‹ Etudes robespierristesChapitre 73 sur 87 · I. On lit en marge · texte numérisé non relu

I. On lit en marge

« Membres de la Convention accuses de concussion :

« Perrin de l'Aude, condamné aux travaux forcés ;

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Il importe de bien comprendre le rôle que les idées irreligieuses ont joué dans les troubles de la Convention.

Au xvni" siècle, la divinité de la révélation l'ut publiquement combattue. Tous les dogmes positifs furent rangés au nombre des fables. A la fin on en vint à professer l'athéisme qui eut ses orateurs parmi les savans, à la cour et même parmi les prêtres.

Cependant quelques philosophes firent tète à l'orage et se prononcèrent pour le déisme. Rousseau fut du nombre. Il démontra que les idées de Dieu et de l'immortalité de l'àme sont les fermes appuis de la morale, de la justice, de la liberté et de la Loi.

« Glausel, accusé du même crime, sauvé par Barère ;

« Danton, La Croix, volèrent en Belgique, leurs malles pleines « d'argenterie furent saisies à la frontière ;

« Courtois, vola à l'armée ;

« Reubell, Merlin de Thionville, enlevèrent à Mayence de « l'argenterie et du vermeil appartenant à la République; leurs « malles furent saisies par le Comité de Sûreté générale;

a Rovère, Poultier, furent accusés d'avoir simulé un vol con- « sidérable d'assignats appartenant à la Nation;

« Barras, Ricord, Freron, enlevèrent de Toulon plusieurs fource gons chargés d'objets précieux ;

« Julien de Toulouse, Fabre d'Eglantine, Chabot, Bazire, « reçurent chacun 100 000 francs pour avoir falsifié un décret de la Convention nationale ;

« Sieyes reçut du Consul Sooooo francs pour avoir trahi la (c République ;

« Thibaudau rccevoit d'Hambourg et fesoit passer à son beauce père la correspondance du fils de celui-ci qui dislribuoit aux « émigrés l'argent que son père lui envoyoit. » La même liste, dont on a retranché Thibaudeau, alors encore en vie, figure dans La Montarjne d'Hauréau, p. 255. Hauréau précise le vol attribué à Courtois par Buonarroti : « Courtois, de concert avec Danioii, son parent, fit un marché de bœufs avec le Comité de salut public, et toucha, dit-on, de l'argent, sans remplir toutes les conventions. »

Ceux qui éloient capables de porter sur ces graves questions un jugement fonde ctoient en petit nombre. Néanmoins le nombre de ceux qui se prononcèrent pour l'athéisme fut fort grand, peu par conviction, quelquesuns par vanité et pour allicber une science supérieure à celle du clergé et des magistrats, la foule pour se débarrasser du frein que la religion impose aux passions.

Il n'est donné qu'à un petit nombre d'hommes éminemment vertueux de prescrire à leurs actions et de suivre la règle la plus conforme à l'intérêt de la Société.

Pour les autres, dès que la sanction divine s'efface de leur esprit, il ne leur reste plus d'autre guide que l'intérêt purement personnel.

Les lois auront beau être sincères, l'éducation aura beau être soignée, il restera toujours un grand nombre de cas où l'homme ne pourra être porté aux sacrifices et au dévouement que par une rare vertu ou par la pensée d'un juge secret et omniscient et d'une vie à venir.

J'ai dit une rare vertu, et ce n'est pas sans raison. Cette vertu consiste à s'immoler tout entier pour le bonheur des autres sans aucune perspective du bien personnel, sans autre jouissance que celle qui résulte de la contemplation de la félicité immédiate ou éloignée de nos assemblées. C'est le sacrifice complet de nos affections, de nos sensations et de nos intérêts qui, dans la perfection, ne peut être le partage que d'un petit nombre d'âmes d'une trempe extraordinaire.

Pour toutes les autres, si vous leur enlevez la crainte ou l'espérance d'une autre vie, il ne leur restera d'autre mobile de leurs actions que l'amour du plaisir et la crainte de la douleur. Elles ne seront capables ni des élans du dévouement, ni des mouvemens qu'inspirent la passion de la vraie gloire. Ce seront des âmes uniquement occupées d'elles-mêmes, cherchant à tirer parti de tout et envisageant en toute circonstance le profit qui peut leur en revenir. Le mépris des idées religieuses

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étoit le caractère distinctif des hommes qui favorisèrent avec connoissance de cause les premiers étincellcmens delà révolution. Depuis ce mépris s'est tellement confondu avec les principes politiques qu'il n'est pas rare de rencontrer des hommes qui rangent parmi les ennemis de la liberté quiconque croit en Dieu*.

Telle fut aussi l'opinion dominante parmi les membres de la Convention Nationale, soit Girondins, soit Montagnards. Chez un grand nombre de ceux-ci, cette opinion se ti-ouvolt réunie à cette immoralité dont j'ai dit un mot et il s'en suivit que la plupart de ceux qui la partageoient, pour empêcher l'établissement de l'égalité qu'ils haïssoient, ou pour écarter la vertu qui les contrarioit, ou pour servir les puissances qui les payoient, étoient incapables de vues généreuses et d'efforts soutenus.

Cette immoralité fut le caractère distinctif des hommes, Conventionnels ou non, dans lesquels on vit une faction d'Orléans et c'est leur grande dépravation qui a fait croire que celui-ci les soldoit afin qu'ils lui frayassent le chemin du trône.

L'immoralité dont je parle se compose de mauvaise foi, d'intempérance, de vanité, d'avarice, d'aversion pour la vertu, de l'habitude de ne juger du mérite des actions que par les succès et de ne connoitre dans ses déterminations d'autre mobile que le profit qui peut en résulter.

Si vous retranchez de la Convention ce qui formoit le parti de la Gironde et ce qui joignoit l'immoralité à la fougue révolutionnaire, il ne reste qu'un petit nombre

I. Ce jugement de Buonarroti reste toujours vrai. Robespierre n'est si mal jugé par certains historiens anticléricaux contemporains que parce qu'il admettait !a nécessité sociale de la croyance en Dieu. Ces historiens lui pardonneraient la Terreur, ils ne lui pardonnent pas l'Être Suprême.

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do sages, vrais amis de l'égalité, non moins ennemis de la morgue des aristocrates que de la dépravation de ceux qui visoient à les remplacer.

De ce nombre fut Robespierre qui combattit également les royalistes, l'aristocratie nobiliaire et bourgeoise, les athées et les hommes dissolus et avides d'argent et de pouvoir. Tous virent en lui un ennemi, un tiran, et quoiqu'il y eut entre eux une haine qui ne tarda pas à éclater, ils joignirent au 9 thermidor leurs efforts pour se venger et pour se soustraire à la justice dont ils se sentaient menacés.

Afin de conserver à la Convention, centre unique de tous les pouvoirs, la puissance d'opinion qui lui étoit nécessaire pour accomplir sa haute mission, il falloit qu'elle prêchât de doctrine et d'exemple, il falloit que sa morale fût pure et qu'avant d'en imposer les devoirs au dehors, elle forçât tous ses membres à s'y soumettre'.

C'est là ce que voulut Robespiene et que parut vouloir le Comité de Salut public. Et tel fut le but de ce fameux décret qui consacra l'existence de l'Etre Suprême et l'immortalité de l'âme, confirma la liberté des cultes et institua les fêtes nationales.

Tel fut aussi le motif des décrets lancés contre les prédicateurs de l'athéisme et contre les députés qui s'étoient deshonorés par des actions infâmes. Ce retour aux idées religieuses dictées par le simple bon sens et cette guerre déclarée à l'immoralité effrayèrent les hommes plus enclins à la licence qu'à la liberté, ceux qui ne deman-

I. Autrement dit, le décret du 18 floréa!, qui instituait les fêtes nationales, avait la valeur d'un désaveu des excès des proconsuls et d'un avertissement pour ceux qui seraient tentés de les imiter. Cette interprétation est intéressante si on se souvient que Robespierre avait vu dans la déchristianisation violente une manœuvre des pourris et des agents de l'étranger. Voir notre étude sur Robespierre et la déchristianisation (Annales Révolutionnaires, t. II, p. 3ai-355, p. 5i3-54o).

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daient pas franchement l'égalité, ceux dont le patriotisme n'avoit d'autre appui que l'irréligion et ceux qui avoient grossi leur patrimoine par l'abus des pouvoirs qu'ils avoient exercés. Le décret qui tuit la vertu et la probité à l'ordre du jour fut pour eux un coup de foudre. La conscience de leurs fautes et leur aversion pour la pureté des principes, dans lesquels on voulait édifier la République, les rendit craintifs, ils se crurent perdus, ils en devinrent furieux, ils appelèrent tirannie ce qui alloit assurer la liberté, ils conspirèrent la perte de Robespierre et de ceux qui parlageoient sa manière de voir.

Les deux Comités de Salut public et de Sûreté générale n'étoient pas composés d'élémens homogènes. Je crois que tous leurs membres avoient applaudi à la Révolution et qu'ils aspiroient à un gouvernement républicain. On n'a reproché à aucun d'eux d'avoir trafiqué de l'autorité. S'ils ont fait du mal, c'est par ignorance, par foiblesse, par jalousie ou par défaut de bons principes.

La peur et l'immoralité divisèrent les membres de ces Comités. Au comité de Salut public tous nepartageoient pas les doctrines de Robespierre et plusieurs voyaient avec jalousie l'ascendant que sa vertu lui donnoit sur le peuple.

Plusieurs de ses membres tels que Barère, Collot, Billaud et Carnot, mirent des entraves à l'action révolutionnaire. Après avoir frappé Danton et quelques-uns de ses amis, ils refusèrent de sévir contre une vingtaine de factieux et de prévaricateurs qui s'opposoient dans la Convention nationale à la régénération publique et vouloient venger la mort de leurs chefs dans le sang de ceux qui les avoient dénoncés. Ceux contre qui étaient dirigées les plaintes de Robespierre secondé par Saint-Just et par Couthon en furent prévenus. Syeiés (sjc) en fut averti par Barère. Ce furent ces coupables indiscrétions

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qui exaltèrent la fureur de ceux qui se sentirent menacés et qui mirent tout en œuvre pour renverser la forme du gouvernement. Barère a à se faire ce reproche d'autant plus grave qu'il connoissoit les crimes de ceux qu'il voulut servir et qui depuis l'ont payé de la plus noire ingratitude.

J'ai entendu plusieurs fois \adier reprocher au Comité de Salut public et surtout à Robespierre d'avoir empiété sur l'autorité du Comité de Siireté générale*.

Ing[randJ m'a dit que Vadier étoit fort enclin à élever des conilits, très jaloux de l'autorité et plus porté à aigrir les esprits qu'à les concilier ^.

1. Cette accu^tion d'empièlemcnt faite par le Comité de Sûreté générale à celui de Salut public est une preuve de la petitesse d'esprit des membres du premier.

Le Comité de Salut public étoit chargé de la pensée du gouvernement tandis que celui de Sûreté générale n'avoit d'autres fonctions que celle de surveiller la conduite des personnes et de les empêcher de nuire et d'entraver.

^i 'est-il pas clair que par la nature de leurs fonctions le second étoit subordonné au premier?

N'est-il pas évident qu'il devoit y avoir des cas où le Comité de Salut public pouvoit seul juger des obstacles qu'il rencontroit dans l'exécution de ses vue» et des personnes dont il falloit s'assurer pour les écarter ?

(Note de Buonarroti, en marge du folio 07.)

a. Ingrand, qui n'eut aucune part aux événements du 9 thermidor parce qu'il était en mission, m'a raconté que s'étant rendu au mois de messidor auprès du Comité de salut public, Biliaud le prévint qu'il se passoit des choses graves et l'engagea à parler à Ruamps. Ingrand trouva celui-ci entouré de plusieurs montagnards parmi lesquels il y avait Maribon-Montaut. Là il entendit les reproches de tirannie qu'on faisoit à Robespierre; on seplaignoit de l'influence qu'il exerçoit aux Jacobins et à la Convention. On l'accusoit d'avoir fait périr des députés patriotes (Danton, Lacroix, etc.) et on prétendoit que tous les Montagnards étoient menacés du même sort. Ces hommes-là étoient

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Dernièrement j'ai eu une nouvelle preuve de l'extrême irritabilité de V adier à l'égard de Piobespierre. On parloit

effrayés et furieux. Ingrand chercha en vain à les calmer. Il leur dit que Robespierre ne devoit l'influence dont il jouissoit qu'à la sagesse de ses conseils, que Barère a dit que Robespierre ayant demandé au Comité de Salut public l'accusation d'une vingtaine de députés qui par leurs vices et par leurs intrigues entravoient la marche de la Convention, le Comité consentit à l'égard de quelques-uns, mais se refusa à l'égard de quelques autres parmi lesquels il y avoit Vadier.

Vadier fesoit alors tous ses efforts pour appeler le ridicule sur le Décret qui reconnoissoit l'existence de l'Etre suprême et prétendoit que Robespierre vouloit s'élever au trône à l'aide du fanatisme religieux.

Celui qui prévint Sieyes n'a-t-il pas averti aussi Vadier? Je n'ai pas de preuves positives de ce fait; cependant l'étroite amitié qui règne entre lui et Barère et la persuasion dans laquelle sont Vadier et sa femme que si Robespierre eût triomphé, celui-ci eût perdu la %-ie le rendent à mes yeux infiniment probable (Note de Buonarroti en marge du folio D7, verso).

L'anecdote était connue de Louis Blanc qui la raconte ainsi plus sommairement : « Un député en mission. Ingrand, étant venu un instant à Paris, Billaud-Varenne lui dit : « Il se passe ici des choses très importantes; va trouver Ruamps, qui t'informera de tout », Ingrand court chez Ruamps, qui lui fait part du complot. Lui, recula, saisit de stupeur, et s'écria : « Si on l'attaque, la République est perdue. >i Louis Blanc, Histoire de la Récolution. Paris, s. d. docks de la librairie, t. II, p. 53i, col. £). L. Blanc avait dû emprunter ce récit à l'Histoire parlementaire de Bûchez et Roux, car E. Hamel, qui le reproduit, le fait suivre de cotte note : « Ces détails ont été fournis aux auteurs de l'Histoire parlementaire par Buonarroti qui les tenait d'ïngrand luimême. Membre du conseil des Anciens jusqu'en 1797, Ingrand entra vers cette époque dans l'administration forestière et cessa de s'occuper de politique. Proscrit en 1816, comme régicide, il se retira à Bruxelles, y vécut pauvre, souffrant stoïquement comme un vieux républicain, et revint mourir en France, après la Révolution de i83o fidèle aux convictions de sa jeunesse », E. Hamel, III, p. 688, note.

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de d'Orléans-Égalilé et il fesoit l'éloge de son caractère et de son patriotisme — Pourquoi donc, lui dis-je, le mîtes-vous en accusation ? — Ce fut une intrigue et je sais do qui. — 11 fut mis en accusation sur le rapport du Comité de Sûreté générale. — Ce n'est pas vrai ; ce fut Robespierre qui intrigua à Marseille ; il vouloit enlever au comité de Sûreté générale son autorité. Ce comité ignoroit les mesures prises contre d Orléans et quand on le conduisit au supplice, il ignoroit qu'il fût traduit au tribunal. — J'ai le rapport d'Amar et le décret. — C'est indigne, tu défends Robespierre à nos dépens ; il ne faut pas toucher cette corde, et de s'échauffer et de me dire des injures. Par égard pour son grand âge, je me suis retiré.

Le décret qui proclama l'existence de la Divinité avoit blessé l'amour-propre de ces hommes frivoles, dont tout le patriotisme consistoit à se moquer de toutes les idées religieuses sans faire aucune distinction entre celles que la raison avoue et celles qui doivent leur origine à l'erreur et à l'imposture. Au nombre de ceux-ci étoit V adier que la Convention avoit placé dans le Comité de Sûreté générale dont il étoit le Président.

Ce Comité partageoit avec celui du Salut public lea fonctions du Gouvernement. Chargé de la haute police et investi du droit d'arrêter et d'élargir, il exerçoit une influence d'autant plus grande qu'il étoit souvent appelé à délibérer avec l'autre Comité.

Si on en excepte David, les autres membres du Comité de Sûreté générale paroissent avoir été peu propres à concevoir et seconder les grandes vues de Robespierre ; ils étaient jaloux de sa popularité ; ils rivalisoient d'autorité avec le Comité de Salut public et quand ils poursuivoient des députés prévaricateurs, ils ne voyoient ou ne feignoient de voir dans leurs crimes que des actes de bassesse et de cupidité et ne savoient pas appercevoir cette conspiration qui tendoit à empêcher l'établisse-

ment de l'égalité par la corruption et par l'immoralité.

Ceux qui redoutoient la sincérité du gouvernement révolutionnaire profitèrent adroitement des dispositions du Comité de Sûreté générale pour le pousser à contrarier les vues de l'autre Comité et surtout celles de Robespierre et de ses amis. Le décret sur la divinité leur en fournit l'occasion.

Aux uns ce décret fut présenté comme l'avant-coureur d'un nouveau fanatisme religieux, aux autres comme une preuve de l'ambition de Robespierre qui, disoientils, s'en est déclaré le grand Pontife^.

Vadler se fit l'organe de ces iniquités et pour prouver à la France que le décret ci-dessus avoit rallumé l'audace des fanatiques, il se chargea de rendre compte à la Convention nationale de quelques ridicules simagrées d'une vieille folle qu'il peignit sous les couleurs d'une dangereuse conspiration afin que la véritable conspiration contre la vertu et contre la République fût perdue de vue et regardée comme une chimère et afin que nulle confiance ne fût plus ajoutée aux doctrines et aux conseils de Robespierre ^

Barère et Vadier se mirent dès lors en opposition avec le sistème politique que Robespierre avoit conseillé et auquel la République dut alors ses triomphes. C'est de cette opposition que se sont principalement servis les ennemis de l'égalité et de la vertu pour opérer le 9 thermidor. D'autres membres du Comité de Salut public se joignirent à eux ou par jalousie ou par immoralité ou

I. On sait que cette inventioa des ennemis de Robespierre a fait fortune de nos jours. Les livres scolaires répètent tous aujourd'hui, que Robespierre fut le Pontife de l'Être suprême.

•2. Buonarroti fait ici allusion à l'affaire de Catherine Théot que Vadier et le Comité de Sûreté générale montèrent contre Robespierre pour le discréditer dans l'opinion. J'ai étudié cette manœuvre dénuée de bonne foi dans mes Contributions à l'histoire religieuse de la Révolution, Alcan, 1906.

par un esprit anti-républicain, mais ce n'est pas de la totalité de leur conspiration que je m'occupe : j'ai voulu seulement me rendre compte à moi-même de quelle manière Barère et Vadier y jouèrent un rôle principal'.

Je tiens de Barère le fait suivant :

Dans une séance du Comité de Salut public, Saint- Just et Robespierre reprochèrent à Carnot d'être aristocrate, [celui-ci fut effrayé et versa des larmes ; alors Barère dit] - et le menacèrent de le dénoncer comme tel à la Convention. Alors Barère dit : En ce cas je publierai que vous en voulez à l'homme qui organise la victoire '.

Je tiens de Baudot que Léonard Bourdon, ayant été

1. Vadier fut enfermé au Fort-National devant Cherbourg avec cinq condamnés à la déportation par la Haute Cour de Vendôme ; j'étois du nombre.

Souvent la conversation rouloit sur ce malheureux 9 thermidor et amenoit de violens débats entre Vadier et Germain qui étoit sincèrement attaché à la Démocratie.

Un jour Germain reprochait à Vadier d'avoir annoncé qu'un cachet à fleur de lys avait été trouvé chez Robespierre ou sur le bureau de la Commune. Vadier s'écria : pour cela c'est une calomnie de l'invention de Barère.

Une autre fois, pour montrer à Vadier les intentions toutes populaires de Robespierre et de Saint-Just, je lui rappelai les décrets qui assuroient aux malheureux les biens des ennemis de la Révolution. Vadier m'interrompit en s'ccriant : C'est précisément alors... (Note de Buonarroti, en marge du folio 39).

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