‹ Études sociales et économiques sur le Canada [microforme]Chapitre 11 sur 38 · Ë H LE · texte numérisé non relu

Ë H LE

De Dr,

N'est-ce pas là la triste histvire d'un grand nombre de familles canadiennes-françaises ? C'est, en raccourci, si l’on en excepte l'exil qui est heureusement l'exception, l’histoire de ce peuple depuis trente ans. Nous touchons là aux causes très simples du mal qui le mine et dont le symptôme le plus alarmant, parcequ'il est le plus apparent, est le dépeuplement des Campagnes. Il faut un remède qui remette en œuvre toutes les énergies nationales assoupies. Ce remède, c'est l'éducation saine, et ces mots Comportent beaucoup plus que la simple instruction., La mission de ceux qui ont à lui communiquer cette éducation est grave, car ils peuvent se tromper. Quelquefois le corps social, Par un merveilleux instinct de conservation, résiste, sans cause apparente, aux conseils les mieux intentionnés, Il faut alors que l'éducateur s'arrête et qu'il réfléchisse, car il se peut qu'il se trouve en présence d'une tendance qu’il ne faut pas déraciner mais simplement diriger. Essayons de nous faire Comprendre, Parmi les causes d'appauvrissement et de dépeuplement des campagnes, on a signalé la culture routinière et le ]uxe. La routine a été combattue avec assez de succès, Il suffisait, en effet, poür réussir, de donner l'éveil, de diriger l'opinion ainsi éveillée en mettant directement sous le regard qu cultivateur les avantages d’une culture intelligente et soignée, C'était là un commencement d'éducation saine, aussi, la croisade sérieusement entreprise, le progrès devint-il presque immédiatement visible. Il n'en a pas été de même pour le Inxe. On a tonné contre lui du hant de la chaire et dans les jonrraux, mais sans beaucoup de succès. Le peuple n'était pas convainen, l'exemple était trop contagieux, le bontiquier trop accommodant. En rejetant ces conseils bien

les ans et, an bout du compte, {1 faut vendre chenevière et mobilier. parce que le créancier veut son remboursement ou de tels intérêts qu'on ne peut y suffire. Tout s'en va: les intérêts ont emporté Je revenu; on est vieux, on ne peut plus travailler, Lee enfants vous abandonnent parce que vous les avez mal élevés et qu'ils ont les mêmes Passions et les mêmes vanités que vous.” Le paysan dans ces conditions devenait mendiant: mais de même qu'en France les choses sont aujourd'hui chargées, de même aussi en Canada, le paysan ruiné n'est pas aussi mal qu'il l'eut été autrefois. putsqu'il devient ouvrier industriel à l'étranger. Le progrès est {ci bien lent et nous coûte bien cher. Cependant i1 y a progrè* parce que le progrès est la loi du monae.

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iutentionnés, le peuple était-il dans l'erreur ? On à voulu exXtirper de son cœur l'amour des choses dispendieuses et Voyantes. On n'a peut-être pas assez réfléchi que cette tendance, convenablement dirigée, pouvait devenir le premier pas vers l'amour réel de l’art et des industries d'art, Nous Savons qu'il existe dans cette population des qualités artistiques latentes. Pour les faire éclater, il suffirait de cultiver son goût. Alors il rejetterait de lui-même toute cette “braverie” vulgaire qu'on lui reproche maintenant, N'oublions pas que le luxe, en lui-même, n'est Pas un vice, Le prétendre ce serait condamner une foule d'excellentes sens et mettre sous interdit des choses belles et utiles, C'est l'abus qui est vicieux. Le luxe peut en effet devenir un puissant instrument du progrès. 1] est reconnu de nos jours que l'aura médiocrilas n'est pas de saine économie, et l'humanité ne progresserait guère s'il cessait de se forge” des besoins nouveaux. Mais le luxe n'est bon que lorsqu'il conduit à l'effort et au développemen:. énergique des facultés, Nous savons par une triste expérience que si on le laisse Sans direction, il peut conduire à la vente des terres et au dépeuplement des campagnes et devenir par l'abus nn vice social dangereux, Et cependant, comme la loi de l'évolution opère toujours, même lorsque cer. tains faits semblent Prouver le contraire, nous verrons bientôt cette qualité latente on ce vice, suivant le Cas, qui a contribué à l'exil d’un grand nombre de Canadiens, affecter puissamment et favorablement leurs destinées, lorsqu'ils seront transportés dans un autre milieu où nous aurons plus tard à les suivre.

On a cru aussi trouver la cause du mal social dans les entraves apportées à la colonisation. M. Gaston de Montigny nous parle avec la juste indignation d'un cœur Patriotique et d’un esprit éclairé d’une succession de #ouvernements, tous, en fait sinon en principe, hostiles au colon; qui pour un misérable revenu qu'il serait facile de se Procurer autrement, vendent l'héritage national à des spéculateurs. Hélas ! il nons semble qme nous sommes ici en présence d’un effet plutôt que d’une Cause. N’est-il pas *ont naturel que les assemblées électives soient faites À l’image de leurs Commettants? I] fant revenir À la famille de no're respectable cultivateur Pour trouver l’ori-

’as tout à fait.

gine du député. Parmi les enfants de cet agriculteur, le curé ou le notaire en à remarqué un qui lui paraît bien doué, 1] s'emploie auprès des Parents pour que cet enfant soit envoyé au petit séminaire ou au collège pour y acquérir la somme de connaissances jugée nécessaire pour devenir prêtre, avocat ou médecin. Cette pratique est excellente et l’on ne saurait trop la louer, Si ce jeune homme entre dans la sacerdoce, il fera presque certainement ce qu'on appelle un bon prôtre, c'est-à-dire qu'il vivra d'une vie chaste, il administrera les sacrements et veillera aux mœurs de ses Paroissiens, comme Vont fait ses devanciers; avec moins de succès qu'eux cependant, car lorsqu'une population n'est pas en progrès, la criminalité et le vice se Propagent rapidement, Mais il attribuera cela à l'esprit Corrüpteur du siècle. Avocat, médecin ou notaire, l'enfant deviendra également nn personnage respectable, suivant la routine décadente traditionnelle, On dira de lui: C'est un bon citoyen. Cela est-il bien sûr? Où voit-on que ce bon prêtre, que ce respectable praticien soit meilleur citoyen dans la classe où il est entré que son père le cultivateur dans la sienne ? Nous craignons bien qu'il ait à rendre un compte encore plus sévère de l'usage qu'il aura fait de ses talents et de ses avantages, Le premier, claquemuré dans son ignorance, pouvait assez difficilement voir et comprendre, Le second est resté volontairement dans les ténèbres, car il lui était possible de faire la lumière. I] n'a pas cru mal faire, il n'a pas pensé, il n'a pas su comprendre l'important problème social qui se présentait à lui, voilà tout. Ceux qui l'avaient formé y avaient-ils pensé davantage ? Il est probable que non. Pourtant tous ont agi de la meilleure foi du monde. Nous ne peignons pas de malhonnètes #ens, nous ne faisons que signaler certaines ignorances, au sens social de ce mot,

La multiplicité des crimes violents que, depuis quelques années, nous avons à déplorer dans la province de Québec, est la manifestation d'une véritable décadence sociale. Les préceptes moranx, même appuyés de la sanction religieuse, sont impuissants à combattre ces tendances, à moins que l'éducation sociale du peuple ne soit constamment soignée, Négliger ce point essentiel c’est affaiblir le corps social et l’individn. on

SUR LE CANADA 55 de moins permettre qu'ils s’affaiblissent. Or, une société où il existe une forte proportion de cerveaux déprimés, est en grand danger. Ces êtres faibles et impuissants, ne se respectant plus eux-mêmes, cessent de respecter les autres, bien qu'ils les puissent craindre, Leur habitude ordinaire d'esprit est l'apathie, avec des accès de violence aveugle, ordinairement déterminés par l'abus de l’alcool. Ceux qui en sont à chercher les seules ioies de la vie dans les drogues que les médecins appellent les poisons du système nerveux, ne sont pas des hommes civilisés, ni même des hommes sauvages, ce sont des dégénérés. C’est donc en vain que la religion enseignera la morale la plus pure, si elle s'adresse à des sujets incapables de la comprendre. Il faut combattre ces tendances mauvaises en enseignant à l’homme dès son enfance l'horreur de ces stimulants et des catastrophes que leur usage entraîne ; en lui démontrant que c’est en développant les sources naturelles et légitimes de la vie qu'on renaît à la joie et à l'espérance. C'est dans ce terrain préparé que la morale germera. Et puisque, dans les conditions actuelles, il est difficile de supposer que cette éducation pourra s'acquérir au sein de la famille, pourquoi ne pas commencer par l’école cette réunion d'esprits jeunes et propres à recevoir les saines impressions ?

Ceux qui connaissent les campagnes de la province de Qué.bec devront convenir que nous ne représentons pas ici des types imaginaires. L'esprit public, le sentiment des responsabilités n'existent que chez un bien petit nombre, alors que tous devraient en être animés. Or c'est parmi ces hommes qu'on Suppose instruits, mais qui souvent ne le sont guère dans les matières essentielles, que le peuple choisit ses mandataires. En acceptant ce mandat, le député s'engage, en théorie, À renoncer à toute pensée égoiste pour devenir nn vigilant de toutes les heures, le gardien des libertés publiques, l'artisan de la grandeur nationale. Les députés sont-ils À la hanteur de cette mission ? Est-il facile qu'ils le soient, tout imprégnés qu'ils sont d’une atmosphère sociale viciée et qu'ils apportent avec eux au sein de l’assemblée délihérante ? Non, cela est À peine possible. Soyons justes cependant. Parmi ces élus An snffrage, il en est plus qu’on pense qui voudraient entreprendre

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4e UT “ét * gp * U e 96 ETUDES SOCIALES ET ECONOMIQUES

des réformes, Quelques-uns, c'est le petit nombre il] est vrai, s'inspirant des exemples du passé, seraient prêts à faire de véritables sacrifices pour le relèvement social de leurs compatriotes. Ils savent, ils sentent que leur salut est dans l'action, et que pendant qu'ils s'attardent et S'endorment, d'autres prennent leur place au banquet des peuples. Mais ceux-ci craignent de rester incompris, ceux-là ne se sentent pas soutenus par l'opi- Non, Tous se trouvent désarmés en face de la mortelle apathie publique. Et C'est ainsi qu'il arrive que le représenfaut da peuple dans ça sphère ne montre Pas plus d'initiative | éclairée que l'homme de profession dans la sienne et que ni l’un ni l’autre n'est meilleur citoyen que le cultivateur qui épuise sa terre, la vend et émigre.

Tels sont les résultats d'une vie sociale trop peu intense et d’une vie familiale trop étroite, suivant l'expression de M. Gé. rin. Il n'en fut Pas toujours ainsi, Aux heures les plus sombres de l'histoire canadienne la race Canadienne-française sut s'affirmer, Elle donna des preuves éclatantes de patriotisme et d'esprit public, d'audace dans ses conceptions politiques, de sagesse, de mesure et de persévérance dans l'exécution des réformes nécessaires à la nation. Depuis lors, elle a un peu trop dormi sur ses lauriers, Mais elle se réveille, elle ressaisit son flambeau. Déjà, nous l'avons vu, l'ennemi le plus redoutable, ! l'ignorance recule devant sa lumière et dans la plupart des paroisses la stagnation agricole est chose du Passé. Partout dans nos Campagnes le peuple se relève et il signale la reprise du combat en s'emparant d’une grande et importante industrie, l’industrie laitière, Le petit tableau qui suit donnera nne idée de la situation de cette industrie dans les deux grandes provinces lFannée du recensement (1901).

— EEE LT Nombre Beurre Fromage Nombre | Payé |Rende.

e de | aux ment fabriques 1bs. ê | 1bs. & Patrons ; ns par tête ones mme. Da ° Ontario....| 1.34 | 7,499,542 | 1,597.05 | 131.06 60 | 13.440.987 | RINR7 1295.20! 89 Québec... 1,992 | 24,625,000 4.916,78 S0,630,119 7,957,621 | 100,830 : 11 039,279 6.7

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Pour comprendre les Progrès q'ie fait la Province de Québec dans cette industrie, il faut savoir

qu'en 1891, elle ne fabriquait des produits laitiers qu'au montant d'un Peu moins de

trois millions de dollars. Nous avons de plus l'assurance que le progrès se maintient et même qu'il s'accentue, Puisqu'en 1903 elle comptait 2,638 fabriques, 646 de plu sement. Cette industrie, surtout celle tre les Connaissances spéciales, be Elle exige l'emploi de machines lance constante des fabrqines par les cultivateurs qui en sont les patrons, Ces patrons étant au nombre de plus de cent mille sur un total de cent cinquante mille cultiv on peut dire que Presque tous v sont directement intéressés, Les directeurs de fabriques d'antre Part, sont intéressés à ce que les cultivateurs iméliorent leurs race qu'ils leur donnent des soins inte entraîne nécessairement l'amélioration des terres et de tontes les méthodes de culture, le relèvement de toute la classe agricole. Si, Québec autmente encore ses produits laitiers au taux de 341 p. 100 pendant la prochaine décade, cela lui donnerait en 1911 une production totale, Sans tenir compte de la valeur du lait et de la crême, de plus de S0 millions. I] n'y a pas lieu d'en désespérer puisque l'on constate dès maintenant que le nombre de fabriques, qui, pendant la décade précédente, n'augmentait qu'à raison de 117 par année, s'accroît maintenant de 323 par année. Si, pendant la même période, l’industrie laitière dans Ontario ne Progresse, comme pendant les dix années passées que de 100 p. 100, ce qui est déjà beau, on aura b Pour combler l'écart qui existe entre le revenu provinces et la race française aura échappé à économique et social.

Le groupe français du Canada pent avancer sans crainte d cette voie largement ouverte. L'accession de richesse conduira inévitablement à l'amélioration de Ja culture générale, On a représenté comme un danger l'exportation très considérable qu'on fait en Canada des produits laitiers.

la chose ainsi, Si toutefois il existait ] se corrigerait gradnellemert avec l’

S que l'année du recendu beurre, demande, ouaUcoup de soin et de Propreté, Perfectionnées et une surveil-

äteurs dans la province,

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