Le juste salaire d'après M. Périn
Ce qui a été dit dans les études précédentes sur le juste salaire pourrait peut-être suffire ; mais les débats prolongés qui ont porté sur cette question nous déterminent à l'aborder ici encore une fois, a la suite de M. Charles Périn, l'économiste si chrétien et si modéré dont aucun catholique ne pourra suspecter le témoignage (Voir l'Appendice de la 2e édit. des Premiers principes d'économie politique). . Plaignons-nous seulement, en passant, que M. Périn persiste encore à parler de « socialistes chrétiens ».
Dans un premier paragraphe, après avoir constaté que l'Encyclique pose la question du salaire au point de vue de la justice commutative, qui exige l'équivalence entre le travail fourni par l'ouvrier et le salaire payé par le patron, il arrive à cette première conclusion : « Pour moi, la véritable portée des décision- de l'Encyclique sur le salaire, c'est d'abord de proscrire
toute spéculation sur le nécessaire de l'ouvrier. C'est ensuite de déterminer le patron, par la crainte de manquer àlajustice commutative, à faire tout ce que comporte l'état de son industrie pour assurer à l'ouvrier un salaire suffisant ; à prendre toutes les mesures qui peuvent, directement ou indirectement, améliorer sa condition et lui assurer le nécessaire. C'est de l'impulsion imprimée par les déclarations de l'Encyclique sur ce point, que doit résulter la reconstitution chrétienne de l'industrie, œuvre nécessaire de notre temps, mais qui rencontre malheureusement tant de résistances, même parmi ceux que leurs convictions chrétiennes devraient déterminer à en être les plus actifs ouvriers ».
Dans le second paragraphe, il établit que « ce n'est pas, comme certains le prétendent, le taux courant qui doit servir de règle absolue pour déterminer le juste salaire. Le juste salaire, dont l'Encyclique pose la règle, est ce que les économistes appellent le salaire normal ou nécessaire..., lequel est le salaire suffisant pour faire vivre l'ouvrier et sa famille... » Il est vrai que « les anciens théologiens considéraient comme juste le salaire qui atteint au moins le taux inférieur de ce qu'on a coutume de donner dans la région pour le service qu'il s'agit de rémunérer». Mais, poursuit-il, « à l'époque où les théologiens formulaient leurs solutions, la question du salaire normal ne se posait point en principe ; en fait, elle était résolue par les mœurs. L'opinion, profondément pénétrée de la pensée et du sentiment catholique, n'aurait jamais considéré comme juste un salaire qui n'aurait pas procuré le nécessaire au père de famille vivant de son travail... » Bref, l'Encyclique n'a fait que définir « ce que pressentait,
sans rien préciser, l'instruction commune des siècles précédents ; et cette définition était d'une absolue nécessité pour une époque où le matérialisme économique ne voit plus dans l'ouvrier qu'une machine animée, accessoire de la machine que met en mouvement la vapeur ou l'électricité » .
M.Périn s'explique ensuite sur le salaire dit /r///? UicU et, touten rejetant avec raisonle salaire familial relatif, il tient pour le salaire familial absolu ou, pour parler un meilleur langage, le salaire « équivalent à la subsistance de l'ouvrier père d'une famille composée d'un nombre moyen d'enfants». C'est toujours, en effet, àdes lois générales et à des moyennes qu'il faut viser en ces matières. Ecartant ensuite une objection tirée d'une consultation du cardinal Zigliara, M. Périn ajoute : « Pour déterminer le salaire normal ou juste salaire, dû par le patron en vertu de la justice commutative, il y a à tenir compte seulement de l'ouvrier en luimême, comme le disent les réponses romaines, et il n'y a point à considérer en elle-même la famille de l'ouvrier, ce qui entraînerait comme conséquence le salaire familial au sens des socialistes. Mais l'ouvrier pris en lui-même doit être considéré par rapport à sa condition normale d'existence, qui est la vie de famille ».
Maintenant, il va sans dire que l'obligation étroite de payer un salaire suiiisant cesse quand il devient impossible de la remplir, comme il arrive en cas de pertes, de crise traversée par l'industrie, etc. Elle cesse encore quand le travailleur ne fournit pas le travail qu'on est en droit d'attendre d'un homme de sa profession. Le salaire, en efïet, n'est dû qu'en raison des fruits du travail. Mais, pour ce qui est des crises
industrielles, il faut considérer que les époques difficiles sont compensées, en partie du moins, par des temps de prospérité et qu'il importe beaucoup de tendre à la fixité des salaires : les chômages et les variations subites de salaires sont des causes trop efficaces de souffrance et de désorganisation.
M. Périn constate, en terminant, qu'il est impossible moralement à l'Etat de réglementer les salaires. Mais, ajouterons-nous, ce que l'Etat ne peut faire par des lois ou des règlements généraux, il peut le permettre aux corporations et arriver, par leur moyen, à une organisation économique dans laquelle tout travailleur capable pourrait vivre honnêtement de son travail.
1. Gravité de la question sociale. — 2. Il s'agit de mettre en évidence les principes d'une solution conforme à la justice et à l'équité. —3. Ditliculté et urgence du problème. — 4-5. Causes du mal : ...l'usure, les monopoles. — 0-14. Prétentions et erreur des socialistes. Injustice de leur théorie. La propriété privée et individuelle est de droit naturel. — 15-17. LafanïlHth Ses droits sont antérieurs à ceux de l'Etat. — 18. r'unestes conséquences du socialisme.
Î9-20. Nécessité de faire appel à la religion et à l'Eglise pour résoudre la question qui s'agite. Tous doivent contribuer à cette solution. — 21-22. Nécessité desinégalités sociales, du travail... Les épreuves sont inévitables. — 23-25. Les deux classes sociales ne sont pas des ennemies-nées : la religion les accordera. Devoirs du pauvre et de l'ouvrier ; des riches et des patrons. — 86-29. — Vérités plus hautes : l'autre vie; prix de la souffrance choisie par J.-C. Avertissements et menaces aux riches. Distinguer la juste possession et l'usage légitime des richesses. Devoir de verser le superflu dans le sein des pauvres. La pauvreté honorée par J.-C. Fraternité chrétienne. — 30-35. Action bienfaisante de L'Eglise. Ce qu'elle a fait pour les classes déshé- La vraie charité, qui naît du Cœur de Jésus, ne peut être suppléée.
36-43. 11 faut recourir aussi aux moyens humain-. Part de l'Etat : concours d'ordre général; justice distributive : amélioration du sort des travailleurs; protection île ton-; recours nécessaire dans certains cas a l'autorité publique; L'Etal doit se faire la providence des travailleurs. — 44-50. Il doit protéger Les propriél -. empocher les violences, prévenir le-
crèves, respecter Les âmes, toutes égales au point de vue de
leur destinée, sauvegarder le repos dominical, protéger le travail, surtout celui de l'enfaat et de la femme. — 51. Fixation du juste salaire. — 52. Rôle des corporations ou syndicats. — 53-54. L'épargne et l'acquisition d'un petit patrimoine sont recommandées. Il faut favoriser l'esprit de propriété et le développer dans les masses populaires. — 55. Avantages de la petite propriété. — 56. Les impôts et autres charges doivent être modérés. — 57-60. Utilité de certaines institutions sociales (caisses de secours, assurances, etc.) et surtout des corporations. Leur opportunité et leur droit à l'existence. Liberté d'association .
61. Sociétés religieuses. Injustices dont elles ont été victimes. — 62. Les associations se sont multipliées : nécessité, pour échapper au joug des sociétés secrètes, de former des associations chrétiennes. — 63. Eloge des hommes d'oeuvres, des congrès, etc. — 64-67 L'Etat doit protéger les associations légitimes et respecter leur autonomie. But temporel et spirituel de ces sociétés : il est essentiel qu'il soit moral et chrétien. Principes de leur organisation ; services qu'elles peuvent rendre : arbitrages, assurances, etc. — 67-68. Exemple donné par les premiers chrétiens.
69-70. Conclusion. Tous ont un rôle urgent à remplir L'action de l'Eglise sera d'autant plus féconde qu'elle sera plus libre. C'est d'une abondante effusion de charité qu'il faut principalement attendre le salut.
LA QUESTION SOCIALE (conférence).
'71 Gravité de la question sociale, — 72. C'est avant tout une question de morale et de droit naturel. — 73. Elle comprend la question économique. — 74. La question sociale et la philosophie chrétienne.
I. — 75. Nécessité de l'idéal. — 76. Les principes absolus et l'expérience. — 77. Le faux idéal, principe d'anarchie : Rousseau, Spencer. — 78. L'idéal chrétien. Droits garantis par les devoirs. — 79. Accord de la liberté et de l'autorité, de l'égalité et delà hiérarchie. — 80. L'individualisme et le communisme. — 81. Le libéralisme et le socialisme. — 82. La justice et la charité. — 83. Chercher à substituer le salaire à l'aumône. — 84. Rapports du capital et du travail. — 85. Conditions générales de leur accord. — 86. Le petit patrimoine. — 87. Iniquité de la législation. — 88. Les amis du peuple. — 89. L'union des classes.
II. — 90. La méthode expérimentale. Le Play. — 91. Adaptations successives que comporte la vie sociale. — 92. Le progrès social ne se confond pas avec le progrès intellectuel. — 93. Le progrès et la tradition. — 94. Conclusion. Les universités catholiques. L'Eglise. Le prêtre.
Appendice I. Esquisse d'un programme électoral. 95. Programme électoral. — 96. Rôle de la jeunesse catholique.
App. II. Examen de quelques opinions économiques.
97. L'économie politique et la morale. — 08. L'économie politique et l'organisation de la société au point de vue de l'utile. — 99. L'économie politique est-elle sans idéal? — 100. Le but du travail dans la société.
Y A-T-IL UNE ÉCONOMIE POLITIQUE CHRÉTIENNE ET QUELS SONT SES PRINCIPES ?