‹ Etudes robespierristesChapitre 54 sur 87 · I. Voir la séance du 9 septembre aux Jacobins · texte numérisé non relu

I. Voir la séance du 9 septembre aux Jacobins

UN DÉPUTÉ D AFFAIRES aaS

Pour que la besogne fût mieux faite, Julien avait pris pour secrétaire un homme qui lui avait été dénoncé à lui-même comme un partisan de la Gironde, Pierre-Bernard Vazilières, qu'il avait connu à Toulouse quand il faisait ses études de médecine. Vazilières, de l'aveu de Julien, « avait des amis particuliers parmi les députés proscrits»*, et avait lui-même manifesté son opinion contre le 3i mai.

Rédigés par un tel homme, les rapports de Julien contre les fédéralistes ou contre les suspects devaient être plus terribles en menaces qu'en conclusions effectives. Et, en eiFet, la plupart des affaires qui lui furent confiées aboutirent à des non-lieu ou à des mesures sans portée.

Chargé de requérir contre Westermann, accusé de trahison après sa défaite de Châtillon-sur- Sèvre, Julien conclut — par la plume de Vazilières — que le général, cher à Danton et odieux à Marat serait déféré non pas au tribunal révolutionnaire, mais à une cour martiale*. Il expliquera plus tard ce que signifiait cette tactique : « C'est ainsi que dans le rapport sur Westermann,

I. Voir Réponse de Julien de Toulouse, député proscrit, à ses dénonciateurs, an III, p. 43-46. Pierre- Bernard Vazilières, âgé de .28 ans, natif de Graulhet, fut interrogé au Comité de sxireté générale, le 28 brumaire. Arch. nal,, F" 4776*". Il existe sous «es scellés (Arc/i. nat. F'' 6718) un état des rapports qu'il a rédigés pour Julien de Toulouse. .

a. Le rapport de Julien sur Westermann est du 3o juillet

2a4 ÉTUDES ROBESP lERBlSTES

que je regardois comme le vainqueur de la Vendée, le seul capable de terminer cette guerre désastreuse, j'ai laissé planer quelques soupçons d'inconduite dans les opérations militaires, pour détourner de dessus sa tête les fureurs de cette horde impie, ennemie de la patrie et de ses défenseurs les plus zélés, le faire renvoyer devant un tribunal militaire sur les lieux mêmes où j'étois assuré qu'il seroit acquitté et pour l'éloigner du tribunal assassin. Si j'avois dit la vérité sur son compte, si j'avois avoué que je le regardois comme un héros, il était perdu, sa mort étoit jurée. » On sait que le calcul se trouva juste et que Westermann reprit son commandement, quitte un peu plus tard à porter sa tête sur l'échafaud avec Chabot et Danton*.

Un autre général plus compromis encore que Westermann fut également sauvé, du moins provisoirement, par Julien. Beysser, qui commandait à Nantes, avait signé un arrêté des autorités fédéralistes de cette ville qui protestaient contre le Si mai. Julien, par la plume de Vazilières, excusa Beysser et le fit renvoyer à ses fonctions ^. Beysser le remercia dans une lettre qui se trouve au dossier'. Comme Westermann, il devait un peu plus tard porter sa tête sur l'échafaud.

1. Voir notre article Westermann et la cour à la veille du 10 août dans les Annales révolutionnaires de mai 1917.

Page 1