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revanche, l’organisation du travail et celle de la propriété ont déjà changé plusieurs fois au
- cours de l’histoire, par l'effet d’autres causes
qu'une transformation du cœur humain. Le christianisme lui-même à métamorphosé la société, il a renouvelé les pouvoirs, les institutions, les lois, les arts, la pensée ; mais quant
aux dispositions morales, aux mobiles profonds
de la conduite, son pouvoir ne s’est jamais manifesté que dans une minorité numériquement insignifiante pendant les siècles mêmes “où la vérité de ses récits et de ses doctrines paraissait incontestée et où tous les actes de la vie publique et privée portaient extérieurement son empreinte. Ainsi, compter sur son influence pour amener une révolution morale universelle au moment où les classes instruites et les foules même en abandonnent la pro-
fession ne peut pas être une opinion bien sé-
rieuse. Mais le petit nombre de ceux que l’enseignement du christianisme avait pénétrés, que l’exemple de Jésus-Christ avait embrasés, c’est lui pourtant, c’est ce groupeinsignifiant d’apôtres, de saintes femmes et de
martyrs qui a donné le branle au mouvement dont le monde moderne est sorti. Celui-ci diffère de l'antiquité presque en toutes choses, sauf ce qui concerne les mobiles internes de l’activité générale. Mais c’est le changement de ces mobilés accompli dans un petit nombre qui à fait crouler le monde antique et surgir celui dont nous constatons aujourd’hui la décrépitude. Voilà ce qu’on pourrait opposer à la fin de non recevoir de certains chrétiens.
Autre chose est de reconnaître à la volonté
l'espoir d’une réforme économique dans l’ironique espoir d’une révolution morale universelle. Ce qui est certain, c’est que le malaise existe, général, aigu. La défiance est partout, la haine est partout, la révolution s'organise, elle éclate, les répressions les plus sanglantes n'ont fait qu'envenimer la situation, le mal s’accroit, la question est posée, il n’est pas en notre pouvoir de l’enterrer.
La réforme sociale et la réforme morale ne Sauraient donc se confondre; mais elles soutiennent entre elles un rapport étroit. En nous plaçant au point de vue absolu nous devons envisager la réforme morale comme le but, et LÀ a nul changement des institutions et des rapports économiques ne mérite notre approbation s’il n'offre un moyen calculable de nous rapprocher de ce but, parce que le bien moral est le bien en soi, qui ne saurait être mis en balance avec aucun autre, le but universel et définitif.
Au point de vue tout relatif des intérêts éCo-
Res RS nomiques, une réforme morale se présente, en revanche, comme un moyen, non suffisant, mais indispensable p pour ‘ amener la réforme sociale. Dès lors cette réforme morale n’a pas besoin d’être absolue, la réclamer n’est plus une défaite, et l’espérer n’est plus attendre un miracle. Il n’est pas indispensable qu’elle soit universelle, ni même qu'elle se réalise dans
un très grand nombre de personnes. Il n’est pas besoin non plus qu’elle opère un changement radical dans le caractère de celles qu’elle atteindrait. Sous le rapport de l'intimité, de l'intensité, comme sous le rapport de létendue, elle peut être imparfaite et bornée; elle n’est pas chargée de tout faire, on ne lui demande qu’un appoint limité, mais nécessaire, pour compléter l’ensemble des forces qui doivent concourir au Co économique.
L'économie politique trouve dans la psycho-
RES tal
logie sa racine et son fondement. La valeur, sa catégorie maitresse, est une catégorie pSychologique. La valeur d’un objet pour moi, sa valeur vraie, est l'importance que jy attache, l'intensité du désir avec lequel j’en poursuis l’acquisition ou de l'énergie avec laquelle j'en défends la possession ; sa valeur commer- ciale est le rapport entre l'intensité du désir qui porte les uns à l’acquérir et les autres à le conserver, comparée à l'intensité du désir qui porte les premiers à conserver et les derniers à acquérir telle autre chose, qui sera le
À pie souvent de diese moyen d'obtenir tout
“sle reste.
he ares
L'économie politique étudie donc, comme science, les effets que produit dans le monde des affaires le jeu d’ un seul mobile d'action, l'intérêt matériel. Nous l'avons appelée la philosophie du commerce pour noter la sphère
ne pad ere
qu’elle régit; on pourrait également la désigner, en raison du principe dont elle procède, comme la science de l'intérêt. Si l’intérêt per-
sonnel était le mobile exclusif des actions
humaïnes, ainsi que le croyaient Helvétius, Bentham et Paley, si du moins il était le seul mobile normal de notre conduite, les conclusions de l’économie politique pourraient servir de règle au législateur comme aux par-
ticuliers, sans compléments, correctifs ni tem-
péraments d'aucune sorte ; mais de fait il n’en est point. ainsi: l'intérêt personnel, plus ou moins bien saisi par l'intelligence, plus ou moins obscurei par la passion, semble bien
être le mobile le plus constant et le plus fort
des actions humaines, maïs ce mobile n’agit pas seul, et notre conduite effective est une
résultante de plusieurs mobiles, soit constants, soit intermittents, dont la force relative diffère d'individu à individu, comme elle varie suivant les moments chez le même individu. Et les mobiles ne se distinguent pas seulement par le degré de leur puissance; nous portons des jugements sur leur mérite et sur leur dignité.
Quelle que soit la source première de la conscience morale et le procédé de sa formation, quelle que soit lPautorité réelle de ses prescriptions et quelle que soit leur diversité suivant les lieux, les temps et les personnes, la conscience morale existe, elle se manifeste chez un grand nombre d'hommes, sinon chez tous ; elle leur suggère ou leur ordonne des actes souvent contraires à leur intérêt, au sens du moins où nous avons pris jusqu'ici le mot intérêt, et l’on ne saurait prétendre sans parti pris qu'elle ne se fasse jamais obéir. Indépendamment de ce contraste entre l'intérêt et le devoir, les affections de famille, l'amitié, la bienveillance, la compassion, la sympathie, le besoin de sympathie et d'approbation, la vanité, la fierté, le ressentiment, la haine,
l’ennui, le goût du péril et des aventures jouent un rôle dans notre vie, et ne nous per- mettent pas toujours de suivre la ligne qu’indiquerait le calcul économique, Négligeant les motifs accessoires, nous pouvons ranger les plus importants sous deux chefs, qui se laissent aisément ramener aux lois constitutives de l’univers. Si les corps célestes se meuvent dans l’espace à des distances mesurées, avec des vitesses calculables, c’est que la gravité, qui tend à les jeter les uns sur les autres pour ne former qu’une seule masse, n’agit pas seule et ne peut, en réalité, que modérer et transformer l'effet de l’impulsion mystérieuse qui les porterait à s'éloigner suivant une ligne droite d’un point de départ inconnu. Les corps organisés nous présentent comme les corps célestes l'opposition d’une force centripète et d’une force centrifuge : tous les mouvements musculaires se ramènent à la contracton et à l’expansion. Il n’en est pas autrement des tendances : à l'instinct permanent de la conservation personnelle s’oppose l’ins-
tinct plus ou moins intermittent qui présse
l'individu de s’immoler lui-même pour la conservation de l'espèce. Au bas de la série des êtres, au début de l’évolution naturelle, l’individu ne se reproduit qu’en se divisant, c’està-dire en se détruisant, et jusqu’au plus haut degré de l’échelle, la génération n’a pas lieu sans mutilation ; il faut sacrifier une partie de soi-même à la production d’un être nouveau.
Cet instinct est le symbole, sinon le germe, de l'impulsion qui nous porte à travailler au bien d'autrui, le principe naturel du dévouement, qu’il contredit si souvent dans la vie réelle, la prédominance de la vie inférieure en cette forme ultime empêchant le principe de la vie supérieure d’apparaitre et d’agir. Et pourtant ce n’est pas une pure ironie qui a fait donner le même nom à ces deux amours, si souvent ennemis. L'un exprime la nécessité, l'autre manifeste la liberté, mais l'amour sexuel et la charité se ressemblent en ceci qu'ils supposent et qu’ils accusent, chacun dans son ordre, le complet développement de l'individu. — La bienveillance est un mobile qui nous porte à quelques actes de dévoue-
ment et qui devient même en réalité chez quelques-uns le ressort principal de toute la vie. Très puissant sur un très petit nombre, il semble étranger au plus grand, et pourtant j'ai peine à croire qu’il soit jamais tout à fait absent chez personne. L'intérêt personnel de chacun de nous le porte à souhaiter que les penchants désintéressés et l'autorité de la conscience morale prévalent parmi ses voisins. Cette manière d’agir s'appelle vertu, et sauf des exceptions qu’on peut encore tenir pour négligeables, chacun rend publiquement hommage à la vertu, même lorsqu'il n’y croit pas, ou qu'il la tient par devers lui pour niaiserie. C’est ainsi que l’honneur, aussi longtemps qu’il n’est pas trop faussé, vient fortifier les mobiles désintéressés par la considération de notre intérêt. En fait il arrive bien quelquefois que ces mobiles déterminent notre conduite et nous inspirent des sacrifices. Le mouvement de la société ne suit donc ni dans la sphère économique, ni dans aucune autre la ligne invariable de l'intérêt propre, sa marche effective résulte du concours de tous nos