupant de l'instruction et du 2)rogrès des lumières, montrait aux savants une considération et une déférence dont ils conservent le souvenir-... Romme, le principal auteur du nouveau
i. Laplace écrit, ici et plus loin, « bissextile j au lieu de « sextile )), en dédaignant d'employer l'expression exacte. C'était pourtant à bon escient que la Révolution avait substitué au mot « bissextile », qui ne répond plus à rien de réel, même dans le calendrier 'grégorien, le mot « sextile» : celui-ci avait le mérite de rappeler que l'année ainsi désignée se distinguait de l'année commune par l'addition d'un sixième jour complémentaire.
2. Il est superflu de faire remarquer que la Conventionné s'écarta jamais des « bons principes », sauf le jour où elle se laissa entraîner à des mesures contre-révolutionnaires par certains meneurs thermidoriens et royalistes ; qu'elle s'occupa toujours « de l'instruction et du progrès des lumières », et montra toujours aux savants « de la considéra-
calendrier, convoqua plusieurs savanb, et il rédigea, de concert avec eux, le projet d'une loi par laquelle on substituait un mode régulier d'intercalation au mode précédemment établi: mais, enveloppé peu de jours après dans un événement affreux, il périt, et son projet de loi fut abandonné. Il faudrait pourtant y revenir, si l'on conservait le calendrier actuel, qui, changé par là dans un de ses éléments les plus essentiels, offrirait toujours l'irrégularité d'une première bissextile placée dans la troisième année.
Laplace parle ensuite de l'avantage considérable qu'avait fait perdre au nouveau calendrier la suppression des décades, qui « donnaient la facilité de retrouver à tous les instants le quantième du mois ». Il est vrai qu'à la fin de Tannée, les jours complémentaires venaient rompre la série décadaire. «L'usage d'une petite période indépendante des mois et des années, telle que la semaine, ajouteLaplace, obvie à cet inconvénient; et déjà l'on a rétabli en France cette période qui, depuis la plus haute antiquité dans laquelle se perd son origine, circule sans interruption à travers les siècles, en se mêlant aux calendriers successifs des différents peuples. » On sent, à cette phrase, que Péminent astronome avait dû être l'un de ces représentants de l'Académie des sciences qui s'étaient prononcés pour la conservation de la division hebdomadaire.
Mais le plus grave inconvénient du nouveau
tion et de la déférence ». II ne faut pas oublier que l'illustre Laplace, chancelier du Sénat impérial, accepta de Napoléon le titre de comte et de Louis XVIII celui de marquis.
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calendrier est qu'il isole la France au milieu de l'Europe ; et Laplace ne croit pas que cet isolement pût cesser tant que ce calendrier serait conservé. En effet, « Finstant où son année commence est uniquement relatif à notre histoire », et se rapporte au méridien de Paris: or, « envoyant chaque peuple compter de son principal observatoire les longitudes géographiques, peut-on croire qu'ils s'accorderont tous à rapporter au nôtre le commencement de leur année » ?
En conséquence, la commission au nom de laquelle parle le rapporteur conclut à l'adoption du projet de sénatus-consulte, après avoir rassuré le Sénat sur un péril que pouvait redouter l'opinion :
On pourrait craindre que le retour à l'ancien calendrier ne fût bientôt suivi du rétablissement des anciennes mesures. Mais l'orateur du gouvernement a pris soin lui-même de dissiper cette crainte.
Il y a dans cette phrase une reconnaissance de la solidarité qui unissait entre elles les diverses parties du système métrique décimal. Celui qui avait porté la main sur une partie de l'organisme pouvait bien- un jour s'attaquer à l'organisme entier. Et, en effet, en dépit des promesses du gouvernement, le décret rétrograde du 12 février 1812 devait créer un système mixte et bâtard, qui retarda de vingt-cinq ans l'avènement du vrai système métrique. La loi du 4 juillet 1837 reprit les traditions de la Révolution en ce qui concerne les poids et mesures. Mais aucune loi
nouvelle n'a encore remédié aux conséquences de l'article 57 de la loi du 18 germinal an X et du sénatus-consulte du 22 fructidor an XIII.
Le sujet traité dans ces pag-es esfr-il de ceux qui n'offrent qu'un intérêt rétrospectif? Je ne le crois pas. Bien des signes indiquent, au contraire, que les jours prédits par Regnaud (de Saint- Jeand'Angély) ne sont plus très éloig-nés.
A l'âg-e de soixante-douze ans,, publiant en 1821^ en pleine Restauration, le second volume de son Histoire de V astronomie au dix-huitième siècle, Delambre insérait dans l'article consacré au premier des Cassini cette boutade (p. 794) :
Le volume [des Mémoires de l'Académie des sciences de 1699] finit par un mémoire d'une grande érudition, où Cassini indique un défaut du calendrier grégorien et un moyen pour corriger ce défaut. Gomme nous l^ensons que la correction à faire à ce calendrier serait de le supprimer pour s'en tenir au calendrier civil, nous renverrons à ce mémoire ceux qui continuent de prendre quelque intérêt à ce que la Pâque soit célébrée un jour plutôt qu'un autre.
Je suis de ceux qui partag-ent l'opinion de Delambre sur ce qu'il convient de faire du calendrier grégorien. J'ose penser que son abolition, et son remplacement par la mesure décimale du temps, est une question plus actuelle que jamais. Entre autres considérations, je me permets d'en
signaler particulièrement une : ce n'est qu'en substituant la revendication du jour de repos décadaire (avec réduction à^ la journée de travail à huit heures) à celle du jour de repos hebdomadaire, qu'on pourra mettre un terme à l'équivoque dangereuse entretenue par ceux qui, sous le prétexte de garantir aux travailleurs un loisir nécessaire, réclament la sanctification du septième jour. Il est donc naturel que je ne puisse envisager du même œil qu'un évêque l'effort tenté par Romme pour assurer la pérennité d'un calendrier dont le premier mérite était de supprimer le dimanche K
1. « J'ai mentionné ailleurs la création du calendrier nouveau, inventé par Romme pour détruire le dimanche : c'était son but, il me l'a avoué. Le dimanche, lui dis-je, existait avant toi, il existera encore après toi. » [Mémoires de Grégoire, t. !«■•, p. 341.)
LA DESTRUCTION DES TOMBEAUX DES ROIS l
Je lis dans le Figaro du 17 mars 1907 un article appartenant à la série des Promenades dans Paris qu'y publie notre distingué confrère M. Georges Gain. Dans cet article, intitulé « Autour du Val-de-Grâce », l'auteur — après s'être apitoyé sur les malheurs de « l'adorable jeune femme » dont Louis XIV avait fait la duchesse de la Vallière, et qui prit à trente ans le voile noir des carmélites — pleure sur la triste destinée des anciennes maisons religieuses de ce quartier, victimes de la Révolution, le Garmel, les Feuillantines, les Ursulines, et en particulier le couvent des Bénédictins anglais :
«Ce pauvre couvent, lui aussi, — dit-il, — subit les pires catastrophes. Pendant la Révolution