‹ Études sociales et économiques sur le Canada [microforme]Chapitre 29 sur 38 · L'INSTRUCTION INDUSTRIELLE · texte numérisé non relu

L'INSTRUCTION INDUSTRIELLE

INSTRUCTION industrielie fait partie, nous l'avons vu, de la politique industrielle nationale que nous voudrions voir s'établir dans notre pays. C’est uniquement à ce point de vue que nous écrivons ce qui va suivre, en empruntant un peu largement à nos études antérieures Sur le même sujet.

Il ne s’agit pas seulement ici des intérêts des industriels, ni de ceux de quelques jeunes gens qui peuvent avoir des goûts pour l’industrie, Si la question se bornait là, on pourrait prétendre —et ce sophisme, érigé en doctrine, a longtemps prévalu en Angleterre—que chacun doit s’arran-

ger comme il peut, se perfectionner à ses propres frais, se plier à la loi commerc'ale de l'offre et de la demande. Nous trouverons encore beaucoup de personnes qui ne vont pas plus loin dans leur raisonnement, Tel industriel constate que pour les besoins de son usine il lui faut des ouvriers ayant une certaine instruction technique; mais :1 sait qu’on trouve, non loin de son établissement, des écoles où cette instruction s’acquiert et gratuitement. Que voulez-vous donc de plus, s'écrie-t.i1? A notre point de vue, qui est bien éloigné du s'en, il a aussi grandement tort que celui qui, à l’époque où les Canadiens cherchaient à obtenir Je gouvernement responsable, aurait dit: “Mais Pourquoi toute cette agitation? Nous avons un souverain juste et bon, représenté Par un gouverneur bien disposé.” Sans doute, ces choses sont bonnes et désirables. Mais un peuple veut d’autres garanties. Pour défendre ses frontières, il organise son armée; s’agit-il de sa liberté constitu-

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tionnelle, il organise son parlement. C’est ce que nous avons fait. Il s’agit maintenant de protéger notre vie économique, dont dépend notre existence nationale, Allons-nous donc nous abandonner au hasard ou même à la bienveillance des maîtres de la grande industrie? “L'homme dont la protection contre l'injustice repose entièrement sar la bienveillance d'un autre homme ou d’une réunion d'hemmes, est un esclave—un homme sais droits,” disait Benjamin Harrison, autrefois président des Etats-Unis. N’allors-nous pas plutôt organiser l’instruction industrielle de notre peuple, afin qu'il soit en position de comprendre ses intérêts et ses droits dans l'ère nouvelle qui va s'ouvrir, les protéger par de sages lois et se mettre en mesure de participe: aux avautages de l’industrie? Voilà toute la question. ,

Mais organiser r'instruction industrielle dans la province de Québec n’est pas une petite entreprise. Il est bien difficile d'imaginer un système qui réponde aux besoins, et qui soit, en même temps, dans les limites de nos ressources financières. Ce que nous hasardons ici n’est qu’une ébauche, mais elle s'appuie sur les plus hautes autorités européennes.

Sir G. W. Kekewick, secrétaire du Board of Education d'Angleterre, et M. Michael E. Sadler, directeur des recherches spéciales et rapports, chargèrent un certain nombre de spéc'alistes d'étudier les systèmes d'instruction industrielle dans les différents pays de l’Europe. Grâce à la courtoisie de lord Strathcona, haut-commissaire du (Canada à Londres, nous avons pu nous procurer un certain nombre de ces rapports, qui, provenant de sources aussi distinguées, formeront une excellente base pour le présent chapitre. Ce sont un Report on technical and commercial education in East Prussia, Poland, Galicia, Silesia and Bohemia, par James Baker, FR.GS.; The Realschulen in Berlin, par Michael E. Sadl r: Higher Commercial Education of Antiwerp, Leipzig, Paris and Hatre, même auteur; The Continuation Schools (Fortbildungsschulen) in Saxony, par F. H. Dale; The French System of higher primary Schools, par R. L. Morant. Nous avons aussi consulté d’autres autorités américaines et anglaises. Ces études indiquent clairement que depuis vingt ans l'Europe

continentale s'est transformée sous l'impulsion de l'instruction universelle dirigée vers les branches techniques. Sous ce rapport les Etats-Unis, Mais surtout l'Angleterre et le Canada sont bien loin en arrière de la France et de l'Allemagne, Ce qui distingue l’oeuvre d'instruction industrielle en ces pays c’est l’organisation, le Système, sous une direction unique, Mais d’une élasticité suffisante devant les bésoins locaux. Les résultats ne se Sont pas encore entièrement produits, surtout en France, mais ils Sont déjà remarqua’,es. Dans ce dernier PAYS, en 1886, dix-neuf Pour cent des gradués des écoles primaires Supérieures, qu’on Pourrait appeler écoles préparatoires à l’industrie, entrèrent dans ]a Carrière industrielle au lieu de rester de simples journalirs comme ils eussent été autrement, En 1887, la Proportion s’éleva à »3 Pour 100, en 188) à 26 pour 100, en 1892 à 27 pour 100. Le Pour cent, dit M. Morant, augmente d'année en année, Et Pourquoi? C'est que dans ces écoles primaires et Supér'eures, qui sont la continuation des écoles élémentaires et dont les élèves doivent être âgés d'au moins onze ans—on s'attache non seulement à donner à l'enfant des connaissances générales indispensables dans les exploitations industrielles, Mais aussi À lui inspirer le goût de l’occupation à laquelle il est destiné, où 1! passera Sa vie et gagnera son Pain. Exemple : aux jeunes filles destinées à devenir femmes de cultivateurs ou d'ouvriers, on inspirera le goût des industries ménagères, si importantes et pourtant si négligées dans certains pays, notamment dans Ja province de Québec, où ces industries tendent souvent à disparaître plutôt qu’à évoluer, précisément faute d’une instruction industrielle suivant la méthode moderne, Cette influence bienfaisante s'é. tend à toutes les conditions de travailleurs. Comme le fait re- Marquer M. Morant, il ne faut pas confondre cet esprit avec Ja tendance purement utilitaire qui domine dans la plupart des efforts contemporains vers l'instruction. L’instruction industriel. le est, sous plusiours rapports, distincte de l'instruction tech. nique. Dans la pensée du législateur français elle doit la pré-

ciliter, de même qu'un cours Classique facilite lé. tude d’une profession libérale, C’est 1à un Point très important, nous y reviendrons.

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