DANTON ET LOUIS COMTE (JO
tion, on ne pourroit me soupçonner de mauvaises intenlions. Si, ce que je ne crois pas, ma conduite est extra-révolulionnaire dans ce qui concerne Danton, on ne pourroit tout au plus me taxer que d'étourderie et d'inconséquence occasionnée par un zèle aveugle pour la chose publique, que huit mois de cachots auroient plus qu'effacés...
Ce récit appelle plusieurs réflexions, lia été écrit par Comte dans sa prison. Il était destiné aux membres du Comité de sûreté générale. Il y avait des témoins qui pouvaient contrôler les dires de l'ancien agent du Comité de Salut public. Se serait-il risqué à aggraver son cas par des mensonges ?
Qu'un adjudant de l'armée fédéraliste du Calvados ait été reçu par Hérault et par Billaud Varenne au début du mois d'octobre 1793, cela n'est pas douteux.
11 n'est guère douteux non plus que certains chefs du mouvement fédéraliste normand n'aient été que des royalistes déguisés. Le quartier-maitre Mésaize, qui pourrait bien être le mystérieux militaire avec lequel Comte intriguait, nous dit dans son Journal qu'au moment de la marche de Puisaye sur Paris, lui Mésaize fut renseigné par « plusieurs des députés des sections de Paris » sur la position des troupes de la Convention. ]I ajoute qu'ayant communiqué ces renseignements aux commandants Le Roy et Puisaye, ceux-ci eurent une conférence oîi ils tombèrent d'accord qu'il fallait s'assurer de l'opinion des populations, « savoir surtout ce qu'elles pensaient du place-
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ment du Dauphin sur le trône et de la délivrance de la famille royale des mains de la faction qui dominait », et que, pour lâter l'opinion à ce sujet, ils envoyèrent vers Rouen et Paris le capitaine Mutel qui s'acquitta en partie de sa mission. Il faut noter aussi que Robert Lindet, interrogeant ]Mésaize à Caen, après la répression du mouvement, prétendit qu'il avait des « connaissances personnelles sur les causes particulières et les motifs cachés de l'insurrection qui avait pour but de placer le dauphin sur le trône et de délivrer la famille royale' ». Mésaize nia, mais l'opinion de Lindet est intéressante. Elle doit nous avertir de ne pas rejeter sommairement le récit de Louis Comte ou plutôt le récit de l'adjudant fédéraliste, dont Comte n'est que l'écho. Les hommes qui avaient la responsabilité du pouvoir sentaient l'intrigue royaliste partout.
Mais pourquoi Louis Comte, ayant fait ces révélations, fut-il brusquement arrêté ? Il comparut, le 1 1 octobre, à fo heures du soir, devant Vadicr, Legendre, Panis, Fabre d'Eglantine et Voulland, au Comité de sûreté générale-. Sur ces cinq membres, trois au moins étaient tout dévoués à Danton. La première question qu'on lui posa fut d'expliquer pourquoi il avait demandé à Danton