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le nee une es justice At que
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son intérêt personnel à lui? Et si l’on n’en re-
connaît pas d'autre, comme faisait ce XVIIIe siècle que le XIXe occupe son dernier loisir à déifier, par quel artifice obtiendra-t-on des lois qui aient pour objet l'intérêt du plus grand nombre et non pas exclusivement l’intérêt des individus qui les décrètent? Ceux qui attendent le salut des résolutions du pou-
voir ont à se demander comment ils pourront
décider les ministres et les parlements à adoption de leur programme; et si le meilleur moyen leur paraît être d’entrer euxmêmes au Parlement, ils s’efforceront de fixer sur leurs personnes la préférence des électeurs, Ceux qui estiment que les difficultés sociales sont susceptibles de s’arranger dans le cadre et sous l’empire des lois existantes, par de nouveaux accords amiables entre les intéressés, doivent rechercher très sérieusement les moyens de gagner la confiance des ouvriers et des patrons, des fermiers et des propriétaires, afin de convertir à leur. modération ceux qui pensent à se soulager par des procédés révolutionnaires, afin d’inspi-
rer leur sollicitude, leur prévoyance et leur courage à ceux qui ne songent qu'à conserver l'intégrité de leurs privilèges et ne se soucient point d'entrer dans des voies nouvelles pour affermir la paix publique en améliorant d’une façon générale la position des classes moins favorisées. Enfin, les gens qui estiment que l’ordre de choses actuel est le meilleur ou le seul possible ne sauraient méconnaître qu’il est en péril et sont contraints d'agir pour le défendre. Ainsi, de quelque manière qu’on l’envisage, la question sociale exige de nous des résolutions, ne füt-ce que la résolution de rester immobile; elle fait appel à notre raison pour trouver le parti convenable, à notre volonté pour le prendre, à nos voix, à nos bras pour l’exécuter, et c’est à la morale qu’il appartient d’inspirer ou de contrôler tous ces actes. La question sociale est indubitablement une question morale. leermme mefhous tele 1
D’ autre part, le but positif ou négatif qu’il s’agit d'atteindre èst relatif à notre position matérielle, à la richesse, à nos rapports avec les biens que fournit la nature, et c’est en
obéissant à la nature que nous parvenons à l'utiliser et à l’asservir. Nous pouvons employer une machine ou nous en passer, ce Choix dépend de notre volonté; mais que dans le même temps, le même nombre d’ouvriers transforme en objets de consommation trois fois plus, dix fois plus de matière en employant la machine que par le travail à la main, cela ne dépend ni d'eux ni de nous, c’est un effet des lois de la nature, qu’il faut simplement constater. Et de même, il ne dépend pas de nous que le tra-
vail libre ne produise pas plus que le travail
servile, le travail à forfait que le travail à la
Journée ; cela tient aux lois de la nature hu-
maine, dont le changement n’est pas en notre pouvoir. Avec des esclaves, avec des ouvriers rigoureusement scrupuleux , cette inégalité disparaîtrait, mais il n’est pas au pouvoir du maître d’inspirer de tels scrupules à ceux qu'il emploie. Quels sont les moyens les plus sûrs, les plus prompts, les plus économiques de développer l’habileté de l’ouvrier? quelle est la condition du travailleur la plus favorable à la
production? Ces problèmes, l'un technique, l’autre économique, sont impliqués dans le problème social, ils ressortissent à la psychologie et la psychologie est une branche de la science naturelle.
On a débattu souvent la question de savoir si l’économie politique doit être placée dans le groupe des sciences naturelles ou dans celui des sciences morales. En Pattribuant aux facultés de droit, le gouvernement français semblerait avoir tranché la question dans le dernier sens ; tandis que par la façon dont ils conçoivent leur science, les économistes de l’Institut se rangeraient au bord opposé. Sur ce point, l’Institut nous paraît être dans le vrai. L'économie politique pure n’est point une branche de la morale, car elle n’a rien à prescrire ; elle n’a pas de but à nous assigner, mais elle nous fournit les principes d’un art, elle indique les moyens d’arriver à certains buts, dans la supposition qu’on se les pro-
pose. L'économie politique n’est pas la science de la richesse, cette définition est beaucoup trop large pour lui convenir. Ne comprenant ni la mécanique ni la chimie, qui sont les vrais fondements de la technique agricole et industrielle, elle n’étudie qu’une faible partie des problèmes de la production. La division du travail, dont elle exalte les effets, n’est proprement pas de son ressort et ce n’est pas elle que l’on consulte pour organiser cette division, qui ne lui sert que d'introduction à la théorie des échanges. L'économie politique
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est la philosophie du commerce, la théorie des échanges, tant de services que de biens matériels.
La philosophie du commerce repose sur la théorie de la valeur, et la source de la valeur c’est le désir. Donner de la valeur à un objet, c’est le rendre désirable ; augmenter sa valeur, c’est le rendre plus désirable. Ainsi léconomie politique se fonde sur la psychologie, sur la connaissance des besoins permanents de l’homme et de ses inclinations les plus générales et les plus constantes. Sans entrer
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dans l’examen des procédés techniques relatifs à la production des biens, elle nous apprend la manière de porter cette production au maximum, en intéressant le plus grand nombre de travailleurs possible, par la considération de leur intérêt, à déployer toute leur énergie dans le champ où cette énergie est la plus féconde. Elle enseigne également comment les produits une fois créés doivent être distribués de manière à stimuler une production nouvelle sous le régime de la concurrence et d’une entière liberté des échanges, dont elle démontre la supériorité économique pour le genre humain pris dans son ensemble.
Ces derniers mots accusent déjà la difficulté de convertir les théorèmes abstraits de l’économie en règles pratiques. Ce qui serait vrai si l'humanité ne formait qu’un tout, ne l’est pas nécessairement pour une nation placée au milieu de nations rivales. Mais le caractère abstrait de l’économie politique ne tient pas à telle circonstance particulière comme la pluralité des Etats, il ressort de sa définition même. L'économie politique, par ses applications,
fournit l’art de tirer le meilleur parti possible des biens dans un intérêt économique, ou plus simplement l’art de s’enrichir. Ses préceptes sont formulés exclusivement au point
de vue de l'intérêt personnel et matériel, non qu'elle prétende que cet intérêt matériel soit ou doive être l'unique mobile de nos actions, mais simplement parce qu’elle a circonscrit sa
| tâche à l'examen de ce qu’il convient de faire pour la satisfaction de cet intérêt. Ordonner la
dépense et la production de tellesorte que les dernières quantités affectées à chaque besoin soient
* égales est le moyen d'obtenir la satisfaction de ces besoins la plus complète: tel est le principe dont l’économie scientifique fournit la démonstration et qu’elle applique à la solution de tous les problèmes qui la concernent. Mais l'économie ne dira pas quels sont ces besoins, ni suivant quel ordre d'importance ils se disposent. Les difficultés qui peuvent s'élever ‘sur ce sujet relèvent de la morale. La science de l'économie ne peut donc donner que des
| préceptes hypothétiques ; cette abstraction tient à son essence même.
pes
Autre abstraction, plutôt contingente, celleci, qui tient à une conception particulière de là science économique dans une époque dont l'influence prévaut encore aujourd’hui : Bien que l'intérêt personnel soit pour ainsi dire inhérent à l'individu, l’économie politique ne s'inquiète pas de l'individu, mais uniquement de la société dans son ensemble. L’ ses qu’elle se propose, celui du moins que $8 sont proposé jusqu'ici ses représentants les plus célèbres, est de savoir quelle distribution du travail, quelle mesure d'épargne et de consommation, quelle proportion et quels procédés d'échange conduiront le plus sûrement et le plus rapidement à la plus grande richesse l'humanité collective ou la nation considérée artificiellement comme un sujet unique. Ce problème est d’une importance pratique incontestable, mais nullement immédiate, car à ne considérer que l'intérêt des personnes, qui étant seules capables de sentir, ont seules, à proprement parler, des intérêts, la véritable question serait de savoir quelle organisation du travail, quel mode d'épargne, de distribu-
tion et de consommation procureront la plus grande somme de jouissances au plus grand nombre d'individus. Et cette question ne saurait être identifiée avec la première que par une pétition de principe évidente. [” économie politique ne prétend pas, disons-nous, que l'intérêt matériel soit Punique mobile des actions humaines, ce qui est affaire de psychologie ; elle n’ enseigne pas que cet intérêt soit ‘le seul mobile normal, ni même le premier à considérer, ces points relèvent de la morale. Elle n’affirme pas non plus que tout accroissement de la richesse collective augmente le bonheur des individus, ni qu'il doive être l’objet exclusif du législateur en faisant abstraction du sort des individus ; ce ne sont pas là des propositions économiques. Et lorsque les économistes l’oublient, lorsqu'ils essaient d’ ériger les préceptes de leur science en principes de législation, ils excèdent manifestement leur compétence.
e0n ne saurait absoudre l’école des écono- - mistes dits orthodoxes d’être tombée dans ce travers. Au point de vue économique pur,
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Pouvrier n’est qu’un des agents de la production, une force de la nature, comme l’eau courante, le vent ou la vapeur ; l'intérêt de la richesse sociale à son égard est de se procurer son travail en suffisance aux meilleures conditions possibles, c’est-à-dire au plus bas prix ; bref l’ouvrier n’est qu’un moyen, et tantôt crûment, lorsqu'ils pensaient n’avoir rien à craindre, tantôt avec certaines précautions de langage, en se couvrant de certains prétextes, les économistes ont conseillé au législateur de le traiter comme un moyen, et ils ont été si bien écoutés que jusqu'à une époque encore peu éloignée, la loi punissait chez l’ouvrier le fait de se concerter avec ses camarades pour faire abréger son travail ou pour améliorer son salaire. Les économistes ont raison: théoriquement, le travail n’est qu'un moyen de produire la richesse, l’ouvrier un instrument pour le travail ; pratiquement, l'épargne est plus facile au capitaliste qu’à l’ouvrier, qui gagne à peine de quoi vivre; et dès lors il est probable que si les profits du capital sont augmentés des privations de
: Voutil vivant, l’accumulation des richesses dans le pays sera plus considérable, Au point de vue de l’économie politique abstraite, l’ouvrier n’est donc qu’un moyen, très certainement; mais il n’en est plus du tout de même au point de vue de l'intérêt concret, où le but n’est pas l’accumulation des moyens de jouis- sance n'importe entre quelles mains, mais le plus grand bien-être effectif du plus grand nombre ; il n’en est plus de même au point de vue de la justice, où toute personne est un but. En sa qualité d’économiste, l’économiste avait raison de considérer le bas prix du travail comme un avantage ; il avait tort de sortir de sa sphère et de prétendre imposer son point de vue au législateur, qui doit avant tout s'inspirer du droit. Quant à poursuivre comme coupables les ouvriers qui s'unissent pour soutenir leurs intérêts, les économistes s’en défendront ; leur imputer un tel conseil serait calomnie ; ils appliquent aux deux parties leur maxime de laisser faire; mais l’application qu’ils font de ce principe même les ; expose à un nouveau reproche. Ils tracent les
règles qui leur semblent les meilleures pour une société dans laquelle chacun étant vraiment libre d'agir comme 1l lui convient, sa position dépendrait de sa conduite, et où la condition de l’ensemble résulterait simplement du concours de ces libertés ; puis ils demandent que cette règle devienne la loi de notre société moderne, sans restriction ni modification d’aucune sorte. Ils supposent donc que la distribution des biens actuelle s’est déjà produite conformément à leur idéal ; ils admettent implicitement que toutes les fortunes particulières sont un fruit du travail de leur propriétaires ou de ceux dont ces derniers les tiennent, et que si quelques-uns n’ont rien, c’est toujours leur faute ou du moins la faute de leurs parents. Ils feignent que celui qui ne peut travailler que dans le chantier d’un autre, avec les outils d’un autre, et qui n’a que le prix de sa journée pour ne pas mourir de faim, est toujours libre de refuser les conditions de travail et de paiement qui lui sont offertes. Au nom de la liberté des contrats, ils refusent à l'Etat le droit d'intervenir dans
ces transactions, comme si la liberté du prolétaire était effective et comme si les termes
qu’il accepte n’importaient qu’à lui seul et ne pesaient pas sur tous les ouvriers! Cest se
placer sciemment dans la fiction pure, et cette
E fiction devient dangereuse en raison du tort précédent : la confusion de Pabstrait et du
nca EN 10 :
SE
concret, de la théorie et de l’art. Si la façon plus que leste avec laquelle on se dispense de porter en compte les antécédents historiques de nos sociétés signifie que la collision des intérêts privés, la liberté formelle des transactions la plus étendue est le moyen d’arriver à la plus grande richesse pour toute société d'hommes, de quelque manière que les biens y soient répartis, quelle que puisse être la dépendance dans laquelle cette collocation place les uns vis-à-vis des autres et quelle que soit l’origine des inégalités existantes — détail historique indifférent à l’économie — cette proposition véritablement économique appelle- rait un examen approfondi. Mais on ne saurait en tirer aucune conclusion pratique avant d'a- voir établi d'autre part que la plus grande ac-
cumulation de richesses possible est le but que doit se proposer le législateur. Au sens prochain, cette dernière thèse est manifestement fausse ; prise en elle-même, l’accumulation des richesses n’intéresse que le trésorier. Dira-t-on que si la richesse collective n’est pas le but dernier de l’activité sociale, elle représente convenablement ce but, en sa qualité de moyen unique et suffisant pour l’atteindre ? En d’autres termes, prétendra-t-on que le bonheur du grand nombre augmente et diminue proportionnellement à la richesse collective, de sorte que le maximum du bien-être individuel correspondrait nécessairement au maximum des biens existants, en quelques mains qu'ils soient placés ? Ce paradoxe serait difficile à soutenir. Il est vrai que pour assurer à chaque membre de la société ce qu’exigerait le développement de ses facultés, il faudrait un total de richesse supérieur à celui dont s’enorgueillissent aujourd’hui les nations les plus opulentes. Il est vrai, dès lors, que l’apparente équité d’un système de distribution ne saurait le recommander, si d’abord l’on
établit qu'il aura pour effet d'encourager l'épargne et de stimuler le travail productif. Dans ce sens et dans cette limite, le but abstrait de l’économiste coïncide effectivement avec le bien concret que doit se proposer la loi ; mais la limite est essentielle. De ce que la richesse totale devrait être augmentée en proportion considérable pour arriver au bienêtre général, il ne suit pas que toute augmentation de richesse soit avantageuse, à quelque prix qu'elle soit achetée. Aller jusque là serait se mettre en opposition manifeste avec le bon sens comme avec la morale et avec le droit.
L'accumulation est plus facile au riche qu’au pauvre, ou plutôt le riche seul est vraiment en mesure d’accumuler. Bien que l’épargne réu- . nie des ouvriers puisse monter à des sommes respectables, et peut-être révolutionner leur condition, elle disparaît comme chiffre à côté de ce que pourrait aisément entasser l’opulence. Le possesseur d’une fortune assez grande pour qu'on en parle peut épargner la presque totalité de son revenu. Son trésor, partie intégrante de la richesse nationale,
grossira naturellement avec son revenu: son revenu s’accroîtra d'autant plus qu’il obtiendra plus de produits aux prix les plus bas. Dès lors si la richesse collective et la prospérité publique étaient synonymes, la plus enviable des conditions serait celle d’un pays dont un ou deux ressortissants fort économes feraient travailler à leur profit le reste du peuple, en lui laissant tout juste de quoi ne pas mourir de faim.
On n’était pas loin de proclamer cette doctrine, on s’en inspirait manifestement dans la pratique, lorsqu’identifiant les idées de richesse collective et de grandeur nationale, on faisait de cette grandeur le suprême objet des gouvernements. Mais pour un esprit sérieux, que les mots ne grisent pas, la grandeur d’un pays n’a de valeur que dans la mesure où elle contribue à la sécurité de sa frontière et où elle favorise le bien-être et la culture de ses habitants. Le but concret, le but pratique n’est donc pas la richesse collective, mais le bonheur ou plutôt le bien des individus, du plus grand nombre possible d'individus. Ainsi le problème de la distribution normale des
biens de ce monde n’est que partiellement lié au problème de leur production, et par conséquent il sort du domaine de l'Economie, qui prend pour objet la richesse des nations. Cette . science n’a point de conseils à nous donner, elle ne nous doit que des renseignements. En tant qu'Economie ou science pure, elle nous fait voir comment la richesse se produit et se ‘distribue lorsque les hommes s'efforcent d’une manière intelligente de se procurer la plus grande somme de satisfactions matérielles, sans qu'aucun obstacle artificiel vienne les gêner dans leur poursuite. Appliquée à la politique,
elle cherche comment on obtiendra la plus f
grande richesse collective ; ellenous dira donc, à supposer qu'elle le sache, quel mode de répartition servira le mieux à l’accroissement de cette richesse, elle ne demandera pas jusqu’à quel point cette répartition est conforme à la justice, ni quelle en sera l'influence sur le bonheur des particuliers, ce qui n’est pas de son ressort ; il lui suffit d'établir comment un peuple s'enrichit ou se ruine. Telle est . l'abstraction de la science économique.
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La question sociale est concrète ; il s’agit
de faire droit dans la mesure du juste et du possible aux réclamations des déshérités. Pour que ce problème püt être résolu par l’application pure et simple des théorèmes économiques, il faudrait être certain ou que dans notre société, telle qu’elle est constituée, lesimplejeu de l’offre et de la demande, le laisser-faire est le meilleur moyen d'améliorer la condition des classes plaignantes, ou que cette condition ne saurait être relevée par aucun moyen quelconque ; il faudrait qu’il fût établi que la question sociale se résout d'elle-même ou qu’elle est insoluble. Ramener la question sociale aux termes d’un problème purement écono- mique, c’est donc simplement nier qu’il existe une question sociale, pour ne laisser subsister que la question politique, à savoir comment étoulffer les réclamations ou comment écraser les réclamants, s'ils se lèvent.
Nous ne saurions admettre ce point de vue,
£ ei par le suffrage universel qui souffle nous trouvons quelque imprudence à s’y placer.
Nous constatons que les classes réduites à recevoir leur pain de la main d’une autre ne
Sont pas contentes, el nous estimons qu'elles
n'ont pas sujet de l'être. Qu’à la longue leur
position s'améliore en quelque mesure par le jeu des institutions présentes, nous ne nous sentirions pas libre de le contester absolu-
. ment : la loi suivant laquelle le salaire tendrait
invariablement à se réduire au strict nécessaire
ne nous paraît pas suffisamment établie, il semble plutôt que l’accumulation du capital
tende à diminuer sa part des produits au pro-
fit de la rente et du salaire. Moyennant des
siècles de paix, ce mouvement pourrait conduire à quelque amélioration dans le sort du
pauvre, mais pour le présent la richesse nous
semble se concentrer de plus en plus dans un
petit nombre de mains et la lèpre du proléta-
E riat s'étendre rapidement sur de nouvelles
contrées ; les Etats-Unis d'Amérique nous en
= fournissent un exemple assez frappant. Ainsi le problème ne se résout pas tout seul. Quant
à le juger insoluble, nous en voudrions d’autres preuves que l’allégation d’un texte faussé. La société n’a pas le droit de se résigner avant d’avoir tout entrepris. Sans la foi, la réussite “est peut-être impossible, mais, avec elle ou sans elle, 1l faut essayer. Chacun le sent; nous dirions presque chacun l'avoue. La tâche est complexe, elle est économique, elle est juridique, elle est morale. — Problème économique : produire assez pour les besoins, sans placer le travailleur dans une position qui fasse reculer l'humanité. — Problème Juridique : rendre à chacun l’équivalent de ce qu'il pourrait obtenir de la nature si nul ne s'était approprié ce qui n'est pas le produit de son travail; rémunérer chacun proportionnelle-
ment à la valeur de son concours direct ou in-
direct dans la production, tout en respectant
les situations conquises régulièrement sous.
l'empire de la loi présente, autant qu’il sera
possible sans renoncer à faire droit à ceux qui étaient lésés par cette loi, ou, si décidément ces deux objets étaient inconciliables, partager entre eux équitablement. — Problè-
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mes moraux enfin: procurer à tous les enfants la possibilité d’être un jour des hommes ; assurer de son mieux une existence tolérable à tous ceux qui n'ont pas positivement démérité. | |
Le prineipe qui doit présider à la législation. c’est la justice. Si les institutions sociales ne sont pas conformes à la justice, le législateur doit s’elforcer de les en rapprocher par des mesures justes elles-mêmes autant que possible — autant que possible, disons-nous, car ‘généralement nous ne saurions sortir d’une position fausse en suivant purement et simplement la ligne qui eût été correcte si l’ordre n'avait jamais été troublé ; ici, comme dans toutes les choses humaines, il n’y a pas de règle pratique hors de la règle du moindre mal. |
Le principe de la morale est la charité, que je n’ai pas besoin de définir ici!. La charité ne se commande pas; on ne saurait rien de-
1 C’est un symptôme alarmant que le mot charité, le plus
beau que possède la langue humaine, ne s’entende plus que dans un sens matériel, étroit et vulgaire. ‘
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mander aux lois en invoquant la charité; on ne saurait l’imposer sans l’anéantir. Le principe de la morale ne serait donc pas immédiatement intéressé dans une réforme légale, bien qu'un effort moral fût nécessaire pour donner au législateur le courage de faire prévaloir la justice, et des yeux pour l’apercevoir. Mais si la condition des classes pauvres peut être améliorée par des arrangements amiables, il est infiniment désirable que le principe de la charité trouve sa place en ces arrangements, c'est-à-dire qu'il les inspire et qu’il les domine. C'est ici que la question sociale touche le plus étroitement la morale. Il est essentiel de se faire une idée très nette de leur relation.
Le problème moral enveloppe le problème social, dans ce sens que le bien et le bonheur : de tous est l’objet final de la loi morale; 1l comprend donc le problème social, mais il ne se confond point avec lui. Prétendre que nulle réforme sociale n’est possible sans qu’une réforme des cœurs et des volontés l'ait précédée est une thèse assez plausible ; néanmoins, elle aurait besoin d’être prouvée. Les institutions
actuelles ne satisfont pas tous les intérêts, + elles ne répondent pas aux vœux du grand É - nombre; il n’est donc point évident de soi- ; même qu’elles ne puissent pas être modifiées par une majorité qui s’inspirerait uniquement de son intérêt. Inventer un arrangement qui convint mieux à tout le monde est üun problème scientifique dont l’insolubilité ne saurait être affirmée a priori. Une fois cette combinaison trouvée, la faire adopter serait une œuvre de vulgarisation, de propagande et d’enseignement, qui reléverait essentiellement de l’intelligence. Et si la combinaison désirée n'existait pas ou qu’on n’eût pas la patience d'en atten- dre la découverte; si la majorité ne concevait È pasle moyen d'améliorer sa condition sans imposer à la minorité quelques sacrifices et qu’elle vit un sérieux avantage à le faire, le problème social se résoudrait finalement dans une question de force. C’est bien ainsi que le Æonçoit le grand nombre des déshérités.
… Mais une solution pacifique serait assuré- . ment préférable, et l’on n’en imagine aucune . qui ne coûtât rien à personne. Sans qu'il fût
peut-être nécessaire d’enlever leurs biens aux
privilégiés, une réforme en réduirait proba-
blement les avantages, ne füt-ce qu’en diminuant à certains égards la facilité d'augmenter leurs richesses qu’ils trouvent dans l’ordre actuel. Pour que la réforme eüt lieu pacifiquement, il faudrait donc persuader aux riches de s’y résoudre en faisant appel à d’autres mobiles que celui de leur intérêt économique. De toutes manières il est presque impossible d'agir sur l’opinion d’un grand nombre sans en appeler plus ou moins aux sentiments, le changement fût-il même profitable à. tout le
monde, et à plus forte raison s’il imposait des
sacrilices à quelques-uns ; de sorte qu'une réforme économique un peu incisive ne se con-
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çoit pas sans un certain. déplacement dans
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l'équilibre des mobiles qui déterminent habituellement notre conduite, en d’autres termes sans un déploiement d de forces morales ou sans
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une rene morale, si l’on tient à cette ex-
pression. Quant à savoir jusqu'où cet amendement devrait aller, à combien de personnes il devrait s'étendre, c’est une question qui reste
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Ouverte; pour essayer d’y répondre, il faudrait être en présence d’un plan de réforme arrêté.
De l'idée qu’un changement moral est nécessaire pour que le sort des classes pauvres puisse être matériellement amélioré, on est facilement conduit à penser que la question morale est le fond même de la question sociale, et qu’il n'y a rien d’autre à faire que de prêcher la patience et la charité, soit qu’on tienne le présent ordre social pour le meilleur . possible et qu’on impute aux passions des individus toutes les misères dont il semble affecté, soit qu’on estime, avec de meilleures raisons sans doute, mais non certes avec des raisons évidentes, que le changement intérieur entrainerait de lui-même la révolution souhaitable dans les conditions du travail et dans la répartition des produits. [Il faut reconnaitre effectivement que si, d’un côté, nous faisions tous part de nos biens aux autres avec tant d’empressement et tant de Joie qu'il fût impos-
LOS AUS HS) doc SRE DEN AE LE QU AE dt ge NP Eve PRE RC TI FAR ee PR RTS PRUETS Tue k 4 n GE: € n
sible à la fierté de nous refuser; tandis que de l'autre riches et pauvres seraient pénétrés du devoir d'accroître incessamment la somme de ces biens par un travail énergique et soutenu, de sorte que les labeurs les plus fatigants fussent accomplis avec zèle et conscience par des ouvriers libres de souci, ce communisme spontané dispenserait la société de réformes économiques proprement dites et faciliterait toutes les améliorations techniques en stimu= lant l'esprit d'invention par le désir généreux de se rendre utile. Mais ces remarques sont oiseuses. S'en couvrir est une manière d’écarter la question sans la résoudre, cet appel à la charité manquerait de sérieux et de charité. 3 : +.
En effet, un changement général des dispositions morales qui ferait du devoir ou de l’amour d'autrui le mobile universel de la conduite et refoulerait l'intérêt personnel en seconde ligne serait le plus grand de tous les miracles, un miracle au prix duquel tous ceux dont nous avons jamais oui le récit historique ou légendaire tomberaient dans le néant. En
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