Bulletin n" 26, n
fois Sieys s'interpose. Après la fètc de l'Être suprême, Robespierre et Saint-Just se promettent union et fraternité, « dans la ferme résolution, dit l'espion, de s'égorger l'un l'autre au premier moment' ». Saint-Just, d'après l'espion, n'était pas de bonne foi. Il aurait encouragé les députés de son parli à protester contre le décret du 22 prairial sur la réorganisation du tribunal révolutionnaire.
M. Aulard estima que toute cette partie des rapports de l'agent royaliste, concernant Saint- Just, était hautement « fantaisiste ».
M. Aulard releva encore quelques autres «inventions saugrenues » dans les documents que la commission historique anglaise avait qualifiés de très remarquables. Dans la nuit du 8 au 9 mai, l'espion disait tenir de quelqu'un, qui l'avait vu, qu'il était sorti trois chariots remplis de cadavres de l'Hôtel de la Force " ! Il rapporte dans son bulletin n" 17, que le 19 mars le Comité avait décidé de pousser le peuple au massacre des détenus dans les prisons'* ! Il affirme que, « dans la nuit du 2.3 au 2^ mai, Robespierre alla chercher le roi [Louis XVIIj au Temple et le conduisit à Meudon. Le fait est certain, dit-il, quoiqu'il ne soit connu que du Comité de Salut public. On croit être assuré qu'il a été ramené au Temple,
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la nuit du 24 au 26, et que ceci étoit un essai pour s'assurer de la facilité à s'en emparer M » Ceci paraissait énorme à M. Aulard.
Bref, M. Aulard, sans prolonger ses critiques, concluait que ces romanesques bulletins « étaient de nature à égarer complètement les Anglais sur ce qui se passait au sein du Comité de Salut public », qu'ils sont « une preuve de la naïve crédulité des diplomates, qui se croient renseignés par le seul fait que leurs moyens d'information sont mystérieux et clandestins ». Tout au plus convenait-il qu'en ce qui concerne la politique étrangère, le traître était « à peu près informé ».
Jusqu'à l'année dernière le jugement de M. Aulard est resté sans appel, et aucun historien, à ma connaissance, n'a cru pouvoir utiliser les documents frappés de suspicion.
M. Gustave Bord, l'écrivain royaliste, a été d'un avis différent. 11 s'estefforcé, dans son récent ouvrage Autour du Temple, de répondre à l'argumentation de M. Aulard et de prouver que les bulletins de l'espion royaliste méritaient confiance^. Sa démonstration, je l'avouerai, ne m'a pas paru convaincante.
J'admets, avec M. Bord, que les nombreuses fautes d'orthographe, surtout dans les noms pro-
1. A. Aulard, Les Bnllclins d'un espion royaliste dans les papiers de lord Grenville. La Révolution française, XXXII, p. 127-
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