Aulard, Les Orateurs..., 2* édition, tome II, p
k un parti, c'est avec les Hébertistes qu'il a le plus dalFinités. Nous n'apportons pas ici des hypothèses en l'air, mais des faits, des preuves.
Les hébertistes dénonçaient depuis le 3i mai les lenteurs du tribunal révolutionnaire. Ils ojjtinrent satisfaction le 29 juillet 1793. Ce jour-là, le Comité de Salut public prit un arrêté pour ordonner la mise en arrestation de Montané, président du tribunal révolutionnaire. Qui signa cet arrêté ? Barère, Hérault, Robespierre, Jeanbon Saint- André, Prieur et Thuriot'. Ici encore, M. Aulard imaginera-t-il que Robespierre tint la main d'Hérault ?
A cette date, le civisme d'Hérault était tellement brûlant que, le 6 août 1793, ayant reçu la visite d'un nommé Duchesne, intendant de Madame, qui était venu lui proposer de rétablir les princes, il faisait arrêter sur-le-champ cet individu et le dénonçait à la section des Piques ■.
Quatre jours plus tard, Hérault présidait à la tête de la Convention la grande Fédération du 10 août 1793 où fut proclamée en grande pompe la Constitution qui était son œuvre. Il but le premier dans la coupe de la Régénération l'eau jaillissant des mamelles de la statue de la Nature. Il invoque la nature : « Souveraine du sauvage et des nations éclairées, ô Nature ! le peuple im-
I. Tuetey, Répertoire, t. VIII, n" 166^. a. Ib'uh, t. X, no 809.
mense, rassemblé aux premiers rayons du jour, est digne de toi, il est libre ! C'est dans ton sein, c'est dans tes sources sacrées qu'il a recouvré ses droits, qu'il s'est régénéré ; après avoir traversé tant de siècles d'erreurs et de servitude, il fallait rentrer dans la simplicité de tes voies pour retrouver la liberté et l'égalité... » A ce discours, M. Aulard trépigne d'enthousiasme. Enfin il retrouve « l'ami de Danton », car Danton, pour M. Aulard, est le disciple de Diderot et plus encore de Rabelais ! C'est de ce jour, M. Aulard en est sûr, que date l'inimitié de Robespierre et d'Hérault. C'est cette invocation à la Nature qui causa la perte de celui-ci ! « On s'imagine, dit-il, quelle tristesse dut éprouver Robespierre à cette manifestation qui faisait déjà prévoir la fête de la Raison. J'admets qu'il ait envié, lui qui naquit pour prêcher, le rôle de grand pontife philosophique que joua ce jour-là le dantoniste Hérault. Mais ce fut un sentiment plus profond, une douleur de croyant qui alluma en lui cette haine dont l'inolTensif et aimable harangueur devait être la victime. Dès lors celui-ci se sentit regardé par l'œil symbolique et effrayant qui était gravé sur les papiers des jacobins et il vit que Robespierre l'épiait'... ». J'ai tenu à citer le passage pour montrer la manière dont M. Aulard écrit l'histoire.