‹ Études socialesChapitre 56 sur 57 · TN RIT TT ENT CRE · texte numérisé non relu

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penchants, suivant la loi du parallélogramme des forces, et le plus faible de ces penchants en moditie effectivement soit la direction, soit la vitesse. |

Tel est le point de vue auquel il faut se placer pour apprécier les rôles respectifs que la science économique et la morale sont appeliées à jouer dans le règlement de la question sociale, quelle que soit la méthode adoptée pour effectuer ce règlement. Cherchera-t-on la solution dans un ensemble de mesures législatives ? Il appartiendrait à la science économique de déterminer quels déplacements dans la possession effective des biens existants, quels changements dans la manière de les acquérir et de les transmettre, quelle rémunération du travail, quelle organisation de la production amëneraient soit l'égalité dans l’abondance, soit tout au moins une amélioration sérieuse dans la condition du travailleur sous le triple point de vue de la

sécurité, de la liberté et du bien-être. Mais

pour découvrir les mesures à prendre, pour

apprécier les projets soumis à son examen,

l’homme d'Etat, l'expert consulté lui-même, auront besoin de concentrer leur attention sur l'intérêt général, et devront à cet effet se dépouiller préalablement des préjugés résultant de leur intérêt particulier ou des intérêts de la classe à laquelle ils appartiennent.

Puis, découvrir les mesures à prendre n’est qu'un premier pas; il faut ensuite les faire adopter. Leur sort dépend'des dispositions d’un Parlement. Les législateurs sont des hommes, de simples hommes. Si l'intérêt personnel était l'unique mobile des actions humaines, il serait absurde et contradictoire d'attendre des lois inspirées par la considération du bien public, puisqu'elles ne pourraient jamais avoir d'autre objet que l'avantage particulier des législateurs eux-même. Exempla sunt odiosa.

En fait, étant données la complexité des mobiles qui nous déterminent et la: force respective de chacun d’eux, dont nous instruit l’expérience journalière, 1l y a lieu de penser que

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les législateurs, dont la justice est l'idéal, se prononceront suivant leur conception de la justice partout où leur propre intérêt ne sera que faiblement engagé, mais non qu'ils se mettront régulièrement au-dessus de leur intérêt. La législation changera donc de caractère avec le personnel du corps législatif, et pour que les réclamations de ceux qui souffrent y soient entendues, il leur importe d’y compter des représentants. Nous trouvons ici le lien qui unit la question politique à la question sociale et l’explication du vif intérêt que portent aux élections politiques des classes naturellement absorbées dans la préoccupation de leur condition matérielle. Sous le régime du suffrage universel, il est impossible que le législateur n’ait pas souci des classes pauvres, pour peu qu’elles soient nombreuses, soit qu’il sorte de leurs rangs lui-même, ce qui n’a lieu jusqu’ici que dans une proportion insignifiante, soit qu'il tienne simplement à leur suffrage, afin de conserver les honneurs et les avantages attachés à son mandat. Il importe hautement que la considération de la justice prédomine

dans les Conseils, il importe hautement de choisir des députés animés de cet esprit. Il faudra donc persuader de son mieux aux électeurs de donner leurs suffrages aux candidats

les plus recommandables par leur caractère ;

il faudra même, si l’occasion s’en présente ou

s'il est possible de la faire naître, travailler à la

moralisation, à la conversion des députés ; mais il est difficile d'indiquer avec précision la marche à suivre pour arriver à ce résultat, sur lequel il serait peut-être téméraire de faire un grand fond. En revanche, si l’on renonce par principe ou par des considérations d'opportunité à résoudre la question sociale dans la forme autoritaire, si l’on entreprend de guérir le mal ou

de latténuer par des arrangements de gré à

gré, le rôle des influences morales et de l’activité morale s'annonce comme plus direct et plus considérable. Attachons-nous à le circonscrire.

Dans cette seconde hypothèse, c’est toujours

à la science économique qu’il appartient de

nous apprendre quelle combinaison à la rigueur acceptable par les détenteurs actuels

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de la richesse pourrait améliorer suffisamment ; la condition du travailleur sans propriété, tout” en assurant l'indispensable à tous, c’est-à-diré en activant la production, l'équilibre actuel des mobiles, ou, pour lexprimer d’un mot plus bref, le cœur humain restant tel qu'on l’a connu jusqu'ici. Cependant il est impossible, avons-nous dit, d'imaginer un changement sérieux dans la condition d’un si grand nombre qui n’imposât à personne quelque sacrifice au moins apparent. Il n’en est aucun dès lors pour là réalisation duquel les influences morales et par conséquent religieuses ne fussent pas appelées à s'exercer. Comment et sur qui s’exerceront-elles et que peut-on en espérer ? telle est proprement la question. | La loi morale et la religion demandent que les rapports économiques soient ordonnés dans l'esprit de la charité, pour assurer la santé, le: bien-être, le développement intellectuel et moral du grand nombre. En vue d’un tel résultat, y a-t-il des sacrifices à réclamer, des classes qui souffrent? — À peine! Que leur reste-t-il à sacrifier ! Ce qui importe de leur

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‘ part, et ce qu’il faut leur demander, c’est de

ne pas se laisser égarer par les meneurs qui

les exploitent et qui se hissent sur leurs épau-

les ; c’est de subordonner le plaisir de la ven-

geance à la considération de leur bien positif;

c'est encore, avouons-le, de subordonner quelques Jouissances passagères à l’amélioration permanente de leur condition, peut-être même de faire crédit à l’heure présente pour gagner l’avenir à leurs enfants, sacrifice assuré-

ment, mais sacrifice inspiré par un instinct

assez puissant, sacrifice adouci par une assez belle espérance pour laisser quelque chance de l’obtenir s’il devenait indispensable, comme on le craint, En somme, de ce côté un chansement radical de la volonté n’est pas nécessaire. Ce qui est indispensable aux ouvriers pour conquérir l’amélioration de leur sort par de nouvelles formes de contrat non moins que par des mesures législatives, c’est de s’accorder entre eux sur le but à poursuivre, c'est d’apercevoir leur propre intérêt; le travail in- | térieur dont ils ont besoin pour améliorer leur

position matérielle est essentiellement intel-.

dectuel. Leur premier besoin serait de comprendre les vérités élémentaires de l'économie politique, qu’ils méconnaissent absolument, - ainsi que les journaux les mieux intentionnés qui leur servent d'organes nous en fournis-' sent chaque jour de nouvelles preuves. Mais comment les ouvriers apprendront-ils ces vérités ? Qui les en instruira ?

Cette question nous amène aux devoirs des privilégiés, ainsi qu’à l’action morale qui devrait s'exercer sur les privilégiés pour faire aboutir une réforme pacifique, prévenir les convulsions et détourner la ruine. Ce qui rend les socialistes impuissants à rien fonder, bien qu’ils puissent se réunir un jour pour tout détruire, ce sont leurs divisions. Ce qui cause leurs divisions, ce qui les rend incapables d'améliorer leur sort, c’est leur ignorance. Ce qui les maintient dans cette ignorance, c’est l’incurable défiance dans laquelle ils tiennent ceux qui ont eu le loisir de s’instruire. Comment donc surmonter cette défiance ? Je ne vois d'autre moyen d’y réussir que des bien- | faits positifs, attestant un bon vouloir invinci-

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© ble. Les seuls professeurs dont ils puissent 4 accepter une leçon qui ne flatte pas tous leurs 4 préjugés, les seuls auxquels ils accorderont __ l’aumône de quelque effort d'intelligence, sont | des hommes dont le dévouement leur serait | attesté par la teneur de toute leur vie. C'est

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donc un devoir pour ceux qui croient savoir de prouver au peuple qu’ils l’aiment, un de- . voir de se mêler à lui pour le comprendre

et pour en être compris. Et c’est un devoir

pour ceux qui ont déjà donné leur vie au bien du peuple de sonder les problèmes éco- | nomiques avec le zèle et la froide impartialité L. des vrais savants, afin de pouvoir instruire : + peuple en collahorant avec lui. Il faut que la charité se fasse lumière pour montrer aux foules le chemin qui monte à la liberté, et pour les détourner de ceux qui conduisent à 4 . la misère et à l'esclavage.

EE . Mais il est difficile, encore une fois, de com-. prendre une réforme sérieuse qui n’impose- E. rait à la classe riche en général aucun sacri- % fice matériel. L'esprit de sacrifice se trouve ne déjà chez elle en quelque mesure, plus ou

moins suivant les pays. Chacun y donne quelque chose de son superflu : ceux qui n’y sont pas portés naturellement le font néanmoins par imitation, par convenance, par pudeur. Plusieurs donnent beaucoup ; peut-être faudrait-il donner davantage, mais là n’est pas le point essentiel. Ce qui importerait, c’est que le ministère de la charité fût exercé d’une manière intelligente, et par conséquent que les donateurs s’entendissent et fissent converser leurs efforts vers le seul but qui en soit vraiment digne. Sortir de leur condition précaire les travailleurs destitués, les mettre en position d’épargner et de gagner l’indépendance, voilà ce but ; tandis qu’on nourrit le paupérisme en soulageant simplement des misères individuelles et qu'on maintient l’ouvrier avec complaisance dans la position précaire d’où le paupérisme résulte infailliblement. Ici encore, le grand point serait de comprendre. Quelques-uns ne se bornent pas à donner leur superflu, le bien de leurs semblables est le but de toute leur vie, et leur vie n'est qu'un labeur. Ce ne sont que des indi-

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vidualités isolées, mais leur influence, qui va

quelquefois jusqu’à transformer leur milieu le

plus rapproché, reste encore très appréciable sur l’ensemble de la société. Si les efforts de ces généreux se concentraient sur le même objet, sur le grand objet que nous signalons, si leur nombre augmentait dans une mesure appréciable — et ce nombre augmenterait certainement par l'espoir d’un grand résultat — un tel déplacement dans l’équilibre des forces serait d'un effet décisif. Les institutions ne sont autre chose que des machines, des assemblages de leviers et de poulies qui, suivant les besoins, changent la force en vitesse, ou plus souvent la vitesse en force, et permettent ainsi à une force modique de surmonter les plus grandes résistances, et de dépla-

cer les poids les plus lourds ; mais il est

toujours besoin d’une force motrice étrangère au mécanisme pour lui imprimer le mouve-

ment. La force motrice des machines écono-

miques et politiques, et finalement de toutes les machines, c’est en dernier ressort la vo-

lonté de l’homme, ou pour remonter plus

haut encore, ce sont les mobiles qui déterminent cette volonté, calcul d'intérêt, passion,

devoir, il n'importe. Que le devoir fasse

tomber l’eau sur la roue, et le moulin moudra de bonne farine. &

Prenons un exemple : La participation des ouvriers aux bénéfices de l’entreprise qui les occupe ne me semble pas fournir une complète solution de la question sociale, mais ce serait un commencement de solution, un

acheminement à la solution, laquelle con-

siste à mettre l’ouvrier en possession de son

outil en lui apprenant [a manière de s’en

servir. La répartition des profits, quand il y en à, procure à l’ouvrier des ressources sur lesquelles il ne pouvait pas compter pour subvenir à sa dépense journalière, et lui facihite

ainsi, pour peu qu'il soit raisonnable, une

épargne qui finira par l’affranchir. Mieux encore : lorsque le plan de la participation a été conçu dans l'intérêt véritable de l’ouvrier,

l'épargne se fait d'elle-même. La participation

substitue l'harmonie à l’antagonisme dans les rapports entre l’ouvrier et le patron. Quel-

diverses causes, dont les principales sont | d'ordre moral, ce régime reste à l’état d’ex- ception, d’infime exception. Si les établisse-

ments de ce type devenaient un peu plus nombreux, assez nombreux pour qu'un ou-

4 vrier de mérite eût quelque chance d’y trou- 4 ver accès, les travailleurs intelligents, instruits 4 par l'exemple de leurs camarades ne vou- 4 draient plus accepter d’autres conditions. È L'intérêt des patrons à s’y ranger, qui parait __ douteux aujourd’hui, deviendrait certain, puis-

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