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Je voudrais marquer les rôles respectifs de 1 la morale et de l’économie politique relative- . ment à la question sociale. Mais pour cela il faudrait d’abord savoir ce qu’on entend par cette question ; en effet, toutes les personnes qui s’en occupent ne la posent pas dans les mêmes termes, et les opinions diffèrent pres- que autant sur le but à poursuivre que sur __ les moyens d’y arriver.
. Quant au but, il s’agit, pour un grand nombre, d’égaliser autant que possible les condi- tions de l’existence matérielle. Qu'ils tiennent cette 4 égalité comme étant un bien par ellemême, ou qu'ils y voient le meilleur moyen,
l'unique moyen peut-être, de procurer un sort meilleur à ceux qui souffrent, le nivellement est leur visée ; tel est, au dire de leurs professeurs, le sentiment général des socialis- : tes. — D'autres, auxquels il est loisible d’étendre ou de refuser ce titre, cherchent uni-
quement les moyens d’assurer à tous ceux
qui ne s’en sont pas rendus personnellement
indignes le minimum de bien être qu'ils
jugent nécessaire au développement complet de l'humanité, sans s ‘inquiéter de savoir s'ils supprimeront ainsi l’inégalité des conditions, s'ils l’atténueront, s'ils la laisseront intacte ou si peut-être même ils ne la renforceront point encore. — Enfin, pour quelques-uns, la question sociale n’est autre chose qu’ un danger public, l'effet de désirs insensés et d’une opinion égarée, ce qu’ils expriment volontiers en
disant que la question sociale n’existe pas, par-
lant comme l'enfant siffle au bord du bois dans lequel il entrevoit des fantômes. Non moins sincèrement que M. Paul Leroy-Beaulieu, l’éminent économiste, les uns estiment la condition de l’ouvrier à trois francs par jour bien
préférable à celle de son patron millionnaire, parce qu'il n’a pas autant à penser. D’autres
À mais ils estiment inévitable l'existence d’une F classe à jamais vouée à la dépendance, LP sécurité et au dénuement. S'ils se rattachent à l'Eglise chrétienne, ils appuieront leur ju- E gement de cette parole : « Vous aurez tou- jours des pauvres avec vous, » parole que le Maître n’a point prononcée, mais à laquelle une erreur de traduction iort opportune a conquis la valeur d’un texte, pour ne pas dire une valeur supérieure à celle de tous les textes. Il n’est d’ailleurs pas nécessaire d’être
« clérical » pour admettre sans difficulté
qu'il y ait toujours quelqu'un pour nous servir. La sécheresse du cœur, l'indifférence au mal d'autrui suffisent parfaitement, avec l’insouciance d’un bon estomac, pour éliminer la question sociale. Maintenir l’état social actuel est donc le but de ce dernier parti. He
Quant aux moyens à employer pour résouà Le dre pratiquement la question posée, le pre-
| confessent que l’indigence est fort pénible,
qu'ayant toujours besoin d’être servis, il faut
an, ART AL D
mier qui se présente à l’esprit est l'autorité.
La répartition des biens qui s'opère aujourd’hui sous le régime de la propriété privée est mauvaise, la loi seule peut la changer : conquérons d’abord le pouvoir politique, ensuite nous ferons la loi, tel est le programme des niveleurs. Les partisans du statu quo, les optimistes, ceux qui pensent avec feu le comte Agénor de Gasparin que la société est faite et n’est point à faire, invoquent également la force publique pour le maintien des lois existantes ; à leurs yeux aussi, l'intérêt pratique,
celui qui domine tous les autres, est d’avoir avec soi le gouvernement.
Ces deux partis, qui forment à quelques égards les deux extrêmes, sont ainsi d'accord pour envisager la question sociale comme une question politique. En revanche, ceux qui se flattent d’avoir trouvé le moyen d'enrichir
les uns sans dépouiller les autres, où du
moins d'assurer aux prolétaires une certaine mesure de bien-être et d'indépendance sans attaquer directement la propriété, pourront tenter et s’efforcent effectivement d'arriver au
er
‘but par des arrangements volontaires, par des
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accords de gré à gré sous l'empire des lois existantes. Ainsi, pour eux, la question éco-
nomique et la question politique restent sépa-
rées. Tandis que les deux premiers partis s'appuient sur la force, que l’un détient et que l’autre s'applique à lui arracher, le dernier compte sur la persuasion.
A les considérer de près cependant, ces oppositions se réduisent en différences de plus ou de moins. L'enseignement, la persuasion, sont des moyens employés par toutes les écoles, seulement pour les uns c’est le député,
| c’est l'électeur qu'il importe d’endoctriner ;
pour les autres ce sont les patrons en Le qualité de patrons, les ouvriers en leur qualité d'ouvriers. Pareillement, la législation aurait bien quelque chose à faire pour réaliser les aspirations du socialisme le plus pacifique. Elle aurait des formes de société nouvelles à régulariser et à sanctionner, peut-être des ordonnances générales à rendre pour atténuer les vices de l’ordre actuel et préparer l’ordre
à venir, par exemple pour limiter la durée du
travail imposable, restriction qui se conçoit aussi longtemps que les intérêts du patron et de l’ouvrier sont divergents et que celui-ci ne | peut pas se défendre lui-même ; tandis qu’elle n'aurait plus de sens vis-à-vis d’associations ouvrières travaillant pour leur propre compte.
Quoi qu'il en soit, de quelque manière qu'on envisage la question sociale, © 'est une question pratique : il s’agit de quelque chose à faire ou de quelque chose à empêcher ; la solution effective du problème demande une intervention de la volonté, en sorte que la morale s’y trouve nécessairement intéressée. L’égalité, l’aisance générale, la distribution présente, avec les subordinations qu'elle entraine, sont-elles bonnes ou mauvaises ; et d’abord, qu'est-ce que le bien? qu'est-ce que le mal?
Sont-elles justes ou injustes ; et d’abord, qu’estce cs la se Y æ us i , une