I. Paris, 1881, pp
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défenseurs est exacte. On est alors obligé de s'étonner que M* Huet de Paisy ait vendu si bon marché un office si productif.
Mais la thèse des apologistes de Danton pèche contre des faits graves qu'elle n'explique pas ou dont elle ne donne pas des explications suffisantes.
De l'inventaire des biens de Danton dans le département de l'Aube fait après sa mort en germinal an II, des registres des ventes des biens nationaux conservés aux archives de l'Aube, il résulte que Danton a fait en 1791 des acquisitions importantes :
Le 24 mars 1791, il a acheté aux enchères p^ubliques la ferme de Nuisement, finage de Chassericourt, bien national provenant de l'abbaye d'Anceny pour la somme de /Î8200 livres ;
le 12 avril 1791, il achète également aux enchères publiques, du directoire du district d'Arcis, le prieuré de Saint-Jean du Chesne pour la somme de i 676 livres ;
et le même jour, les terres de ce prieuré situé à Trouan-le-Petit pour 6726 livres;
soit au total pour l'acquisition de ces trois biens nationaux 67600 livres.
Ce n'est pas tout. Le lendemain même du jour où il achète le prieuré du Chêne, le i3 avril 1791, il achète de la demoiselle Marie-Madelaine Piot de Courcelles, par acte passé devant M* Odin, notaire à Troyes, la maison qu'il viendra habiter désor-
mais pendant ses villégiatures à Arcis et où il installera sa mère et son beau-père, sa sœur et son beau-frère Menuel. Cette maison, sise sur la place du Grand-Pont, lui coûte avec ses dépendances 25 3oo livres;
soit un total de 82800 livres d'acquisitions pour les deux mois de mars et d'avril 1791-
Aux termes du décret du 9-27 juillet 1790, les acquéreurs de domaines nationaux avaient un délai de douze ans pour se libérer entièrement. Ils payaient comptant une certaine somme, 12 0/0 quand ils achetaient des propriétés agricoles, c'était le cas de Danton, et le reste était payé en 12 annuités avec des intérêts à 5 0/0. Il était donc loisible à Danton de ne verser comptant pour l'acquisition de ses trois domaines
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nationaux que la somme minime de — =
6900 livres. Il paya immédiatement au comptant les i3 et 20 avril 1791 les biens provenant du prieuré du Chenet II paya de même au comptant le i3 avril 1791 la maison de la place du Grand-Pont achetée à la demoiselle Piot de Courcelles. Il est probable qu'il a payé de même la ferme de Nuisement, car, en 1794» au moment de l'inventaire de ses propriétés, cette ferme n'est grevée d'aucune charge ou hypothèque.
I. Mémoire apologétique rédigé par les fils de Danton on i846, dans Robinet, p. 298.
Danton eut donc à sa disposition, en avril 1791, 80000 livres environ d'argent liquide.
Ses compatriotes, les gens d'Arcis, qui l'avaient vu grandir, qui connaissaient son patrimoine, se sont étonnés et scandalisés de ces acquisitions répétées, payées comptant. Leurs commentaires furent si véhéments qu'un ami de Danton, Courtois, s'efforça de répondre, au moment même, aux calomnies de la « cabale infernale », comme il disait, dans une brochure qu'il dédia à Brissot et qu'il intitula Lettre à l'auteur du Patriote française A en croire Courtois, Danton, « ce citoyen estimable que Sparte et Rome nous auraient envié », aurait fait appel à la bourse de son beau-père Charpentier qui lui aurait avancé la moitié de la somme nécessaire à ses acquisitions. « Je suis porteur, écrivait Courtois, des quittances de M. Le Coulteux [célèbre banquier] qui font foi de ce que j'avance ».
Le Courtois qui se porte ainsi garant de la vertu de Danton est un assez triste sire. Il sera rappelé en 1793 de sa mission à l'armée du Nord, parce qu'il profitait, au dire de Barère, de son caractère ofEciel pour se livrer à des fournitures frauduleuses de bœufs à l'armée. Il sera chassé du tiibunat sous le Consulat pour concussion. Admettons cependant que ce jour-lk Courtois ait dit la vérité, que Danton ait emprunté une quarantaine de mille
1. Bib. nat. Lb^^ 10160, i6 pages. La brochure est datée du 30 août 1791.
francs à son beau-père pour payer ses acquisitions du mois de mars et d'avril 1791. Il a dn en fournir autant de sa poche et nous venons de voir qu'il a payé précédemment une soixantaine de mille francs d'anciennes dettes. Depuis 1787, depuis son mariage, Danton a donc économisé au moins dans cette hypothèse 100 000 francs.
Ses apologistes reprenant une explication, que Danton a donnée lui-même au mois de janvier 1792, ont prétendu qu'il a employé pour ces acquisitions les fonds provenant du remboursement de son office. Ce raisonnement ne concorde pas avec les dates.
Ce n'est que le 20 avril 1791 que Danton a terminé de déposer les titres dont la production était nécessaire à la liquidation de son office. Sans doute, les reconnaissances provisoires remises aux propriétaires des offices liquidés pouvaient être reçues en paiement des domaines nationaux (art. 8 de la loi du 3o oct. 1790), mais nous voyons, par les pièces officielles publiées par M. Robinet, que la reconnaissance provisoire ne fut délivrée à Danton que le 9 juillet 1791, c'est-à-dire près de trois mois après qu'il a payé ses acquisitions de terres et de maisons. Il est dit d'ailleurs, en termes formels, que de la dite reconnaissance provisoire délivrée le 9 juillet « il n'a été fait aucun usage »'. La quittance de