DANTON ET LOUIS COMTE
dit un personnage équivoque. Ils interrogèrent Comte et ses réponses achevèrent de les indisposer. Comte leur dit qu'il avait « répandu quelques assignats » pour provoquer un mouvement populaire qui avait éclaté à Caen sous prétexte du haut prix des denrées, dans les derniers jours du règne des fédéralistes. Il ajouta que ce mouvement avait pour objet de forcer le département à licencier ses troupes. Les représentants estimèrent que cette agitation était inutile et qu'elle pouvait être très funeste, qu' « il pouvait en résulter les plus grands désordres ». Comle leur parut un individu dangereux. Ils le remirent en liberté, mais ils le renvoyèrent à Paris en avertissant le Comité de Salut public des motifs de leurs soupçons ' : « Nous croyons devoir vous dire notre avis : ce citoyen servirait bien un roi, une cour corrompue, il a de grands moyens. Mais le peuple peut-il beaucoup compter sur de pareils agents? Examinez-le, jugez-le. Nous pensons qu'on ne peut trop l'observer et le surveiller... Des hommes tels que le citoyen Comte ne nous ont rendu aucun service, ils auraient nui dans quelques autres départements... »
Bref, pour Lindet, Durov et Bonnet, Comte était un intrigant, un aventurier. Le récit de sa vie, que nous avons tracé d'après ses propres lettres, n'est certainement pas pour démentir ia
I. Aulard, Actes du Comité de Salut public, t. V, pp. 523-5:i5.
mauvaise impression qu'il fit aux représentants. A cette époque, il était dangereux de déplaire aux maîtres qu'on servait. L'excès de zèle était aussi suspect que la négligence. Comte n'allait pas tarder à en faire la cruelle épreuve. Sans doute, le Comité de Salut public continua à l'employer. 11 lui fit acquitter, par un arrêté du 3o septembre 1798, une somme de 6670 livres représentant le remboursement de ses dépenses au cours de sa mission en Normandie. Mais Comte dès lors est suspect. Ignorant les préventions dont il est l'objet, il s'efforce malgré tout de se rendre utile.
Ayant appris, pendant qu'il était en prison à Caen, que les fédéralistes entretenaient des correspondances à Paris, il se mit à son retour à la recherche de leurs correspondants, « d'autant, ajoute-t-il, qu'il m'était revenu certaines choses concernant Danton qu'il était essentiel d'éclaircir* ».
11 racontera plus tard en ces termes le résultat de ses investigations qui, malheureusement pour lui, furent fructueuses :
La Dallet, tante de Barbaroux, était au bourg d'Éga-
I . Notes relatives à sa détention. Cahier d'une vingtaine de pages. Arch. nat., F^ 4652.