I. Moniteur du îi germinal an II
3ao ÉTUDES ROBESPIERBÏSTES
norité au Comité, il se recueillit un mois et quand il reparut à la tribune, ce fut pour prononcer son testament de mort, ce discours du 8 thermidor d'une mélancolie déjà romantique.
Quand il tomba, ses vainqueurs encore mal assurés se demandèrent comment, par quel prodige ils avaient pu en triompher. Dans leurs diatribes injurieuses, qu41s multiplièrent contre le grand mort, ils laissèrent percer des aveux significatifs.
Roederer, dans le portrait que signa Merlin de Thionville, a écrit ces phrases : « Alors même qu'elle applaudissait à sa chute (à la chute de Robespierre), la République française n'osait encore se relever de toute sa grandeur »... « Il (Robespierre) paraît avoir seul porté le poids de la mission de deux Assemblées nationales I »
Courtois, le triste Courtois, est obligé de proclamer dans son fameux rapport sur la prétendue conspiration de Robespierre, l'immense popularité dont jouissait « le nouveau Sylla » : « Il semble qu'on ait pris à tâche d'élever un trône à celui qui ne voulait que briller à la tribune. Des agrégations coupables lui firent respirer, de toutes les parties de la France, l'encens criminel qu'elles brûlaient en son honneur; c'était à qui enivrerait l'idole, trop faible pour résister aux vapeurs empoisonnées ; on se disputait, dans les Sociétés dites populaires, l'honneur ou l'affront, pour mieux dire, de s'agenouiller devant ce nouveau Dagon et des milliers de fanatiques irréligieux ne semblaient
ROBESPIERRE ORATEUR 3ai
avoir chassé de leurs temples les dieux qu'ils adoraient depuis tant de siècles que pour se prosterner devant leur nouveau dieu Maximilien... »
Un autre vainqueur de thermidor, Billaud- Varenne, répondra à ceux qui lui reprocheront de n'avoir pas dénoncé plus tôt le tyran : « Nous demandera-t-on, comme on Ta déjà fait, pourquoi nous avons laissé prendre tant d'empire à Robespierre?... Oublie-t-on que dès l'Assemblée constituante il jouissait déjà d'une immense popularité et qu'il obtint le titre d'Incorruptible? Oublie-t-on que, pendant l'Assemblée législative, sa popularité ne fit que s'accroître?... Oublie-t-on que, dans la Convention nationale, Robespierre se trouva bientôt le seul qui, fixant sur sa .personne tous les regards, acquit tant de confiance qu'elle le rendit prépondérant, de sorte que, lorsqu'il est arrivé au Comité de Salut public, il était déjà l'être le plus important de la France ? Si l'on me demandait comment il avait réussi à prendre tant d'ascendant sur l'opinion publique, je répondrais que c'est en affichant les vertus les plus ausfères, le dévouement le plus absolu, les principes les plus purs... »
Ces aveux involontaires des thermidoriens sont confirmés par tous les témoignages.
Au lendemain de la fête de l'Être suprême, le député Boissy d'Anglas avait comparé publiquement Robespierre à Orphée enseignant aux hommes les premiers principes de la civilisation et de la Matbiez. Robespierre. ai
3aa ÉTVDBS ROBBSPIERRISTES
morale*. Le littérateur à la mode La Harpe loi avait écrit à cette occasion les lettres les plus .flatteuses.
Les papiers de Robespierre sont remplis des marques de la naïve et sincère admiration que lui prodiguaient la foule des patriotes. « Robespierre, ce nom qui fait ta gloire, ce nom qui porte Teffroi dans l'âme des tyrans sera le mot d'ordre qui nous ralliera pour les combattre », lui écrit la Société populaire de Caen, le 7 mars 1792. « Je vous regarde, citoyen, comme le Messie que l'Être suprême nous a promis pour réformer toute chose », lui écrit un commandant de vétérans, le 3o prairial an IL <x Je veux rassasier mes yeux et mon cœur de tes traits et mon âme, électrisée de toutes tes vertus républicaines, rapportera chez moi de ce feu dont tu embrases tous les bons républicains. Tes écrits le respirent, je m'en nourris », lui écrit un camarade de collège, le i^ messidor an II'.
On sait enfin qu'il était idolâtré des femmes, de celles de la noblesse et de la bourgeoisie comme de celles du peuple.
^ Comment expliquer cette admiration enthousiaste de tout un peuple? ce phénomène presque unique dans l'histoire?
La raison de la popularité de Robespierre m'apparait simple. Nul homme d'État ne fut plus sincère, ne fut plus convaincu, nul ne mit plus de
I. Dans son Essai sur les fêtes natiotMiles paru en messidor an n.