CHAPITRE XI
Benjamin Vaughan fut un de ces Anglais, plus nombreux qu'on ne le croit, qui s'enthousiasmèrent pour notre Révolution et y virent le prélude d'une nouvelle ère dans l'histoire du monde. Fils d'un riche marchand, il vint à Paris en 1790, pour la fête de la Fédération. 11 descendit la Loire et prononça un discours à Nantes, le 2/4 novembre 1790, au cours d'une réunion patriotique. De retour en Angleterre, il prit une part active au mouvement de réforme démocratique que dirigeait la société des Amis de la Révolution de 1688. Il se lia avec le docteur Price, avec John Ilarford Stone, dont il adopta la théologie unitarienne. Avec eux, il rejeta le dogme de la Trinité ^ Il
I. Cette étude a d'abord paru dans les Annales révolutionnaires de janvier-février 1917.
3. J'emprunte ces détails et d'autres au livre de John Goldwortli Alger, Enfjlishmen in the French Révolution, 1889, p. 89 sq.
202 ÉTUDES ROBESPIERBISTES
siégeait aux Communes dans les rangs de l'opposition, aux côtés de Fox.
La guerre de l'Angleterre avec la France indigna et révolta Vaughan et ses amis. Ils devinrent bientôt suspects à la police de Pitt. Stone, sous le coup d'un procès pour haute trahison, passa en France dès le mois de mai 1793. Vaughan, son ami, ne tardait pas être impliqué dans les poursuites. Il se réfugiait à son tour à Paris, au printemps de 179/i.
Le temps n'était plus où les Français patriotes accueillaient à bras ouverts les étrangers de toute la terre. Avec les revers, la méfiance était venue. Quand Toulon s'était livré aux Anglais, la Convention avait ordonné, au mois d'octobre 1793, l'arrestation de tous les sujets britanniques séjournant en France. Stone lui-même avait été compris dans cette mesure générale. Il passa soixante jours en prison au Luxembourg avant de recouvrer la liberté.
V^aughan, en arrivant à Paris, se garda donc bien de se dire Anglais. Il prit le nom de Jean Martin et il vécut dans la retraite à Passy.
Mais la police révolutionnaire était bien faite. Quelques jours ne s'étaient pas écoulés depuis son arrivée que le prétendu Martin était arrêté et interné au couvent des Carmes, transformé en prison.
Vaughan s'adressa au Comité de Salut public qui chargea Herman, commissaire des admi-
nislrntions civiles, police et tribunaux, de procéder à une enquête pour vérifier les dires du député anglais.
Le iG prairial an II, ^ juin 1794» Ilerman demanda le concours de son collègue Buchot, commissaire des relations extérieures, par le billet suivant :
Je te prie, cher collègue, de faire rechercher, sur les gazelles de Londres depuis le 17 mai dernier*, s'il y est question de Benjamin Vaughan, membre de la Chambre dos Communes de la Grande-Bretagne, et de me faire donner des extraits traduits de ce qui pourrait se trouver relatif à cet individu. Je te prie de faire cette recherche de suite-.
Le même jour, Herman avait été chargé par le Comité de Salut public d'interroger une seconde fois le député Vaughan. Ilerman procéda sur-lechamp à ce nouvel interrogatoire, pour lequel Vaughan fut tiré un moment de sa prison des Carmes^.
Buchot ne fit pas longtemps attendre à Herman le renseignement .sollicité. Dès le 8 messidor, 26 juin, celui-ci put clore son enquête par le
1. C'était sans doute le 17 mai que Vaughan avait quitté l'Angleterre. Si on songe qu'à la date de la leltrcd'Herman il a déjà été interrogé une première fois, on verra qu'il est resté bien peu de temps à Passy.