‹ Études scientifiques [microforme]Chapitre 40 sur 40 · DER ER EE · texte numérisé non relu

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inappréciable pour les navigateurs et leür permet de franchir rapidement les zones tropicales : inalheureusement les vents alizés des deux hémisphères se font obstacle ct se ralentissent à leur rencontre mutuelle : la zone des calmes équatoriaux, produits par ce conflit, trace une longue ceinture autour du globe : souvent les navires essayent en vain pendant des semaines entières de sortir de cette région, véritable mer morte de l'Océan, où nulle brise n’enfle les voiles, et où règne une accablante chaleur, qui n’est que légèrement diminuée par le rideau nuageux qui constamment voile le ciel.

Christophe Colomb traversa le premier la région des vents alizés, depuis l’Afriqué jusqu'aux Indes occidentales. Dans les voyages qu'il avait faits aux îles Canaries, qui, pendant quelques mois de l’année, sont exposées aux vents alizés , le célèbre navigateur avait sans doute appris à les connaître ; mais ses matelots, d’abord charmés de s. ‘uver sur une mer toujours calme, où l’on n’a qu’à tenir les voiles ouvertes, furent bientô! épouvantés par un phénomène si nouveau pour eux, et se crurent emportés loin d'Europe, sans espoir de retour. Aujourd'hui les voyageurs qui se rendent aux Indes occidentales n’éprouvent plus les mêmes craintes et peuvent se laisser aller sans contrainte au plaisir de naviguer dans ces régions favorisées où les navires glissent sans effort, sous un ciel toujours clair, illuminé la nuit par les feux des brillantes constellations tropicales.

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‘ Le phénomène des vents alizés avait vivement frappé l'esprit de Galilée, et le pénétrant philosophe italien l’attribuait à la rotation de la terre; il pensait que l'atmosphère, bien que participant à ce mouvement, ne pouvait suivre les parties solides qui forment la surface du globe avec une vitesse égale à celle qui les emporte. Vers l'équateur, où cette vitesse est le plus considérable, ce retard devait, suivant lui, donner naissance à des courants d’air dirigés en sens contraire de la rotation terrestre, c’est-à-dire de l’est à l’ouest. En faveur de sa théorie, Galilée se fondait sur ce fait remarquable que les vents alizés ne soufflent qu'aux plus basses latitudes, dans les régions où les points de la surface terrestre décrivent un trèsgrand cercle pendant les vingt-quatre heures de la journée. L’astronome Halley apporta pourtant quelques arguments décisifs contre l'explication de Galilée; il fit voir qu'elle est en désaccord avec le phénomène des calmes équatoriaux, qui règnent dans les régions même où le mouvement diurne de la surface terrestre est le plus rapide. Galilée ignorait d’ailleurs que la région des vents alizés a des limites variables, qui se déplacent graduellement pendant les douze mois de l’année. C’est sur ce fait remarquable que Halley fonda une théorie nouvelle des vents alizés, qui aujourd’hui encore est généralement admise. Quand le soleil est levé sur une partie de la terre, les couches d’air superficielles s’échauffent par le rayonnement, deviennent plus légères et montent peu à peu dans l'atmosphère. C'est pour cela que dans les pays de montagnes, on

voit souvent, après un beau jour, des vapeurs ramper lentement sur les flancs des hautes cimes et s’amasscr en nuages autour du sommet. La zone équatoriale se trouve exposée constamment aux rayons d’un soleil perpendiculaire : l'air qui s’y échauffe s'élève et forme, en parvenant dans les parties les plus élevées de l'atmosphère, une ceinture nuageuse qui recouvre sans cesse la zonc des calmes :les colonnes d'air ascendant sont sans cesse remplacées par de nouvelles masses d'air, et c’est cet appel permanent qui donne naissance au courant continu des vents alizés. Ces vents, dirigés sur l'équateur, souffleraient exactement du nord au sud dans l’hémisphère boréal, et du sud au nord dans l'hémisphère opposé, si la terre n’éprouvait pas un mouvement de rotation; mais ils se trouvent constamment déviés vers l’ouest, parce qu'ils entrent dans des régions où la vitesse du mouvement diurne devient de plus en plus prononcée.

__ Les courants des deux hémisphères se rencontrent et se neutralisent, en quelque sorte, dans la région des calines et des pluies: mais on doit se demander ce que deviennent ces masses d'air que pompe lesoleil équatorial et qu'amènent sans cesse deux courants dont la force ne diminue jamais. Il faut, de toute nécessité, qu'elles retournent vers les pôles, sans quoi toute l’asmosphère finirait par se réunir sous forme d’un vaste anneau autour de l'équateur ; mais s’il s’agit d’assigner la route qu’elles suivent, on ne peut faire que des suppositions plus ou moins ingénieuses.

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Voici quelle théorie le lieutenant Maury développe à ce sujet: les vents alizés commencent à se faire sentir à partir du 30° degré de latitude; plus au nord est la zone des courants variables où, avons-nous dit, règne le plus sôuvent, dans les parties inférieures de l'atmosphère, le vent du sud-ouest : comme les vents alizés soufflent du nord-est, on voit qu’il y a une ligne remarquable ‘dont s’écartent deux courants aériens en sens opposé, comme feraient deux hommes qui se fuiraient l’un l’autre. Elle marque une zone de calme, moins constante et moins prononcée que celle des calmes de l'équateur, mais pourtant bien connue des navigateurs; cette ligne avoisine le tropique du Cancer : dans l’hémisphère austral on en trouve une semblable près du tropique du Capricorne. Ces régions qui forment la limite commune de deux zones parcourues par des vents directement opposés seraient bientôt privées d’air si les courants supérieurs de l'atmosphère ne venaient constamment y en reverser. Le lieutenant Maury pense qu’il est amené par un contre-courant des vents alizés : l'air qui s'élève à leur rencontre dans la région supérieure du ciel se met en route vers le nord, en déviant peu à peu à l’est, à cause de la rotation terrestre qui agit d’une manière opposée sur le courant qui fuit l'équateur et sur celui qui s’y dirige. Ce contrecourant hypothétique ne réussit jamais à faire une brèche dans la couche des vents alizés et ne vient descendre à la surface des mers que vers les régions où le lieutenant Maury place les calmes tropicaux,

c'est-à-dire à la limite des vents alizés et des vents variables.

Comme ie contre-courant qui domine les vents alizés se maintient toujours à une extrême hauteur, on n'a presque point de preuves qui en démontrent l'existence. Voici la seule que je puisse citer : En 1812, lors de l’éruption du volcan Saint-Vincent, il tomba une quantité considérable de cendres sur les îles Barbades. Comme les vents alizés soufflent toujours avec une grande force des Barbades à Saint-Vincent, on voi: que les cendres lancées à une très-grande hauteur ont été emportées par un vent supérieur et contraire à celui de la surface. Le contrecourant des vents alizés ne vient raser la terre qu’au delà du trentième degré de latitude et forme alors le vent dominant des zones tempérées. Il y rencontre l'air refroidi qui revient du pôle, autour duquel il a longtemps tourbillonné, et qui se meut irrégulièrement jusqu’à ce qu’il descende à la surface du globe, pour ne plus la quitter, sousle nom de vents alizés. C'est en se croisant et se traversant en quelque sorte que les deux courants venus, l’un de l'équateur, l’autre du pôle, donnent naissance aux calmes tropicaux. Le lieutenant Maury croit qu'il s'opère un phénomène analogue dans la zone des calmes équatoriaux : suivant lui, l’air des vents alizés de l’hémisphère sud, après s'être élevé dans cette région de calmes, passe dans l’hémisphère nord comme contrecourant des vents alizés du nord-est. Voici par quelles observations l'officier américain appuie cette

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africain sont les débris d’infusoires qu’on a retrouvés vivants dans l'Amérique du sud; les vents alizés du sud-est les ont d’abord balayés vers l'équateur: ils ont ensuite, à une immense hauteur, voyagé vers le nord-est, puis, redescendant dans la zone des vents variables, ils sont venus tomber sur les déserts du nord de l'Afrique. Il est assez naturel de penser que les particules d'air entraînées par les vents alizés se mêlent en se rencontrant, et qu’en se séparant de nouveau, elles ne rentrent pas toutes dans l’hémisphère même où elles viennent de voyager; mais il nous semble bien téméraire d'admettre, comme le fait M. Maury, qu'aucune d'elles ne puisse y retourner, etqu’il s'opère d’un hémisphère à l’autre un échange complet. M. Maury convertira peu de savants à une opinion aussi bizarre, par des considérations vagues sur les propriétés magnétiques des courants, sur leur polarité, sur l'oxygène de l'air électrisé.

Les grandes îles et les continents troublent ia régularité ‘de la circulation atmosphérique. Les contrées situées entre les tropiques s’échauffent sous les rayons d’un soleil toujours ardent ; l'air raréfié s’élève et doit être constamment remplacé : ainsi se produisent certains courants aériens qui sont quelquefois assez forts pour détourner les vents alizés pendant la moitié de l’année et leur faire rebrousser chemin. Ces vents particuliers se nomment les moussons.

Les immenses déserts sablonneux de l'Afrique donnent naissance aux moussons du golfe de Guinée, les

plaines élevées de l’Asie à ceux de l'océan Indien, et les plateaux du Mexique à ceux de l'Amérique centrale.

Sur les terres, le manteau de la végétation et le relief inégal du sol opposent de grands obstacles à la propagation des courants atmosphériques; c’est pour cela qu'ils sont beaucoup plus réguliers dans l'hémisphère austral, qui se trouve presque entièrement recouvert par les eaux : les vents alizés sont moins faibles au nord qu’au sud de l'équateur ; aussi ne se rencontrent-ils qu’à quelques degrés au-dessus de cette ligne.

La théorie de la circulation atmosphérique présente encore quelques parties très-obscures : un des problèmes les plus difficiles qu’elle présente est l’origine des moussons de l’océun Pacifique occidental : ils sont en sens opposé de la direction normale des vent alizés : c'est ce qui a permis à la race malaise de se répandre jusque dans les îles Vijé, les archipels des Amis, de la Société et Paamuto. C'est dans cette vaste mer qui, de l'Amérique à l'Asie, recouvre presque la moitié du globe, qu'il faudrait s'attendre à voir les lois naturelles de la circulation atmosphérique revêtir la forme la plus régulière et la plus constante : les marins qui dans le siècle dernier avaient visité quelques parties de l’océan Pacifique prétendaient y avoir trouvé des vents alizés plus puissants que ceux de l’Atlantique : dans le siècle actuel, les navigateurs qui ont été explorer les mers lointaines de la Polynésie ont rectifié ces notions et montré que les véritables vents

alizés n’y soufflent dans l'hémisphère austral qu'entre le 90° et le 140° degré de longitude occidentale : audelà des îles Marquises, ils sont remplacés par des moussons qui, une moitié de l’année, soufflent dans le sens des vents alizés, l’autre moitié dans le sens opposé. C’est quand on s'engage entre les nombreux archipels qui sèment la partie occidentale de l'océan Pacifique, que ce changement a lieu. La présence des innombrables bancs de corail, qui remplissent ces mers tropicales, véritable continent en formation et à fleur d’eau, a-t-elle quelque influence sur la déviation des vents alizés? il est sans doute permis de le supposer. M. de Humboldt a fréquemment fait observer que la température de la mer diminue quand on arrive au-dessus d’un bas fond, et que le thermomètre pourrait servir de sonde dans une mer dangereuse et peu connue : il est sans doute probable que, par suite de la faible profondeur de l'océan Pacifique dans la région des archipels, l’échauffement de l’eau n'est pas assez constant pour donner naissance à un courant d'air permanent. Dans l’hémisphère boréal, où les îles sont plus rares et moins rapprochées, les vents alizés occupent une région beaucoup plus étendue, ils soufflent jusqu'aux îles Mariannes qui sont sous le 130° degré de longitude orientale. Dans l'océan Indien, les vents alizés ne souflent que dans l'hémisphère austral, entre la côte de Madagascar ‘et l'Australie : au nord de l’équateur, ils sont convertis en moussons par le voisinage du continent asiatique.

Des vents constants ne règnent pas seulement dans les parties de la mer qui sont comprises entre les tropiques : ils souffient aussi dans certaines régions terrestres, mais seulement sur ces plaines immenses dont la surface unie rappelle celle de l'océan. Pendant toute l’année, le désert du Sahara est parcouru par le vent d'est : un courant d’air semblable balaye constamment les plaines du bas Orénoque et l’immense bassin du fleuve des Amazones.

La géographie de la mer, pour être complète , doit aussi contenir la description du lit où elle est enfer: mée ; le fond de l'océan a, comme les continents, des plateaux, des vallées, des montagnes. Les courants sous-marins tendent constamment à niveler ces inégalités et à étendre sur des surfaces horizontales les matériaux et les débris organiques qu'ils entraînent; les grandes plaines du fond de la mer sont beaucoup plus vastes et plus unies que les plateaux terrestres, toujours déchirés par des vallées; elles forment sans aucun doute les parties les plusrégulières dela surface solide de M terre. Le grand plateau qui s'étend de la Côte d'Irlande au banc de Terre-Neuve, et qu’on a récemment sondé pour y étahlir un câble sous-marin, présente de très-faibles ondulations et s'étend du quarante-septième au vingtième degré de latitude, entre les îles du cap Vert et les Antilles, comme le fait voir la carte, où le lieutenant Maury a consigné les résultats de tous les sondages, dignes de confiance, opérés dans l'océan Atlantique. Les instraments perfectionnés qu’on emploie aujourd’hui pour déter-

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ÊTULES SCIENTIFIQUES. 377

miner les profondeurs de la haute mer, ont servi à rectifier les idées exagérées qu'on avait entretenues longtemps à ce sujet. Il y a pourtant dans l'océan Atlantique boréal, deux immenses vallées, dont la profondeur est très-considérable; l’une d'elles sépare le continent de l'Amérique du sud de celui de l'Afrique et s'étend à peu près parallèlement à la côte septentrionale de l'Amérique du sud jusque vers les petites Antilles; elle a en moyenne 5500 mètres de profondeur. Elle se relie par une sorte de col sous-marin à une autre grande vallée qui suit à quelque distance Haïti, Cuba , la Floride et les côtes de l'Amérique du nord; c’est entre le trente-cinquième et le quarantième degré de latitude, qu'on trouve dans cette vallée les plus grandes profondeurs de l'Atlantique; entre le banc de Terre-Neuve et la côte de la Nouvelle-Angleterre, la sonde à atteint jusqu’à 9500 mètres; le Gulfstream, dans son cours vers l’orient, passe au-dessus de ces abîmes.

Une des particularités les plus frappantes du fond de l'Atlantique, est qu’envisagé dans son ensemble, il s’abaisse beaucoup plus rapidement du côté des côtes américaines que du côté des côtes d'Afrique et d'Europe ; il a ainsi la forme d’un profond fossé creusé près du nouveau monde et qui se rattache à l'ancien monde par un long et insensible glacis ; on peut y voir la contre-partie du relief général qu’affectent les continents eux-mêmes, ordinairement terminés d'un côté par un massif montagneux el des

plateaux élevés, et de l’autre s’abaissant graduellement jusqu’à la mer.

ILest bien digne d'intérêt de comparer la hauteur moyenne des continents à la profondeur moyenne des mers. Pour bien comprendre le sens de ces expressions, il faut supposer que le fond de l’océan soit entièrement nivelé, et que sur les terres, les montagnes et les plateaux élevés soient rasés et qu’on en répartisseles déblais sur une seule plaine parfaitement unie. La hauteur moyenne des continents a élé calculée avec beaucoup de soin par M. de Humboldt, qui a tant contribué à enrichir et à éclaircir les données que nous possédons aujourd’hui sur les altitudes continentales. Les habitants des pays de montagnes seront sans doute étonnés d'apprendre que la hauteur moyenne des terres n'est que 308 mètres au-dessus du niveau de la mer; mais ce résultat surprendra moins les voyageurs qui ont parcouru les steppes de la Russie et de la Sibérie, ou les pampas de l’Amérique du Sud. Le chiffre auquel est arrivé M. de Humboldt, et qui doit inspirer beaucoup de confiance à tous ceux qui lisent son beau mémoire sur la hauteur moyenne des continents, diffère beaucoup de celui de 1000 mètres que Laplace avait admis, en se fondant sur certaines vues théoriques. D’après des considérations semblables, le savant astronome avait aussi cru pouvoir admettre que la profondeur moyenne de la mer est de même ordre que la hauteur moyenne des continents et des îles au-dessus de son niveau, et il pensait que la profondeur des plus grandes ca-

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teur rines française, anglaise et américaine, bien que > des peu nombreux encore , ont pourtant déjà réfuté cette eg erreur du célèbre astronome. Une des cartes les plus soit | intéressantes que le lieutenant Maury ait jointes à nta- : son ouvrage , est celle du lit de l’océan Atlantique du n en nord ; il s’y trouve divisé en zones de diverses profonnent deurs. En calculant, à l’aide de cette carte, la profoncale deur moyenne de l'océan Atlantique boréal, je suis oldt, arrivé au chiffre approximatif de 4500 mètres, qui ne don- diffère pas sensiblement de celui de 4800 mètres que udes Thomas Young avait déduit de la théorie des marées. gnes Dans l’océan Atlantique austral, on ne possède que teur de rares sondages, mais ils ont accusé en quelques points des profondeurs énormes : entre Rio-Janeiro

et le cap de Bonne-Espérance, la sonde est descendue

à 5368 mètres, vers 2705 de latitude australe et 30° de

longitude occidentale. Le capitaine Denham , en 1832,

par 36° de latitude australe, et 40° environ de lon-

gitude occidentale, n’a trouvé le fond de la mer

qu'à l’effrayante profondeur de 14 090 mètres. C’est

au même officier que nous devons quelques sondages

récents, exécutés dans l’océan Pacifique austral; les

plus grandes profondeurs qu’il ait trouvées sont

seulement de 2620 mètres au sud de la terre de Van

Diemen , et de 3094 mètres vers 66° de latitude sud et

158° de longitude ouest. Les données réunies jusqu’à

présent sont tout à fait insuffisantes pour déterminer,

mème avec une très-grossière approximation, la pro-

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fondeur moyenne de l'océan Pacifique ; il semble cependant permis d'admettre, dès aujourd’hui que la profondeur du grand Océan n’est pas en rapport avec son immense étendue. La rareté relative des îles dans l'Atlantique, nous autorise à penser que cette partie de l’océan, bien que la moins étendue, forme cependant la plus remarquable cavité de la surface terrestre : les mers les plus étendues ne sont pas les plus profondes ; de même que sur les continents les plateaux les plus grands ne sont pas les plus élevés. La Méditerranée qui n’est pour ainsi dire qu’un grand lac, a pourtant des gouffres comparables à ceux de l’océan Atlantique.

Dans cette étude rapide, je n’ai pu indiquer que les traits principaux de la géographie marine. Dans l'ouvrage du lieutenant Maury on trouvera des détails nombreux et pleins d'intérêts sur tous les phénomènes qui s’y rattachent, sur les sels de la mer, les calmes, les tempêtes, les climats de l’océan, sur l’action des vents, sur les mers arctiques. Le savant Américain tire habilement parti des travaux de ses prédécesseurs et des observations les plus modernes au profit de théories ingénieuses , mais dont quelquesunes sont encore hâtives. Au reste les efforts qu’il a saits pour encourager l'esprit d'observation parmi les intelligents capitaines de la marine américaine porteront un jour des fruits : la météorologie marine, science encore naissante, est déjà servie par des centaines de navires, véritables observatoires mobiles ; la navigation, si longtemps abandonnée à la routine,

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trouvera dans la géographie physique des guides précieux et de nouvelles garanties de vitesse et de sécurité.

Je ne puis terminer cette analyse sans signaler le caractère qui donne à l'ouvrage du lieutenant Maury, si lon me permet ce mot, sa physionomie particulière : c'est le mélange continuel des considérations scientifiques et religieuses : alliance aussi familière aux États-Unis qu’elle est rare dans notre pays. Je ne crois pas qu'aucun astronome français eût songé à donner à ce verset de la Bible « Peux-tu me dire les douces influences des Pléiades? » l'interprétation suivante : « Les astronomes d'aujourd'hui, s’ils n’ont pas encore répondu à cette question, l'ont du moins assez éclairée pour montrer que si jamais l’homme doit y répondre, c’est en consultant la science astronomique. Il a été récemment presque démontré que la terre et le soleil, avec leur cour splendide de comètes, de satellites et de planètes, sont en mouvement autour d’un point d'attraction qui se trouve à une inconcevable distance et que ce point est dans la direction de l'étoile Alcyon, une des Pléiades ? Qui donc, hormis un astronome, peut parler de « ces « douces influences ? »

Quand il s’agit de quelque loi naturelle, assise sur une base inébranlable au-dessus de toute contestation , telle que la loi de l'attraction universelle, par exemple , il ne peut y avoir aucun inconvénient à en chercher le germe dans une expression biblique ; mais une telle préoccupation n'est-elle pas dangereuse, quand elle conduit à forcer le sens des mots

les plus vagues pour les mettre en accord avec un phénomène naturel mystérieux, à peine effleuré par l'observation , comme celui du mouvement général du système planétaire ? ne devient-elle pas plus imprudente encore, quand un savant met à l'abri d’un texte sacré le fragile édifice de ses propres théories. « Quant au système général, écrit M. Maury, de la circulation atmosphérique que je viens si longuement de m'’efforcer à décrire, la Bible le décrit en entier dans une sentence unique : « le vent va vers le sud et tourne vers le nord; il tourbillonne continuellement et le vent retourne de nouveau dans ses circuits. » (Eccl. 1, 6.) Avec un peu de bonne volonté, on peut bien reconnaître dans cette phrase la théorie des vents du lieutenant Maury, suivant laquelle chaque molécule , entraînée comme par un mouvement perpétuel, va sans cesse en suivant de longues spirales , d’un pôle à l’autre; tantôt rasant la terre, tantôt emportée dans les parties supérieures de latmosphère ; mais, nous l'avons vu, cette hypothèse, beaucoup trop absolue, n'a encore pour appui que des faits peu nombreux. Est-ce pour suppléer à cette insuffisance, que le lieutenant Maury invoque, hors de propos, l'autorité de la Bible, ou aurait-il la prétention téméraire de fortifier cette autorité, en montrant l'accord des livres saints avec ces théories ? dans l’un et l’autre cas, la science et la taéologie le condamnent.

M. Maury n’a pas évité un autre écueil, où tombent trop fréquemment ceux qui étudient la nature, non-

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seulement dans l'espoir d'en apercevoir les lois, mais pour découvrir la raison souveraine qui s'exprime par elles. Quand l’homme observe l’action réciproque et réglée des diverses parties de la création et cherche à démèêler, à travers la confusion des phénomènes extérieurs, ce que l’on a nommé poétiquement les harmonies naturelles, il lui est bien difficile de s’oublier lui-même. Il a pu croire longtemps, plutôt par ignorance que par orgueil, que les soleils n’ont été semés dans l'infini des cieux que pour lui prêter la nuit une pâle lueur. Cédant à un semhlable instinct, M. Maury ne perd aucune occasion pour fire ressortir l’admirable adaption des phénariènes de la météorologie terrestre aux besoins et aux destinées de l'humanité. Quand il représente le Gulfstream, versant ses eaux chaudes sur l’Europe occidentale, pour lui donner un climat prapice aux arts de la civilisation, il oublie que les côtes glacées du Labrador et de Terre-Neuve font face aux rivages privilégiés de notre continent. Lorsqu'il admire Îles lois qui

règlent la direction des curants aériens, il m'est.

impossible de ne pas songer qu'ils sont aussi souvent contraires que favorables, et que des milliers de malheureux sont chaque année victimes de la fureur des vents. Quand, expliquant le mécanisme de l'évaporation et de la condensation des eaux, il vante les bienfaits des pluies, je ne puis oublier que des contrées immenses en sont à peu près dépourvues et ne peuvent nourrir qu'une population rare et misérable. C’est mal comprendre les harmonies naturelles que

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de les estirrer à l’étroite mesure des avantages que l’homme en peut retirer : si la nature est son auxiliaire, elle est en même temps son ennemie; il soutient contre elle une lutte de tous les instants, la combat avec des armes qu'il lui arrache, jusqu’au jour inévitable où il est vaincu.

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