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mai. — 2e Congrès ouvrier de Reims

Juin. — Le 19 juin, lettre d'approbation de Léon XIII à Mgr Baunard, recteur de l'Université catholique de Lille, au sujet de la création d'une section des sciences sociales et politiques à la faculté

de droit. — Le 22 juin, lettre d'approbation du cardinal Rampolla, écrivant au nom du pape, au Congrès des Associations ouvrières catholiques suisses, tenu à Fribourg le 15 avril. L'un des vœux du Congrès concernait le salaire, qui doit être « suffisant pour que l'ouvrier puisse vivre en homme, c'est-à-dire dans des conditions normales de santé et de famille ».

A la Chambre, M. l'abbé Lemire dépose un projet de loi sur les « biens de Camille » ; il propose la création de biens de famille exempts d'impôts, incessibles» insaisissables, indivisibles. — Le 29 juin, est votée une loi sur les caisses de secours et de retraites des ouvriers mineurs en France. — Le 24 juin, le président Carnot a été assassiné par l'anarchiste Caserio.

A Anvers, divers Congrès, lors de l'Exposition universelle dans cette ville : Congrès des Habitations ouvrières ; Congrès de la législation douanière et de la réglementation du travail (15-21 juillet), tenu par les économistes libéraux de Belgique et de France ; des divisions y éclatent.

15- 16 juillet. — Congrès des patrons catholiques du Nord, à Mouveaux. M. Léon Harmel y prend une part active. A la suite du Congrès, des explications sont échangées entre lui et le P. Doyotte, secrétaire général du Congrès, puis un peu plus tard avec M. le chanoine Delassus, directeur de la Semaine de Cambrai. Ces discussions se renouvellent, en novembre, à l'Assemblée annuelle des catholiques du Nord, où plusieurs congressistes paraissent s'opposer à la restauration des corporations. (Voir plus bas l'acte du 2 avril 1895.)*

Août.— Le 12 août, à Charleville, Congrès ouvrier chrétien; création de l'Union démocratique des Ar-

dennes. — Le 18 août, s'ouvre à Lyon le 8e Congrès des sociétés coopératives. — Le 22 août, à Lyon, Congrès national des syndicats agricoles de France. — M. l'abbé Naudet, encouragé par le cardinal Rampolla, prend la direction du journal le Monde, qui, après une campagne malheureuse en faveur des congrégations payant la taxe d'abonnement, fusionnera avec r Univers, en 1896.

Le 29 août, à Cologne, 41e Assemblée annuelle des catholiques allemands.

Septembre. — Du 11 au 13 septembre, Congrès du Tiers-Ordre franciscain à Paray-le-Monial. Les congressistes s'occupent de la mission sociale du Tiers- Ordre; leurs travaux et leurs vœux sont bénis et approuvés par Léon XIII.

En Angleterre, à Norwich (2 sept.), 27e Congrès des Trades- Unions. Cédant à un mouvement socialiste, les congressistes demandent par 219 voix contre 61 « que l'on nationalise la terre, les mines et tous les moyens de production, d'échange et de distribution».

Au commencement de septembre, réunion des deux grandes Associations catholiques suisses : 1° la Fédération catholique romande, àChâtel-Saint-Denis, sous la présidence du baron de Montenach ; 2° la Fédération suisse catholique allemande, à Bâle.

Septembre-octobre. — A Nantes, deux Congrès socialistes : le premier, où Jules Guesde essaie de concilier le collectivisme avec la petite propriété agricole; le second, celui des syndicats ouvriers, où le collectivisme s'affirme franchement. Ce dernier vote la grève générale, qui avait été écartée par l'autre congrès, celui des politiciens du Parlement (Jaurès, Millerand, Guesde). A la suite du Congrès, les divi-

sions s'accentuent ; la Petite République, organe de V Union socialiste, et les parlementaires sont excommuniés par les Allemanistes et les révolutionnaires, qui forment le Parti ouvrier socialiste révolutionnaire, VUnion fédérative du Centre, etc.

A Paris, Congrès international des ouvriers et employés de chemin de fer. On écarte ou plutôt on ajourne une proposition tendant à l'affirmation du droit, pour les travailleurs, de revendiquer la propriété du réseau. Dans le meeting du 7 octobre, qui suit le Congrès, un orateur préconise la reprise révolutionnaire des chemins de fer par l'Etat ; un autre attaque l'idée de patrie : « Après avoir aboli l'idée religieuse qui les gênait, dit-il, les bourgeois présentent à notre adoration un morceau de chiffon (le drapeau). » — A Paris encore (1er oct.), Congrès international de sociologie. Succès remportés contre le crime en Angleterre, alors que la France voit son état moral empirer chaque jour. — Congrès de l' Alimentation française, représentant 201 chambres syndicales de Paris et de la province. Ses vœux sont inspirés par le libéralisme économique.

A Milan, au commencement d'octobre, Congrès des >idents du travail, dirigé surtout par les économistes de l'école libérale.

En Belgique, élections (14 et 21 oct.), dans lesquelles les libéraux sont défaits et les socialistes progressent. La majorité catholique compte 101 députés; les socialistes, 33; les libéraux. ir>.

En Espagne, brillante assemblée des catholiques à Tarragone. — On y voit le nonce, deux cardinaux archevêques et vingt-deux évoques. La section des études sociales reconnaît : l'insuffisance générale du

salaire des travailleurs; la dureté du capitalisme; l'insuffisance de l'alimentation ; l'insalubrité des logements; la promiscuité des grands ateliers; la mauvaise hygiène, etc. ; elle demande la constitution du bien de famille, l'organisation professionnelle du travail, ainsi que l'intervention des pouvoirs publics dans sa réglementation .

A Liège, création des Aumôniers du travail, association de prêtres qui, sous la protection de Mgr Doutreloux, s'occupe d'œuvres ouvrières. — Une association semblable ne tarde pas à se former à Tarbes, avec l'abbé Fontan. Des centaines de caisses Raifteisen- Durand sont fondées dans cette région de la France.

En Allemagne, à Francfort, Congrès des socialistes allemands. Divisions entre les socialistes du Nord et ceux du Sud. Ces derniers, parmi lesquels se distingue Wolmar, de Bavière, font- accepter les bases d'un programme nouveau, où la petite propriété est respectée, et la religion laissée à la liberté de chacun. L'internationalisme perd du terrain.

Le 27 décembre, lettre d'approbation du cardinal Rampolla au rédacteur en chef de V Univers. Un autre journal y paraît être l'objet d'un blâme.

174. Année 1895. — A Nîmes, Congrès annuel de Y Union du crédit populaire. Cette Union, formée de deux groupements : le Centre fédératif, qui avait pour fondateurs le P. Ludovic de Besse, capucin, M. Rostand, etc., et la Société de Propagation du crédit populaire, qui avait pour secrétaire M. Benoît Lévy, économiste juif et libéral, a passé sous la direction de ce dernier. Elle ne se confond point avec Y Union des caisses rurales ouvrières, dont M. Louis Durand est le promoteur en France. Celui-ci publie

un Bulletin, où il dénonce la guerre peu loyale qui lui est faite; il a rompu avec toute société juive ou maçonnique, et son entreprise n'a cessé de se développer.

Dans les premiers mois de l'année, grève des allumettiers. au cours de laquelle se dévoilent les graves inconvénients de certains monopoles exercés par l'Etat.

Avril. — Le 2 avril, à Rome, MM. Féron-Yrau et Léon Harmel signent sous les yeux du Saint-Père une déclaration (voir Documents, 185) qui met fin aux dissentiments qui avaient divisé les patrons catholiques du Nord, à la suite du Congrès de Mouveaux juillet 1894).

14-16 avril. — Congrès ouvrier à Nantes. A la suite de ce Congrès, a été fondée la Fédération des Travailleurs chrétiens du Centre et de VOuest.

Le 18 mai, aux tètes célébrées à Clermont, pour le 8e centenaire de la première croisade, discours du P. Monsabré sur le règne de Jésus-Christ et la nouvelle croisade.

(0-16 juin. — Assemblée générale annuelle de l'Œuvre des Cercles catholiques d'ouvriers. A la fin de l'année, M. Léon Harmel succède à M. de la Tourdu-Pin comme président du Comité de l'Œuvre.

Le 10 juillet, lettre du pape aux évoques de Belgique sur la question sociale et pour apaiser les divisions des catholiques belges.

Juillet-août. — Aux élections anglaises, le torysme l'emporte avec une majorité écrasante.

Le 4 août, Congrès des Tierçaires français à Limoges. — Du 12 au 14 août, Congrès des jurisconsultes catholiques à Lyon. Les Congrégations y sont encouragées à la résistance à la taxe d'abonnement.

En Allemagne, Congrès (le 42e) des catholiques allemands, à Munich.

Septembre. — En Belgique (8 sept.), lettre circulaire des évoques pour mettre fin aux discussions des catholiques et concerter leur action sociale . — Aux élections municipales de Vienne (10 sept.), victoire de Lueger et des antisémites.

Du 12 au 14 septembre, Congrès national ecclésiastique d'études sociales à Saint-Quentin, organisé par M. le chanoine Dehon, avec l'approbation de l'autorité ecclésiastique. Plus de deux cents prêtres y assistent.

En Angleterre, 28e Congrès annuel des Tracles- Unions. Le socialisme est tenu en échec.

Une corporation d'ébénistes chrétiens (la Corporation Saint-Antoine) se fonde à Paris, dans le but de soustraire ses membres .à la servitude des grands magasins.

Nov.-déc. — En Suisse, le projet de centralisation militaire soumis au référendum (3 nov.) a été rejeté par 270.000 voix contre 193.000.

Congrès annuel des catholiques du Nord (fin nov.), présidé par M. Thellier de Poncheville. L'union paraît se faire entre les catholiques français.

Un Collège libre des sciences sociales, avec un Musée social, est fondé à Paris par M. de Chambrun. Directeur : M. Funk-Brentano.

175. Année 1896. — Le 5 mars, à Matines, un programme social est arrêté par les évêques et délégués diocésains (voir Documents, 186), réunis à)'archevèché, sous la présidence du cardinal Goossens.

Mars-avril. — Discussion, à la Chambre (21-26 mars) , de l'impôt progressif sur le revenu, qui est accepté

en principe d'après le projet ministériel (Bourgeois- Doumer . Protestations de plus de cent Chambres de commerce, de trente Chambres consultatives des arts et manufactures, etc., etc. La Société des Agriculteurs de France ne proteste pas avec le moins de force; elle choisit pour trésorier M. de Vilmorin, à la place de M. de Rothschild, par 2. 782 voix contre 1.9 19; elle rejette à une faible majorité un vœu sur L'insaisissabilité du bien de famille.

Le 6 avril, à Reims, ouverture dc> solennités du Jubilé national et du 14* centenaire du baptême de Clovis. — Le 8 avril, à Amiens, L'Union sacerdotale d'études prend des résolutions importantes. — Le 25 avril, à Tours, la Fédération des travailleurs chrétiens du Centre et de l'Ouest tient sa réunion plénière et émet des vœux remarquables.

Mai-juin, etc. — A Reims, Congrès de l'Association de la jeunesse catholique. Discours de clôture prononcé par M. de Mun (14 mai). — A Reims encore, Congrès des Ouvriers chrétiens, du 23 au 25 mai; 223 œuvres et groupements ouvriers y sont représentés. On y voit MM. Léon Harmel, l'abbé Lemire, Thellier de Poncheville, le chanoine Dehon. M. de Mun prononce le discours de clôture. Après trois jours de débats, adoption d'un programme important voir Documents, 187). Le Parti démocratique chrétien est constitué. — Le 28 et le 21.) juin à Reims, C >ngrès de l'Union fraternelle du commerce et de l'industrie.

Le 30 mai, discours de M. Millerand au banquet socialiste de Saint -Mandé. A la suite de ce discours et des divergences qui se sont produites au sein du parti, le groupe socialiste parlementaire se réunit au

Palais-Bourbon (3 juin) et, après une longue discussion, vote par 26 voix contre 10 abstentions un ordre du jour qui contient cette déclaration : « Le groupe socialiste de la Chambre... pour dissiper les équivoques fâcheuses, déclare nettement qu'en conformité avec la pensée essentielle des socialistes de tous les pays et avec la tradition socialiste française depuis la Révolution, il entend abolir le régime capitaliste luimême et mettre un terme à l'exploitation de l'homme par l'homme, au moyen de la conquête du pouvoir politique par le prolétariat, de la substitution de la propriété sociale à la propriété capitaliste et de l'entente internationale des travailleurs ».

En Allemagne, le Reichstag a voté récemment une loi qui prohibe et frappe de peines rigoureuses les marchés à terme sur les valeurs ou les céréales.

En Belgique (5-12 juillet), élection de la moitié des députés. Très menacés, au premier tour, les catholiques conservent et améliorent même leur position, au second tour, grâce à l'attitude des libéraux.

Le 20 juillet, à Lille, Congrès socialiste national. Le 5 mai précédent, avait eu lieu l'élection d'un Conseil municipal socialiste. Troubles. Manifestations contre les socialistes étrangers : Bebel, Liebknecht, Singer.

Du 27 au 31 juillet, à Londres, Congrès international socialiste. Les politiciens français qui y prennent part sont désavoués par la masse des socialistes qu'ils prétendent représenter. Le parti anarchiste entre en scène. Abstention des Trades- Unions.

En Allemagne, à Aix-la-Chapelle, 7e Congrès international des mineurs. La journée de 8 heures est demandée par une grande majorité ; la suppression

du travail des femmes dans les mines est votée à l'unanimité.

Août-septembre. — Du 17 au 21 août, à Reims, Congrès du Tiers-Ordre franciscain. — Congrès ecclésiastique de Reims, provoqué surtout par M. l'abbé Lemire, avec l'approbation des cardinaux de Reims et de Paris. 608 prêtres de toute la France y assistent. Mgr Péchenard, vicaire général de Reims, préside. Ce Congrès, dont le succès dépasse toute attente, malgré les critiques ou les appréhensions dont il a été l'objet, paraît marquer la rentrée du clergé dans la vie sociale. — Congrès pédagogique chrétien à Versailles, provoqué par la Société générale d'éducation et d'enseignement présidée par M. Chesnelong. — Congrès de la Ligue de l'enseignement (maçonnique), à Rouen. Le président, M. Bourgeois, ancien chef du cabinet radical, encourage le développement du patronage laïque et l'œuvre des cours et conférences, qui se sont déjà multipliés.

En Allemagne, Congrès annuel des catholiques allemands à Dortmund. — Congrès des catholiques autrichiens à Salzbourg. — Congrès international anti maçonnique à Trente, où la vérité sur Diana Vaughan et certains mystificateurs commence à être découverte.

En Belgique, vient de se fonder la Ligue du coin de terre et du foyer insaisissable, dirigée par l'abbé Gruel, à Bruxelles. En même temps, à Sedan, Mrac Hervieu met en pratique les mêmes principes, en distribuant des lots de terre aux pères de famille honnêtes et laborieux.

Octobre. — Visite de Nicolas II à Paris 6-10). — A Reims, neuvaine de Saint-Remi; Congrès national

catholique, qui finit le 24 octobre, en se bornant ou à peu près à souscrire au programme de Malines et à la déclaration de MM. Harmel et Féron-Vrau (voir Documents, 188;.

Nov.-déc. — Du 15 au 20 nov. Congrès parisien de la Croix. — Du 25 au 30 nov. Congrès national de la démocratie chrétienne à Lyon ; jeunesse enthousiaste et concours extraordinaire, union parfaite des congressistes de différents groupes, dont les programmes restent distincts. Le Congrès comprend, en effet, plusieurs congrès particuliers : antimaçonnique, antisémitique, social, de l'Union nationale. Présidences ou discours de MM. Léon Harmel; abbés Lemire, Garnier, Dehon, Cetty, de Mulhouse, Gayraud, Naudet; Edouard Drumont, Delahaye, etc. (Voir, pour les discours, les rapports et les vœux, le compte rendu qui paraitra incessamment.)

En Autriche, l'antisémitisme, avec M. Lueger, triomphe à la Diète de la Basse -Autriche, comme à la municipalité de Vienne.

Le 25 clée. Léon XIII envoie au cardinal Langénieux son Ode à la France, à l'occasion du Centenaire de Reims.

Le 27 déc. M. Deschanel fait à Carmaux un grand discours contre le socialisme, où il paraît corriger de plus en plus son libéralisme économique. — La Verrerie ouvrière d'Albi, fondée à la suite des grèves de Carmaux, traverse de grandes difficultés. — La Verrerie aux verriers de Rive-de-Gier a été obligée de déposer son bilan le 23 juillet.

Le 27 décembre encore, à Paris, en la Chapelle de Jésus-Ouvrier, célébration des noces d'argent de l'Œuvre des Cercles catholiques d'ouvriers.

176. Année 1897. — Le 6 janv. Lettre de Léon XIII au cardinal Richard, à l'occasion du 25e anniversaire du Vœu national au Sacré-Cœur.

Le rapport sur le dernier recensement qui paraît à Y Officiel, constate que la population française n'augmente guère, que les campagnes continuent à se dépeupler au profit des villes, que l'irréligion et le vice sont une cause de stérilité, etc.

Le 24 janv. M. l'abbé Gayraud est élu député dans la 3° circonscription de Brest par 7.233 voix contre 5.980 données à M. le comte de Blois. — Cette élection a été soumise à l'enquête, le 1 mars, à la suite d'un discours haineux de M. Hémon.

Le 1 févr. La Chambre vote par 282 voix contre 139 l'ensemble de la loi sur les sucres, qui accorde une prime à l'exportation.

Le procès du Panama se rouvre d'une manière inattendue, et le public espère que la justice pourra découvrir enfin quelques-uns des grands coupables.

177. Discours de Léon XIII au pèlerinage des ouvriers français (19 septembre 1891). — Extraits : « Nous agréons de tout cœur vos remerciements, et Nous Nous réjouissons d'avoir pu, par cet acte de Notre charge de Pasteur universel des âmes, contribuer ainsi efficacement au relèvement de la classe ouvrière. Vos remerciements, du reste, sont pour Nous des prémices, car vous êtes les premiers représentants des hommes du travail que Nous recevons depuis la publication de Notre Encyclique et ces représentants, c'est la France catholique, la première toujours en générosité qui Nous les envoie. La satisfaction que Nous en éprouvons est d'autant plus vive, que Nous savons vos sentiments plus sincères et dictés par une adhésion et une obéissance plus entières aux enseignements de l'Eglise et de son Chef. — Vous avez entendu, chers Fils, ces enseignements. En face des périls sociaux de plus en plus menaçants, Nous avons

ôlevé la voix pour montrer, à la lumière de l'Evangile et de la saine raison, où était le salut et quel chemin seul pouvait y conduire.

« Nous avons dit qu'il fallait tenir pour certain que la question ouvrière et sociale ne trouvera jamais sa solution vraie et pratique dans les lois purement civiles même les meilleures. Cette solution est, de sa nature, liée aux préceptes de la parfaite justice, qui réclame que le salaire réponde adéquatement au travail. — Elle est encore, par conséquent, du ressort de la conscience et entraîne surtout une responsabilité devant Dieu. Or, la législation humaine ne visant directement que les actes extérieurs de l'homme dans ses rapports sociaux, ne saurait s'étendre à la direction des consciences. — De plus, cette question réclame le concours de la charité, qui va au delà de la justice et rappelle la commune dignité de la nature humaine, relevée encore par la Rédemption du Fils de Dieu. Or, la religion seule, avec ses dogmes révélés et ses préceptes divins, possède le droit d'imposer aux consciences la justice dans sa perfection et les lois de la charité avec tous ses dévoùments; et l'Eglise est l'organe et l'interprète autorisé de ces préceptes et de ces dogmes. C'est, dès lors, dans l'action de l'Eglise, combinée avec les ressources et les efforts des pouvoirs publics et de la sagesse humaine qu'il faut chercher le secret de tout problème social.

« Ces enseignements et d'autres qui s'\ rattachent, Nous les avons donnés dans Notre lettre encyclique avec toute l'extension qu'ils comportent, et Nous avons la consolation de constater que la semence de Notre parole n'est pas tombée dans une terre ingrate, et que. Dieu aidant, elle portera partout ses fruits.

« Déjà, soit en particulier, soit dans des réunions et des congrès, des hommes placés à la tête d'industries considérables, ont étudié comment y mettre en pratique ceux de nos enseignements, de nos conseils et avis qui les concernent. De leur côté, les gouvernements n'ont pas été insensibles à Notre Encyclique, et Nous espérons qu'elle leur sera une lumière pour les guider dans la question présente qui les préoccupe à si juste titre.

« Que partout donc on agisse, et sans plus consommer un temps précieux en de stériles discussions, qu'on réalise dans les faits ce qui, dans leurs principes, ne saurait plus être l'objet d'une controverse. S'il existe encore, quant à l'application, comme c'est inévitable dans des problèmes aussi complexes, des côtés obscurs et des points douteux, il convient de laisser au temps et à l'expérience de les éclaircir.

« Quant à vous, très chers Fils, que ce pèlerinage vous affermisse dans vos convictions de chrétiens. Vous avez droit à la liberté qui vous est nécessaire pour remplir vos devoirs religieux, et par conséquent au repos du dimanche. Cette liberté et ce repos vous sont accordés par vos patrons chrétiens : profitez-en pour sanctifier le jour du Seigneur et pour attirer sur vous et vos familles les bénédictions du Ciel.

« Au travail, montrez- vous diligents et laborieux, dociles et soumis, respectueux et obéissants, chrétiens et fidèles en toutes choses. Evitez le commerce des hommes pervers, de ceux surtout qui, sous le nom fallacieux de socialistes, ne visent à rien moins qu'à bouleverser l'ordre social, au grand détriment de la classe ouvrière. Unissez-vous, au contraire, à ceux qui partagent vos bons sentiments. Formez avec eux

et avec vos maîtres chrétiens, sous le haut patronage des pasteurs de vos diocèses et aidés des conseils de vos prêtres si dévoués à votre cause, des associations et des cercles, où vous trouverez comme dans une secondefamille, avec les délassements d'une joie honnête, des lumières dans vos difficultés, une aide et une force dans vos luttes, un encouragement et un soutien dans les infirmités et la vieillesse.

« Pères de famille, songez à vos enfants ; efforcezvous de leur procurer une éducation morale et chrétienne, et, par vos sages économies, préparez-leur un avenir calme et assuré.

« De retour dans votre belle patrie, dites, très chers Fils, à vos compagnons, à vos amis, aux membres de vos familles, que le cœur du Pape, comme celui de Jésus-Christ, dont il e<t le Vicaire, est toujours avec ceux qui sou firent et avec les délaissés de ce monde. — En attendant, aux absents et à ceux qui Nous entourentici. mais à vous surtout, laboureurs et ouvriers, maîtres et patrons, directeurs d'œuvres et aumôniers, prêtres et laïques, organisateurs et membres de ce grand pèlerinage, Nous accordons, comme gage de Notre particulière affection, et de toute l'effusion de Notre àme, la bénédiction apostolique. »

17S. Extraits de l'Encyclique du 16 février 1892, adressée aux archevêques, évêques, clergé et à tous les catholiques de France. — i .. aujourd'hui encore, Nous croyons opportun,

nécessaire même, d'élever de nouveau la voix, pour exhorter plus instamment, Nous ne dirons pas seule-

ment les catholiques, mais tous les Français honnêtes et sensés, à repousser loin d'eux tout germe de dissentiments politiques, afin de consacrer uniquement leurs forces à la pacification de leur patrie. Cette pacification, tous en comprennent le prix ; tous, de plus en plus, rappellent de leurs vœux. Et Nous qui la désirons plus que personne, puisque nous représentons sur la terre le Dieu de la paix(\), Nous convions, par les présentes Lettres, toutes les âmes droites, tous les cœurs généreux à Nous seconder pour la rendre stable et féconde.

« Avant tout, prenons comme point de départ une vérité notoire, souscrite par tout homme de bon sens et hautement proclamée par l'histoire de tous les peuples, à savoir que la religion, et la religion seule, peut créer le lien social ; que seule elle suffit à maintenir sur de solides fondements la paix d'une nation... « Dans les catholiques fi ançais, le sentiment religieux doit être encore plus profond et plus universel, puisqu'ils ont le bonheur d'appartenir à la vraie religion. Si, en effet, les croyances religieuses furent, toujours et partout, données comme base à la moralité des actions humaines et à l'existence de toute société bien ordonnée, il est évident que la Religion catholique, par le fait même qu'elle est la vraie Eglise de Jésus-Christ, possède plus que toute autre l'efficacité voulue pour bien régler la vie, dans la société comme dans l'individu. En faut-il un éclatant exemple? La France elle-même le fournit. — A mesure qu'elle progressait dans la foi chrétienne, on la voyait monter graduellement à cette grandeur morale

(1) Non enim est dis sens ionis Deus, sed pacis (ICor. xiv).

qu'elle atteignit, comme puissance politique et militaire. C'est qu'à la générosité naturelle de son cœur, la charité chrétienne était venue ajouter une abondante source de nouvelles énergies; c'est que son activité merveilleuse avait rencontré, tout à la fois comme aiguillon, lumière directive et garantie de constance, cette foi chrétienne qui, par la main delà France, traça dans les annales du genre humain des pages si glorieuses. Et encore aujourd'hui, sa foi ne continue-t-elle pas d'ajouter aux gloires passées de nouvelles gloires? On la voit, inépuisable de génie et de ressources, multiplier sur son propre sol les œuvres de charité; on l'admire partant pour les pays lointains où, par son or, par les labeurs de ses missionnaires, au prix même de leur sang, elle propage d'un même coup le renom de la Fiance et les bienfaits de la religion catholique. Renoncer à de telles gloires, aucun Français, quelles que soient par ailleurs ses convictions, ne l'oserait; ce serait renier la patrie.

« Or l'histoire d'un peuple révèle d'une manière incontestable quel est l'élément générateur et conservateur de sa grandeur morale. Aussi, que cet élément vienne à lui manquer, ni la surabondance de l'or, ni la lorce des armes ne sauraient le sauver de la décadence morale, peut-être de la mort. Qui ne comprend maintenant que, pour tous les Français qui professent la religion catholique, la grande sollicitude doit être d'en assurer la conservation; et cela avec d'autant plus de dévouement qu'au milieu d'eux le christianisme devient, de la part des Sectes, l'objet d'hostilités plus implacables ? Sur ce terrain, ils ne peux (Mit se permettre, ni indolence dans l'action, ni division de partis; l'une accuserait une lâcheté indigne du

chrétien; l'autre serait la cause d'une faiblesse désastreuse...

(Le pape réfuie ensuite cette calomnie, que les catholiques cherchent à ménager à l'Eglise une domination politique sur l'Etat.)

« ...Mettons donc au-dessus de tout la gloire de Dieu et de son Eglise; travaillons pour elle avec une application constante et effective ; et laissons le soin du succès à Jésus Christ qui nous dit : Dans le monde vous serez opprimés; mais ayez confiance, foi vaincu le monde (1).

« Pour aboutir là, nous l'avons déjà remarqué, une grande union est nécessaire, et si l'on veut y parvenir, il est indispensable de mettre de côté toute préoccupation capable d'en amoindrir la force et l'efficacité. — Ici, nous entendons principalement faire allusion aux divergences politiques des Français, sur la conduite à tenir envers la République aciuelle: question que Nous désirons traiter avec la clarté réclamée par la gravité du sujet, en partant des principes et en descendant aux conséquences pratiques.

« Divers gouvernement* politiques se sont succédé en France dans le cours de ce siècle, et chacun avec sa forme distinctive : Empires, Monarchies, Républiques. En se renfermant dans les abstractions, on arriverait à définir quelle est la meilleure de ces forme*, considérées en elles-mêmes; on peut affirmer également en toute vérité que chacune d'elles est bonne, pourvu qu'elle sache marcher droit à sa fin, c'est-à-dire, le bien commun, pour lequel l'autorité

(1 In mundo pressurant habebitis : sed confidite, ego vici mundum (Joan. xvi, 33).

sociale est constituée ; il convient d'ajouter finalement, qu'à un po;nt de vue relatif, telle ou telle l'orme de gouvernement peut être préférable, comme s'adaptent mieux aux caractères et aux moeurs de telle ou telle nation.

« Dans cet ordre d'idées spéculatif, les catholiques, comme tout citoyen, ont pleine liberté de préférer une forme de gouvernement à l'autre, précisément en vertu de ce qu'aucune de ces formes sociales ne s'oppose, par elle-même, aux données de la saine raison, ni aux maximes de la doctrine chrétienne. Et c'en est assez pour justifier pleinement la sagesse de l'Eglise alors que, dans ses relations avec les pouvoirs politiques, elle fait abstraction des formes qui les différencient, pour traiter avec eux les grands intérêts religieux des peuples, sachant qu'elle a le devoir d'en prendre la tutelle, au-dessus de tout autre intérêt. Nos précédentes encycliques ont exposé déjà ces principes; il était toutefois nécessaire de les rappeler, pour le développement du sujet qui nous occupe aujourd'hui.

« Que si l'on descend des abstractions sur le terrain des faits, il faut nous bien garder de renier les principes tout à l'heure établis : ils demeurent inébranlables. Seulement en s'incarnant dans les faits, ils y revêtent un caractère de contingence déterminé par le milieu où se produit leur application. Autrement dit, si chaque forme politique est bonne par elle-même et peut être appliquée au gouvernement des peuples, en fait, cependant, on ne rencontre pas chez tous les peuples le pouvoir politique sous une même forme; chacun possède la sienne propre. Cette forme naît de l'ensemble des circonstances histori-

ques ou nationales, mais toujours humaines, qui font surgir dans une nation ses lois traditionnelles et même fondamentales; et par celles-ci se trouve déterminée telle forme particulière de gouvernement, telle base de transmission des pouvoirs suprêmes.

« Inutile de rappeler que tous les individus sont tenus d'accepter ces gouvernements, et de ne rien tenter pour les renverser ou pour en changer la forme. De là vient que l'Eglise, gardienne de la plus vraie et de la plus haute notion sur la souveraineté politique, puisqu'elle la fait dériver de Dieu, a toujours réprouvé les doctrines et toujours condamné les hommes rebelles à l'autorité légitime.

{Suivent des témoignages).

« Cependant, il faut soigneusement le remarquer ici : quelle que soit la forme des pouvoirs civils dans une nation, on ne peut la considérer comme tellement définitive qu'elle doive demeurer immuable, fut-ce l'intention de ceux qui, à l'origine, Font déterminée. — Seule, l'Eglise de Jésus-Christ a pu conserver et conservera sûrement, jusqu'à la consommation des temps, sa forme de gouvernement. Fondée par celui quiétait, qaiest, et qui sera dans les siècles (1), elle a reçu de Lui, dès son origine, tout ce qu'il lui faut pour poursuivre sa mission divine à travers l'océan mobile des choses humaines. Et, loin d'avoir besoin de transformer sa constitution essentielle, elle n'a même pas le pouvoir de renoncer aux conditions de vraie liberté et de souvei aine indépendance dont la Providence l'a munie dans l'intérêt des âmes. — Mais quant aux sociétés purement humaines, c'est un fait gravé

(1) Jésus Christus heriethodie: ipse in seoula. fHebr. xm, 18).

cent fois dans l'histoire, que le temps, ce grand transformateur de tout ici-bas, opère dans leurs institutions politiques de profonds changements. Parfois, il se borne à modifier quelque chose à la forme de gouvernement établie ; d'autres fois, il va jusqu'à substituer, aux formes primitives, d'autres formes totalement différentes, sans en excepter le mode de transmission du pouvoir souverain.

« Et comment viennent à se produire ces changements politiques dont nous parlons ? Ils succèdent parfois à des crises violentes, trop souvent sanglantes, au milieu desquelles les gouvernements préexistants disparaissent en fait ; voilà l'anarchie qui domine ; bientôt l'ordre public est bouleversé jusque dans ses fondements. Dès lors une nécessité sociale s'impose à la nation ; elle doit sans retard pourvoir à elle-même. Comment n'aurait-elle pas le droit, et plus encore le devoir de se défendre contre un état de choses qui la trouble si profondément, et de rétablir la paix publique dans la tranquillité de l'ordre ? Or cette nécessii ciale justifie la création et l'existence des nouveaux gouvernements, quelque forme qu'ils prennent ; puisque, dans l'hypothèse où nous raisonnons, ces nouveaux gouvernements sont nécessairement requis par Tordre public, tout ordre public étant impossible sans un gouvernement. 11 suit de là que, dans de semblables conjonctures, toute la nouveauté se borne à la forme politique des pouvoirs civils, ou à leur mode de transmission ; elle n'affecte nullement le pouvoir considéré en lui-même. Celui-ci continue d'être immuable et digne de respect ; car, envisagé dans sa nature, il est constitué et s'impose pour pourvoir au bien commun, but suprême qui donne son origine à la société

humaine. En d'autres termes, dans toute hypothèse, le pouvoir civil, considéré comme tel, est de Dieu et toujours de Dieu : « car il n'y a point de pouvoir, si ce n'est de Dieu» (1).

« Par conséquent, lorsque les nouveaux gouvernements qui représentent cet immuable pouvoir sont constitués, les accepter n'est pas seulement permis, mais réclamé, voire même imposé par la nécessité du bien social qui les a faits et les maintient. D'autant plus que l'insurrection attise la haine entre citoyens, provoque les guerres civiles et peut rejeter la nation dans le chaos de l'anarchie. Et ce grand devoir de respect et de dépendance persévérera tant que les exigences du bien communie demanderont, puisque ce bien est, après Dieu, dans la société, la loi première et dernière.

« Par là s'explique la sagesse de l'Eglise dans le maintien de ses relations avec les nombreux gouvernements qui se sont succédé en France en moins d'un siècle, et jamais sans produire des secousses violentes et profondes. Une telle attitude est la plus sûre et la plus salutaire ligne de conduite pour tous les Français dans leurs relations civiles avec la République qui est le gouvernement actuel de leur nation. Loin d'eux ces dissentiments politiques qui les divisent ; tous leurs efforts doivent se combiner pour conserver ou relever la grandeur morale de leur Patrie.

« Mais une difficulté se présente : « Cette République, fait-on remarquer, est animée de sentiments si antichrétiens, que les hommes honnêtes, et beaucoup plus les catholiques, ne pourraient consciencieu-

(1) Non est enim potéatas nisi a Deo (Rom. xni, \).

sèment l'accepter. » Voilà surtout ce qui a donné naissance aux dissentiments et les a aggravés. — On eût évité ces regrettables divergences, si Ton avait su tenir soigneusement compte de la distinction considérable qu'il y a entre Pouvoirs constitués et Législation. La législation diffère à tel point des pouvoirs politiques et de leur forme, que, sous le régime dont la forme est la plus excellente, la législation peut être détestable ; tandis qu'à l'opposé, sous le régime dont la forme est la plus imparfaite, peut se rencontrer une excellente législation. Prouver, l'histoire à la main, cette vérité, serait chose facile ; mais à quoi bon? tous en sont convaincus. Et qui mieux que l'Eglise est en mesure de le savoir, elle qui s'est efforcée d entretenir des rapports habituels avec tous les régimepolitiques }. Certes, plus que toute autre puissance, elle saurait dire ce que lui ont souvent apporté de consolations ou de douleurs, les lois des divers gouvernements qui ont successivement régi les peuples, de l'Empire romain jusqu'à nous.

« Si la distinction tout à l'heure établie a son importance majeure, elle a aus>à sa raison manifeste : la législation est l'œuvre des hommes investis du pouvoir, et qui, de fait, gouvernent la nation. D'où il résulte qu'en pratique, la qualité des lois dépend plus de la qualité de ces hommes que de la forme du pouvoir. Ces lois seront donc bonnes ou mauvaises, selon que les législateurs auront l'esprit imbu de bons ou de mauvais principes, et se laisseront diriger ou par la prudence politique ou par la passion.

« Qu'en France, depuis plusieurs années, divers actes importants de la législation aient procédé de tendances hostiies à la religion, et par conséquent aux

intérêts de la nation, c'est l'aveu de tous, malheureusement confirmé par l'évidence des faits. Nous-même, obéissant à un devoir sacré, Nous en adressâmes des plaintes vivement senties à celui qui était alors à la tête de la République. Ces tendances cependant persistèrent, le mal s'aggrava, et l'on ne saurait s'étonner que les membres de l'Episcopat français, placés par l'Esprit-Saint pour régir leurs différentes et illustres Eglises, aient regardé encore tout récemment comme une obligation d'exprimer publiquement leur douleur, touchant la situation créée en France à la religion catholique. Pauvre France ! Dieu seul peut mesurer l'abîme des maux où elle s'enfoncerait, si cette législation, loin de s'améliorer, s'obstinait dans une telle déviation, qui aboutirait à arracher de l'esprit et du cœur des Français la rel-'gion qui les a faits si grands. « Et voilà précisément le terrain sur lequel, tout dissentiment mis à part, les gens de bien doivent s'unir comme un seul ho nme, pour combattre, par tous les moyens légaux et honnêtes, ces abus progressifs de la législation. Le respect que l'on doit aux pouvoirs constitués ne saurait l'interdire : il ne peut importer ni le respect, ni beaucoup moins l'obéissance sans limites à toute mesure législative quelconque, édictée par ces mêmes pouvoirs. Qu'on ne l'oublie pas, la loi est une prescription ordonnée selon la raison et promulguée, pour le bien de la communauté, par ceux qui ont reçu à cette fin le dépôt du pouvoir. — En conséquence, jamais on ne peut approuver des points de législation qui soient hostiles à la religion et à Dieu ; c'est, au contraire, un devoir de les réprouver. (Suit un témoignage de S. Augustin.) « Nous le savons, l'athée, par un lamentable abus

de sa raison, et plus encore de sa volonté, nie ces principes. Mais, en définitive, l'athéisme est une erreur <i monstrueuse, qu'elle ne pourra jamais, soit dit à l'honneur de l'humanité, y anéantir la conscience des droits de Dieu pour y substituer l'idolâtrie de l'Etat.

« Les principes qui doivent régler notre conduite envers Dieu et envers les gouvernements humains étant ainsi définis, aucun homme impartial ne pourra accuser les catholiques français, si, sans épargner ni fatigues ni sacrifices, ils travaillent à conservera leur patrie ce qui est pour elle une condition de salut, ce qui résume tant de traditions glorieuses enregistrées par l'histoire, et que tout Français a le devoir de ne pas oublier.

(Le pape s'explique ensuite sur le concordat et recommande aux catholiques de ne pas provoquer de scission sur un sujet dont il appartient au Saint-Siège de s'occuper — Au sujet de la séparation de l'Eglise et de l'Etat, il ajoute : )

« Mais en France, nation catholique par ses traditions et par la foi présente de la grande majorité de ses (ils l'Eglise ne doit pas être mise dans la situation précaire qu'elle subit chez d'autres peuples. Les catholiques peuvent d'autant moins préconiser la séparation, qu'ils connaissent mieux les intentions des ennemis qui la désirent. Pour ces derniers, et ils le disent assez clairement, cette séparation, c'est l'indépendance entière de la législation politique envers la législation religieuse; il y a plus, c'est l'indillerence absolue du Pouvoir à l'égard des intérêts de la société chrétienne, c'est-à-dire de l'Eglise, et la négation même de son existence. — Ils font, cependant, une réserve qui se formule ainsi : Dès que l'Eglise, utili-

sant les ressources que le droit commun laisse au moindre des Français, saura, par un redoublement de son activité native, faire prospérer son œuvre, aussitôt l'Etat, intervenant, pourra et devra mettre les catholiques français hors du droit commun lui-même. Pour tout dire en un mot, l'idéal de ces hommes serait le retour au paganisme : l'Etat ne reconnaît l'Eglise qu'au jour où il lui plaît de la persécuter

« ... — Nous nourrissons l'espoir et la confiance que l'éclaircissement de ces points dissipera les préjugés de plusieurs hommes de bonne foi, facilitera la pacification des esprits, et par elle l'union parfaite de tous les catholiques, pour soutenir la grande cause du Christ qui aime les Francs.

« Quelle consolation pour notre cœur de vous encourager dans cette voie, et de vous contempler tous, répondre docilement à notre appel ! . . . »

179. Extraits du discours de M. de Mun, à Lille (6 juin 1892). — « Placé par mon âge entre les hommes d'hier et ceux de demain, je sais tout ce que portent avec eux de difficultés et de peines les temps de transition, et je sens, comme dit Melchior de Vogué, dans son Testament de Silvanus, qu'il est toujours difficile de prendre parti1 entre une moitié de son âme retenue au passé et l'autre moitié entraînée vers l'avenir. (Applaudissements.)

« Je comprends ce qu'il en coûte, et, mieux que personne, je sais avec quels ménagements il faut demander de tels sacrifices, alors même que je les vois nécessaires, et qu'ils me semblent commandés par l'évidence des situations, la nécessité des circonstances et l'intérêt de la cause, non moins que par l'obéissance.

« Pour moi, soldat dans l'armée catholique, j'ai fait ce que j'ai cru mon devoir. J'ai dit, à Grenoble, et je répète ici, que je suis déterminé, en plaçant mon action politique sur le terrain constitutionnel, à conformer mon attitude à la direction du Souverain Pontife. (Vifs applaudissements.) Je n'ajouterai rien de plus, heureux si je puis, par mon exemple, aider en quelque chose à l'œuvre nécessaire, et, dans ce grand travail de la société moderne, affamée de paix et de concorde, joindre ma main à celles qui se tendent de l'un à l'autre bord du fossé creusé par nos longues divisions, pour aider les générations nouvelles à le franchir. . .

« J'y vois la marque d'une singulière prédilection pour notre France!' Nous avons bien souffert, nous avons connu bien des humiliations et des épreuves, et voici qu'à l'heure où se prépare cette alliance nouvelle de l'Eglise et des peuples que la liberté noue chaque jour plus étroitement sur le sol de la jeune Amérique, c'est vers notre vieille terre de France que le Pape se tourne encore, confiant dans l'immortelle jeunesse de son cœur, dans l'inépuisable fécondité de son génie, pour lui dire : « C'est toi. la fille aînée de « l'Eglise, qui seras encore dans le monde le héraut « de l'ordre nouveau ! »

« Vous répondrez à cet appel, Messieurs, et vous serez dignes de votre mission! . . . (Longues acclimations.)

« Faites- vous connaître et aimer du peuple : allez à lui, donnez- vous à son service sans vous laisser ébranler par les déceptions inévitables ou par les insuccès passagers, ni troubler par des violences, dont le vrai peuple n'est pas responsable, et qui n'em-

pèchent pas ceux qui sourirent d'avoir droit à la justice... (Applaudissements.)

« Il y a au Salon du Champ de Mars de cette année un tableau de M. Lhermitte, intitulé Y Ami des humbles, qui m'a beaucoup frappé, et qui a soulevé bien des controverses. C'est l'apparition du Christ, dans une humble auberge de village, à deux ouvriers, en costume de travail, qui le reconnaissent à la fraction du pain, et dont le visage passe, tout à coup, de la surprise à l'adoration. Allez voir ce tableau : on l'a critiqué à cause du costume moderne des personnages, et pour moi, je l'admire comme l'image des œuvres sociales de notre temps. C'est la révélation du Christ aux travailleurs, c'est Jésus se donnant au peuple, aux petits et aux hunïbles, les prenant tels qu'ils sont, dans leur blouse et avec leur besace, et ne leur demandant que leur cœur en échange du sien. (Applaudissements.) C'est l'idée qui a fait le fond de ce discours, et c'est à elle que je vous demande de donner toutes vos forces.

« Transportez dans la réalité le tableau de Lhermitte, prenez avec respect le portrait du Christ, et, en le montrant aux ouvriers, dites- leur que ce Christ ne leur demande pas plus de dépouiller leur costume que les formes politiques qu'ils ont pu choisir ; ditesleur que ce qu'il veut, c'est se réconcilier avec eux dans un suprême embrassement; dites-leur que le voilà, représenté par son Vicaire, et se tournant vers les travailleurs, auxquels il ne demande d'abandonner que l'irréligion qui empoisonne le cœur. » (Longs applaudissements. Tout l'auditoire, debout, acclame Vorateur.) 180. Extrait du discours programme pro-

nonce à Saint-Étienne par M. de Mun

(décembre 1892). — Après avoir esquissé le programme religieux des catholiques français l'orateur continue en ces termes : « Mais ce n'est pas, ce ne doit pas être tout le programme des catholiques.

« La question sociale et la question religieuse sont intimement liées et elles constituent ensemble toute la question politique. J'ai toujours cru que les catholiques ne pouvaient se désintéresser de la question sociale, sous peine de manquer à leurs obligations vis-à-vis du peuple : aujourd'hui, depuis l'Encyclique sur la condition des ouvriers, je crois qu'ils n'en ont pas le droit et que leur programme social est là, tout écrit, magistralement tracé, comme leur programme politique l'a été par L'Encyclique du 16 lévrier.

« Sur ce terrain aussi, je n'indiquerai que les grandes lignes, mais je crois nécessaire de le faire.

« A mes yeux, l'ensemble de nos revendications doit tendre à assurer au peuple la jouissance de ses droits essentiels, méconnus par le régime individualiste; la représentation légale de ses intérêts et de ses besoins, au lieu a"une représentation purement numérique ; la préservation du foyer et de la vie de famille; la possibilité pour chacun de vivre et de faire vivre les siens du produit de son travail, avec une garantie contre l'insécurité résultant des accidents, de la maladie, du chômage et de la vieillesse; l'assurance contre la misère inévitable; la faculté pour l'ouvrier de participer aux bénéfices et môme, par la coopération, à la propriété des entreprises auxquelles il concourt par son travail ; enfin la protection contre les agiotages et les spéculations qui épuisent les épargnes du peuple et le condamnent à

l'indigence, pendant que, suivant les paroles de l'Encyclique «une fraction, maîtresse absolue de l'industrie et du commerce, détourne le cours des richesses et en fait affluer vers elle toutes les sources. »

« Deux forces doivent concourir à la réalisation de ce programme : l'organisation professionnelle et la législation.

« L'organisation pour laquelle nous demandons la liberté la plus large, donnera le moyen d'assurer la représentation publique du travail dans les corps élus de la nation, de déterminer dans chaque profession industrielle ou agricole le taux du juste salaire, de garantir des indemnités aux victimes d'accidents, de maladies ou de chômages, de créer une caisse de retraite pour la vieillesse, de prévenir les conflits par l'établissement des conseils permanents d'arbitrage, d'organiser corporativement l'assistance contre la misère, enfin de constituer entre les mains des travailleurs une certaine propriété collective à côté de la propriété individuelle, et sans lui porter atteinte.

« La législation protégera le foyer et la vie de famille par la restriction du travail des enfants et des femmes, l'interdiction du travail de nuit, la limitation de la journée de travail, l'obligation du repos dominical; dans les campagnes en rendant insaisissables la moisson et le champ du cultivateur, les instruments et le bétail de première nécessité.

« Elle facilitera la vie de l'ouvrier et du paysan par la diminution et la réforme des charges fiscales, particulièrement des impôts qui frappent la subsistance.

« Elle favorisera la participation aux bénéfices, la

constitution des sociétés coopératives de production; dans les campagnes, l'association de métayage.

« Enfin elle protégera la fortune nationale, l'épargne populaire et la morale publique par des lois sur l'agiotage, sur le jeu et les opérations de bourse, sur le fonctionnement des sociétés, sur l'exclusion des étrangers de l'exploitation et de la direction des grands services publics, sur l'interdiction pour les fonctionnaires, les représentants de la nation et les agents du pouvoir, de participer aux spéculations financières. Tels sont les principaux articles du programme social que je conseille aux catholiques d'adopter. Ils ne sont autre chose que l'application des principes posés dans l'Encyclique sur la condition des ouvriers.

« Mais j'y reviens, pour bien établir le lien étroit de la question religieuse et delà question sociale, ces réformes seraient vaines, inefficaces ou irréalisables, si elles n'étaient fondées sur 1 éducation chrétienne, qui est la base de la morale; sur l'enseignement du catéchisme, qui apprend à connaître et à respecter les droits de Dieu, seule garantie des droits de l'homme, sur la doctrine de l'Evangile, qui enseigne la pratique des devoirs réciproques, en même temps que le respect des droits naturels, qui commande aux hommes de s'aimer les uns les autres et leur fait une obligation de la charité aussi bien que de la justice, qui montre aux pauvres comme aux riches, au-dessus de la poursuite légitime des biens matériels, leur immortelle destinée comme le but suprême de la vie et le sacrifice volontairement accepté comme le moyen d'y parvenir, si elles n'étaient fondées enfin sur la

liberté de l'Eglise, condition nécessaire de son apostolat, de ses œuvres d'enseignement ou de miséricorde, de toute action morale ou matérielle.

« Voilà donc notre programme...

« Messieurs, l'organisation n'est cependant pas tout : l'action est plus nécessaire encore; ou plutôt l'une ne va pas sans l'autre.

« Il faut donc agir. Comment? Sur quel terrain? Oh ! je n'hésité pas à le dire avec la conviction la plus ardente : sur le terrain social et en allant au peuple. C'est là qu'est l'avenir, la mission de la jeunesse catholique... Sur le terrain social, vous avez à vous dresser en face des socialistes, seuls debout avec vous au milieu desruinesdulibôralime b ourgeois, à opposer vos doctrines aux leurs, à leur disputer l'âme et l'intelligence du peuple, non pas pour le vain orgueil de le diriger, mais par amour pour lui, par dévouement sincère à sa cause, pour le conduire pacifiquement à un état social meilleur et plus juste etpourlesauvTer, lui et votre patrie du même coup, de la barbarie que lui prépare le collectivisme athée, où se résume aujourd'hui tout le programme socialiste.

« Voilà votre œuvre, celle que vous commande Léon XIII, voilà pourquoi il faut que vous ayez un programme social, pourquoi il faut que vous étudiiez la vraie doctrine, que vous vous pénétriez de l'Encyclique sur les ouvriers, que vous vous affranchissiez des théories de l'ancienne orthodoxie économique et que vous vous fassiez les apôtres de l'économie catholique.

« Voilà pourquoi il faut que vous soyez dégagés de toute préoccupation politique, et qu'acceptant les formes, des habitudes de langage et les institutions

de la démocratie, vous n'ayez plus qu'une idée, la rendre chrétienne.

« Voilà pourquoi, enfin, il faut que vous vous mêliez au peuple, que vous lui parliez, que vous écriviez pour lui, que vous organisiez des réunions d'études, des conférences, des cours, que vous allrontiez les discussions contradictoires ».

181. Lettre de Léon XIII (7 janvier 1893) à M. de M an, à la suite du discours-program de Saint-Etienne. — « Très cher Fils, Nous avons reçu, par 1 entremise de notre cardinal secrétaire d'Etat, un exemplaire du discours prononcé par vous récemment à Saint-Etienne, dans une assemblée de catholiques. Nous 1 avons lu avec grande satisfaction. Bien qu'en effet Nous ayons eu souvent l'occasion d'apprécier vos remarquables qualités d'orateur chrétien et le zèle infatigable que vous apportez à la défense de la cause catholique, Nous avons, à propos de ce dernier discours, ressenti avec un singulier plaisir quel amour sincère de la religion et de la patrie recouvre le riche vêtement de votre noble éloquence Unis ensemble, ces deux amours ont rendu jadis la France grande et glorieuse, tandis que les séparer, comme certains le voudraient, ce serait préparer sa décadence, en faisant disparaître le plus puissant élément de la force et de la grandeur d'un peuple, ce serait ruiner le sens moral et ébranler les fondements mêmes de la société civile

« L'étude des questions sociales, si grosses pat-tout, à cette heure, de préoccupations et de craintes, n'es! pas moins digne d'attirer l'attention des catholiques.

« Le peuple a toujours été particulièrement cher à l'Eglise, qui est mère; l'ouvrier qui soutire, soit parce

qu'il est abandonné, soit parce qu'il est opprimé, doit être entouré des soins les plus continus et les plus affectueux pour se relever et sortir de la condition malheureuse à laquelle il est réduit, sans recourir aux violences et chercher le renversement de Tordre social. C'est en celte pensée, en dehors de toute préoccupation purement terrestre, et uniquement pour accomplir le devoir de Notre charge, que Nous avons, récemment, publié notre encyclique De conditione opiftcum, et ensuite donné à l'occasion, sur ce même sujet, divers avis et enseignements paternels.

« Et maintenant, cher Fils, vous comprendrez sans peine que, connaissant votre piété filiale et le zèle intelligent avec lequel vous vous employez à seconder Nos desseins, à rendre Nos enseignements populaires et à les faire pénétrer dans la pratique de la vie sociale, la lecture de votre discours Nous ait été souverainement agréable. Tandis que Nous Nous plaisons à vous donner des éloges justement mérités, Nous vous exhortons à poursuivre votre généreuse entreprise.

« Puisse-t-il surgir des hommes qui, avec un dévouement pareil au vôtre et une grande largeur de vues, se consacrent tout entiers au relèvement de la France !

« Nous avons d'ailleurs pleine confiance qu'en des questions si graves et si importantes, vous serez toujours fidèle aux règles par Nous tracées... »

182. Lettre de Léon XIII à M. Decurtins (6 août 1893), à la suite du Congrès de Blenne. — « Cher Fils, salut et bénédiction apostolique. Rien ne Nous est plus agréable que d'avoir l'occasion d'at-

tester Notre sollicitude pour la classe ouvrière, dont Nous souhaitons que le sort mi-érable soit amélioré et devienne digne des peuples civilisés, sous l'inspiration de la justice et de la charité, que la religion chrétienne a apportées, et qu'elle répand de plus en plus, chaque jour, dans le monde entier. La nature même de Notre ministère veut, en effet, que Nous soyons toujours là pour prêter assistance partout où de< affligés appellent la consolation : des faibles, la protection ; des malheureux, le soulagement de leurs maux. Ayant conscience de ce noble devoir, et Nous souvenant des enseignements donnés par le divin Sauveur au genre humain, Nous avons adressé au monde catholique des paroles d'amour et de paix par Notre lettre encyclique commençant par les mots : Re) um nom ru m . En y traitant longuement de la condition des ouvriers, Nous avons eu pour but l'apaisement du triste conflit qui, dans les temps présents, agite gravement la société humaine, au-dessus de laquelle, par le soulèvement des passions populaires, se forme comme un sombre nuage et gronde une tempête qui menace du naufrage. Nous n'avons pas omis non plus de plaider, à l'occasion, la cause de la classe ouvrière auprès des gouvernements, afin qu'une si grande et si utile multitude d'hommes ne soit pas livrée et abandonnée suis défense à une classe d'hommes avides de gain (classi quœstuosœ) qui fait tourner à sou profit leur pauvreté. « C'est pourquoi Nous avons appris avec grand plaisir ce que vous Nous ave/ mandé, cher Fils, sur le congrès récemment tenu à Bien ne, en Suisse, où des délégués de plusieurs milliers d'ouvriers, venus de lieux éloignés, différant d opinions et de religion, ont acclamé Notre susdite lettre encyclique, reconnaissant

qu'elle renferme des enseignements tout à fait propres à protéger leurs droits légitimes et à préparer des bases solides (qui s'^nt dans les vœux de tous) sur lesquelles soit édifié un ordre social équitable, d'où résulte pour la société humaine une paix solide, l'antique lutte entre les maîtres et les ouvriers étant résolue.

« Combien peut contribuer à ce résultat l'action salutaire de l'Eglise catholique, c'est démontré et par une constante et universelle expérience et par l'aveu même de ceux qui font profession de lui être étrangers. Par sa nature et par son institution, l'Eglise est, en effet, la mère et Téducatrice des peuples, et el!e dispose de moyens et de secours puissants à l'aide desquels elle peut rendre plus facile et encore mieux, plus honnête et plus sainte, la vie sociale des hommes. Aussi, elle ne peut pas ne pas se consacrer affectueusement et généreusement à adoucir les douleurs et à soulager les misères. Il suffit de rappeler ce que fit l'Eglise, au témoignage de l'histoire et delà tradition, pour l'abolition de l'antique esclavage. De ce qu'elle parvint, par ses seules forces, à extirper radicalement cette honte, qui était complètement entrée dans les mœurs, il est facile de conclure ce qu'elle est capable de faire pour tirer la classe ouvrière des conditions pénibles dans lesquelles l'état social actuel Ta jetée.

« Il est facile également de comprendre que, pour remplir ce devoir de pieuse tendresse et de vraie humanité, il n'y a rien de meilleur ni de plus efficace que de travailler à enraciner dans les âmes les préceptes de la foi chrétienne et à donner pour règle à la vie des hommes la doctrine de l'Evangile. C'est pourquoi, Nous regardons comme non moins louable qu'op-

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portune et féconde la résolution que vous avez prise de vous servir de réunions de ce genre pour faire pénétrer les esprits, parmi le peuple et surtout dans la classe ouvrière, des enseignements de Notre Encyclique, qui sont puisés dans les plus saintes doctrines de l'Eglise, de telle sorte que, le* ayant bien compris, ils soient persuadés qu'ils ne doivent pas attendre les biens légitimement réclamés par eux d'un bouleversement aveugle de Tordre social, mais de la force salutaire et de la sainte domination de cette sagesse que le Christ Xotre-Seigneur a apportée du ciel sur la terre pour- régler les mœurs des hommes.

« Nnus n'approuvons pa^ moins cette autre résolution du congrès de Bienne en vertu de laquelle doit être prochainement convoquée une nouvelle et plus nombreuse réunion d'ouvriers qui demandera d'un vote unanime à ceux qui président aux affaires publiques d'appliquer leurs soins à ce que partout des lois qui soient les mêmes protègent la faiblesse des enfantset des femmes qui travaillent et fassent passer dans la pratique les conseils que Nous avons donnés dans Notre lettre.

a 11 n'est pas besoin degrandes démonstrations pour que l'on comprenne que ce vœu est souverainement raisonnable. Car, s'il va un motif grave et juste pour lequel l'autorité publique ait le droit d'intervenir pour protéger par des lois les intérêts déa ouvriers, on ne pourra assurément pas en trouver de plus grave et de plus juste que la nécessité de venir en aide à la faiblesse des enfants et des femmes, desquels la génération future tire ses commencements ou son origine et d'où dépendent en grande partie les forces et la puissance de chaque nation. Et, d'autre part, il est

évident pour tous combien serait imparfaite la protection donnée au travail des ouvriers si elle l'était par des lois différentes que chaque peuple élaborerait pour son compte, car les marchandises diverses venues de divers pays se rencontrant sur le même marché, certainement la réglementation imposée ici ou là au travail des ouvriers aurait cette conséquence que les produits de l'industrie d'une nation se développeraient au préjudice d'une autre.

« La force de la loi humaine ne peut résoudre seule ces difficultés, ni les autres semblables. Elles pourront être enfin vaincues et résolues, si la foi chrétienne des mœurs gagne considérablement les esprits et devient florissante, et si les hommes conforment leurs actes aux enseignements de l'Eglise. Après cela, viendront aisément, pour le salut commun, l'aide et le concours de lois sagement faites et la généreuse action de toutes les forces dont disposera chaque nation.

« A vous, cher Fils, qui consacrez, avec un zèle ardent, les forces de votre esprit, toute votre activité et votre talent, à la poursuite d'un but si noble, Nous avons voulu donner ce témoignage public de Notre bienveillance, bien assuré que vous persévérerez et que vous déploierez tous vos efforts afin de répandre de plus en plus et de faire prévaloir les doctrines enseignées dans les documents émanés de ce Siège Apostolique pour le soulagement des malheureux et l'affermissement de l'ordre social. . . »

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