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Phrase barrée dans le manuscrit

3. Chacun était libre de lui répondre qu'en détruisant Robespierre ils détruisaient la République, qu'il ne pouvoit partager ni leurs craintes ni leurs desseins. Il les quitta sans pouvoir les détromper et ils le congédièrent en lui prédisant qu'il ne tarderoit pas à éprouver lui-même la tirannie de Robespierre (Note de Buonarroti au verso du folio 59). Peut-être cette note seraitelle mieux placée après la conversation rapportée par Ingrand, plus haut, p. 283.

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envoyé le 9 thermidor à la section des Gravilliers pour l'engager à marcher contre la Commune, il y rencontra une forte opposition qu'il ne put vaincre qu'en assurant que Robespierre avolt signé un contrat de mariage pour épouser la fille de Louis seize. Baudot m'a assuré que ce fait lui a été raconté par Bourdon lui-même.

Quand Robespierre eût dit au nom du Comité de Salut public : Dans le sistème de la révolution française ce qui est immoral est impoliliqae, ce qui est corrupteur est contre-révolutionnaire. La faiblesse, les vices, les préjugés sont le chemin de la royauté, les faux amis de l'égalité pâlirent.

Quand le même comité eut dit par l'organe de Couthon : Une révolution comme la nôtre nest quune succession rapide de conspirations parce qu'elle est la guerre de la tirannie contre la liberté, du crime contre la vertu, les intrigans furent épouvantés.

Quand Saint-Just, rapporteur du même comité, eut dit : Vous n'avez rien fait en immolant le Tyran si vous n'immolez la corruption par laquelle le parti de l'étranger vous ramène à la royauté, les fripons se sentirent perdus. Quand la Convention nationale mit la vertu et la probité à l'ordre du jour, quand Robespierre osa attaquer l'immoralité ; quand il conseilla de reconnoître l'existence de l'Être suprême et l'immortalité de l'âme, les hommes corrompus effrayés conspirèrent contre la vertu, c'est-à-dire contre la République.

Robespierre conseilla fortement l'adoption de la Religion naturelle et s'opposa seul aux efforts de ceux qui vouloient proscrire toute idée religieuse. Il fit paraître à cette occasion une grande fermeté de caractère et des vues politiques très profondes. Le nombre de ceux qui, à cette époque, afïichoient le matérialisme, ou par sistème, ou par immoralité, étoit très considérable et on risquait en les combattant d'attirer sur sa tête une dangereuse accusation.

Sous les mauvaises loix des vérités morales se trouvent entourées d'une enveloppe de préjugés et d'erreurs. Les révolutions politiques, en déchirant sans précautions l'enveloppe, entament malgré elles le noyau qu'elle renferme. C'est ce qui arriva dans le cours de la révolution française. En se dépouillant des préjugés religieux, beaucoup de personnes crurent qu'elles pouvoient se dispenser de cette morale naturelle qui est essentielle à toute société. Ainsi, par exemple, dès que l'on ne crut plus à la divinité de l'ancien Testament, on se crut aussi affranchi de cette probité rigoureuse commandée par les préceptes du décalogue et il y eut des gens aux yeux de qui le vol et le libertinage perdirent toute leur dillormité dès qu'ils n'eurent plus peur de l'enfer.

Au frein très fragile des préjugés religieux les vrais citoyens avoient substitué dans leur cœur le lien de la bienveillance, les mouvements de la pitié, les attraits de l'égalité, l'amour de la vertu et les charmes de la gloire. Mais d'autres, confondant la dépravation avec la liberté, débarrassés de toute crainte et de toute espérance pour l'avenir n'écoutèrent plus que la voix de l'avarice et de l'ambition. Des hommes investis de l'autorité publique étalèrent un faste asiatique, abusèrent de leur pouvoir pour s'enrichir, insultèrent à la pudeur et traitèrent le peuple avec insolence. Ces désordres furent provoqués et justifiés par la prédication de doctrines relâchées et furent encouragés par les efforts que l'on fit pour ériger l'athéisme en dogme national. Cette malheureuse immoralité alla si loin qu'elle produisit au sein même de la Convention nationale des concussionnaires, des falsificateurs de décret, des protecteurs d'ennemis publics, et des révélateurs de secrets de l'Etat *.

I. Buonarroti fait ici allusion à Perrin de l'Aube condamné pour concussion à douze ans de fers, à Chabot, Basire, Delaunay d'Angers, Julien de Toulouse qui falsifièrent ou laissèrent falsi- Mathiez. Robespierre. 19

ago ÉTUDES ROBESPJERRISTES

Une telle dégradation étolt effrayante. Que n'avoit-on pas à craindre, que pouvait-on espérer d'hommes dégoûtés de la vertu, énervés par la volupté et ne soupirant qu'après l'or et le pouvoir ? Tout autorisoit à penser que cette faction immorale étoit l'instrument dont se servoit la ligue des rois pour empêcher l'établissement de la République. Robespierre se chargea de la dénoncer et de la déjouer, dans la vue de préserver le peuple de ses funestes conseils et plus particulièrement dans celle de conserver intacte à la Convention nationale l'opinion de pureté qui lui était nécessaire pour achever son entreprise. Ce fut Robespierre qui conseilla à celte auguste assemblée de reconnoitre à la face du monde l'existence de l'Être suprême et de l'immortalité de l'âme, de confirmer la liberté des cultes et d'instituer des fêtes nationales. Ce décret, dont la légèreté seule a pu blâmer les dispositions, joint à la sévérité qui fut déployée contre les factieux, déplut aux hommes immoraux et provoqua leurs sarcasmes et ceux de quelques sophistes irréligieux contre celui qui l'avoit proposé. On n'épargna pour le rendre odieux ni les insinuations malicieuses, ni les plaisanteries déplacées, ni les manœuvres de la police ; aux uns il fut peint comme un fanatique, aux autres comme un ambitieux qui employolt le prestige de la Religion pour usurper le pouvoir. La guerre fut déclarée au Ciel pour perdre la vertu sur la Terre. Aux intrigues succéda une conspiration criminelle. Robespierre s'en plaignit à ses collègues du Comité de Salut public ; les coupables furent avertis, leur effroi redoubla et leur audace devint

fier moyennant finance le décret de liquidation de la compagnie des Indes, à Hérault de Séchelies, à Osselin, etc., qui donnaient asile à des émigrés. Les collègues d'Hérault au Comité de Salut public ne voulaient plus tenir séance en sa présence dans la persuasion où ils étaient qu'il trahissait le secret des délibérations.

LA POLITIQUE DE ROBESPIERRE agi

extrême. L'immoralité, la vanité blessée consommèrent enfin la contre-révolution du 9 thermidor'.

Il faudrait tout un volume pour commenter dignement ces notes si remarquables.

Ce qui frappe de prime abord en les lisant, c'est cette affirmation répétée que Robespierre représentait le parti de rhonnêteté, de la justice, de l'égalité. L'affirmation me paraît dans une

I, L'immoralité étoit effrayante.

Les hommes immoraux étoient:

Les intrigans qui mettoient à profit les inquiétudes qu'ils fesoient naître,

Les orgueilleux qui ne songeoient qu'à faire parler d'eux,

Les représentans et les fonctionnaires qui voloient, étaloient le faste, rudoyoient le peuple, insultoient à la pudeur, employoient la justice publique pour venger leurs propres injures, se mocquoicnt de la foi des sermens, cherchoient les richesses, se mocquoient de la vertu et applaudissaient au vice heureux.

Ces gens-là étoient par leurs vices les ennemis de l'Egalité. Ds dévoient craindre le gcuvernoment révolutionnaire.

Ils prônoient l'athéisme pour énerver les âmes, abattre les courages et dégoûter de la Vertu et de l'Égalité. Ils rendoient le patriotisme odieux, ils indisposoient le peuple contre la révolution. Robespierre vit le danger de l'immoralité; il vit que si elle devenoit dominante, les immoraux livreroient le Peuple à l'aristocratie et à la royauté.

Il jugea que ce système tenoit à une conspiration.

Il pensa que si on ne s'y opposoit pas, la République et la Révolution étoient perdues.

Il lutta contre une partie du peuple égaré.

Il arrêta la prédication athée. La vertu et la probité, Fête de la divinité. Sarcasmes. Plaisanteries. Calomnies. Intrigues. Théot. 9 thermidor. Aux immoraux se joignirent les demi-philosophes, les admirateurs de Voltaire, les matérialistes. (Note de Buonarroti.)

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large mesure conforme à la vérité historique. Il est certain que parmi les ennemis les plus acharnés de Robespierre il y eut des individus d'une moralité très suspacte, aesRovère, desFréron, des Barras, des Tallien, des Fouché, des Courtois. Leur République n'avait que faire de la vertu.

Déjà Louis Blanc constatant les déprédations, les vols, dont furent l'objet les biens nationaux, avait écrit : « plus on pénètre dans l'histoire de la Révolution, plus on est forcé de reconnaître que le parti qu'y représentèrent Robespierre et ses amis fut... le parti des honnêtes gens...»* Les notes de Buonarroti apportent aujugement de Louis Blanc une force nouvelle.

Mais Buonarroti considère aussi Robespierre comme le précurseur du babouvisme, comme un socialiste d'action et d'intention. Quand on lit les réflexions que Robespierre écrivait pour lui-même au jour le jour sur son calepin, on doit avouer que Buonarroti a raison. Au reste, n'était-il pas mieux placé que nous pour savoir à quoi s'en tenir?

« Quel est le but? écrivait Robespierre sur son calepin, que Courtois qui le publie appelle son « espèce de catéchisme. » Quel est le but? L'exécution de la Constitution en faveur du peuple.

« Quels seront nos ennemis? Les hommes vicieux et les riches^ » et plus loin : « Les dangers

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