‹ Études Robespierristes (volume 2)Chapitre 3 sur 101 · Paris, Imprimerie nationale, brumaire l'an III · texte numérisé non relu

Paris, Imprimerie nationale, brumaire l'an III

Mathiez. — Conspiration. i

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n'a jamais été en usage pour la période comprise entre le 22 septembre et le 21 octobre 1793. Le premier décret sur le calendrier révolutionnaire fut voté, sur la proposition de Romme, le samedi 5 octobre 1793. Les mois n'y recevaient pas de noms particuliers, mais seulement des numéros d'ordre. Le Moniteur du 7 octobre est daté en conséquence du 16 du i" mois de l'an II. Ce n'est que le 2/i octobre qu'un nouveau décret adopta pour les noms des mois la nomenclature poétique proposée par Fabre d'Eglantine. Le Moniteur du 29 octobre est daté en conséquence : « Octidi, i"^"^" décade de brumaire an II ». Donc la date que porte la pièce qui nous occupe n'est pas exactement contemporaine de cette pièce. Elle a été ajoutée après coup, quand le calendrier nouveau était déjà passé dans les habitudes. Nous montrerons tout à l'heure que la date doit être erronée, qu'il faut l'avancer de quelques jours, la placer non pas après le 22 octobre 1793, mais vers le 12 octobre de la même année.

Quel est le contenu de cette pièce? C'est, sous forme de 20 questions, un réquisitoire contre des hommes qui monteront tous à l'échafaud comme « agents de l'étranger », épithète sans doute banale, que tous les partis se sont mutuellement jetée à la tête, mais qui prend ici un sens précis. Les « agents de l'étranger », qui sont dénoncés, sont ceux qui formeront la « conspiration de l'étranger », autrement dit l'avant-

garde hébertiste qui fut mise en arrestation deux mois plus tard, au début de frimaire an II, quelques jours après la fameuse dénonciation apportée par Chabot et Basire au Comité de Sûreté générale. L'auteur anonyme des 25 questions s'attaque d'abord à Proli, qu'il représente comme un intrigant qui se donne à Paris pour un patriote à trente-six carats et qui est très fort soupçonné d'être le bâtard et le pensionnaire du prince de Kaunitz, chancelier autrichien. A Proli il accole l'auteur dramatique Dubuisson, qui a vécu h Bruxelles avant la Révolution, « rusé compère » et « nécessaire d'intrigue », le juif bordelais Pereira « protégé et obligé de Beaumarchais », le négociant en vins Desfieux, chez qui loge Proli, son inséparable, Desfieux, « le courtier, le mercure de cette cabale ».

Ces quatre hommes, Desfieux, Proli, Pereira, Dubuisson, avaient, en apparence du moins, de très beaux états de services patriotiques.

Desfieux avait fondé à Bordeaux, dès 1789, le Club du Café National. Venu à Paris lors de la grande Fédération du i/j juillet 1790, il avait attaqué Lafayette et Bailly, avait joué un rôle très important aux Cordeliers et aux Jacol^inS. Il était trésorier des Jacobins au moment du massacre des républicains au Champ-dc-Mars, en juillet 1791. Il avait pris part au 10 août, avait été nommé électeur du département de Paris au moment des élections à la Convention, juré du tribunal révo-

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lutionnahe du 17 août. Il avait attaqué les girondins dès octobre 1792. Après le procès du roi, il avait demandé avec persévérance au club des Jacobins l'expulsion des « appelans » de la Convention, autrement dit des députés qui avaient voté l'appel au peuple pour sauver Louis XVI. Il avait été un des meneurs de l'émeute du 10 mars, sorte de 3i mai avorté dirigé contre les girondins. Dès lors, son rôle aux Jacobins augmente. Il devient président (l;i comité de correspondance du club. Après une mission en Suisse que lui avait confiée le ministre de la guerre Bouchotte, il était revenu à Paris en juin 1793. Il avait appuyé aux Jacobins toutes las motions hébertistes, quand il n'en avait pas pris lui-même l'initiative. Il veut l'exoulsion des nobles et des prêtres de tous les emplois, il critique lés lenteurs du tribunal révolutionnaire, il presse le jugement de Custine, de Brissot, de Marie-Antoinette, Il veut comme Chabot le pain à trois sous la livre dans toute la ■ République. Son dénonciateur anonyme ne peut être qu'un ennemi des hébertistes.

Proli, l'ami de Desfieux, était le fils du comte de Proli, receveur général des Pays-Bas autrichiens et d'une bourgeoise d'Aix-la-Chapelle, Marie-Anne Clotz. Il habitait Paris depuis 1782, s'y livrait à la banque et aux spéculations commerciales. Il avait gagné aux Indes un demimillion, de son propre aveu. Il était en relations d'affaires avec les principaux banquiers de Paris,

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avec Baroud, l'associé de d'Espagnac, avec Pcrregaux, Batz, Coindre, etc. 11 dinait à la table du pseudo-marquis de Champgrand, avec Fabre d'Kglantine et le musicien Grélry. Lui aussi, il avait de beaux étals de services patriotiques. 11 prit part au \[\ juillet, à l'insurrection bral)ançonne, à la manifestation républicaine du Chanipde-Mars. Au printemps de 1792, il avait fondé le journal Le Cosmopolite où il s'opposait, comme Robespierre, à la politique belliqueuse des Gir(>ndins. Un an plus tard, il prenait passionnément parti pour la Montagne et se liait intimement avec Bentabole, Jay de Saint-Foy, Jean-Bon Saiiit- André, CoUot d'Herbois, Hérault de Séchclles. En mars 1793, il avait rendu à la République un service signalé pour lequel il avait reçu les remerciements olliciels de la Convention. Lebrun l'avait envoyé avec Dubuisson et Pereira en mission en Belgique, au lendemain de la défaite de Keervinde. Ils avaient rencontré Dumouriez à Tournai les 26 et 27 mars. Le général ulcéré leur avait confié ses projets, son intention de marcber sur Paris pour disperser l'Assemblée et pour proclamer Louis XVII avec la constitution de 1791. Us étaient revenus aussitôt h Paris et avaient dressé un procès-verbal de leurs conversations avec Dumouriez, qui se trouva ainsi démasqué. Après la trahison de Dumouriez, Proli avait été employé par Danton à des négociations secrètes avec le prince de Cobourg. Les négociations avaient lieu

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par l'intermédiaire de la mère de Proli, restée à Bruxelles. Elles avaient pour but de préparer la paix et d'échanger Marie-Antoinette contre les conventionnels livrés h l'ennemi par Dumouriez. Elles échouèrent. Après le 3i mai, Proli suivit ou précéda Desfieux dans son évolution à gauche. Avec lui il fulmina contre les nobles, les prêtres, lesappelans. Quand Danton fit décider, le /i septembre, en même temps que l'institution d'une indemnité de ^o sous aux citoyens qui se rendraient aux assemblées de section, la suppression de la permanence de ces assemblées qui n'auraient plus lieu que deux fois par semaine, Proli et Desfieux, pour parer le coup qui était ainsi porté au parti hébertiste, fondèrent partout, dans chacune des 48 sections, des clubs locaux, des sociétés populaires sectionnaires qu'ils fédérèrent ensuite dans un Comité central. « Le même seigneur, dira Robespierre en parlant de Proli le i''" frimaire aux Jacobins, a fondé une cinquantaine de clubs populaires pour tout bouleverser et perdre les jacobins ; il s'occupe aussi des sections et surtout des femmes révolutionnaires dont il fait nommer les présidents. C'est le sylphe invisible qui les inspiie. Il a sous ses ordres plusieurs autres sylphes visibles qui appellent le mépris public et le carnage sur la Convention nationale depuis la journée du 3i mai. » Si on songe que ces sociétés populaires sont le point d'appui du parti héljcrtiste, on ne doutera pas que

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le dénonciateur nnonyme du mois d'octobre ne fut un ennemi déterminé des hébertistes.

Il n'est pas douteux que les deux autres personnages dénoncés, Dubuisson etPereira, n'aient été, eux aussi, des hébertistes ardents. Pierre- Ulric Dubuisson, auteur dramatique fécond, avait dû se réfugier à Bruxelles en 1788, après une tragédie hardie qui avait alarmé la police. Il revint h Paris en 1789 et se lia d'amitié avec l'acteur Collot d'Merbois qui avait sans doutejoué dans ses pièces. Il participa à la prise des Tuileries au 10 août, devint secrétaire des Jacobins au début de 1798, fut chargé de missions diplomatiques en Belgique, à Deux-Ponts, en Suisse. Il était lié avec Hébert et c'est peut-être sur ses indications qu'Hébert dénonça la Montansier. Robespierre lui attribue une grande influence sur les comités des Jacobins.

Quant à Jacob Pereira (ou Pereire), c'était un juif bordelais, bijoutier de son état, qui semble avoir joui d'une certaine aisance. 11 était venu à Paris au moment de la grande fédération de 1790. Il avait changé de métier et de bijoutier s'était fait marchand de tabac. Il se vante, dans une lettre au Comité de Sûreté générale, de n'avoir jamais manqué une séance des Jacobins. Il avait été « fusillé » au Champ-de-Mars, il avait participé à la prise des Tuileries, contresigné le manifeste insurrectionnel du 10 mars 179.3, en qualité de membre de la section des Piques, participé

activement à la chute clés Girondins au 3i mai et demandé lui aussi le renouvellement de la Convention, l'expulsion des appelans ; il applaudissait aux mesures les plus extrêmes.

Que se propose donc l'auteur anonyme de la dénonciation contre ces quatre hommes ? Il veut prouver au Comité de Sûreté générale que leur patriotisme n'est pas sincère, qu'il recouvre des intrigues inavouables, notamment des intrigues financières.

Il rappelle leurs liaisons avec les Girondins. « IV. Comment se fait-il que ce soient précisément ces trois hommes que les brissotins aient choisi dans le temps, pour aller raisonner le fou de Dumouriez ! Y. Comment se fait-il que, forts de leur historiette sur Dumouriez, ces trois hommes se soient hâtés de jeter le grapin sur les Jacobins et y aient planté leur cabale? »

Il insinue que Proli s'est concerté secrètement avec les Girondins qu'il faisait mine de combattre : « Xiy. Comment se fait-il que Proli ait fait un journal intitulé Le Cosmopolite, tant que Brissot a voulu déclarer la gruerre à l'Autriche et qu'au moment de cette déclaration de guerre, Proli, faisant le plongeon pour jouer un autre rôle, ait quitté ce journal et cédé son registre d'abonnés et la continuation de l'abonnement au brissotin Dulaure, auteur du Tlœrmometre ? « Proli, Desfieux et leurs comparses sont des intrigants qui alleclent le patriotisme pour connaître le&

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secrets des Jacobins et du gouvernement et qui en tirent argent ensuite : « VIII. Comment se fait-il que ces hommes dénommés et leur cabale sachent tous les secrets du gouvernement quinze jours avant la Convention nationale, qu'ils connaissent les promotions futures et qu'à point nommé ils aient des nouvelles fraîches et ostensibles sur toutes les affaires et des nouvelles secrètes qu'on devine à leur allure, et d'après lesquelles ils se conduisent? IX. Comment se fait-il que Proli, qui n'est rien, qui ne doit se mêler de rien, soit fourré dans toutes les affaires? » Le dénonciateur insinue que cette curiosité est intéressée et que les individus qu'il dénonce sont les agents stipendiés des puissances : « X. Comment se fait-il q-ue Dubuisson aille en commission pour le gouvernement et que nous soyons précisément menacés de malheurs par tous les pays où il se trouve, comme par exemple la Suisse d'où il vient? »

11 représente Desfieux et Proli comme les amis des banquiers étrangers les plus suspects. « XV. Comment se fait-il que Desfieux et Proli étant de grands patriotes soient les inséparables des banquiers étrangers les plus dangereux, tels que Walquiers de Bruxelles, agent de -l'Empereur; tels que Simon de Bruxelles, agent de l'Empereur; tels que Grenus* de Genève, grand

I. Le texte orthographie ce nom Gressus par une faute d'impression évidente.

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inséparable de Proli, lequel Grenus est arrêté; tels que Grœfeuil (lisez Greffulhe) et Mons, autres agents de l'Empereur, etc., etc. » 11 remarque que Grenus, « ami très grand de Proli et de Desfieux », a épousé dans l'étranger la fdie du général Pully, qui aurait déserté à la tète de l'armée de la Moselle en voulant la livrer (mais Pully n'avait pas déserté, il avait seulement été destitué). Si Desfieux et compagnie faisaient des motions exagérées aux Jacobins, c'était évidemment, d'après le dénonciateur, afin d'exciter l'opinion publique contre la Révolution. « Xll. Comment se fait-il que Desfieux ne néglige pas aux Jacobins la plus petite occasion d'enchérir sur toutes les propositions qui' peuvent tendre à brouiller les choses et surtout de louer avec adresse les nouveaux venus qui font rage pour les armer contre les patriotes sages, clairvoyants, anciens et excellens ? » Desfieux « veille sur les Jacv.bins comme le lait sur le feu » (XI), il se « rempare des femmes soi-disant révolutionnaires », qui troublent la tranquillité publique. 11 dirige des journaux « qui ont l'air d'être patriotes et qui, à des yeux exercés, ne sont rien moins que cela, comme par exemple le Batave ».

Le dénonciateur anonyme s'en prenait enfin aux protecteurs des intrigants qui singeaient le patriotisme, à Julien de Toulouse, à Chabot et à Hérault de Séchelles. A Julien de Toulouse, qui venait d'être chassé du Comité de Sûreté générale

nvcc Chabot, le i'\ septembre, el dont les rapports avec le fournisseur d'Espagnac venaient d'être prouvés par une perquisition faite à son domicile le i8 septembre, il reprochait d'avoir procuré un passeport à la femme du financier Grenus. A Chabot, il reprochait sa campagne récente pour faire lever le décret du 7 septembre qui avait ordonné le séquestre des biens des étrangers. D'après lui Chabot n'aurait été qu'un instrument aux mains de Desfieux et de Proli, eux-mêmes agents des banquiers (XVII). Desfieux et Proli auraient traîné Chabot chez tous ses banquiers « et surtout chez Simon (de Bruxelles) el ses femmes ». Ils auraient « ourdi le mariage de Chabot » avec Léopoldine Frey, « sœur d'un certain Junius Frey, lequel ne s'appelle pas ainsi, mais bien le baron de Schœnfeld, lequel est autrichien et a des parens maintenant commandant dans l'armée prussienne » (XX). Qu'était-ce que cette dot de 200000 livres avouée par Chabot, sinon le prix de sa corruption?

Comme ils avaient « emmiellé ce pauvre Chabot », ils s'étaient assurés d'Hérault de Séchelles qu'ils menaient à leur guise : « XXI. Comment se fait-il que Proli et Desfieux avec le petit Coindre, l'agioteur et leur furet doucereux, aient excité aux Jacobins une sortie contre les nobles, quelque place que ces nobles occupassent, à l'effet de les chasser de la République, si ce n'est pour mettre la peur au ventre d'Hérault de Séchelles qu'ils

avaient d'avance accaparé d'amitié ; si ce n'est poui' ébranler la conscience d'Hérault, en le ramenant à ses intérêts et sur son avenir, le tout pour mener îléi'ault et par lui le Comité de Salut public et savoir tout ce qui se passe à ce Comité? » Le dénonciateur rappelait qu'Hérault était intervenu pour faire élargir Proli, une première fois déjà incarcéré comme suspect. l\ posait enfin cette question : « XXIV. Comment se fait-il que ce soit à cette époque de la délivrance de Proli (c'est-à-dire au début d'octobre) qu'Hérault tienne un bureau de 80 espions, que ce soit à cette époque que les agents de la cabale, tous ensemble, Dubuisson, Pereira, Coindre, Lafaye, etc., soient arrivés à Paris à point nommé, l'un de la Suisse, l'autre du Rhin, l'autre de Lyon, l'autre de Dunkerque, etc., etc. ? » C'était faire entendre qu'Hérault de Séchelles n'était pas seulement un instrument aux mains de la cabale, mais qu'il était quelque chose de plus, qu'il organisait, évidemment au profit de l'étranger, un bureau d'espionnage à travers le pays.

Tel est, fidèlement résumé, le contenu des 25 questions qui, vers le milieu d'octobre 1798, furent « communiquées aux Comités de Sûreté générale et de Salut public, dans les personnes de Robespierre, de Saint-Just, Lebas, Panis, Vadier, Amar, David, Moïse Bayle et Guffroy ». C'est sur ce canevas que brodèrent les metteurs en scène de la « conspiration de l'étranger ».

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Son auteur peut donc 6tie considéré ii bon droit comme l'inventeur de cette conspiration. C'est lui qui a creusé entre les révolutionnaires les défiances et les divisions et qui a jeté entre eux le spectre de la patrie trahie. C'est lui qui a préparé la besogne du tribunal révolutionnaire, qui a inspiré de loin les réquisitoires de Fouquier-Tinville.

Quel est donc cet homme à l'imagination si féconde et si redoutable ? C'est le comédien Fabre d'Églautine. On lit, en effet, dans le précis apologétique qu'il composera en prison, pour nier toute complicité avec Chabot et Delaunay dans l'affaire du faux décret de la liquidation de la compagnie des ludes, le passage suivant qui ne laisse aucun doute : « Le Comité de Sûreté générale, immédiatement après la dénonciation et l'emprisonnement de Chabot, en me communiquant les particularités de cette affaire de laquelle je m'informai auprès de lui, le Comité, dis-je, jugea si bien alors de mon intégrité que, dans l'instruction, assez embarrassante et pénible ([u'il fallait en faire (car Chabot dénonce une vaste conspiration trop réelle, dont cette affaire-ci n'est qu'un des moindres effets), le rapporteur (Amar) me pria de l'aider dans son travail... Mon intervention dans ce travail était d'autant plus naturelle que f avais pénétré moi-même cette conspiration sous ses grands rapports, deux mois auparavant. J'en avais résumé les probabilités en un petit mémoire rédigé en forme de questions, et

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je l'avais dénoncée à une collection de membres du Comité de Salut public et de Sûreté générale convoqués expressément et au nombre de lo à 12*. Cette pièce, dont le temps a justifié tous les faits et résolu tous les doutes, est entre les mains du rapporteur^ et ce n'est pas un des moindres griefs aux yeux des agents nombreux de la conspiration, tous mes calomniateurs » ^. Ainsi Fabre d'Eglantine conteste à Chabot la gloire d'avoir dénoncé la conspiration de l'étranger. Chabot n'a été que son élève. Il revendique la priorité, une priorité assez longue de deux mois. Ceci nous permet de préciser exactement à quel moment Fabre d'Eglantine a porté ses questions au Comité de Sûreté générale. C'est le 26 brumaire que Chabot, accompagné de Basire, alla raconter son romïin au même Comité qui le mit en arrestation le lendemain. Le 26 brumaire correspond au 16 novembre. Deux mois auparavant nous mènent non pas à la fin de vendémiaire, c'est-à-dire vers le 20 octobre, comme le dit à tort la mention de la pièce que nous avons ana-

I. Nous avons vu plus haut que les membres des Comités auxquels Fabre fit ses confidences étaient au nombre de 10.

3. La pièce que nous avons analysée se termine en efîet par cette phrase : « Remises le troisième jour de frimaire à Amar. Signé Amar. » Le 3 frimaire est le lendemain de l'arrestation de Proli, Dubuisson, Pereira, Desfieux.

3. Fabre d'Eglantine à ses concitoyens, à la Convention nationale et aux Comités de Salut public et de Sûreté générale, Préns apoogétique, p. i4- 15.

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lysée, mais un mois plus tut, vers le i6 septembre. Je crois que Fabrc d'Eglantine a dû se tromper de quelques jours et qu'il laut reporter immédiatement vers le lo octobre 1798 la date exacte à laquelle il rédigea ses questions qui devaient avoir tant de déplorables conséquences '. L'examen des circonstances dans lesquelles se produisit son interventionva nous permettre d'appuyer ces conclusions.

Depuis le mois d'août les jacobins sont profondément divisés, pour des raisons personnelles autant que pour des motifs politiques. Les prin cipaux membres de leur Comité de correspondance, Deslieux, Pereira, Dubuisson, Moenne, Sambat, Dufourny, Tachereau, qui se réunissaient au café Corazza où Proli venait les rejoindre, se sont querellés à propos d'une femme, M"*^ Violet ou Violette, femme divorcée d'un émigré qui, des bras de Fabre d Eglantine, est passée dans ceux du peintre Sambat, juré au tribunal révolutionnaire. Voici comment Proli explique la guerre qu'alluma cette nouvelle Hélène, dans une lettre qu'il écrivit après son arrestation à Jean-Bon Saint-André. « Tu as vu se former une petite société qui se rassemblait au café Corazza après les séances des Jacobins. Tu sais ce qui s'y faisoit et s'y disoit, car tu y as assisté quelquefois. Eb

I. Les questions font allusion à la première arrestation Je Proli qui a eu lieu le la octobre sur un mandat lance le 2(') septembre.

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bien ? U amour-propre divisa cette société et Sanibat et INIoenne, deux de ses membres, devinrent mes ennemis implacables pour quelques plaisanteries que je paye bien cher aujourd'hui. Sanibat et sa maîtresse M'"* Violette étaient Tort liés avec Fabre d'Eglantine et Dufourny. Le premier n'ignorait pas que je connoissois l'infâme usage qu'il fesoit des augustes fonctions de représentant du peuple et les friponneries dont il se rendit coupable à l'ombre des décrets bursaux qu'il fesoit rendre ; il se joignit avec empressement à mes deux ennemis. Dufourny, que je crois d'ailleurs bon patriote, se laissa aller à sa tendresse pour M'"" Violette et completta ce quatuor de haine et de vengeance. Les liaisons de Fabre et de Danton sont anciennes. Il parvint à l'aigrir contre moi et Danton à son tour communiqua ses préventions contre ton pauvre Diogène à Robespierre' ». Ainsi Proli explique l'origine de ses malheurs par des blessures d'amour-propre féminin et par les calculs machiavéliques de Fabre d'Eglantine.

La querelle cessa vite d'être une querelle privée pour se perdre dans les luttes politiques qu'elle aiguisa. Proli et les siens s'appuyèrent sur les hébertistes. Moenne, Sambat, Dufourny, se tournèrent vers les dantonistes et leur prêtèrent un concours actif et constant.

I. Arch. nat., W, 78. Nous avons publié celte lettre in extenso dans le numéro des Annales révolutionnaires c'e janvier

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Danton et ses amis, surtout Delacroix, Thuriot et Legendre, étaient alors très vivement attaqués par le Père Diichesne qui leur reprochait leurs tripotages et leurs relations suspectes avec les fédéralistes et môme avec les royalistes. Les nouveaux brissotins, les endormeurs, comme les appelait Hébert, se proposaient de réclamer une amnistie générale en faveur des suspects (n" 268). Ils avaient formé le projet de donner la clef des champs au petit louveteau du Temple pour régner sous son nom. Ils voulaient ma,rierla fille de Capet avec un fils du roi d'Angleterre (n" 2-4). Ilsintriguaient pour sauver les girondins, dont le procès était en efl'et retardé d'une façon anormale*.

1. Tant que les danlonistes ou les hommes d'une moralité douteuse tels que les Cliabol, les Osselin, les Basire, les Julien do Toulouse furent en majorité au Comité de Sûreté générale, le rapport d'accusation contre les girondins fut élude, malgré les votes répétés de la Co;ivcntion (le premier décret datait du 28 juillet). Le renouvellement du Comité de Sûreté générale le lit septembre ne sulHt pas à lever l'obstacle. Le 19 août, le Comité de Sûreté généraje avait désigné quatre de ses membres : Laignclot, Lavicomleric, Cliabot et Amar, à l'efTcl de rédiger l'acte d'accusation. Le lendemain, 20 août, lo Comité de législation avait nommé de son côté Ilentz, Florent Guyot et Merlin de Douai pour se réunir aux précédents. Les commissaires du Comité de Sûreté générale ne convoquèrent qu'une seule fois ceux du Comité de législation. Ce n'est que le 26 sej)tcmbre, au lendemain de la grande séance où le Comité de Salut public avait triomphé de ses adversaires, que l'oljstacle fut levé. Florent Guyot et Merlin de Douai écrivirent à leurs colli'guos du Comité de Sûreté générale pour se plaindre de leur inaction et pour les inviter à rédiger l'acte d'accusation sans délai. Amar fit son rapport le 3 octobre.

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Hébert, pour une bonne partie de ses accusations les plus graves, n'était que l'écho d'un agent que le Comité de Salut public avait envoyé en Normandie pendant l'insurrection fédéraliste, un certain Louis Comte'. De retour de sa mission, Louis Comte s'était rendu dans le courant de septembre auprès de Hérault de Séchelles, qui passait alors pour favoriser les hébertistes. 11 lui amena un adjudant de WimpfFen qui révéla les relations que Danton aurait nouées avec les fédéralistes et les royalistes soulevés. « L'adjudant, dit Comte, apprità Héraultdes choses essentielles. Il dénonça Beysser, Danton, Lacroix et plusieurs autres comme formant un parti dont Danton leur chef voulait mettre York sur le trône des Français, ce que Naudet^, envoyé auprès de WimpfTen, en apparence par Paré, mais dans le fait par Danton, avait dit publiquement à Caen, sous les arcades du département, le 2/i ou le 26 juillet, insinuant qu'avant le 10 août il y aurait beaucoup de nouveau. » Ces confidences parurent très graves à Hérault qui invita l'adjudant fédéraliste à les répéter devant Billaud Varenne, ce qu'il fit'.

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