I. P. 555, bulletin n° ig, 2- mars-2 a\ril
[OO ÉTUDES BOBESPIEBRISTES
Just y fait figure d'un rival souvent très âpre et très intransigeant. On lit clans le bulletin n" 19 (27 mars-2 avril 179/i) : « Saint-Just voudroit, à ce qu'il paraît, sauver les 72 députés détenus comme complice de Brissot, parce qu'il espère s'en former un parti puissant dans la Convention qui le mît à même de lutter contre Robespierre. Celui-ci en consentant qu'on ne les juge pas, veut qu'ils soient détenus comme suspects, et on croit que Robespierre l'emportera cette fois sur Saint Just'. » Dans le même bulletin, il est dit que Saint-Just attaque le ministre des Affaires étrangères Deforgues, qui est protégé par Robespierre et Sieys.
Le bulletin suivant (n° 20, ^-l2 avril i-jg'\) relate une vive discussion qui aurait eu lieu entre Robespierre et Saint-Just, à la séance du 5 avril. « Robespierre déclara qu'il avoit cru nécessaire de donner à Pache et à Carrier les autorisations et les sauvegardes du Comité de Salut public, pour la conduite qu'ils avoient tenue dans l'affaire de Danton et dans celle d'Hébert ; qu'il comprenoit dans la même classe Lhuillier, que le tribunal révolutionnaire avoit innocenté par les mêmes raisons qui lui faisoient demander des sauvegardes du Comité pour ceux qui étoient ici présents. Qu'il déclaroit donc que c'étoit par ses ordres et par ceux de Barère, donnés au nom du Comité
LE COMITÉ DE SALUT PUBLIC l5l
de Salut public et sous sa sauvegarde, qu'ils s'étoicnt familiarisés avec ceux que le tribunal avoit jugés coupables [les hébertistes] et qu'il leur devoit toutes les lumières que l'on avait pu porter dans cette nouvelle conjuration. Cette déclaration causa de singuliers débats dans le Comité môme. Saint-Just prétendit expressément que Pache, nommément, avoit trempé dans ces conjurations sous prétexte de les découvrir, qu'il n'en avoit fait l'espion que lorsqu'il avoit décidément vu que ce parti alloit être exterminé ; qu'il avoit à cet égard des preuves complètes qu'il se réservoit de faire valoir en temps et lieux, et, pour cela, qu'il refusoit son assentiment à la sauvegarde qu'on lui demandoit. Les débats se prolongèrent presque toute la nuit, mais enfin le Comité assura, par l'influence de Robespierre, la sauvegarde qu'on lui demandoit, Saint-Just persistant cependant toujours à la refuser' »
Quelques jours plus tard, Robespierre s'oppose à l'envoi de Saint-Just à l'armée du Nord et propose Couthon pour cette mission, mais cette fois Saint-Just l'emporte-.
Dans la nuit du lo au ii mai, Sieys s'interpose pour négocier un raccommodement entre Saint- Just et Robespierre. La paix est conclue, mais Robespierre doit sacrifier Pache à Saint-Just^.