Banquier hollandais, ami d'Anacharsis Cloots
blique si elle était trahie par ceux-là mêmes en qui elle avait placé le plus de confiance, auxquels elle avait remis le soin de la défendre contre ses ennemis, par les membres du Comité de Sûreté générale, chargé de la haute police politique?
En vain Julien, fidèle à sa tactique, se hâta, au lendemain même de la perquisition, de coiffer de nouveau le bonnet rouge. Le 21 septembre, il proposait que les femmes qui ne porteraient pas la cocarde fussent punies de huit jours de prison, déclarées suspectes en cas de récidive, etc. Le lendemain, 22 septembre, il voulait faire accorder 2 000 livres de pension supplémentaire aux évêqui se marieraient. Le 29 septembre, la section des Droits de l'Homme ayant dénoncé des fournisseurs qui fabriquaient de mauvais souliers, Julien saisissait la balle au bond. Il faisait décréter que ces fournisseurs et ceux qui auraient reçu leurs marchandises mal façonnées seraient traduits au tribunal révolutionnaire et traités comme des conspirateurs ! Après cela, on viendrait lui reprocher sa tendresse pour d'Espagnac! Efforts superflus. Les Jacobins savaient maintenant à quoi s'en tenir.
Le ^ octobre, Julien osa se présenter au club. Le chimiste Hassenfratz dénonçait l'administration des charrois. Il lui reprochait d'employer une foule d'aristocrates et de suspects. Julien, à qui le sujet était familier, demanda la parole. Aussitôt Raisson, qui avait assisté à la perquisi-
tion du 10 septembre, s'élança à la tribune et exécuta l'impudent :
Ceux qui font entendre leur voix dans le sanctuaire de la vérité doivent être exempts de tout reproche. Julien était membre du Comité de Sûreté générale, il n'en est plus; mais la voix publique s'élève contre lui; mais des observateurs patriotes, des hommes zélés et véridiques lui adressent des reproches peut-être mérités. Je ne sais par quelle fatalité Julien fut le rapporteur de beaucoup de gens justement suspects, et toujours ils sortirent blanchis de ses mains. Avant donc de combattre des intrigants et des traîtres, il faut être soi-même inaccessible à tout soupçon. La représentation nationale doit être composée de manière qu'elle soit exempte de tout reproche. Je demande donc que Julien (de Toulouse) réponde aux bruits qui s'élèvent contre lui et qui déjà ont obligé un des comités de la Convention à prendre contre lui des mesures sévères.
L'ami Chabot se précipita au secours de Julien et voulut écarter par la question préalable la mise en demeure nettement posée par Raisson. Mais son intervention tomba dans un silence glacial. Julien de . Toulouse dut s'expliquer. Après un exorde mielleux, il tenta d'esquiver le débat. Il « rendit hommage à la pureté d'intention qui a dicté les observations de Raisson. Il s'étendit sur e but des Sociétés populaires et voulut prouver que son intention ni son ambition n'avaient jamais été d'acquérir une réputation ou de l'influence par des discours, des figures et des déclamations ». A ces mots, David, qui, lui aussi ayant
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assisté à la perquisition, savait à quoi s'en tenir, le ramena brutalement à la question : « J'invite Julien (de Toulouse) à ne pas faire de belles phrases, mais à s'expliquer sur la liaison qu'on lui reproche avec d'Espagnac et dont nous avons la preuve. » Alors Julien, mélodramatique, en appela à sa vie entière : « Je prends à témoin tous les bons patriotes, tous nos collègues, que je n'ai jamais cessé de me montrer le défenseur des droits du peuple, que j'ai toujours voté avec ses amis les plus ardents, que toutes les actions de ma vie attestent le civisme le plus pur... ». Quelqu'un jeta l'interruption : « Témoin d'Espagnac », et Moenne à son tour réclama des précisions : « J'interpelle Julien (de Toulouse) de répondre au sujet des conciliabules qu'on l'a accusé de tenir avec Thuriot et Barère * chez la ci-devant comtesse de Beaufort. » Cette fois, il n'y avait plus moyen de se dérober. Julien expliqua qu'il avait connu la comtesse de Beaufort à Toulouse, « où elle demeurait dans la même rue que lui ». Il avait cultivé sa connaissance à titre de femme de lettres. Il l'avait revue à Paris et « ayant aperçu sur la porte de la chambre qu'il occupait [rue Helvétius] des caractères sinistres (sic), et sachant que la témérité n'était pas du courage, il avait cru pouvoir se dispenser de l'occuper pendant quelque temps et, à cette