‹ Études Robespierristes (volume 2)Chapitre 81 sur 101 · I. Les Orateurs t. II, p · texte numérisé non relu

I. Les Orateurs t. II, p

HÉRAULT DE SÉCIIELLES 233

M. Aulard mesure Robespierre à son aune. Il lui impute, par transposition inconsciente, sa propre mentalité. L'historien de sang-froid ne parvient pas à distinguer la moindre contradiction, la moindre dissonance entre la politique religieuse de Danton et celle de Robespierre. Tous les deux, en novembre et en décembre 1792, s'étaient opposés à la suppression du budget des cultes proposée par Cambon. Tous les deux s'opposeront de même en brumaire et frimaire an II à la déchristianisation violente. Tous les deux invoqueront tour il tour, et parfois dans le même discours, la Nature et l'Etre suprême. Quelle plaisanterie de supposer que Robespierre ait pu être blessé dans son for intérieur du discours d'Hérault, alors que ce même Robespierre, dans ses fameuses harangues de la Fête de l'Etre Suprême, adressera lui aussi des invocations à la Nature' ! Mais j'ai honte de discuter des fantaisies si imprévues, et je ne m'y arrête que parce qu'elles ont trouvé dans l'enseignement un accueil qu'explique seule la haute situation de- leur auteur.

Loin d'être dantoniste, en ce mois d'août 1798, Hérault est lespoir des montagnards les plus ennemis de l'indulgence. Quand la discorde s'élève en Vendée entre Philippeaux, Bourdon de l'Oise et Goupilleau de Montaigu, d'une part, qui sou-

I. Sur la politique religieuse de Robespierre, voir mes articles des Annales révolutionnaires, t. II, 1909, t. III, 1910.

tiennent les généraux nobles Biron, Tuncq, et, de l'autre, Choudieu, Richard, Levasseur qui sont opposés aux premiers, à qui ceux-ci sadressentils pour avoir un appui au gouvernement? Ils s'adressent à Hérault de Séchelles, tandis que leurs adversaires, cela est bien connu, trouveront des concours auprès des amis de Danton, auprès de Camille Desmoulins, de Fabre d'Églantine, etc. Pour preuve de ce que j'avance, je citerai cette lettre, encore inédite, que Choudieu écrivait de Tours à Hérault de Séchelles, dans les papiers duquel elle figure toujours*.

Tours, le 8 aoust 1798, l'an H de la République une et indivisible et i'^'^ de la mort du tyran :

La liberté ou la mort.

Vous m'avez fait espérer. Mon cher Hérault, que vous déjoueriez toutes leç intrigues et qu'il me suffirait de m'adresser à vous pour être sur que vous vous opposeriez de toutes vos forces à l'injustice. La lettre que nous écrivons Richard et moi au Comité de Salut public-; écoutez notre collègue Esnue La Vallée et Tallien, et vous serez bientôt convaincu que nous sommes prêts à passer d'un despotisme à l'autre. Je lutterai contre tous les obstacles ; mais si vous ne nous secondez pas, rappelez-nous. Je demeure maintenant à mon poste par honneur; mais si je pouvais le quitter sans compromettre le salut de la patrie, je m'estimerais heureux ; si vous

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