I . On lit en marge
« Membres de la Convention accusés de concussion :
« Perrin de l'Aude, condamné aux travaux forcés ;
378 ÉTUDES BOBESPIERRISTBS
Il importe de bien comprendre le rôle que les idées irreligieuses ont joué dans les troubles de la Convention.
Au xvni' siècle, la divinité de la révélation fut publiquement combattue. Tous les dogmes positifs furent rangés au nombre des fables. A la fin on en vint à professer l'athéisme qui eut ses orateurs parmi les savans^ à la cour et môme parmi les prêtres.
Cependant quelques philosophes firent tête à Torage et se prononcèrent pour le déisme. Rousseau fut du nombre. Il démontra que les idées de Dieu et de l'immortalité de Tâme sont les fermes appuis de la morale, de la justice, de la liberté et de la Loi.
« Clausel, accusé du même crime, sauvé par Barère ;
« Danton, La Croix, volèrent en Belgique, leurs malles pleine» « d'argenterie furent saisies à la frontière ;
« Courtois, vola à l'armée ;
« Reubell, Merlin de Thionville, enlevèrent à Mayence de « l'argenterie et du vermeil appartenant à la République ; leur» « malles furent saisies par le Comité de Sûreté générale ;
a Rovère, Poultier, furent accusés d'avoir simulé un vol con- « sidérable d'assignats appartenant à la Nation;
(c Barras, Ricord, Freron, enlevèrent de Toulon plusieurs four- « gons chargés d'objets précieux ;
« Julien de Toulouse, Fabre d'Églantine, Chabot, Bazire^ a reçurent chacun looooo francs pour avoir falsifié un décret de la Convention nationale ;
« Sieyes reçut du Consul Sooooo francs pour avoir tralïi la « République ;
« Thibaudau recevoit d'Hambourg et fcsoit passer à son beau- « père la correspondance du fils de celui-ci qui distribuoit aux <c émigrés l'argent que son père lui envoyoit. » La même liste,, dont on a retranché Thibaudeau, alors encore en vie, figure dans La Montagne d'Hauréau, p. 355. Hauréau précise le vol attribué à Courtois par Buonarroli : « Courtois, de concert avec Danton, son parent, fit un marché de bœufs avec le Comité de salut public, et toucha, dit-on, de l'argent, sans rempUr toutes les conventions. »
Ceux qui étoient capables de porter sur ces graves questions un jugement fondé étoient en petit nombre. Néanmoins le nombre de ceux qui se prononcèrent pour l'athéisme fut fort grand, peu par conviction, quelquesuns par vanité et pour afficher une science supérieure à celle du clergé et des magistrats, la foule pour se débarrasser du frein que la religion impose aux passions.
Il n*est donné qu'à un petit nombre d'hommes éminemment vertueux de prescrire à leurs actions et de suivre la règle la plus conforme à l'intérêt de la Société.
Pour les autres, dès que la sanction divine s'efface de leur esprit, il ne leur reste plus d'autre guide que l'intérêt purement personnel.
Les lois auront beau être sincères, l'éducation aura beau être soignée, il restera toujours un grand nombre de cas où l'homme ne pourra être porté aux sacrifices et au dévouement que par une rare vertu ou par la pensée d'un juge secret et omniscient et d'une vie à venir.
J'ai dit une rare vertu, et ce n'est pas sans raison. Cette vertu consiste à s'immoler tout entier pour le bonheur des autres sans aucune perspective du bien personnel, sans autre j^ouissance que celle qui résulte de la contemplation de la félicité immédiate ou éloignée de nos assemblées. C'est le sacrifice complet de nos affections, de nos sensations et de nos intérêts qui, dans la perfection, ne peut être le partage que d'un petit nombre d'âmes d'une trempe extraordinaire.
Pour toutes les autres, si vous leur enlevez la crainte ou l'espérance d'une autre vie, il ne leur restera d'autre mobile de leurs actions que l'amour du plaisir et la crainte de la douleur. Elles ne seront capables ni des élans du dévouement, ni des mouvemens qu'inspirent la passion de la vraie gloire. Ce seront des âmes uniquement occupées d'elles-mêmes, cherchant à tirer parti de tout et envisageant en toute circonstance le profit qui peut leur en révenir. Le mépris des idées religieuses
a8o ÉTUDES liOBESPIEBRISTES
étoit le caractère dlstinclîf des hommes qui favorisèrent avec connoissance de cause les premiers étinceliemens de la révolution. Depuis ce mépris s'est tellement confondu avec les principes politiques qu'il n'est pas rare de rencontrer des hommes qui rangent parmi les ennemis de la liberté quiconque croit en Dieu * .
Telle fut aussi l'opinion dominante parmi les membres de la Convention Nationale, soit Girondins, soit Montagnards. Chez un grand nombre de ceux-ci, cette opinion se trouvoit réunie à cette immoralité dont j'ai dit un mot et il s'en suivit que la plupart de ceux qui la partageoient, pour empêcher l'établissement de l'égalité qu'ils ha'issoient, ou pour écarter la vertu qui les contrarioit, ou pour servir les puissances qui les payoient, étoient incapables de vues généreuses et d'efforts soutenus.
Cette immoralité fut le caractère distinctif des hommes, Conventionnels ou non, dans lesquels on vit une faction d* Orléans et c'est leur grande dépravation qui a fait croire que celui-ci les soldoit afin qu'ils lui frayassent le chemin du trône.
L'immoralité dont je parle se compose de mauvaise foi, d'intempérance, de vanité, d'avarice, d'aversion pour la vertu, de l'habitude de ne juger du mérite des actions que par les succès et de ne connoître dans ses déterminations d'autre mobile que le profit qui peut en résulter.
Si vous retranchez de la Convention ce qui formoit le parti de la Gironde et ce qui joignoit l'immoralité à la fougue révolutionnaire, il ne reste qu'un petit nombre
ï. Ce jugement de Buonarroti reste toujours vrai. Robespierre n'est si mal jugé par certains historiens anticléricaux contemporains que parce qu'il admettait la nécessité sociale de la croyance en Dieu. Ces historiens lui pardonneraient la Terreur, ils ne lui pardonnent pas l'Être Suprême.
LA POLITIQUE DE ROBESPIERRE a8i
de sages, vrais amis de Tégalité, non moins ennemis de la morgue des aristocrates que de la dépravation de ceux qui visoient à les remplacer.
De ce nombre fut Robespierre qui combattit également les royalistes, Taristocratie nobiliaire et bourgeoise, les athées et les hommes dissolus et avides d'argent et de pouvoir. Tous virent en lui un ennemi, un tiran, et ' quoiqu'il y eut entre eux une haine qui ne tarda pas à éclater, ils joignirent au 9 thermidor leurs efforts pour se venger et pour se soustraire à la justice dont ils se sentaient menacés.
Afin de conserver à la Convention, centre unique de tous les pouvoirs, la puissance d'opinion qui lui étoit nécessaire pour accomplir sa haute mission, il falloit qu'elle prêchât de doctrine et d'exemple, il falloit que sa morale fût pure et qu'avant d'en imposer les devoirs au dehors, elle forçât tous ses membres à s'y soumettre*.
C'est là ce que voulut Robespierre et que parut vouloir le Comité de Salut public. Et tel fut le but de ce fameux décret qui consacra l'existence dei'Être Suprême et l'immortalité de l'âme, confirma la liberté des cultes et institua les fêtes nationales.
Tel fut aussi le motif des décrets lancés contre les prédicateurs de l'athéisme et contre les députés qui s'étoient deshonorés par des actions infâmes. Ce retour aux idées religieuses dictées par le simple bon sens et cette guerre déclarée à l'immoralité effrayèrent les hommes plus enclins à la licence qu'à la liberté, ceux qui ne deman-
I. Autrement dit, le décret du 18 floréal, qui instituait les fdtes nationales, avait la valeur d'un désaveu des excès des proconsuls et d'un avertissement pour ceux qui seraient tentés de les imiter. Cette interprétation est intéressante si on se souvient que Robespierre avait vu dans la déchristianisation violente une manœuvre des pourris et des agents de l'étranger. Voir notre étude sur Robespierre et la déchristianisation (Annales Révolutionr' noires, t. II, p. 3a 1-355, p. 5i3-54o).
a8s ÉTUDES ROBESPJERBÏSTES
daient pas franchement régalîté, ceux dont le patriotisme n'avoit d'autre appui que Tirréligion et ceux qui avoient grossi leur patrimoine par Tabus des pouvoirs qu'ils avoient e^^ercés. Le décret qui mit la vertu et la probité à Tordre du jour fut pour eux un coup de foudre. La conscience de leurs fautes et leur aversion pour ia pureté des principes, dans lesquels on voulait édifier la République, les rendit craintifs, ils se crurent perdus, ils en devinrent furieux, ils appelèrent tirannie ce qui alloit assurer la liberté, ils conspirèrent la perte de Robespierre et de ceux qui partageoient sa manière de voir.
Les deux Comités de Salut public et de Sûreté générale n'étoient pas composés d*élémens homogènes. Je crois que tous leurs membres avaient applaudi à la Révolution et qu'ils aspiroient à un gouvernement républicain. On n*a reproché à aucun d'eux d'avoir trafiqué de l'autorité. S'ils ont fait du mal, c'est par ignorance, par foiblesse, par jalousie ou par défaut de bons principes.
La peur et l'immoralité divisèrent les membres de ces Comités. Au comité de Salut public tous ne partageoient pas les doctrines de Robespierre et plusieurs voyaient ■ avec jalousie l'ascendant que sa vertu lui donnoit sur le peuple.
Plusieurs de ses membres tels que Barère, Collot, Billaud et Carnot, mirent des entraves à l'action révolutionnaire. Après avoir frappé Danton et quelques-uns de ses amis, ils refusèrent de sévir contre une vingtaine de factieux et de prévaricateurs qui s'opposoient dans la Convention nationale à la régénération publique et vouloient venger la mort de leurs chefs dans le sang de ceux qui les avoient dénoncés. Ceux contre qui étaient dirigées les plaintes de Robespierre secondé par Saint- Just et par Couthon en furent prévenus. Syeiés (sic) en fut averti par Barère. Ce furent ces coupables indiscrétions
LA POLITIQUE DE ROBESPIEBUE aSS
qui exaltèrent la fureur de ceux qui se sentirent menacés et qui mirent tout en œuvre pour renverser la forme du gouvernement. Barère a à se faire ce reproche d'autant plus grave qu'il connoissoit les crimes de ceux qu'il voulut servir et qui depuis l'ont payé de la plus noire ingratitude.
J'ai entendu plusieurs fois Yadier reprocher au Comité de Salut public et surtout à Robes^aierre d'avoir empiété sur l'autorité du Comité de Sûreté générale*.
Ing[randj m'a dit que Vadier étoit fort enclin à élever des conflits, très jaloux de l'autorité et plus porté à aigrir les esprits qu'à les concilier ^.
I. Cette accusation d'empiétement faite par le Comité de Sûreté générale à celui de Salut public est une preuve do la petitesse d'esprit des membres du premier.
Le Comité de Salut public étoit chargé de la pensée du gouvernement tandis que celui de Sûreté générale n'avoit d'autres fonctions que celle de surveiller la conduite des personnes et de les empêcher de nuire et d'entraver.
N'est-il pas clair que par la nature de leurs fonctions le second étoit subordonné au premier?
N'est-il pas évident qu'il devoit y avoir des cas ovi le Comité de Salut public pouvoit seul juger des obstacles qu'il rencontroit dans l'exécution de ses vues et des personnes dont il falloit s'assurer pour les écarter P
(Note de Buonarroti, en marge du folio 57.)
3. Ingrand, qui n'eut aucune part aux événements du 9 thermidor parce qu'il était en mission, m'a raconté que s'étant rendu au mois do messidor auprès du Comité de salut public, Billaud le prévint qu'il se passoit des choses graves et l'engagea à parler à Ruamps. Ingrand trouva celui-ci entouré do plusieurs montagnards parmi lesquels il y avait Maribon-Montaut. Là il entendit les reproches de tirannie qu'on faisoit à Robespierre ; on se plaignoit de l'influence qu'il exerçoit aux Jacobins et à la Convention. On l'accusoit d'avoir fait périr des députés patriotes (Danton, Lacroix, etc.) et on prétendoit que tous les Montagnards étoîent menacés du même sort. Ces hommes-là étoient
384 ÉTUDES BOBESPIERBISTES
Dernièrement j'ai eu une nouvelle preuve de Textrême îrritabililéde Vadier à Tégard de Robespierre. On parloit
effrayés et furieux. Ingrand chercha en vain à les calmer. Il leur dit que Robespierre ne devoit rinfluence dont il jouissoit qu'à la sagesse de ses conseils, que Barère a dit que Robespierre ayant demandé au Comité de Salut public Taccusation d'une vingtaine de députés qui par leurs vices et par leurs intrigues entraVoient la marche de la Convention, le Comité consentit à l'égard de quelques-uns, mais se refusa à l'égard de quelques autres parmi lesquels il y avoit Vadier.
Vadier fesoit alors tous ses efforts pour appeler le ridicule sur le Décret qui reconnoissoit l'existence de l'Être suprême et prétendoit que Robespierre vouloit s'élever au trône à l'aide du fanatisme religieux.
Celui qui prévint Sieyes n'a-t-il pas averti aussi Vadier ? Je n'ai pas de preuves positives de ce fait; cependant l'étroite amitié qui règne entre lui et Barère et la persuasion dans laquelle sont Vadier et sa femme que si Robespierre eût triomphé, celui-ci eût perdu la vie le rendent à mes yeux infiniment probable (Note de Buonarroti en marge du folio 67, verso).
L'anecdote était connue de Louis Blanc qui la raconte ainsi plus sommairement : « Un député en mission, Ingrand, étant venu un instant à Paris, Billaud-Varenne lui dit: « H se passe ici des choses très importantes ; va trouver Ruamps, qui t'informera de tout », Ingrand court chez Ruamps, qui lui fait part du complot. Lui, recula, saisit de stupeur, et s'écria : « Si on l'attaque, la République est perdue. » Louis Blanc, Histoire de la Révolution, Paris, s. d. docks de la librairie, t. II, p. 53i, col. i). L. Blanc avait dû emprunter ce récit à VHistoire parlementaire de Bûchez et Roux, car E. Hamel, qui le reproduit, le fait suivre de cette note : « Ces détails ont été fournis aux auteurs de V Histoire parlementaire par Buonarroti qui les tenait d'Ingrand luimême. Membre du conseil des Anciens jusqu'en 1797, Ingrand entra vers cette époque dans l'administration forestière et cessa de s'occuper de politique. Proscrit en 18 16, comme régicide, il se retira à Bruxelles, y vécut pauvre, souffrant stoïquement comme un vieux républicain, et revint mourir en France, après la Révolution de i83o fidèle aux convictions de sa jeunesse », E. Hamel, III, p. 688, note.
LA POLITIQUE DE ROBESPIERRE a85.
de d'Orléans-Égalité et il fesoit Téloge de son caractère et de son patriotisme — Pourquoi donc, lui dis-je, le mîtes- vous en accusation ? — Ce fut une intrigue et je sais de qui. — Il fut mis en accusation sur le rapport du Comité de Sûreté générale. — Ce n'est pas vrai ; ce fut Robespierre qui intrigua à Marseille ; il vouloit enlever au comité de Sûreté générale son autorité. Ce comité ignoroit les mesures prises contre d'Orléans et quand on le conduisit au supplice, il ignoroit qu'il fut traduit au tribunal. — J'ai le rapport d'Amar et le décret. — C'est indigne, tu défends Robespierre à nos dépens ; il ne faut pas toucher cette corde, et de s'échauffer et de me dire des injures. Par égard pour son grand âge, je me suis retiré.
Le décret qui proclama l'existence de la Divinité avoit blessé l'amour-propre de ces hommes frivoles, dont tout le patriotisme consistoit à se moquer de toutes les idéea religieuses sans faire aucune distinction entre celles que la raison avoue et celles qui doivent leur origine à l'erreur et à l'imposture. Au nombre de ceux-ci étoit V^adier que la Convention avoit placé dans le Comité de Sûreté générale dont il étoit le Président.
Ce Comité partageoit avec celui du Salut public lea fonctions du Gouvernement. Chargé de la haute police et investi du droit d'arrêter et d'élargir, il exerçoit une influence d'autant plus grande qu'il étoit souvent appelé à délibérer avec l'autre Comité.
Si on en excepte David, les autres membres du Comité de Sûreté générale paroissent avoir été peu propres à concevoir et seconder les grandes vues de Robespierre ; ils étaient jaloux de sa popularité ; ils rivalisoient d'autorité avec le Comité de Salut public et quand ils poursuivoient des députés prévaricateurs, ils ne voyoient ou ne feignoient de voir dans leurs crimes que des actes de bassesse et de cupidité et ne savoient pas appercevoir cette conspiration qui tendoit à empêcher l'établisse-
a8C ÉTUDES BOBESPIEBRIS TES
ment de Fégalité par la corruption et par l'immoralité.
Ceux qui redoutoient la sincérité du gouvernement révolutionnaire profitèrent adroitement des dispositions du Comité de Sûreté générale pour le pousser à contrarier les vues de l'autre Comité et surtout celles de Robespierre et de ses amis. Le décret sur la divinité leur en fournit l'occasion.
Aux uns ce décret fut présenté comme Tavant-coureur d'un nouveau fanatisme religieux, aux autres comme une preuve de l'ambition de Robespierre qui, disoientils, s'en est déclaré le grand Pontife*.
Vadier se fit l'organe de ces iniquités et pour prouver à la France que le décret ci-dessus avoit rallumé l'audace des fanatiques, il se chargea de rendre compte à la Convention nationale de quelques ridicules simagrées d'une vieille folle qu'il peignit sous les couleurs d'une dangereuse conspiration afin que la véritable conspiration contre la vertu et contre la République fût perdue de vue et regardée comme une chimère et afin que nulle confiance ne fût plus ajoutée aux doctrines et aux conseils de Robespierre ^.
Barère et Vadier se mirent dès lors en opposition avec le sistème politique que Robespierre avoit conseillé et auquel la République dut alors ses triomphes. C'est de cette opposition que se sont principalement servis les ennemis de l'égalité et de la vertu pour opérer le 9 thermidor. D'autres membres du Comité de Salut public se joignirent à eux ou par jalousie ou par immoralité ou
1 . On sait que cette invention des ennemis de Robespierre a fait fortune de nos jours. Les livres scolaires répètent tous aujourd'hui, que Robespierre fut le Pontife de l'Être suprême.
2. Buonarroti fait ici allusion à Taffaire de Catherine Théot que Vadier et le Comité de Sûreté générale montèrent contre Robespierre pour le discréditer dans Topinion. J'ai étudié cette manœuvre dénuée de bonne foi dans mes Contributions à l'histoire religieuse de la Révolution, Alcan, 1906.
par un esprit an ti- républicain, mais ce n'est pas de la totalité de leur conspiration que je m'occupe : j*ai voujiu seulement me rendre compte à moi-même de quelle manière Barère et Vadier y jouèrent un rôle principal^.
Je tiens de Barère le fait suivant :
Dans une séance du Comité de Salut public, Saint- Just et Robespierre reprochèrent à Carnot d'être" aristocrate, [celui-ci fut effrayé et versa des lartnes ; alors Barère dit] ^ et le menacèrent de le dénoncer comme tel à la Convention. Alors Barère dit : En ce cas je publierai que vous en voulez à l'homme qui organise la victoire '.
Je tiens do Baudot que Léonard Bourdon, ayant été
I. Vadier fut enfermé au Fort-National devant Cherbourg avec cinq condamnés à la déportation par la Haute Cour de Yendôme ; j'étois du nombre.
Souvent la conversation rouloit sur ce malheureux 9 thermidor et amenoit de violens débats entre Vadier et Germain qui étoit sincèrement attaché à ]a Démocratie.
Un jour Germain reprochait à Vadier d'avoir annoncé qu'un cachet à fleur de lys avait été trouvé chez Robespierre ou sur le bureau de la Commune. Vadier s'écria : pour cela c'est une calomnie de l'invention de Barère,
Une autre fois, pour montrer à Vadier les intentions toutes populaires de Robespierre et de Saint- Just, je lui rappelai les décrets qui assuroient aux malheureux les biens des ennemis de la Révolution. Vadier m'interrompit en s'ccriant : C'est précisément alors... (Note de Buonarroti, en marge du folio 59).
a. Phrase barrée dans le manuscrit.
3. Chacun était libre de lui répondre qu'en détruisant Robespierre ils détruisaient la République, qu'il ne pouvoit partager ni leurs craintes ni leurs desseins. Il les quitta sans pouvoir les détromper et ils le congédièrent en lui prédisant qu'il ne tardoroit pas à éprouver lui-même la tirannie de Robespierre (Note de Buonarroti au verso du folio 69). Peut-être cette note seraitelle mieux placée après la conversation rapportée par In grand, plus haut, p. a83.
390 ÉTVDES ROBESPIERRISTES
Une telle dégradation étoit effrayante. Que n*avoitK>n pas à craindre, que pouvait-on espérer d'hommes dégoûtés de la vertu, énervés par la volupté et ne soupirant qu'après l'or et le pouvoir ? Tout autorisoit à penser que cette faction immorale étoit l'instrument dont se servoit la ligue des rois pour empêcher l'établissement de la République. Robespierre se chargea de la dénoncer et de la déjouer, dans la vue de préserver le peuple de ses funestes conseils et plus particulièrement dans celle de conserver intacte à la Convention nationale l'opinion de pureté qui lui était nécessaire pour achever son entreprise. Ce fut Robespierre qui conseilla à cette auguste assemblée de reconnoître à la face du inonde l'existence de l'Être suprême et de l'immortalité de l'âme, de confirmer la liberté des cultes et d'instituer des fêtes nationales. Ce décret, dont la légèreté seule a pu blâmer les dispositions, joint à la sévérité qui fut déployée contre les factieux, déplut aux hommes immoraux et provoqua leurs sarcasmes et ceux de quelques sophistes irréligieux contre celui qui l'avoit proposé. On n'épargna pour le rendre odieux ni les insinuations malicieuses, ni les plaisanteries déplacées, ni les manœuvres de la police ; aux uns il fut peint comme un fanatique, aux autres comme un ambitieux qui employoit le prestige de la Religion pour usurper le pouvoir. La guerre fut déclarée au Ciel pour perdre la vertu sur la Terre. Aux intrigues succéda une conspiration criminelle. Robespierre s'en plaignit à ses collègues du Comité de Salut public ; les coupables furent avertis, leur effroi redoubla et leur audace devint
fier moyennant finance le décret de liquidation de la compagnie des Indes, à Hérault de Séchelies, à Osselin, etc., qui donnaient asile à des émigrés. Les collègues d'Hérault au Comité de Salut public ne voulaient plus tenir séance en sa présence dans la persuasion où ils étaient qu'il trahissait le secret des délibérations.
«xtrême. L'immoralité,- la vanité blessée consommèrent enfin la contre-révolution du 9 thermidor * .
Il faudrait tout un volume pour commenter dignement ces notes si remarquables.
Ce qui' frappe de prime abord en les lisant, c'est cette affirmation répétée que Robespierre représentait le parti de Thonnêteté, de la justice, de l'égalité. L'affirmation me parait dans une