La Réuohition de Thermidor, 1878, p
Matiiikz — Conspiration.
quelques détails supplémentafres aux Mémoires historiques et politiques sous le rè^nede Louis XVI, médiocre et suspecte compilation que fit paraître l'ex-abbé Soulavie en 1801.
Soulavie, qui fut résident de France à Genève en 1793 et 1794» raconte que deux notables de la ville, Witel'et Comte, chargés de surveiller Benjamin Yaughan, auraient intercepté plusieurs lettres que celui-ci adressait à Robespierre. Soulavie aurait reçu ces lettres décachetées, il les aurait fait tenir à Méaulle, représentant en mission dans le département de l'Ain, et c'est Méaulle qui les aurait envoyées au Comité de Salut public, où elles arrivèrent pendant les événements de thermidor'.
Il suffit de lire attentivement la lettre publiée par Barère pour, être convaincu que cette lettre était la pre.nière que Vaughan adressait à Robespierre. « Si se trouve que je ne vous dégoûte pas, disait-il en son mauvais français, je prendrai de temps en temps la liberté de vous écrire par le canal de vos ministres. » Cette façon de s'exprimer exclut toute idée d'une correspondance antérieure entre Vaughan et Robespierre. Vaughan, remar-
I. Soulavie dit que Méaulle envoya les lettres interceptées par Witel et Comte au Comité de Sûreté générale et non au Comité de Salut public, comme le lui fait dire d'Héricault. Vadier les aurait reçues à Paris et les aurait reprochées à Robespierre. Toute cette partie des Mémoires de Soulavie est en opposition avec le récit de Barère (Soulavie, Mémoires historiques et politiques du rhjne de Louis XVI, t. V, p. 35i-3o3).
quons-le, n'écrit pas directement à celui-ci, il lui écrit « par le canal » des ministres de France, autrement, dit-il, il a remis sa lettre à Soulavi^ pour qu'il la fasse parvenir à Robespierre. Une lettre transmise ainsi par la voie olficielle n'a rien d'une lettre particulière. Ce n'est pas à Robespierre, homme privé, qu'elle est destinée, c'est au membre influent du Comité de Salut public, et, en effet, elle ne renferme rien de personnel.
Il est donc possible que Soulavie ait dit vrai quand il raconte qu'il a transmis la lettre de Vaughan au Comité de Salut public. Cette transmission indirecte expliquerait pourquoi cette lettre, datée du 26 messidor, n'est arrivée à Paris que le 9 thermidor. Mais, où Soulavie manque de mémoire, c'est quand il prétend que plusieurs lettresde Vaughan lui furent remises, et parl'intermédiaire de mouchards genevois. Cela estcontredit par les termes mêmes de la lettre de Vaughan. C'est Vaughan lui-même qui lui remit sa lettre décachetée, pour qu'il la transmît avec son courrier.
Vaughan n'a pas pu écrire plusieurs lettres à Robespierre. Les dates s'y opposent. Mis en liberté par l'arrêté du 8 messidor, il n'a pas pu arriver à Genève avant le 16 messidor au plus tôt, en supposant qu'il a quitté Paris aussitôt après sa sortie de prison. La lettre publiée par Barèrc est du 26 messidor, et c'est évidemment la première qu'il ait écrite à Robespierre. C'est aussi
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la dernière, puisqu'elle arriva à Paris le 9 thermidor et que Robespierre cessa d'exister le lendemain.
Par cette simple histoire, on peut juger de la masse d'inventions, de faussetés et de calomnies dont les thermidoriens, fidèlement suivis par trop d'écrivains d'Académie ou de Sorbonne, ont chargé la mémoire de leur victime.