I. Journal de la Monkujnc du i3 thermidor an II
d'abord que l'Anglais fiU envoyé à la mort ! Et cette alTirmation de Billaud rend tout à fait invraisemblables les prétendues visites que Vaughan aurait faites à Robespierre avant son arrestation.
Plus exact que Barère, Billaud reconnaît que c'est sur sa demande que Vaughan fut pourvu d'un passeport pour la Suisse. C'est à ce moment-là seulement que Robespierre aurait cessé de lui être hostile et serait devenu son protecteur. Billaud ici invente, car Robespierre ne signa pas la miseenlibertéde Vaughanetaucun robespierriste du Comité ne la signa. Billaud est obligé d'inventer, car autrement il ne pourrait plus utiliser la lettre de Vaughan. De cette lettre, il relève surtout le passage où Vaughan conseillait dans les républiques vassales de ne pas écarter du droit de vote les anciens privilégiés. Cela lui suffit pour convaincre Vaughan et par suite Robespierre du crime de contre-révolution ! C'est que Billaud parlait le 11 thermidor, à un moment où les vainqueurs de Robespierre reprochaient à celui-ci d'avoir voulu enrayer et modérer la Terreur.
Barère, qui écrit îi un moment tout différent, quand la Terreur est désavouée par tous, se garde bien de faire à Robespierre un pareil reproche, un reproche qui l'aurait rendu sympathique. De la lettre de Vaughan, il ne retient que les projets diplomatiques et il accuse Robespierre d'avoir voulu sacrifier les frontières naturelles.
Bien entendu, la plupart des historiens ont adopté sans enquête le roman de Barère. E. Hamel est le seul à ma connaissance qui l'ait rejeté, mais sommairement et sans contrôle'.
Il était réservé au fougueux réactionnaire Charles d'Iléricault de renchérir sur Barère et d'enjoliver la légende.
Il raconte, dans sa Réi>olution de Tlœnnidor, qui fut naturellement couronnée par l'Académie française, que « l'Anglais (c'est-à-dire Vaughan) disait qu'il était l'organe d'un parti considérable qui cojîsentait h négocier avec Robespierre et à reconnaître la République française à ces conditions : Robespierre établirait un pouvoir exécutif amovible, sur une ou deux tètes, comme dans la République romaine ; il cesserait de poursuivre, en France, les négociants et le culte religieux ; il substituerait, en faveur de l'autorité, à la noblesse détruite, un appui équivalent". »
jNI. Ch. d'Iléricault, ayant ainsi analysé la lettre de Vaughan, renvoie en note aux Mémoires de Barère ! La lettre .que Barère a publiée et que nous avons reproduite ne contient absolument rien de la soi-disant analyse qu'en donne le lauréat de l'Académ'ie française, qui a tout inventé, ad majorem Dei gloriam.
Cependant, M. Charles d'Iléricault emprunte