LE REMÈDE
dans la direction de leurs affaires et le prix : : : intégral de leurs produits, après déduction de l'impôtet des intérêts du capital, en suppri- mant le profit de l’entrepreneur.
Commebut prochain: la fixation, par mesure internationale, d’un maximum de durée pour
le travail des salariés et le développement de 2. l'instruction professionnelle dans le sens d’éle- 4 ver le travail manuel à l'autonomie — part de de l'Etat — puis, comme part spontanée des classes supérieures, la propagation du système de la participation des employés aux bénéfices des patrons, qui conduit naturellement, par les formes de transition les plus variées, au ré-
: gime coopératif.
Association, participation, Journée normale, ce sont là tous les remèdes de notre pharmacie, car nous ne prenons pas pour des remèdes au mal social les simples mesures de prévoyance et de bienfaisance destinées à rendre l’état actuel moins insupportable sans en modifier la . constitution, telles que les caisses d'épargne, à l'assurance mutuelle, la réforme des logements, les sociétés de consommation. À ceux qui mé-
priseraient les nôtres comme trop inférieurs aux besoins, nous laissons le soin d’en proposer de plus efficaces, qui ne supposent pas la guerre civile et ne substituent pas une nouvelle injustice à l’injustice du présent. | À ceux qui regardent l’ordre actuel comme satisfaisant, et comme solide, et pour qui la : haine des classes est l’état normal, nous n’a- : vons plus rien à dire. Mais, sans fermer les yeux sur la gravité des maux présents, quelques-uns les tiennent pour incurables et ne verront dans nos expédients que des palliatifs momentanés, parce que toute amélioration plus ou moins sensible à la condition de la classe ouvrière aurait, suivant eux, pour conséquence une augmentation des naissances dans cette .
classe qui netarderait pas àramener la situation précédente, peut-être avec aggravation. Tel serait probablement l’effet d’une simple élévation du salaire qui laisserait ouvrier dans la même dépendance et dans la même incapacité d’assurerson avenir ; mais s’il arrivait — ou si l’exemple de ses pareils lui traçait un chemin pour à arriver — à la copropriété d’un atelier ou du
à or a une exploitation agricole qui donnât ‘une base économique à sa famille, les motifs
‘3 de prévoyance dont nous constatons l'efficacité N. dans les classes moyennes ne sauraient tarder
à modifier ses habitudes. Pas plus que la loi
de Ricardo, qui fait graviter immuablement
le salaire de l’ouvrier autour du chiffre indis-
pensable à son entretien, la loi de Malthus,
suivant laquelle il faut que la population aug-
“à mente plus rapidement que les subsistances, ni. ne soutient l'examen des faits. La coalition fournit aux ouvriers un moyen d’élever leur paie au-dessus du nécessaire dont ils ont fréquemment abusé depuis qu'ils sont libres de s’en servir, mais dont l'abus même a démontré | rl puissance. Et de même, les effets prévus du fractionnement des héritages conduisent les classes moyennes à s'imposer des privations qui neutralisent la loi de Malthus. L'exemple de la France et la comparaison du chiffre des naissances dans les départements pauvres et dans les départements les plus fortunés dé- montrent surabondamment que la population ne s'accroît pas toujours avec les ressources.
: “. Ce n’est certes pas un rs trop rapide
qui crée un danger à ce pays-là. Cette objection à n’est pas ce qui nous préoccupe; ce que nous nous demandons, c’est si nos réformes sont applicables. ! Nous ne savons, mais 1l nous parait évident < que pour aboutir, et déjà pour être sérieuse- £. ment abordées sur une échelle en rapport avec la généralité du but poursuivi, elles supposent préalablement une réforme morale qui les sug- À gère, les dirige et les soutienne. Chacune d’el- les exige une résolution, quelques-unes un +. fort soutenu de la volonté. | Ainsi, la réduction du travail des adultes |
1 M. Lujo Brentano, professeur à Leipzic, qui a étudié la F2
question ouvrière de fort près et dans un esprit généreux, ne croit pas possible l’extension de la production coopérative; mais il pense qu'il suffirait aux ouvriers de solidariser la défense de leurs intérêts dans des unions ou syndicats pareils aux trades-
union britanniques pour rétablir entr'eux et les patrons dans l'organisation du travail et dans la fixation des salaires, une égalité sincère, dont le bon emploi leur donnerait la sécurité du
“ lendemain et leur permettrait de développer leur esprit dans
une condition acceptable. Les considérations que présente
M. Brentano demanderaient un examen attentif; mais en tout -Cas nous ne saurions voir dans la réalisation de son plan quune
remière étape à franchir; car elle laisserait subsister l’opposi- F) a
tion des intérêts entre les agents de la production, l'antago= 5
nisme des classes, qui est à nos yeux le vice radical de la civilisation présente. Las
position est celle d’une minorité, qui succom-
invoquer la force des choses; mais partout la
force des choses empêchera la réforme ou la
réduira à des proportions insuffisantes aussi longtemps que l'accord ne sera pas fait entre
:Jes peuples civilisés. Et cet accord implique
chez quelques-uns lesacrifice d’un gain espéré, chez tousune dérogation au principe de l’indé- | pendance absolue. Pour qu'il s’établisse, il : faut qu’un assez grand nombre d'hommes d'Etat S inspirent d’une bienveillance fort étrangère à aux traditions de la politique, où la philanthropie n’est guère de mise que pourle décor. La journée de travail internationale serait un : triomphe moral, qu'il est plus où moins permis d'espérer, grâce à certaines pressions d’une
bera nécessairement dès qu’elle ne pourra plus
AA A ae DR Le ” LES RÉFORMES NÉCESSAIRES
moins célébrer avec une profonde reconnais-
sance.
Le travail coopératif, dont les échecs sont si
nombreux et les succès si maigres, ne peut se substituer généralement au travail pour l’entrepreneur que sur la base d’une réformé géné-
rale des mœurs ouvrières. Il faut d’abord que
la partieactive du prolétariat renonce aux idées d’expropriation dont s’enivrent les socialistes et dont ils sont généralement trop éblouis pour voir quelque chose au delà. Il faut bannir absolument ces mauvais rêves, qui paralyseraient toute activité sérieuse dans le sens d’une réforme pacifique. Les coopérateurs ne travailleraient pas comme il faut travailler pour se faire une place dans le monde, aussi longtemps qu’ils auraient autre chose en tête que le succès de leur établissement. De son côté, le capital ne s’offrira pas là où il saura qu’on s'apprête à le confisquer. Le progrès social
par le travail coopératif ne se conçoit donc È
que sur la base de la confiance. Ensuite il y faut l'épargne, l'épargne soutenue, avant
tout la sobriété; mais après la sobriété, le re-
noncement, l’abnégation, le sacrifice du pré-
sent à l'avenir, et pour tout dire le sacrifice
de: soi-même à ses enfants, car il est bien rare
rm
que les fondateurs jouissent eux-mêmes de leur ouvrage. Les premières sociétés coopéra-
tives auront à lutter contre la puissance des
4 orands capitaux, elles se feront péniblement
une clientèle, et la part de chaque membre y restera longtemps peut-être inférieure au sa-
laire qu’un ouvrier qualifié comme il devra
l’être aurait obtenu d’un entrepreneur intelli-
: sent. Encore cette forme du sacrifice n’est-elle
pas la seule nécessaire à l'émancipation du tra-
vailleur : l'avenir de chaque association ne dé-
pend pas exclusivement dela manière dontelle
__ sera fondée et conduite ; noyée au milieu d’ate-
liers organisés sur le principe contraire, elle
resterait en butte au mauvais vouloir et menacée par la défection. Chacun devra donc concourir hors de son sein au triomphe de son
principe, les sociétés coopératives ne réussi-
ront qu’à la condition de s’aider entr’elles, en
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bien-être que nous voudrions procurer au tra-
prenant à cet effet sur leur pauvreté. C’est le
Fe
se
vailleur, et pour cela nous ne savons que lui
donner un conseil, et quel conseil ? — Celui de renoncer à ses humbles jouissances ; n’est-ce pas une cruelle ironie? — Oui, ce serait une ironie si les privations subies pour nos enfants et pour nos amis ne portaient pas leur récompense en elles-mêmes ; oui, si poursuivant sur | ce chemin le bien-être dans l'avenir, nous n'y trouvions pas dans le présent ce qui vaut É mieux que le bien-être, la possession de soimême dans le don de soi-même, l'amour et.
la liberté !
La réforme sociale, dont l’espoir seul peut nous épargner les tentatives désastreuses d’une révolution sociale, suppose donc une réforme : morale de l’ouvrier. Une réforme pareille de la classe aisée n'est-elle pas nécessaire pour conjurer le péril qui la menace et sur lequel il n’est plus possible de se faire la moindre illusion? Examinons : ra ".
Pour améliorer sérieusement leur condition en s’assurant le prix entier de leur travail, il faut, : avons-nous vu, que les ouvriers abandonnent toute idée de confiscation et de violence, qu’ils
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ne leur témoigne pas de bon vouloir, et si des actes indiscutables ne prouvent pas manifeste-
ent la sincérité, la généralité, l'intensité de ce bon vouloir ? L'émancipation du travailleur par
& l'association libre suppose le concours du ca-
pital. Qu’ arrivera-til si le capital s’y refuse? Faisant abstraction de toute hostilité systéma-
tique (laquelle, dans le monde des affaires, ne porte en général pas bien loin), comment le capital s’offrira-t-il dans des conditions de sé-
curité médiocres, moyennent un intérêt assez
bas pour laisser place au bénéfice, si le capital ne cherche emploi, s’il n’est pas en surabondance? Et comment cette affluence se produira-
t-elle, si le luxe de toutes les classes ne cesse | pas d’entraver la formation des capitaux ? Il faut | done, pour l'émancipation du travailleur, que
le riche économise. Dans l'intérêt de sa propre
conservation, le capital est mis en demeure de renoncer à diriger seul la production et des’en attribuer tous les profits. Pour sacrifier ainsi
es avantages considérables à la sécurité de
faut aimer ceux au profit desquels on les ré- | signe.
Enfin, l'admission de l’ouvrier à participer aux bénéfices de son travail tout en en laissant la direction aux représentants du capital 4 demande également de ceux-ci le déploiement ; d’une force morale; il s’agit pour eux de là- 7 cher le certain pour l’incertain, de rapprocher leurs employés de leur propre condition, de s’avancer vers l'égalité. .
On le voit, de toutes manières les réformes que nous préconisons, dans l’intérét de la paix : sociale aussi bien que dans l'intérêt des classes souffrantes, ne peuvent se réaliser que sous la condition d’une réforme morale qui n’a rien d’excessif, au sens français du mot excessif, qui n’a pas besoin non plus d’être universelle, mais qui n’en serait pas moins très sérieuse, puisqu'elle donnerait une force prépondérante à des mobiles aujourd’hui subordonnés. Il nous semble que cette réforme suffirait; nous nous refusons à la croire impossible.