NOTION CHRÉTIENNE DE LA SOCIÉTÉ
SA RESTAURATION PRATIQUE DANS LA FAMILLE, LE TRAVAIL LA PROPRIÉTÉ ET LA LOI
Messieurs,
Dans ce rapport, qui sera très succinct, on tâchera de se conformer strictement à l'ordre et à l'esprit du programme, qui attire notre attention d'abord sur la notion chrétienne de la société, ensuite sur sa restauration pratique dans la famille, le travail, la. propriété et la loi (1).
165. Notion chrétienne de la société. — Cette notion n'a été que trop obscurcie par un enseignement sans foi et un gouvernement sans Dieu. Il
(1) Congrès social (27-28 nov.) — Présidence d'honneur de M. l'abbé Lem ire. — Présidence de M. Léon Harmel... L'Organisation : I. Moyens pratiques Discussion sur les movens pratiques de réforme sociale <-t les procédés propres a hâter leur accomplissement : 1° Moyens moraux : Notion chrétienne de la société : sa restauration pratique dans la famille, le travail, la propriété et la loi. (Extrait du programme).
importe donc de la rappeler. Elle est si juste et si belle qu'elle s'impose d'elle-même à qui veut bien la considérer.
Dans l'Evangile, la société n'est que l'expansion de la grande famille humaine, où tous les hommes sont frères. Elle se compose donc de familles déjà constituées, organismes vivants et élémentaires, et non pas d'une poussière d'individualités égoïstes. Un faux libéralisme a regardé la société comme formée par un libre contrat entre les individus. Mais c'est la confondre avec les associations d'industrie et de commerce. Au contraire, la société est nécessaire, naturelle, primordiale, d'origine divine ; ses liens essentiels sont ceux mêmes de la loi naturelle, du Décalogue, antérieur à toutes les législations, qui n'en sont ou n'en doivent être que l'explication ou le développement rationnel et intégral.
La société n'est donc pas une simple association d'intérêts, encore moins de convoitises; elle n'assemble pas des hommes qui doivent lutter les uns contre les autres pour V existence. Cette théorie darwinienne et matérialiste, adoptée par les chefs du socialisme (les Français aussi bien que les Allemands), est abominable : elle conduit tout droit à la justification de la ploutocratie, de la juiverie, de la franc-maçonnerie, de toutes les coteries et minorités ambitieuses et tyranniques. Mais la société doit être une harmonie, un concert ; elle est un corps vivant, dont les membres sont solidaires : nous sommes tous chargés les uns des autres, et nous devons trouver dans notre rapprochement naturel des avantages communs.
Le but de la société n'est donc pas le triomphe des plu3 forts ou des plus habiles, des mieux doués dans
la lutte pour l'existence ; mais c'est plutôt la sécurité et la liberté de tous, le bonheur des familles, des plus humbles et des plus honnêtes en particulier ; c'est, en un mot la prospérité publique, avec Tordre et lapaix, le progrès des connaissances et le développement de la civilisation que cette prospérité comporte.
V esprit de la société c'est donc, sans doute, le droit qui règle les rapports extérieurs des hommes entre eux et avec'les richesses ; mais c'est mieux encore la morale sociale sans laquelle le droit lui-même n'est que la volonté arbitraire du législateur ; l'esprit de la société, c'est par-dessus tout la justice et la charité.
A la lumière de ces principes, on peut entrevoir les réformes sociales nécessaires ou opportunes, celles qui sont dans les aspirations démocratiques, et s'accordent parfaitement avec l'esprit chrétien. Les premières regardent la famille.
166. La famille. — Les familles, surtout les plus honnêtes et les plus nombreuses, sont la force, l'honneur et l'avenir de la société. Il faut donc que la société s'appuie sur elles plutôt que sur les individus isolés, et que la liberté de ceux-ci à plus forte raison leur caprice), soit toujours subordonnée à la conservation et à la prospérité des familles. Dès lors, il n'y a pas de raison qui excuse le divorce. Le mariage doit être indissoluble. De l'aveu même de sociologues incrédules, c'est revenir à la barbarie que de porter atteinte à L'unité et a l'indissolubilité du mariage.
Il convient ensuite de reconnaître, et même d'étendre, tous les droits paternels indiqués parla nature : droit sur l'éducation des enfants, droitde-tester, droit de représenter devant lasociété la famille tout entière et par conséquent le vote plural, etc.. Et parce que la
famille est instable et sans lendemain, si elle n'a un foyer ', il convient de lui en assurer la possession. L'acquisition d'un petit patrimoine doit donc être encouragée et facilitée par tous les moyens possibles ; et, une fois acquis, ce patrimoine minimum devra être inaliénable. Il convient que toute famille française possède une parcelle de la fortune publique et du sol national, qu'elle doit défendre au prix du sang de ses enfants. Qui dit patrie dit la terre des pères. Cette petite propriété moralise. Il n'est pas raisonnable que la loi permette à un père de détruire son foyer, qui est le bien de toute la famille. Ce n'est pas aspirer à une égalité chimérique que de désirer que les six ou huit millions de familles qui composent la France, possèdent à titre de patrimoine inaliénable, le quart tout au plus du sol français ou des autres valeurs immobilières. J'ajouterai que ce petit patrimoine représentant le strict nécessaire et non pas le superflu, devrait être soustrait à tous frais de succession et à tout impôt. Les communes pourraient contribuer à la création de ces petits héritages qui, dans le cas d'extinction de la famille, lui reviendraient alors légitimement.
Nous adhérons ici aux vues des Terrianistes. C'est en s'attachant de nouveau et fortement au sol, que la race française retrouvera ses vertus natives et son antique vigueur. Les réformes suivantes concernent le travail.
167. Le travail. — Le travail comprend tout exercice plus ou moins laborieux de l'activité humaine qui peut être utile à la société, dans l'ordre matériel ou dans l'ordre moral. Le travail dont nous parlons est un acte humain, et il tombe comme tel sous les lois
de la morale. On ne peut donc l'assimiler au travail des machines. De plus, comme il a pour but de satisfaire aux besoins de l'homme^et de lui permettre d'accomplir tous ses devoirs, on ne peut l'abandonner aux caprices de V offre et de la demande.
Pour toutes ces causes, il faut protéger le travail et le réglementer dans une certaine mesure : il faut interdire autant que possible le travail le dimanche* interdire aussi le travail de nuit à certains âges et dans certaines conditions, etc. Nous renvoyons pour les détails aux meilleurs projets de nos sociologues et législateurs chrétiens.
Nous sommes favorable en principe à une réglementation internationale du travail, qui atténuerait tout au moins les effets les plus redoutables de la concurrence internationale.
Il faudrait réglementer avec soin ou même interdire absolument certaines industries nuisibles à la santé. La conduite du gouvernement, lors de la grève des allumettiers, a été inhumaine. Pas une vie d'homme ne devrait être sacrifiée à une industrie, à une mode, à un article^commercial de pure fantaisie.
Au sujet du salaire, en attendant que les corporations déterminent un minimum pour chaque profession, il laut que, dans toutes les adjudications publiques, ce minimum soit imposé aux entrepreneurs, en faveur de leurs ouvriers, par le cahier des charges.
Nous n'insisterons pas sur le salaire appelé plus ou moins heureusement familial. Disons cependant qu'il nous paraît dû comme l'autre et en vertu des mêmes principes, si bien affirmés dans l'Encyclique, toutes les fois que les bénéfices de l'industrie le permettent. Au reste, il nous semble que le salaire ordi-
naire est sensiblement le même que le salaire familial. Quant aux familles exceptionnellement nombreuses, elles pourraient recevoir un salaire supplémentaire, fourni par une caisse spéciale, comme cela se pratique au Val-des-Bois.
Il faudrait songer aussi à diminuer l'écart énorme qui existe entre les salaires ou les honoraires des diverses professions. Il est injuste et immoral au premier chef qu'une couturière gagne à peine un franc par jour en fournissant douze heures de travail, alors qu'une actrice gagne mille fois plus dans une soirée de plaisir. Sans doute, il faut réformer les mœurs. Mais le remède est aussi dans l'organisation du travail et dans les lois, qui font, à leur tour, les bonnes ou les mauvaises mœurs. Pas de subventions aux théâtres ! L'art véritable, non plus que la morale, ne gagne rien à cette profusion. Le jour ou des corporations professionnelles se partageraient à peu près toute la population industrielle, un juste équilibre, une équitable proportion s'établirait entre les divers salaires. Tous les travaux sont égaux en tant qu'ils sont humains; et, dans une société bien ordonnée et assez prospère, ils devraient apporter le nécessaire à ceux qui les exercent convenablement. D'ailleurs, dès que le salaire récompense des services d'un ordre plus élevé, il prend le nom d'honoraire : cest-à-dire qu'il doit correspondre moins aux services rendus, qui peuvent être inappréciables, qu'au labeur dépensé et au rang social que doit tenir celui qui est capable ou digne de rendre ces sortes de services.
En nous plaçant maintenant au point de vue moral, sinon au point de vue de la justice, nous réprouverons encore, d'une manière générale, les émissions, aujour-
d'hui si fréquentes, des valeurs à lofs, toutes les loteries et tous les paria où de fortes sommes sont engagées ; nous blâmerions même toute* tas gratifications et tous les pourboires, s'ils ne sont pas la récompense de l'honnêteté, s'ils diminuent le juste salaire pour en faire dépendre une part du bon plaisir plutôt que de la justice. Toutes ces bonnes aubaines qui viennent des caprices du sort ou des caprices des personnes restreignent, en définitive, les rétributions légitimes. Celles-ci honorent et moralisent; celles-là, au contraire, dégoûtent des labeurs bienfaisants, abaissent le caractère, ouvrent l'âme au servi lisme et à la vénalité. Nous voudrions que le travail honnête fût mieux apprécié, plus honoré et mieux récompensé. Nous voudrions, si c'était possible, qu'il fût la seule source de la richesse. La nation où il en serait ainsi, serait la plus heureuse et la maîtresse du monde.
Nous ne sortons pas de cet ordre d'idées, en nous déclarant en principe pour la participation attœ bénéfices. Le jour où les travailleurs seraient associés à l'industrie qu'ils exercent, ils seraient rétribués d'une manière plus équitable, sans compter que le capital et le travail ne risqueraient plus d'entrer en conflit. Ce n'est point as^ez encore. Il faut tendre à substitue!* graduellement le régime tfassociati
\pèration (régime éminemment juste, paiernel et chrétien au régime du salariat, juste lui aussi et souvent indispensable, niais imparfait. Le jour où les employés i u les ouvriers d'un chemin de (ew d'une manufacture, d'une imprimerie, d'une usine, etc.. arriveraient à posséder justement une portion convenable du capital qu'ils l'ont valoir, la paix sociale serait assurée; les familles ouvrières seraient stables
comme les familles agricoles, les unes fixées au sol et les autres à l'atelier. Et si l'on considère qu'elles jouiraient, en outre, des biens communaux et des biens corporatifs, de secours exceptionnels dus par la coopération, en cas d'accident ou de maladie, on peut promettre au peuple de beaux jours de fête, après des jours d'honnête et gai labeur, dans la cité chrétienne de l'avenir.
Mais je m'aperçois que j'empiète sur la partie suivante, la propriété. C'était naturel, car la propriété est le fruit du travail.
168. La propriété. — Les régimes de 'propriété les plus divers peuvent être justes, selon leur temps. Mais nous devons tendre au régime le plus rationnel, le plus équitable par conséquent, le plus conforme à l'état de civilisation chrétienne où nous sommes parvenus.
Pour cela, ne perdons jamais de vue X origine et le but de la propriété. Elle s'acquiert par le travail, et permet à l'homme de remplir ses devoirs et sa destinée. Elle est d'autant plus respectable que sa source est plus honnête et qu'elle sert à des fins plus nécessaires et meilleures. C'est pourquoi l'épargne du peuple, le patrimoine des familles, le salaire minimum du travailleur, les biens des hospices, des orphelinats, des congrégations charitables sont sacrés entre tous ; et un Etat se déshonore, il mérite les malédictions écrasantes des pauvres et de Dieu, s'il s'empare de ces biens par violence, ou s'il les détruit par des mesures fiscales qui ajoutent au vol Y hypocrisie!...
Flétrissons aussi en passant la destruction monstrueuse et légale des petits héritages, les rapines
publiques dont sont victimes, tous les ans, des milliers de veuves et d'orphelins !
Mais, si la vraie propriété doit être mieux protégée par les lois, il n'en est pas de même des Mens mal acquis. Sans rentrer ici dans la question juive, nous demandons que les fraudes publiques soient réprimées, et de la manière qui seule est efficace. Il ne s'agit pas de frapper les coupables dans leur personne et dans leur liberté : il suffît, mais c'est indispensable, de les frapper dans leurs Mens.
Nous demandons le rétablissement de la peine de la confiscation contre certains crimes sociaux. Il est intolérable qu'un traître qui a vendu son pays conserve sa fortune, avec le prix de sa trahison. Il est absurde de condamner à des amendes insignifiantes et à la prison, qu'il est trop facile d'éviter, le spéculateur malhonnête et cent fois millionnaire qui a ravi les épargnes du peuple.
Notre société meurt du règne de Vor et du respect superstitieux de ses injustes détenteurs. Cette idolâtrie est l'un des caractères du siècle. Jamais on ne vit la fiance s'inféoder ainsi le pouvoir. Toujours le pouvoir était resté distinct de la fortune, qu'il ramenait de gré ou de force à son légitime rôle. Chose à remarquer : les mêmes hommes qui, au siècle dernier, ont confisqué les biens des corporations, de l'Eglise et des pauvres, ont aboli la peine de la confiscation, la seule qui soit parfaitement juste en l'espèce, et puisse nous affranchir de la [doutocratie. C'est sur les ruines de celle-ci qu'il faudra rétablir les propriétés collectives et reconstituer les biens des communes, des corporations, etc.
Enfin, nous nous déclarons tavorable en principe
à Vimpôt progressif, bien que le gouvernement actuel paraisse incapable de l'établir avec justice, et de l'appliquer avec sincérité. Mais cette mesure, comme tant d'autres, peut devenir opportune avec un gouvernement chrétien.
169. La loi. — Les réformes sociales ne peuvent donc s'accomplir qu'avec le concours du pouvoir et par de bonnes lois. Or, les lois sont des actes de violence, si elles sont contraires au droit naturel; et elles ne sont bonnes qu'autant qu'elles sont des lois de progrès, de plus en plus conformes au droit naturel et à l'esprit chrétien.
On voit dès lors ce qu'il faut penser de notre législation en ce qui concerne la famille, la liberté d'association, la liberté d'enseignement, les frais de justice, etc. Plusieurs de nos lois sont nulles en conscience, et beaucoup sont mauvaises !.. .
Le défaut général de notre législation, c'est d'être privée de l'esprit chrétien. Tout imprégnée de rationalisme et d'un libéralisme menteur, elle méconnaît les droits de la conscience, ceux des familles et des autres groupes naturels.
De grandes réformes sont donc nécessaires. J'ajoute qu'elles sont possibles et qu'elles seraient immédiatement salutaires. La France est assez riche et assez favorisée de Dieu pour que la plupart de ses enfants vivent dans l'abondance, celle qui suffit aux hommes vertueux, et pour que nul ne manque jamais du nécessaire . Si cent mille Français meurent de privations et de faim tous les ans, malgré les prodiges de la charité et les ressources considérables de l'Assistance publique; si nos hôpitaux sont toujours trop rares ou trop étroits, bien que dans la seule ville de Lyon on y
compte jusqu'à sept mille lits, c'est que nous sommes mal organisés.
La concentration de la population dans les villes, l'arrêt de la natalité, qui nous menace et nous déshonore, la désorganisation de la famille, l'augmentation effrayante des crimes, surtout chez les enfants, le caractère particulièrement onéreux et les effets désastreux du régime militaire qui est imposé par la nécessité de la défense nationale : tous ces problèmes sociaux qu'il paraît difficile et peut-être impossible de résoudre, doivent cependant trouver leur solution. Or, ils la trouveront dans l'esprit chrétien, sans doute, mais aussi dans de bonnes lois, qui feront passer cet esprit, du domaine des consciences individuelles dans l'ordre politique et social.
Mais ces lois de salut public, il faut les demander, encore une fois, à des législateurs chrétiens, énergiques et éclairés. Que des hommes nouveaux se lèvent donc, comme nos amis l'abbé Lemire et le vicomte d'Hugues! Qu'ils aillent au peuple avec leur programme populaire fie la démocratie chrétienne, leur idéal de justice et de fraternité en Jésus-Christ ! Ils obtiendront la confiance du corps électoral. Et si le pouvoir leur est confié par le peuple et par Dieu, ils sauront l'exercer pour la gloire de Dieu et le bonheur du peuple J
ABRÉGÉE Dli MOUVEMENT SOCIAL ET ÉCONOMIQUE
Depuis l'Encyclique RERUM XOVARUM (15 mai 1891).
Dans cette revue rapide, nous suivrons ou à peu près Tordre chronologique, nous bornant à dater quelques actes importants et à fixer les principaux souvenirs .
Avant l'Encyclique Rerum novarum, qui marque une ère nouvelle dans le mouvement social, rappelons seulement : le Congrès de Liège (sept. 1890), -auquel succéda le Congrès des jurisconsultes catholiques à Angers (oct. 1890), sous la présidence de Mgr Freppel; le toast fameux du cardinal Lavigerie à l'escadre de la Méditerranée (12 nov. 1890).
170. Année 1891. — Le 15 mai, publication de l'Encyclique. Parmi les catholiques, plusieurs n'en voient pas d'abord l'immense portée. Le Mon de l'Empire allemand la reproduit en grande partie. Le gouvernement espagnol déclare au Parlement (juin-juillet) que, quand il aura à présenter des lois nouvelles, il ne s'écartera point des principes sociaux
et politiques enseignés dans l'Encyclique. Parmi les adhésions pleines d'admiration et de reconnaissance envoyées au Saint-Père par les universités, les évoques, les cercles d'études, les sociétés ouvrières, etc., on remarque celle des industriels et des commerçants réunis au nombre de trois mille dans la basilique de Montmartre, pour consacrer solennellement le commerce et l'industrie de France au Sacré Cœur de Jésus (28 juin 1891).
8-13 juin. — A Paris, assemblée générale des Cercles catholiques d'ouvriers, dont les doctrines ont été si hautement justifiées par l'Encyclique. Son Em. Mgr Rotelli, nonce de Sa Sainteté, a pu dire au Comité général de l'Œuvre des Cercles : « Non seulement vous avez correspondu à l'intention du souverain pontife, mais vous l'avez prévenue. » Discours de clôture prononcé à Montmartre (14 juin) par M. de Mun, qui constate que le droit d'association a été reconquis.
Le 21 juin, meeting populaire à Lyon (usine Satre). Discours de M. de Mun devant cinq mille ouvriers. Le résumé de l'Encyclique est affiché dans toute la ville ; cinquante mille exemplaires de l'Encyclique sont distribués dans le peuple.
La constitution d'un parti politique chrétien avant tout soulève des contradictions. Dans un article du journal le Soleil (13 juillet), il est parlé du gouvernement des curés et l'on distingue entre la religion et le cléricalisme : la France ne serait pas antireligieuse mais anticléricale. Le 19 juillet, M. d'Haussonville, chef du parti royaliste, prononce à Toulouse un discours qui rappelle quelques-unes des mêmes idées.
Juillet-août. — Vote de la loi sur le travail des
enfants et des femmes; elle interdit le travail de nuit des femmes, etc.
7- 13 septembre. — AMalines, Congrès présidé par M. Wœste. Les congressistes évitent les controverses.
Pèlerinage ouvrier français au Vatican dit Pèleri nage du travail ou des vingt mille (le Pèlerinage des dix mille a eu lieu en 1889). Les ouvriers sont présentés au Saint-Père par le cardinal Langénieux et MM. de Mun et Harmel. Dans une adresse éloquente, où il remercie solennellement Léon XIII de l'Encyclique, M. de Mun dit qu'elle a été accueillie par les catholiques avec « l'attentif recueillement de l'obéissance » ; les dissidents et les indifférents l'ont lue « dans la muette surprise de l'admiration » ; les impies lui ont • rendu l'hommage «de leurs inutiles colères » ; les souverains, menacés par l'invasion du socialisme d'Etat l'ont « reçue comme une parole de salut » ; les hommes d'Etat, « éperdus dans le tumulte des revendications populaires, l'ont méditée comme une leçon vainement sollicitée de la sagesse humaine ». Il termine en déclarant que le Pape de l'Encyclique a déjà reçu et gardera le « titre glorieux de Pape des ouvriers ». Réponse du Saint-Père (v. Documents, 177 . — Les pèlerinages français au Vatican sont interrompus par les troubles que suscitent les sectes lors du pèlerinage de la jeunesse catholique.
11-13 décembre. — A Romans, Assemblée des Etats libres du Dauphiné, présidée par M. de la Tourdu-Pin, avec le concours des évêques de Valence, de Grenoble et de Montpellier. — Le 20 déc, à Armentières, Assemblée des Sociétés ouvrières du Nord. Discours de M. de Mun sur la question sociale.
171. Année 1892. — Le 20 janvier paraît l'Exposé de la situation faite à l'Eglise de France et déclaration des Em. c'ard. Desprez, Langénieux, Place, Richard et Foulon. Le document est daté du 16 janvier. Les auteurs se placent sur le terrain religieux.
Le 16 février, Lettre encyclique de Léon XÏII à l'épiscopat et aux catholiques de France (v. Documents, 178). Le pape insiste sur la distinction de la législation si des pouvoirs constitués; il montre la nécessité pour les catholiques qui veulent, comme ils le doivent, défendre leur religion avant tout, de se placer sur le terrain constitutionnel.
Le 3 mai, lettre de Léon XIII aux cardinaux français, en réponse à leur adhésion et à celle de tout Tépiscopat français à son Encyclique. Il insiste de nouveau sur la nécessité d'accepter sans arrièrepensée, avec cette loyauté parfaite qui convient au chrétien, le pouvoir civil dans la forme où, de fait, il existe.
10-15 mai. -- 21e Session annuelle des catholiques de France. Dans le courant de la session, l'assemblée reçoit le télégramme suivant, signé du card. Rampolla : « Le Saint-Père a accueilli avec satisfaction les protestations d'absolu dévouement des catholiques français, étroitement unis pour la défense de la liberté religieuse, et, dans la ferme confiance qu'ils suivront à cet effet la conduite tracée dans ses dernières lettres pontificales, en se plaçant sur le terrain constitutionnel, il leur envoie, avec sa paternelle affection, la bénédiction apostolique ». En conséquence, le Comité de l'Union de la France chrétienne, fondée par le cardinal Richard et présidée par MM. Chesnelong et Keller, communique à ses