A-cte du II déc. 1791 devant M* Finot
Mathiez. Robespierre. 4
5o ÉTUDES nOBESPIERniSTES
ment à Paris, cour du Commerce, section du Théâtre-Français, district des Cordeliers. J'ignore à quelle somme se monta la vente de ce mobilier après son décès, n'ayant pas retrouvé les pièces aux archives, mais ce mobilier nous est bien connu grâce à l'inventaire détaillé qui en a été dressé après le décès de sa première femme, le 25 février 1798 et jours suivants. On y voit figurer dans la cave trois pièces de vin de Bourgogne, un quarteau de vin blanc d'Auvergne, 72 bouteilles de Bordeaux, 36 de Bourgogne, dans les chambres à coucher plusieurs secrétaires et une bibliothèque en bois d'acajou, un forte piano en acajou, un chiffonnier avec marbre, une guitare, de nombreuses glaces, des fauteuils en velours Utrecht cramoisi, dans le salon des consoles en acajou, une bergère en damas gris à fleurs, une autre bibliothèque en acajou, de nombreux chenets et flambeaux, des tables en noyer, une garde robe très bien garnie, le tout prisé à 9086 1. 18 s. 3 d. Il faut ajouter une somme 2 000 1. tant en assignats qu'en or et la valeur des ouvrages de la bibliothèque estimés à 2 866 1. 10 sous, soit au total i3 900 livres environ.
Danton possédait encore un mobilier dans la maison dont son beau-père Charpentier était propriétaire à Sèvres '. Ce mobilier fut vendu en
I. Cette maison s'appelait La Fontaine d'Amour. Elle existe encore au n" 8q de la Grande Rue.
LA FORTUNE DE DANTON 5i
prairial an II et en vendémiaire an III, Il comprenait entre autres : trois vaches, un âne, un petit marcassin, dix-neuf poulets, vingt et une paires de pigeons, un chien de cour, une berline qui fut vendue i ooo livres. Le produit de la vente aux enchères s'éleva au chiffre de 6 169 1. lis.'. Danton possédait enfin du mobilier dans un appartement qu'il avait loué en novembre 1798 à Choisy-le-Roi -. Mais j'ignore sa valeur n'ayant pas trouvé de renseignements nulle part. Négligeons cette dernière propriété. Nous voyons que la fortune mobilière de Danton, la fortune visible peut être évaluée k
80751. i3 s., mobilier d'Arcis.
18900 » mobilier de la Cour du com-
merce à Paris.
6 169 II mobilier de Sèvres.
28 644 1. 2^ s. , en chiffres ronds une trentaine de mille livres.
Cette somme est sûrement au-dessous de la réalité. Les meubles de la Cour du commerce ont été prisés au-dessous de leur valeur. Ceux de Sèvres et d'Arcis ont été vendus h une époque où la vente des biens des émigrés et des condamnés
1. Cf. les procès-verbaux de vente dans la Révolution franchise, 1906, t. II, p. 79 et suiv.
2. D'après la déclaration de Charpentier en 179^- Robinet, p. 286. Cet appartement était situe dans la maison du citoyen Fauvelle, ancien château du duc de Goigny, ibid., p. 290.
52 ÉTUDES ROBESPrERRISTES
était très difficile, en dépit de la baisse de l'assignat.
Du reste nous n'avons pas tenu compte de 700 livres de rentes viagères que Danton servait à sa mère et à sa nourrice, ce qui représente à ^ 0/0 un capital de 17 5oo francs.
Dans l'hypothèse la plus favorable à Danton, la valeur de ses biens immobiliers et mobiliers au moment de sa mort doit être évaluée au bas mot à
187000 francs d'immeubles (126000 d'acquisitions plus 12 000 de biens patrimoniaux).
3o 000 de meubles.
soit 167 000 francs, et encore nous ne faisons pas entrer en ligne les 10 000 francs de dot de la seconde femme ni les 3o 000 francs de donation faite en sa faveur par la tante de Danton,
Les fils de Danton ont écrit en i846 un mémoire pour défendre la probité de leur père*. Ils y déclarent qu'il n'ont retiré de sa succession que les biens immeubles non vendus estimés par eux à 8l\. 960 livres, plus « quelques portraits de famille et un buste en plâtre de leur mère», aucune somme d'argent ni créance, « en un mot rien de ce qu'on appelle valeurs mobilières, à l'exception pourtant d'une rente de 100 francs à 5 0/0 )). Ils reconnaissent que le district d'Arcis
I. Ce mémoire, publié d'abord dans l'Arcisien, fut réimprimé par Bougeart, ensuite par le docteur Robinet, pp. agS-SoS.
fit rembourser à leur succession une somme de * 12 4o5 1. 4 s- 4 d. (ils omettentla valeur des trois juments réquisitionnées pour l'armée qu'un arrêté postérieur fixa à 2 oool.), mais ils déclarent que cette somme ne doit pas entrer en ligne de compte parce qu'elle suffit à peine à payer les dettes de la succession qui s'élevaient à i6,o65 livres. Cette somme restait due sur les dernières acquisitions de Danton. « Nous pourrions, disentils, s'il était nécessaire, fournir le détail de ces i6o65 livres avec pièces à l'appui. Elles ont été payées plus tard par notre tuteur, et, pour les payer, il n'aura pas manqué sans doute de faire emploi, autant qu'il l'aura pu, des I2 4o5 livres de bons au porteur dont la restitution avait été ordonnée à notre profit par l'arrêté de l'administration du département de l'Aube, en date du 24 germinal an IV. »
La bonne fois des fils de Danton me paraît certaine. L'inventaire que j'ai publié dans les Annales révolutionnaires prouve que toutes les dernières acquisitions de Danton n'avaient pas été entièrement payées. Ainsi les 7 denrées, 20 carreaux de jardin et bois que Danton avait achetées iiElisabeth Camus, veuve Nicolas Jeannet, moyennant 3 000 livres, ne devaient être payées qu'après la mort de la venderesse à ses héritiers ; de même les 7 denrées de jardin et bois achetées à Mony Lemire étaient payables en deux ans, à partir du 21 brumaire, etc.
Mais les fils de Danton prétendent établir que la fortune de leur père ne se montait pas à un chiffre supérieur à celui que représentait la valeur des immeubles qu'ils ont recueillis de sa succession : « Notre raisonnement était donc logique, concluent-ils, quand nous disions : Nous n'avons recueilli que cela de la succession de notre père ' et de notre mère, il est donc évident qu'ils ne possédaient rien autre chose ni dans le département de l'Aube ni ailleurs ».
Ce raisonnement n'est pas du tout logique. C'est au moment où les biens de Danton furent séquestrés et inventoriés, immédiatement après sa mort, et non pas dix-sept ans plus tard, quand le tuteur des fils de Danton leur rendit ses comptes, à l'époque de leur majorité, qu'il faut se placer pour connaître la valeur exacte de la fortune de Danton. Dans les ventes de l'an II, une partie de cette fortune s'est dissipée. La valeur des biens mobiliers et immobiliers vendus à Arcis a été restituée à la succession en bons au porteurs admissibles au paiement des seuls domaines nationaux provenant d'émigrés. Ces bons ont subi une dépréciation énorme.
Puis, les fils de Danton raisonnent comme s'ils étaient les seuls héritiers. Ils oublient que leur père s'était remarié, quatre mois après la mort de leur mère qu'il idolâtrait, et que sa seconde femme, la pieuse Sébastiennc Louise Gély, eut à faire valoir des reprises qui s'élevèrent à 4o ooo livres au moins.
h' Intermédiaire des Chercheurs et Curieux a publié dans son numéro du lo septembre 1906 le contrat de mariage de Danton avec sa seconde femme. La pièce est datée du 12 juin 1793. La future reçoitde ses parents une dot de i o 000 francs. Elle reçoit, en outre, d'une tante de Danton, la dame Lenoir, une somme de 3o 000 livres qui lui appartiendra en propre si elle survit à son époux. Pour sa dot comme pour cette donation Sébastienne Louise Gély, qui se remaria plus tard avec le père des trois fameux Dupin de la monarchiedejuillet, avait hypothèque sur les biens de son mari. Elle fit valoir ses droits à sa mort et revendiqua très probablement le mobilier garnissant les domiciles de Danton à Paris, à Sèvres, à Choisy-le-Roi.
Je remarque enfin que dans l'état des immeubles dressé par les fils de Danton il existe une lacune. Cet état ne fait pas mention de la moitié de maison et dépendances que Danton possédait indivise avec sa sœur Menuel et dont la valeur était estimée à 12 000 livres.
Quand j'ai établi pour la première fois en 1912, l'état des biens meubles et immeubles possédés par Danton au moment de son supplice, je n'ai fait entrer en ligne de compte dans les listes des immeubles que ceux dont les archives de l'Aube m'avaient révélé l'existence. Mais voici qu'un hasard de lecture, en 1914» nie met en présence du texte suivant : « Par jugement du 27 germinal
an XIII, les fils de Danton vendent sous la tutelle de Pierre Menuel conjointement avec Antoine- François Charpentier, ancien notaire à Paris, rue de l'Arbre-Sec, n° 3, et Victor-François Charpentier, négociant à Paris, rue du Théâtre- Français, n" 87, une maison à Paris n° 26, pour 27 000 francs (^Petites affiches du 19 prairial. p. 10 002) » \
François-Jérôme Charpentier, le grand'père maternel des deux fils du premier mariage de Danton, était mort en 180^. Il fallut régler sa succession qu'eurent à se partager ses deux fils Antoine-François et Victor-François et les enfants de sa fille mariée à Danton. La maison de la rue de la Vieille-Monnaie fut alors vendue et son prix réparti entre les héritiers. Les deux fils de Danton eurent ainsi 9,000 francs pour leur part à tous les deux.
La maison de la Vieille-Monnaie ne figure pas dans la déclaration que le beau-père de Danton dut fournir en l'an III à l'administration des domaines et que Robinet a publiée (p, 284-286 de son mémoire sur la vie privée de Danton, 3* édition). Il est possible qu'il l'ait achetée postérieurement à cette enquête.
Il faut remarquer encore qu'à l'époque du 27 germinal an XIII, date où fut vendue cette maison, c'est Pierre Menuel, oncle paternel des