JULIEN (DE TOULOUSE
Ce n'est pas par\in pur hasard, par une rencontre fortuite, que les deux hommes qui s'offrent à nous au seuil de ces études sont tous les deux des hommes d'Eglise : un abbé catholique qui venait du Limousin, pays des hobereaux, Marc- René Sahuguet d'Espagnac, un pasteur protestant qui venait de Toulouse, patrie des ténors, Jean Julien.
Quiconque a un peu approfondi l'histoire du xvin* siècle n'ignore pas que toutes les hardiesses de la pensée et des mœurs eurent d'abord pour initiateurs et pour propagateurs des représen- 'tants du clergé. L'incrédulité a rayonné de haut en bas. Elle a fait les délices des évoques et des cardinaux avant de gagner comme la tache d'huile les grands seigneurs et la haute bourgeoisie.
I. Cette étude a d'abord paru dans La Grande Revue de jiovembre 191 5.
i86 ÉTUDES ROBESPJERRISTES
Nos deux ministres de Dieu étaient de leur siècle, voilà tout. Ils considéraient la religion comme une profession comme une autre. C'est cette profession qui, loin de les diviser, les avait rapprochés. Quand il sera mis en accusation devant les Jacobins pour ses relations avec le fournisseur d'Espagnac, le pasteur Julien expliquera tout naturellement qu'il avait appris que l'abbé d'Espagnac avait été un bon prédicateur. « Cette identité de métier », ainsi qu'une identité d'opinions philosophiques, lui avait fait rechercher sa société.
Julien ne voulut pas avouer qu'autre chose encore l'avait attiré auprès de d'Espagnac : un même amour du gain, un même sens des affaires.
Le personnage n'a pas encore eu d'historien même local : j'ignore si une rue de Toulouse porte son nom. Tout ce que je sais de lui, les documents d'archives, les journaux du temps, les mémoires qu'il a rédigés plus tard pour sa défense me l'ont appris. A en juger par son signalement', c'était un bel homme : « Le nommé Julien est d'une taile avantageuse de cinq pieds six à sept pouces, se tenant fort droit, les épaules quarrées et bien sur ses jambes, le visage assez rond, les yeux bleus et plutôt petits, les cheveux châtains, la voix vacillante et le ton flatteur et d'un prédicateur, l'abbord d'un hypocrite fort compli-