DAATOA ET LOUIS COMTE
et emprisonné, le 12 juillet « sur les insinuations Je B;irbaroux qui se repentait de lui en avoir trop dit ». Il resta en prison jusqu'à l'arrivée de la petite armée de la Convention, le 27 juillet*. A l'en croire, il aurait manqué d'être lanterné par les autorités fédéralistes qui auraient mis en délibération s'il ne serait pas guillotiné « par représailles de Charlotte Corday ».
Comte raconte ensuite qu'à peine remis en liberté, il arrêta l'aide de camp de WimpfTen, Saint-Front, qu'il le conduisait à Paris quand il fut lui-même arrêté par ordre des représentants Lindet, Duroy et Bonnet, en août 1798. Il ne put jamais, dit-il, deviner la raison de cette arrestation qui était la cinquième qu'il éprouvait en deux ans. Il suppose qu'il fut victime de « quelque manœuvre obscure d'un traître ou d'un envieux ».
Ici nous pouvons contrôler les alfirmations de Comte et suppléer à son silence, volontaire ou non.
Robert Lindet, Duroy et Bonnet ont expliqué, dans une longue lettre datée de Caen, le 10 août 1798, les raisons pour lesquelles ils avaient cru devoir arrêter l'agent du Comité. Comte, disentils, s'était mis à la recherche des « intrigues secrètes » qui avaient agité le Calvados. Il s'était
1. \o\t l'extrait des registres des écrous de la ville de Caen, aux Archives nationales, VV^ 38g. D'après ce document, Louis Comte, se disant marchand do vin, fut arrêté, attendu qu'il n'avait pas de passeport et qu'il était « plus que suspect ».
attaché à Saint-Front et l'avait arrêté. Mais « il parait que cette arrestation a été un mélange d'intrigues ». Saint-Front voulut avoir une lettre de recommandation de Bertèche ' et Comte à son tour sollicita un post-scriptum en sa faveur au bas de la même lettre. Bertèche, qui était un bon enfant, permit qu'on « dictât à son secrétaire une lettre de recommandation adressée aux représentants du peuple pour annoncer les services rendus par Saint-Front. Au-dessous de cette lettre était un post-scriptum qui annonçait la bonne conduite du citoyen Comte, qui était chargé d'expliquer l'énigme ».
Énigme en effet que cette double recommandation donnée, sur le même document, au fédéraliste Saint-Front et à l'agent du Comité de Salut public qui le «mettait en arrestation. Les représentants Lindet, Durov et Bonnet crurent comprendre l'énigme et firent consigner le prisonnier et son gardien chacun sous la surveillance d'un gendarme. Ayant pris des informations sur Comte auprès de l'état-major de la 6*^ division, ils en reçurent cette réponse, que le citoyen Comte était « un homme qui pouvait être utile, mais qui pouvait être dangereux », autrement
I . Sur Bertèche dit la Bref che, consulter l'étude de M. Chuquet dans Etudes d'histoire, 3^ série. Bertèche s'était couvert de gloire à Jemappes, avait été félicité par la Convention et récompensé pour sa belle conduite. Son régiment avait été entraîne en son absence dans le parti fédéraliste, mais, à son retour, s'élail rant'é du côté de la Convention.