I. Peut-être faut-il lire Basire au lieu de Barère
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époque, un logement s'était trouvé vide dans la maison où demeurait la citoyenne Gauthier, il l'occupa ». Il nia avoir tenu des conciliabules avec Thuriot et Barère. Il justifia péniblement ses rapports sur les marchés d'Espagnac, il invoqua à cet égard le témoignage de Danton et il termina en demandant la nomination d'une commission de six membres qui examinerait toute sa vie politique. « Si un seul nuage peut être élevé sur sa probité, sur son patriotisme, il consent à être retranché, non pas des Jacobins, non pas de la Convention, mais de la terre des vivants. »
Thuriot mis en cause essaya d'une diversion : « Oui, depuis deux mois des hommes se sont dit : Nous perdrons la patrie en calomniant ceux qui ont le plus fait pour elle. Je vais mettre les calomniateurs bien à leur aise... » Mais Raisson violemment : « Il n'y a pas ici de calomniateurs. » Thuriot au milieu des murmures dut demander au président de lui maintenir la parole. Il baissa le ton et, rudement attaqué par Sijas, il dut se défendre. Il nia être allé chez la citoyenne Beaufort. Les Jacobizis nommèrent une commission d'enquête et choisirent pour la composer ceux-là même qui avaient perquisitionné chez Julien : Moenne, Raisson, Dufourny, Le Bas. La composition de la commission disait d'avance ses conclusions !
En vain Julien essaya de faire bonne conte-
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nance. On le revit encore de temps en temps à la tribune de la Convention et même à celle des Jacobins. Mais sa perte était résolue. Le ii octobre, Sentex dénonçait aux Jacobins le rapport qu'il avait consacré aux administrations fédéralistes. Julien plaidait les circonstances atténuantes. Il avait pu être trompé par ceux qui l'avaient renseigné. Dufourny ironiquement lui répliquait : « J'appuie la demande que Julien fait il tous ses confrères de lui donner des renseignements sur son travail. Sillery se plaignait aussi qu'on ne lui avait pas donné assez de renseignements pour son rapport et vous savez oîi il est. » Sillery, auquel Dufourny comparait aimabablement Julien, était un des 22 Girondins que le tribunal révolutionnaire venait d'envoyer à l'échafaud !
Trois jours plus tard, le i5 octobre, Robespierre à son tour donnait le coup de grâce à Julien. Il lui reprochait d'avoir fait sur le fédéralisme un rapport feuillantin et même aristocrate. Julien avait représenté Chalier et ses amis, les martyrs lyonnais, comme des anarchistes « et comme des hommes qui avaient provoqué les malheurs qui ont fondu sur leur tête ! » « Du sein de la Montagne, s'écria Robespierre, je vois des hommes qui assassinent les pères de la liberté... »
L'hébertiste Brichet, profitant de l'enthousiasme, que les ardentes paroles de Robespierre
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avaient soulevé, demanda l'arrestation immédiate de Julien. Mais Robespierre s'y opposa : « Je n'ai dénoncé qu'à regret, dit-il, un ouvrage dont j'ai vu l'auteur marcher longtemps sur la ligne parallèle des meilleurs patriotes. Il ne s'agit donc point ici d'arrestation ni de guillotine, il s'agit de sauver la liberté par des mesures sages. » Julien s'humilia. Il avoua ses erreurs, il avait été trompé. Il n'était pas infaillible. Le lendemain, Collot d'Herbois se rendit à la Commune au nom des Jacobins et lui demanda de retirer l'approbation qu'elle avait donnée au rapport de Julien, évidemment par surprise. La Commune docile décida que la mention civique du rapport de Julien serait biffée de son registre et le rapport brûlé. Quelques jours plus tard, le 21 octobre, la Convention elle-même, sur la motion de Vouland, désavouait le rapport de Julien et rapportait le décret qui en avait ordonné l'impression.
Les affaires décidément allaient mal pouj Julien et sa bande. C'est alors qu'ils lancèrent la déchristianisation, surenchère désespérée derrière laquelle ils espéraient trouver un abri ^ Julien joua son rôle dans la grande scène du 17 brumaire an II. Quand l'évêque de Paris, Gobel, assisté de son conseil épiscopal, eut déposé sur le bureau de la Convention ses lettres
1. Voir, dans mon livre La Révolution et l'Eglise, le chapitre intitulé : Robespierre et la déchristianisation.
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de prêtrise et déclaré qu'il renonçait à ses fonc tions sacrées, quand les curés Couppé et Villers, membres de la Convention, quand l'évêque de l'Eure, Thomas Lindet, ancien constituant et conventionnel, eurent imité son exemple, le pasteur Julien s'élança à la tribune : « Citoyens, je n'eus jamais d'autre ambition que de voir régner sur la terre la raison et la philosophie. Je m'attachai toujours, comme homme et comme ministre d'un culte longtemps proscrit, à resserrer entre les hommes les liens de la fraternité et à les porter à ne faire tous qu'une même famille. J'ai prêché hautement les maximes de la tolérance et je m'honore de l'avoir fait avec tant de zèle. Les prêtres catholiques du département de la Haute- Garonne, d'où j'ai été député à la Convention ; cqux du département de l'Hérault, où j'ai vécu pendant quinze ans ; ceux du département du Gard, où j'ai pris le jour ; tous déclareront que je professai toujours le tolérantisme le plus étendu... On sait que les ministres du culte protestant n'étaient guère que des officiers de morale, mais il faut en convenir, il y a eu dans tous les cultes, du plus au moins, un peu de charlatanisme. H est bon de pouvoir faire cette déclaration sous les auspices de la raison, de la philosophie et d'une constitution sublime qui prépare la destruction des tyrans, comme elle a enseveli sous les décombres des abus les erreurs superstitieuses du fanatisme et de la royauté. J'ai
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exercé pendant vingt ans les fonctions de ministre prostestant ; je déclare que je ne les professerai plus, que je n'aurai désormais d'autre temple que le sanctuaire des lois, d'autre divinité que la liberté, d'autre culte que celui de la patrie, d'autre évangile que la Constitution républicaine... »
De vifs applaudissements, qui durent faire luire au cœur de Julien un éclair d'espérance, saluèrent sa péroraison.
Joie brève. Huit jours plus tard Julien était trahi et livré par ses plus chers amis. Chabot et Basire affolés, se voyant pris, recouraient, pour sauver leurs têtes, à un moyen désespéré. Ils dénonçaient leurs complices Julien et Delaunay d'Angers comme les agents du baron de Batz, comme les auteurs du chantage exercé sur la Compagnie des Indes, comme les instruments d'un complot royaliste forgé dans l'ombre par Pitt lui-même !
Plus heureux que Delaunay, qui se laissa prendre à son domicile, Julien de Toulouse parvint à s'enfuir et à échapper à toutes les recherches. Le récit de son odyssée, qu'il a fait en l'an III \ ne manque pas de pittoresque, et il jette un jour curieux sur la manière dont le gouvernement révolutionnaire était obéi même de ses serviteurs les plus proches. Julien était donc en
I. Encore un mot à ses détracteurs (floréal an III), pp. 3-6.
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mission à lu papeterie de Courtalain (Eure-et- Loir) quand on vint pour l'arrêter. « Le jour luisait à peine ; deux hommes que je ne connais point entrent dans ma chambre. Je leur demande ie sujet qui les amène, ils me répondent par la notification du mandat d'arrêt qu'ils sont chargés de mettre à exécution contre moi, ils me témoignent leurs regrets... » Julien leur demande la permission de se retirer dans sa chambre. Il confère un instant avec son collègue Thibaut, évêque du Cantal, chargé avec lui de la surveillance de la manufacture d'assignats. « Thibaut fait la conversation avec les mandataires des décemvirs qui avoient signé mon arrêt de mort. Je descends pour faire préparer le déjeuné et je gagne le large. » Le lendemain, pendant qu'on arrêtait son secrétaire Vazilières et sa femme Suzanne Lichère qui arrivait de Toulouse juste à point pour être incarcérée, Julien rentrait à Paris : « Je heurte à plusieurs portes. On m'y repousse... Je savois qu'un de mes collègues avoit une cave à 200 pieds sous terre. Je vais lui demander la permission de m'y enfouir pour une nuit, il refuse avec dureté à son malheureux ami cette hospitalité bienfaisante. . . Je suis abandonné sans secours, au milieu d'une rue fréquentée, où je suis exposé à tous les regards. Plusieurs heures se passent dans l'incertitude la plus cruelle. Je trouve enfin une âme sensible qui me place sous la pente d'un escalier où mon corps, à demi recourbé sur lui-
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même, est dans la position la plus pénible. » '. Il resta deux mois dans ce réduit « au milieu des glaces de l'hiver, n'ayant pour lit que quelques planches et pour nourriture qu'un pain de douleur ». Mais son hôte est arrêté. Il est obligé de chercher un nouvel asile. Il y était depuis peu, quand on l'avertit qu'une perquisition va être faite dans la maison. Alors « fort de ma conscience, dit-il, je prends le parti de me rendre au Comité de Sûreté générale. Déjà j'étais dans l'intérieur du local qu'il occupait lorsque j'apperçois un de mes collègues qui en sortait, il s'écrie en me voyant : « Où vas-tu, malheureux ? Tu cours au supplice. Va-t'en ! Eloigne-toi de ce séjour de mort... » Julien suit l'avis charitable. « Je ne me permettrai pas de nommer celui de mes collègues qui m'a ainsi sauvé la vie. J'ignore si je pourrai un jour m'acquitter envers lui de ce que je lui dois et révéler son nom... » Julien retourne sous l'escalier où il avait passé l'hiver. Puis il trouve cette fois un asile définitif, un asile inviolable : « Je dis aux anciens membres du Comité de Sûreté générale : C'est chez un homme que vous aviez journellement dans vos bureaux que j'ai resté caché ; c'est chez un homme qui vous parlait à tout instant le jour, que vous honoriez de quelque bienveillance et qui était digne d'un nom que vous déshonorez,