DAXTO.X ET LOUIS COMTE
Hérault lui demanda s'il repetleroit son dire en présence de Biilaud-Varennc, il y consentit et s'y rendit au jour indique. Rcpollant ce qu'il avoit dit et nombre d'autres choses dont, sur la demande des députés, il fit des notes que je portois à Hérault, au comité de Salut public. Cet adjudant leur tint les propos les plus royalistes que je n'ai pas tous entendus, ayant été absent pendant partie de la séance. Billaud, qui, ainsi que moi, pensoit qu'il falloit retarder son arrestation pour avoir W.... par son mo\en, ne lui répondit rien. Ou lui laissa seulement entendre que je scrols chargé de m'expliquer avecW.... Le tuer ou l'arrêter, tels ctoient les arrangements que j'avois à prendre avec lui...
Quelle foi ajouter à ce récit? Sans doute Louis Comte est un intrigant. Mais a-t-il inventé ce qu'il écrit? Il s'adresse au Comité de Sûreté générale, à des députés qui peuvent facilement vérifier ses dires. Il prétend que Billaud Varenne a reçu la dénonciation de l'adjudant fédéraliste, que celui-ci a rédigé des notes qui ont été remises à Hérault. Billaud Varenne était là pour démentir Comte. Les conversations que ce dernier rapporte ont donc eu lieu. 11 "est difficile de le mettre en doute. Maintenant l'adjudant fédéraliste disait-il vrai ? Quel intérêt avait-il à accuser Danton qui tenait encore, en ce mois de septembre i^gS, une si grande place à la Convention? On se récriera sur l'invraisemblance du propos prêté à Xaudet, l'envoyé de Paré dans le Calvados. On protestera qu'il est absurde de supposer que, comme un simple Carra, Danton ait pensé au duc d'York pour le
go ÉTUDES ROBESPIERRISTES
mettre sur le trône de France à la place du défunt Capet. Ce qui paraît absurde à nos historiens ne paraissait pas tel aux contemporains. Louis Comte qui, au dire de Robert Lindet, était un homme intelligent, n'aurait pas raconté pour sa défense des choses qui auraient paru absurdes à ceux à qui il les adressait. D'ailleurs, rien à priori n'est absurde dans cette terrible époque de la Terreur, si mystérieuse par tant de côtés ! L'historien impartial entend tous les témoignages et ne ferme l'oreiile à aucun.
Laissons donc parler Louis Comte. Convaincu qu'Héraut de Séchelles était un républicain sincère, passionné contre les ennemis de l'État, il lui avait amené l'adjudant fédéraliste en toute confiance. Il vit bientôt qu'Hérault n'était pas ce qu'il croyait. Il avait été chargé d'arrêter Lebrun* :
J'avais un jour fin septembre découvert qu'il (Lebrun) pourroit être caché dans la maison des aO'aires étrangères; j'allais sur le champ au Comité de Salut public, et parlais à Hérault, lui demandant des agents pour surveiller la maison pendant que je me hasarderais à y faire des recherches, ce qu'il me refusa, en me conseillant de ne pas me mesler de cette affaire, Lebrun, disoit-il, étant un homme plutôt faible que coquin. Comme plus qu'un autre, je savois à quoi m'en tenir, je ne fus plus maître de contenir à ce propos mon indignation. De quoi s'étant aperçu. Au reste, me dit-il, en se reprenant,
I. Exact. Voir clans Tnctey, Répertoire, t. Vllf, 11° 33 14, l'arrêté du Comité de Sûreté générale du 9 septembre 1798, qui charge Comte de la mission d'arrêter Lebrun.