‹ Études Robespierristes (volume 2)Chapitre 42 sur 101 · DANTON, « DANNON », PITT ET M. J, HOLLAND ROSE · texte numérisé non relu

DANTON, « DANNON », PITT ET M. J, HOLLAND ROSE

M. J. HollandRose estun historien bien pensant, comme il y en a tant dans les Universités anglaises, qui sont restées des corps aristocratiques et ecclésiastiques, encore imbus de l'esprit duMoyen-Age. Il écrit avant tout à la gloire de l'Angleterre officielle.

Les deux grands ouvrages qu'il vient de faire paraître sur le second Pitt^, très dignes d'attention d'ailleurs par leur documentation en partie inédite, renferment des pages curieuses qui montrentjusqu'où peut aller chez un historien, cependant rompu aux méthodes scientifiques, le respect préconçu des légendes et le désir de préserver de toute atteinte les grandes réputations.

I. Cette étude a d'abord paru dans les Annales révolutionnaires de jsiny'ier 1917.

a. William Pitt and National Revival. London, G. Bell, 191 1 . William Pitt and the ijreat War. 191 3.

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L'idée que Pitt et Grenville auraient pu, par leur intervention, préserver la vie de Louis XVI lui est insupportable. Il consacre un long développement à réfuter ceux qui ont « calomnié » à ce sujet les deux grands ministres, objet de son admiration.

Le célèbre prince de la paix. Manuel Godoy, premier ministre d'Espagne, a raconté dans ses Mémoires les efforts qu'il fit pour sauver le roi de France quand il prit le pouvoir'. Il ne se borna pas, dit-il, à intervenir auprès du gouvernement français, à lui offrir un traité de neutralité en écbange de la vie du roi, à répandre de l'argent parmi les conventionnels, il s'adressa aussi au gouvernement anglais pour lui demander d'appuyer ses démarches : « Notre ambassadeur à Londres reçut l'autorisation d'employer avec réserve et prudence tous les moyens qu'il estimerait efficaces auprès des membres influens des deux Chambres du Parlement d'Angleterre... M. Pitt refusa obstinément de concourir avec nous à cet acte d'humanité. Il est juste de dire que plusieurs Anglais cherchèrent à émouvoir le cœur de cet homme inexorable. Fox, Shéridan, Grey, Landsdowne et d'autres dignes membres du Parlement y perdirent leur éloquence. Pitt demetira insensible ».

I . Mémoires du prince de la Paix, dom Manuel Godoy, traduit par J.-G. d'EsMÉNARD. Paris, Ladvocat, i836, t. I, pp. 54-/9.

Cette afFirmation de Godoy, qui concorde avec celle des Mémoires de Théodore Lameth, a eu le don de mettre en colère M. J. Holland Rose. Il rejette cette « cruelle et gratuite calomnie «, et il l'attribue « au désir envieux formé par un politicien discrédité d'abaisser un grand nom pour le mettre au niveau du sien ». Il a examiné les archives du Foreign-Otlîce pour les mois de décembre 1792 et de janvier 1798, et il n'y a pas découvert que le chargé d'affaires d'Angleterre à Madrid Jackson ait adressé à son gouvernement aucune demande d'aide pécuniaire ni diplomatique pour sauver Louis. Du silence des documents anglais, il conclat que Godoy a menti. Hélas ! nous savons trop combien les archives diplomatiques sont incomplètes et sujettes à caution pour induire de pareilles conclusions de leur silence. Le représentant de l'Espagne a fort bien pu causer aveé Pitt sans que celui-ci ait éprouvé le besoin de coucher par écrit sa conversation. Aussi longtemps que nous ignorerons les rapports écrits que le chargé d'affaires d'Espagne adressait de Londres et les instructions qu'il recevait de Madrid, nous ferons prudemment de nous en tenir aux affirmations de Godoy, que rien ne dément et que bien des sources confirment. Il n'est pas étonnant que les archives diplomatiques anglaises soient muettes quand l'affaire fut traitée verbalement par le frère même du duc d'Alcudia, qui vint à Londres au début de décembre 1792. Le i3 décembre 1792, Noël écrivait en effet à Lebrun : « Le frère du duc

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d'Alcudia (Godoï) est arrivé ici samedi dernier et, dans la nuit suivante, un courrier a été expédié à M. Jackson, ministre d'Angleterre en Espagne'. » Ce n'est pas seulement Talon et Noël, émissaires probables de Danton, qui essayèrent d'intéresser le gouvernement anglais au procès du roi. Quand M. Holland Rose traite de tentative de pure escroquerie (« merely an afFair of bribery ») la démarche de Noël auprès de Miles, j'applaudis à cette expression sévère, mais justifiée. Pitt et Miles avaient mille raisons de se défier de Danton, de Noël et de Talon. Mais M. Ilolland Rose sait bien (jue les anciens monarchiens réfugies à Londres, ]\Ialouet, Lally-Tollendal et leurs amis, intervinrent eux aussi auprès du gouvernement britannique. Il a retrouvé au Foreign-Olfice le mémoire qu'ils adressèrent à Grenville, le 7 décembre 1792, pour lui demander de publier une déclaration par laquelle le roi Georges III affirmerait l'intérêt qu'il portait à la vie de Louis XVI et sa résolution de refuser tout asile en Angleterre aux réglcides. Cette déclaration ne fut jamais faite, preuve que Pitt se refusa bien à toute intervention quelconque. Faute sans doute d'avoir consulté les Mémoires de Malouet, M. Rose semble ignorer que Grenville se montra ici moins intransigeant que Pitt, puisque Malouet nous dit que la Défense qu'il avait écrite pour Louis XVI fut traduite en

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