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Ici cependant il faut nous entendre, De ce que Je recensement Le tient pas compte de ces industries domestiques, il ne faudrait Pas en conclure qu'elles ont complètement d'sparu. Dans bien des endro'ts, sans doute, on fabrique encore l'étoffe et la toile à la maison, et la statistique aurait dû le constater, Mais danx la plupart des localités cette industrie évolue et cette évolution ‘indique un grand progrès. Dans plusieurs paroisses on à établi des fabriques considérables où les cultivateurs envoient leur laine, On La file et on la leur renvoie sous forme d'étoffes de différen:es espèces, en COBSeFVARNT Uhe certaine quantité comme prix de fabrication, Dans d'autres fabriques, on achète la laine.
Le produit ext san doute inférieur, soux Le rapport de La solid: et de 'a durée, à la vraie production domestique, mais 1 est sv bérieur pour ce qui est de l'apparence et du fini. H y a lù des éléments importants à recueillir et à encourager. Du reste, nous le répétens, le travail à la maison, malgré certains ineon. vél'ents que la science sigle, est devenn noB-seulement poxsible mais lucratif, au moyen des installations peu dispendienses qui fonctionnent en France et qu'une soc'été des industries forest'ères pourrait introduire ici, Ce serait surtout un Passant CheOUragement à la colonisation et une source de richesse pour le colon,
Ce sont deg pertes économiques constantes que nous constatons de tous côtés que notre société se chargerait de diminuer, sinon de faire cesser complètement. Tout en formant, au moyen de son éccle de bons contre-maîtres et des Chtrepreneurs d'industrie, dont on fac'literait l'établissement et le groupe. ment au moyen du crédit industriel, elle devrait reckercher dans la province où elle opère, les endroits favorables à la fondation d'industries forestières, Elle devrait, bien entendu, dis. tinguer entre les régions favorables à l’agriculture et celles qui ne le sont pas. Dans ces dernières, le Rouvernement pourrait concéder pour une période déterminée des coupes considérables et des pouvoirs bvdrauliques à des individus et à gnies industr'elles, mais à la condit'on de pe réglée et de l'inspection par des offici
sont aujourd’hui les inspecteurs lai sociation forestière, On exigerait
des compala pratique de Ja cou.
ers SoUtMis, comme le tiers, à Ja direction de l'as- * haturellement l'établisse.
ment d'une fabrique et l’on stipulera't la nullité ubsolue des concessions au cas d'inexécut'on des conditions du bail.
Dans les endroits jugés propres à l'agriculture, c'est-à-Cire dans la grande majorité des cas, la manière de procéder serait différente, Là on ne concéderait pas de coupes de bois au sens ordina're de ce mot, Le devoir de l'association appuyée par le gouvernement, serait dé provoquer des groupements de colons sur les points avantageux, surtout de ceux où peuvent se trouver des pouvoirs hydrauliques de moindre puissance. Les colons de chacun de ces groupements s'engageraient d'avance à pratiquer une exploitation forestière sur le plan su'vant : chaque colon, après avoir accompli les conditions ordinaires d'établissement et de défrichement, recevrait un titre, disons de deux cents âcres de terre au lieu de cent âcres, dans les circonstances ord'naires, et dont il s'engagerait à te. nir une portion déterminée en coupe réglée. C'est toujours le principe de la permanence de la forêt. Les billes provenant de cette coupe, lesquelles fera'ent partie de leur récoite anr selle, les colons s'engageraient à ne pas les vendre en détail, mais à les porter à la fabrique qui serait établ'e dans leur voisinage et dont ‘ls seraient les propriétaires par indivis. Cette fabrique, conduite par un homme entendu et soumise aussi à l'inspection, ne fabr'querait, la plupart du temps, que le bois à pâte et ses produ'ts secondaires, Ce ne serait à proprement parier dans bien des cas qu'une scierie, dont les colons ainsi groupés seraient conjointement les propriétaires ou les patrons, pour une époque déterminée, On pourrait limiter les baux, lorsqu'il s’agira't d'un pouvoir d'eau, à trente, cinquante ou quatre-vingtdix ans, comme on le jugerait à propos; mais il faudrait que, dans un temps déterminé, le pouvoir hydraulique fit retour an domaine publie; après quoi le gouvernement seraît libre de renouveler le bail aux conditions que dicterait l'intérêt général. Seules les terre: agricoles doivent faire exception à cette règle, et encore à la condition immus.ole qu'une proportion déterminée de ces terres reste en forêt et en coupe réglée. Sans doute, la loi de ce chef devra avoir une certaine élasticité; il faut prévoir les mutations et surtout les div'sions de la propriété. L’essentie’, dans l'intérêt des individus comme du public, c’est que la
permanence de la forêt et de la production forestière soit main. tenue; que l’industrie forestière soit active et une source de prospérité générale. Du reste, au bout de quelques années et lorsque l'éducation populaire en la matière serait faite, cette loi maïntenant la permanence de la forêt fonctionnerait par. tout d'elle-même, par la force de l'opinion, comme toutes les lois fondamentales du pays, On ne songera‘t pas plus à détruire ou à voler la forêt qu'à tuer ou voler les bestiaux et les moutons dans les champs. La tâche de la société des industries forestieres, très pénible au début, parce qu'il lui faudrait s'occuper d’une foule de détails élémentaires et lutter contre l'ignorance publique, deviendrait bientôt plus agréable, Elle resterait libre de s'occuper des a: ‘es branches du développement industriel et sa surveillance gé: .: ‘'e ne serait plus qu'une question d'admiristration régulière, Elle pourrait dès lors donner toute son attention à l’industrie proprement dite,
Si une pareille méthode venait à se généraliser dans notre pays, les résultats eu seraient certainement merveilleux. On comprend quel élan donnerait à la colon'sation ce système de colons industriels propriétaires, Les terres publiques se peupleraient très rapidement ; chaque colon, en effet, trouver:.:t ‘ès le début, la vie assurée et même une aisance relative {1 pourrait s'occuper exclusivement de son tras ai! agricole, étant assuré d'avance de trouver un marché pour tous ses produits, Les matières en partie fabriquées, il pourrait, si cela lui était avan. tageux, les exporter, R'en dans la loi ne l'empêcherait de le faire. Mais ici encore la Société interviendrait pour lui trouver des marchés domestiques plus avantagex, soit en surveillant les taux de transport sur les voies ferrées qui présentement. he sont pas fixés en vue de la fabrication domestique, soit par beauconp d’autres moyens encore qui sera'ent à sa disposition. Cette matière première, d'une production abondante, régulière et d'un prix raisonnable, serait dons dirigée vers les fabriques canadiennes qui tronveraient un grand avantage à n'avoir pas elles-mêmes à s'occuper de la coupe du hois. Le directeur d’une de nos plus grandes exploitations nous faisait précisément cette remarque, il y a peu de temps, I] se plaignait qu'il était obligé de concéder la coupe du bois à pâte à forfai t, et que cela détério.
SU sons inc
nait il is
17+ ETUDES SOCIALES ET ECONOMIQUES rait ses “limites.” L'industrie y trouvera't donc aussi son compte, Elle pourrait se lancer dans des entreprises plus considérables, étant assurée d'une source intarissable de matière première. Tout, en effet, serait systématisé et régularisé. La société des industries forestières, dans son effort pour écouler avanta: geusement les produits di: syndicats agricoles de bois à pâte et d'autres industries rudimentaires, serait naturellement portée à donner une attention spéciale aux pulperies proprement dites et aux établissements de fabrication supérieure. Encouragées par cet immense avantage d'une matière première abondante et régulière et par les autres qu'on leur offrirait, et dont nous parlerons plus tard, ces fabriques surgiraient en grand nombre. Les unes proviendraient de l'initiative de capitalistes indépendants, les autres seraient les créations des élèves sortant de l'écale d’industr'e forestière ayant accepté les avances des cais: ses de crédit industriel, ainsi que les conditions qui y seraient attachées — conditions qui ‘auraient pour but que d'assurer l'excellence de la fabricatio: la permanence de l’industrie et aussi, naturellement, la garuistie raisonnable des sommes avancées. Mais toutes profitersient également des incessantes recherches de la société des industries forestières, toutes bénéficieraient de la publicité et des a -ntages généraux que cette organisation donnerait à l'industri- entière (1). A côté de l’industrie forestière surgiraient bientôt une foule d'autres industries, particulèrement celle de la métallurgie électrique, Nous verrions de nouveau les chantiers de construction maritime prospérer sur les bords du Saint-Laurent; la marine commerciale canadienne, — sans parler des avantages qui en résulteraient pour la marine militaire — prendrait rang parmi les plus importantes du monde, et nos marins, les plus robustes et les plus hard's de l'univers, transportera'ent sur nos vaisseaux, aux quatre coins dun monde, les produits de notre industrie, Et ces pro-
(1) Ii semble presque oiseux de faire remarquer combien tout cela hénéficierait au trésor public, Le gouvernement qui serait en partie le créateur de cette richesse, aurait acquis le droit de détourner un filet, bien mince relativement aux résultats généraux, mais in nense dans la pratique, vers Vécole, vers les chemins de colonisation, vers l'encouragement des arts, ete.
Ta
ne
SUR LE CANADA 179 duits seraient supérieurs aux autres produits du même genr:fabriqués ailleurs, parce que nous aurions au Canada le monopole d'une matière prem'ère abondante et à bon marché, un système de production scientifique et économique et enfin une popuiation ouvrière d'élite combinant les qualités artistiques da gén'e français avec les qualités pratiques du génie anglo-saxon. Le système d'organisation industrielle que nous venons ainsi d’esquisser offre l'avantage de ne rien déranger de ce qui existe actuellement et de ne léser aucun droit acquis, Personne ne pourra't s'en plaindre, ni le cultivateur, ni le colon, ni le com- Mmerçant de bais. La loi n'aurait pas d'effet rétroactif. Le colon déjà établi au moment de sa promulgation ne serait pas tenu à la coupe réglée sur son lot. S'il adoptait ce système par la suite ce serait parce qu’il en aurait compris les avantages. De même, rien ne l’empêcherait de continuer à vendre son bois précieux aux Américains, si tel était son bon plaisir, 11 cesserait graduellement de le faire, sans doute, mais ce serait pour la raison qu'il trouverait un meilleur marché à sa porte, De même, le commerçant continuera't de régner dans ses coupes de bois, diminuées cependant par les progrès rapides de la colonisation. Il ne faut pas oubl'er, en effet, que les groupements de colons pourraient se faire même sur les terres concédées pour la conpe, et que même l'enlèvement du bois d'oeuvre par le commerçant ne pourrait retarder qne de quelques années la mise en coupe réglée des terres ainsi prises par des groupes de colons aux conditions nouvelles, Chaque année done, le commerçant fera't, comme par le passé, sa dispendieuse récolte et paiera't les droits de coupe au trésor publie. Mais sur lui aussi, le nouveau système produirait b'entôt un bienfa'sant effet. Alors qu'il avait la certitude de pouvoir acquérir à vil prix, parceque je publie n'en connaissait pas la valeur, des coupes de boïs illimitées, il agissant en prod'gue, Ma's lorsqu'il s'apercevrait qu'il lui se rait désormais impossible d'obtenir de nouvelles concessions aux conditions anc'ennes, il commencera't à exploiter avec plus de précaution, il aurait plus soin de la forêt, source de sa fortune, il preudrait la peine de l’entretenir quelque peu, Avec l'ingéuuité qu' nait de la nécessité 1l suppléerait à la diminntion de ses revenus pur des économies dans l'exploitation qu'il
avait jusqu'alors jugées inutiles, Peu à peu il s'apercevrait qu’en ayant so'n de sa propriété elle lui rapporterait davantage et qu'à tout prendre sa situation se serait améliorée, Dans bien des cas, il se hâterait de profiter des avantages offerts par la so. ciété des industries forestières; :] aurait la sagesse de ne pas voulo'r s’isoler du mouvement général; il deviendrait lui-même manufacturier, Mais, même s’!] se contentait de son ancienne exploitation, avec le nouvel esprit qui présiderait à la mise en force de la loi qui le régit et par su'te de la diminution rapide de ses concessions envahies par les syndicats de colons, il ne se. rait plus un danger public, #il est vrai, comme nous le croyons, que le commerçant de bois, dans la prov'nce de Québec qu moins, est, économiquement parlant, un obstacle au progrès, ce n'est pas sur lui que doit en retomber la faute. Le commerçant ne s’est jamais piqué d’être patriote, il n’a pas prétendu travail; ler pour l'avenir. I] a acheté nos forêts puisque nous voulons bien les lui vendre, il les à revendues en détail le plus uvanta- #eusement poss'ble pour Jui-même, La marche des choses est, seule responsable de la situation actuelle et i1 sernit injuste d'en faire peser la responsabilité sur les hommes, les partis ou les institutions, Au moment où l'on a commencé à cobcéder des Coupes de bo's, personne ne pouva't prévoir l'importance que prendrait par la suite l’industrie forestière, Ce n'est que ré. cemment que l'opinion commence à s'émouvoir à ce su jet, dans nos anciennes provinces, Elle se trouve en présence d'un sys. tème depuis longtemps établ' et qu'il est difficile de changer brusquement, d'un groupe de privilégiés qui exercent naiurel« lement une grande influence, C'est un état de choses malheu. reux, il est vrai, mais en somme, normal et légal. Cette influens ce des commerçants de bois semble pern'c'ense au point de vue de la forêt et de la colonisation, mais on peut encore la combat: tre. Aussi n'est-ce pas de ce côté que se trouve le plus grand danger. L'influence illégale qu'exercent les trusts aux Etats- Unis et qu'ils commencent à exercer iei, est b'en autrement re. doutable,
Nous savons tous que de l'autre côté de la frontière, ces grandes combinaisons de Capital tiennent dans ieure nains les Pouvoirs publics, Elles Corrompent les fonctionnaires et rédui.
sent le peuple en servage. Vingt-sept Etats et territoires dans la république des Etats-Unis ont promulgué des lo's spéciales Pour détruire les combinaisons industr'elles existantes et pour en empêcher Ja formation de nouvelles, Quinze autres Etats y ont pourvu dans leur constitution même, Outre ces mesures spéc'ales dans chaque Etat, il y a les lois fédérales contre les trusts, le Sherman Act, 1890, la Interstate Commerce Law, 1887, etautresencore, Cela fait en tout une cinquantaine de lois promulguées aux Eats-Unis contre les trusts, les déclarant illégaux, infligeant des pénalités, ete, Cela n'empêche pas ces organisations d’opérer en toute liberté, de commettre sans cesse de grandes ‘njustices, de tyranniser le public enfin. Ces grandes or. ‘ganisations, en effet, se Moquent de la loi; elles passent à travers sans difficulté, et les légisiateurs sont accommodants, Comment résister à de telles pu'ssances! Nous comprendrons combien cela est difficile en examinant ce qui se passe chez nous. Parcourez nos statuts et vous vous demanderez pourquoi l’on s'avise de demander des réformes en face de dispositions aussi sages et aussi justes, Ces sages et justes lois ont-elles jamais protégé efficacement la forêt et le colon? Des lois de cette nature restent sans valeur si ceux qui doivent en profiter ne s’organisent pas aussi puissamment que ceux qui ont intérêt à les rendre inopératives. Pour protéger nos forêts et les ouvrir à l’exploitation nationale, pour protéger nos terres publiques et les ouvrir au colon, il nous fant donc une organisation plus puissante que le trust, ‘ Mais si d'un côté le trust entrave les libertés publiques et ‘ndividuelles, l'évolution économique dont il est la manifestation ne s'arrêtera Pas, parce qu'elle est nécessaire, Nous l'avons vu dans une étude précédente, le trust, malgré ses griffes, est à tout prendre et au point de vue purement économique, un progrès; c'est ce qui fait sn force. 11 fant done, pour lui résister, le combattre avec ses Propres armes, Nous pourrons le faire en adoptant ce qui est vraiment bon et pragressif dans le système du trust, c'est-à-dire «a puissante orgamisation industrielle, mais en écariant ce qui est dangereux. Or la combinaison industr'cile qui nous paraît le plus propre à atte‘ndre ce but serait celle qui äurait pour base une société dos indusiFies forestières telle que nous Ja concevons,
Nous entendons d’ici certains lecteurs s'écrier que nous voulons remplacer un mal pour un mal plus grand en supprimant parmi nous l’init'ative individuelle et la concurrence, Mais telle u'est pas notre pensée, L'on verra par la suite que la mise en oeuvre de l'idée que nous développons ne nuirait en rien à la liberté indiv'duelle des personnes et des sociétés qui feraient partie de l'orgauisation. Entendons-nous cependant. Il est vrai que les combinaisons industrielles, même les meilleures, ont un effet considérable sur la concurrence, Le trust s'efforce de la supprimer, le cartell la modifie, ce qui est bien différent. Du reste, il n'est pas prouvé que la concurrence intense et dépassant certaines limites est un bienfait pour l'industriel ou même pour le publie. On pourrait même soutenir le contraire, La concurrence outrancière donne lieu à d'énormes gaspillages et à une déperdition considérable de la force productive, Elle augmente les frais de fabrication et de vente et partant les prix que paie le consommateur. Il est done acquis qu'une concurrence trop vive dans le pays pourrait nuire à la vente des produits canadiens à l'étranger. Il n’est pas moins évident que l’organisation et, jusqu'à un certain po'nt, la centralisation industrielle s'y produira certainement — soit d’une manière bienfaisante, comme nous le voudrions, soit au détriment de l'intérêt public par le moyen du trust. Expliquons notre pensée par quelques faits, Dans le commerce de liqueurs, aux Etats-Unis, on a calculé qu'il se dé. pense $40,000,000 par année, en sus des frais de fabrication et des droits d’accise, pour mettre la marchandise sur le marché. Que dire des dépenses qu’entraîne la publicité! 11 est impossible d'insérer une annonce, page pleine, dans une magazine ou une revue pour moins de $200, et cependant l’on ne peut ouvrir une revue américaine ou anglaise sans y trouver ces annonces par centaines, Enfin, la fonction réelle des combinaisons de cap'taux c’est d'éviter en grande partie les gaspillages de la concurrence, en organisant le plus avantageusement possible l'énergie industrielle. Elles y parviennent en assurant les arrivées régulières des matières premières, en perfectionnant la fabricat'on, et en s’assurant des débouchés stables et suffisants. On pourrait lire à ce sujet, le livre de M. J. W. Jenks, The trust
problem. M. Jenks est une autorité. Il est professeur de science politique à l’université Cornell et membre de la commission iné dustrielle des Etats-Unis. M. Paul de Rousiers, dans son au, vrage: Les syndicats industriels de producteurs en France et à l'étranger, résume avec une grande clarté la s'tuation économique dont les trusts sont une des manifestations, Nous citerons quelques passages de son livre; ils aideront à faire comprendre l'idée qui a présidé au projet que nous essayons d'expliquer dans cet ouvrage:
“Quel que soit le pays où s'est portée notre observat'on ; quelle que soit la nature des syndicats de producteurs que nous y avons rencontrés; partout, une cause déterminante générale nous est apparue comme leur origine commune. C’est la concentrat'on industrielle et commerciale nécessitée par l’évolution économique moderne qui contraint en quelque sorte les industriels à se rapprocher les uns des autres, à unir leurs efforts pour se mettre à la hauteur des circonstances nouvelles.
“Là même où les syndicats industriels donnent lieu aux abus les plus graves; là où ils excitent les méfiances les plus justifées; là où la loi elle-même cherche à empêcher leur création, aux Etats-Unis, nous voyons leur marche triomphante se poursuivre avec un caractère, pour ainsi dire, fatal. Bon gré, mal gré, les usines indépendantes sont obligées de se soumettre à la domination des trusts ou de disparaître.
“L’aucienne organisation industrielle et commerciale se prétait bien à l’isolement des producteurs; chacun travaillait pour soi et uniquement pour soi, cherchant à se créer puis à se réserver une clientèle, luttant avec quelques concurrents placés dans des conditions analogues, mais sans grande préoccupation de l'équilibre général entre la product'on et la consommation.
“Il était difficile aussi d'atteindre des marchés éloignés; par suite la sphère d'écoulement des produits fabriqués d’une usine donnée était forcément restreinte; par suite aussi chacune de ces sphères se trouvait ‘solée de la sphère voisine.
“Aujourd’hui le machin'sme permet une production dépassant de beaucoup la demande et la facilité des communications rend possible la distribution des objets fabriqués sur des territoires très éloignés les uns des autres.
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“Le besoin de Concentration se manifeste par d’autres traits. Au point de vue industriel, les grands établissements ont sur les établissements modestes des avantages marqués; le machi. nisme s’y développe dans des conditions plus favorables et d’une manière plus complète; mais des usines peu éloignées peuvent quelquefois s'assurer des avantages en s'unissant, en se fus'onnant. Au point de vue commercial, des usines même très distantes les unes des autres ont intérêt à se syndiquer pour la vente de leurs produits... Ce n’est Pas tout : les granis Pays industriels pourvus de moyens de production très supérieurs à leur consommation personnelle, cherchent des débou- Chés au dehors. C’est l'intérêt commun de tous les fabricants d’un même objet de trouver ces débouchés. Et comme l’opérat'on est coûteuse, comme elle exige des sacrifices et comporte des aléas, un syndicat Puissant sera mieux en mesure de la conduire qu’un industrie] isolé...
“L'évolution économique moderne, en donnant à la production une élasticité inconnue jusqu’al Cciennes sphères d'écoulement des communs à de grandes catégories la concentration in
L'union des producteurs Pour la défense de leurs intérêts muns est une nécessité démontrée de l’industrie moderne ; Sans elle l’industrie se trouverait affaiblie et compromise,
Cette union entre ceux qui exercent un même genre d’industrie, doit porter sur 1° L’obtention avantageuse des matières premières; 2° l'excellence de la fabrication; 3° la facilité des débouchés.
Cette union, cette discipline volontaire à laquelle se soumettent ces producteurs ne nuit pas essentiellement à leur initiative et à leur liberté individuelle,
Cette union est bienfaisante Pour les ouvriers autant que Pour les patrons, puisqu'elle assure ]a stabilité du travail et du
salaire, et favorise l'organisation légitime des ouvriers, laquelle devient aussi nécessaire que l’organisation de l’industrie ellemême, (1)
Cette union, ces concentrat'ons de capitaux, trusts, cartells ou syndicats, forment des corporations puissantes qui peuvent constituer de graves dangers pour la société: qui, de fait, sont un danger réel en Allemagne et surtout aux Etats-Unis, où elles se développent de plus en plus en dépit des lois dont elles ne tiennent aucun compte.
Ce danger disparaît lorsque l'autorité de l'Etat n'est pas confisquée au profit des organisations industrielles, en d’autres termes quand celles-ci ne peuvent pas se rendre coupables d’abus politiques et d’actes oppressifs à l'encontre de l'intérêt des citoyens en général.
Or, nous disons que le projet que nous avons esquissé dans ces pages offre la plupart des avantages de la concentration industrielle, tout en évitant la plupart de ses inconvénients.
L'on y trouve les éléments utiles de la concentration industrielle : arrivages réguliers des matières premières; inspection des fabriques, gradation et classification de leurs produits ; suppress'on de la concurrence excessive, si ce n’est pour ce qui est de la qualité des produits, le tout grâce à l'initiative autorisée d’une société puissante dont le seul intérêt est l'intérêt général] et qui s’occupera activement des débouchés extérieurs pour les produits dont elle aura surveillé et dirigé la fabrication.
L'industrie forestière ainsi organisée serait assurée d’une matière première abondante à des prix stables et raisonnables. A la longue, en effet, elle finirait par compter presque exclusivement pour son approvisionnement, sur les Syndicats de colons et autres établissements du même genre, tous plus ou moins directement affiliés à la société des industries forestières.
(1) IT n’est pas nécessaire de dire que l’organisation vraiment ntile à l’ouvrier et à l’industrie n’est pas celle qui existe trop souvent de nos jours et dans notre pays. M. Maurice Schwob, dans son livre : Avant’ la Bataille, déjà cité, explique ce que c’est que la vraie organisation ouvrière, Tout son ouvrage est à lire, et nous rees de ne l'avoir lu qu'après que ces études fussent en grande partie imprimées,
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L’excellence des produits devrait se ma'ntenir grâce aux expériences constantes de sc'ence appliquée qui seraient conduites sous les auspices de la société, dont les industriels eux-mêmes fera'ent partie, et aussi par l'inspection régulière et la gradation uniforme qui en serait faite en vue de leur vente à l’étranger.
Les industriels n'auraient pas à redouter les tarifs différent'els ou les “rebates” secrets sur les voies ferrées. De ce côté aussi ils seraient protégés, tant pour leurs achats que pour leur ventes, par les intérêts solidaires de tous représentés par une organisation assez puissante pour réagir contre toute tentative frauduleuse.
Ils n’auraient pas, non plus, à s'occuper directement de la question des débouchés, car la société, soutenue par le gouvernement et agissant avec le crédit et l’autcrité que lui donnerait le contrôle supérieur qu’elle exercerait, assurerait l'écoulement des produits fabriqués. Cette tâche lui serait d'autant plus facile que les produits forestiers canadiens se trouveraient à avoir pratiquement un monopole sur les marchés du monde, par suite de la situation particulière où se trouveraient nos industriels et de leur puissante organisation.
Une telle organisation ne pourrait manquer de faire à l’ouvrier une place large et honorable. Ses intérêts seraient assurés puisqu’un des premiers soins de l’association serait de l'instruire et de développer en lui ses précieuses qualités natives. De plus, la fabrique et l’atelier n’auraient pas sur lui une influence aussi débilitante que s’il travaillait dans d’autres conditions; il ne se grouperait pas dans les grands centres; il travaïllerait, dans la forêt, dans le voisinage des eaux, il serait en contact constant avec la population agricole où il se recruterait et avec la vie morale et intellectuelle que lui ouvriraient l’éducat'on et l’instruction.
Nous trouvons donc ici à peu près tous les avantages de la concentration industrielle. D’autre part, nous ne croyons pas qu’il serait facile de convertir cette puissance bienfaisante en un pouvoir abusif. Les intérêts vitaux du pays se feraient ici contrepoids sans être portés à s’entredétruire. Les grands industriels seraient intéressés à promouvoir l'agriculture et la
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coli: ‘sation, car ils dépendra’ent d'elles pour la main-d'oeuvre r'our la fourniture de la matière première. Les agriculteurs et et les colons s’intéresseraient à la prospérité des industries dont ils seraient devenus les fournisseurs, et ne tendraient plus autant à abandonner les champs pour les grands centres démoralisateurs.
Par suite de tous ces intérêts solidaires travaillant de concert, il ne pourrait plus être question de ces malheureuses lois d'except'on qu'on impose trop souvent aujourd’hui aux législa: tures et qui portent à leur face la preuve des difficultés sociales et économiques au milieu desquelles nous nous débattons avec toute l’impuissance d’un homme qui se noie.
Que la situation serait différente, qu’elle serait terrible, si quelque combinaison énorme de capital américain s'emparait définitivement de nos terres publ'ques, de nos fleuves et de nos forêts! Et cela arrivera, si nous ne savons pas l’empêcher. Elle acquerrait d'immenses coupes de bois, tout ce qui reste encore de notre domaine forestier ; elle en chasserait définitivement le colon et l’agriculteur, l'espoir de notre avenir. Elle dévasterait, suivant la méthode du commerçant actuel, elle ferait, pendant quelques années, une fabrication intensive, puis elle disparaîtrait de nos bois épuisés, nous ayant privé non pas seulement de nos richesses économiques, mais aussi, presque certainement de notre indépendance polit'que, et de notre idéal si précieux, laissant pour tout partage à ceux qui auront voulu rester fidèles à la tradition et à l'aspiration nationale, la ruine et le désespoir. C’est la conclus'on logique de ce que nous avons dit jusqu'ici. En général, celui qui veut poser en prophète risque fort d’être démenii par l’événement. Mais ici il n’y a pas d’erreur possible et la s'tuation est claire comme le jour.
Le Canada ne conservera son indépendance économique et son autonom'e politique qu’à la condition de développer son industrie nationale.
Le Canada français ne conservera sa place au soleil que sil sait maintenir sa population nombreuse, saine, vigoureuse et éclairée. Pour cela, il lui faut, de toute nécessité, s'emparer de l'industrie, surtout de l’industrie forestière, dont la nature semble lui avoir préparé nn mouopole,
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De nos jours, pour implanter dans un pays la grande industrie, il faut de toute nécessité une organisation puissante, appuyée d’une politique industrielle de la part des pouvoirs publics.
Si le Canada, surtout le Canada oriental sait organiser puis- Samment son industrie, il atteindra, en peu de temps, une situation prépondérante tant à l'intérieur qu’à l’extérieur à cause de l’abondance de ses ressources et de sa situation exceptionnelle aux points de vue géographique et topographique.
Nous croyons avoir prouvé dans les pages qui précèdent, que cela est essentiel et que vela est possible, Nous voudrions pouvoir le proclamer partout, dans chaque ville, dans chaque village, dans chaque hameau, afin que le cri: Emparons-nous de l’industrie! se grave dans tous les coeurs et s’inscrive sur toutes les bannières. Cette tâche ne restera! pas à parfaire. D’autres plus autorisés et micux doués vempareront de cette idée en lx perfectionnant. Ils prêcheront une croisade dont les fruits se. ront abondants, et la volonté populaire devenue irrésistible nous mettra enfin en possession de notre domaine industriel. C’est ainsi que nous triompherons des dangers de l’heure présente et qu’en achevant victor'eusement une des grandes étapes de notre vie nationale nous ouvrirons à nos enfants la voie de l’avenir.
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Nous devons suspendre ic‘, pour un temps du moins, le cours ‘les études dont la série occupe déjà une année entière, En nous séparant de ces pages nécessairement très incomplètes, mais ‘dont la pensée dominante se dessine clairement dans notre esprit, il ne semble pas inut'le de faire part au lecteur d'un iacident qui, en partie, en a inspiré l'idée, On y trouvera une des preuves les plus concluantes que puisse fournir la philosophie de l’h'stoire à l'appui de la thèse que nous y avons soutenue.
Un soir de l'automne de 1904, plusieurs citoyens de la ville d'Ottawa s'étaient réuni pour féliciter un des leurs d’une dis-
tinct'on b‘en méritée qui lui avait été décernée. Parmi les discours prononcés en cette circonstance, celui d’un homme d’Etat très éminent nous a particulièrement frappé. Il invitait ses auditeurs à se livrer aux travaux de la pensée; il leur parla't de l'importance des lettres et des oeuvres de l’esprit dans la vie des peuples, constatant avec regret qu'on ne s'occupe pas assez de ces choses au Canada. Au point de vue historique, surtout, il déplorait une lacune regrettable. Nos archives sont là qui attendent qu'on les dépouille, s’écria-t-il, et cependant :il ne s'est encore trouvé personne pour continuer l'oeuvre de Garneau.
Cette évocation souleva l'enthousiasme. Garneau! Voilà un nom qu’immortalise une grande œuvre, œuvre connue non seulement des lettrés, mais de tout le monde. Cela tient à quelque chose de plus qu’à la perfection de la forme et à l'exactitude quant au fond. Il faut à chaque peuple son Homère, qui devient son véritable historien. Pour l'être, il ne suffit pas de connaître les événements, de savoir les coordonner et les narrer agréablement. L’historien dont l’oeuvre reste comme un phare lumineux éclairant la nuit du passé, est une âme puissante qui se livre tout entière. Pénétré du génie du peuple dont il parle et avec lequel il s’est identifié, s’attachant au sens intime des choses bien plus que de leur portée apparente et extérieure, il sait distinguer ce qui est permanent parmi la multitude des passions éphémères, et de son analyse se dégage l’aspiration nationale,
Il fait d’un jugement sûr le procès des défaillances, pour
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mieux mettre en lumière la pensée inspiratrice des grands mouvements popula'res et des actions héroïques, Ecrire avec passion n’est pas toujours un danger. Chez l’homme supérieur, cette passion est une garantie de sincérité, de droiture, de science et de la véritable impartialité à laquelle ne pourra jamas atteindre l'écrivain froid et indifférent. Celui-là seul qu'anime le pur patriotisme saura comprendre son pays; lui seul pourra peindre les grands hommes qu’i! exalte, expliquer les fautes qu’il réprouve, décrire les souffrances où il participe. Lui seul, enfin, dominant les confusions humaines, pourra d'autorité se dresser en prophète pour indiquer à ses compatriotes la voie où il leur faut s’avancer.
Vo'là ce que furent quelques-uns de nos historiens, mais sur. tout Garneau. Grâce à eux, les fils de Champlain, dans leur marche vers l’avenir peuvent s'appuyer sur les traditions de leur glorieux passé. Aussi se distinguent-ils eux-mêmes, trop volontiers peut-être, des peuples dont les aspirations leur semblent plus matérielles. Ils ont un idéal, et l’idéal, chez un peuple sain, est encore ce qu’il y a au monde de plus durable et de plus puissant, N’insistons pourtant pas trop sur cet état d’esprit, qui n’est pas sans danger. Constatons seulement que ces appuis manquent, jusqu’à un certain point, aux autres nations amér'caines. Certes, elles ont aussi leurs pages glorieuses, leurs héros, leurs grands hommes devant lesquels l’univers s'incline avec respect. Mais chez elles la lutte fut moins âpre, la souffrance qui ennoblit moins intense, et elles s'en rendent compte. Aussi est-ce bien souvent parmi nous que viennent s'inspirer leurs poètes, leurs écrivains et leurs artistes, encore qu'ils nous refusent parfois l'entière justice qui nous est due. Pour enluminer leurs pages historiques, pour redire les traditions et les légendes, il leur manquerait ailleurs ce souffle qu’on ne retrouve, nous dit Platon, que dans ces pays où le coeur de l’homme s’est retrempé au contact des grands dévouements.
Nous avons notre âge héroïque, plus vrai, plus beau que celui de la Grèce. On y trouve de grandes figures qui saisissent l'imagination populaire. Dollard et Iberville, Frontenac, Joliet, Marquette, et tant d’autres aux noms immortels, ne sont pas des héros isolés; Evangeline n’est pas née spontanément de
l'inspirat'on d'un grand poète. Ils incarnent le génie du peuple d’où ils sortent. Nos ancêtres qui franchirent les mers n'étaient pas des émigrants prolétaires en quête de subsistance, ni de farouches sectaires fuyant la persécution de leur pays d’origine pour persécuter à leur tour et souiller un sol vierge des sanglants holocaustes de leur fanatisme, L'esprit de conquête même n'était pas le motif déterminant de leur exode. L'histoire reconnaît en eux les apôtres d’une civilisation, les porteurs d’une parole. Aussi, missionnaires et martyrs, explorateurs et pionniers, soldats et marins de la Nouvelle-France sos noms sont entourés d’auréoles. De la Floride jusqu'aux glaces polaires, de l'humble Acadie jusqu'à la Porte-d'or, vous êtes devenus pour les populations des êtres à part et pleins d'une mystique grandeur, var sur tous les points du vaste nouveau monde on retrouve la trace de votre passage et de vos [FAVAUX. |
Pour nous, vous n'êtes pas d'indécises silhouettes. Votre sang coule dans no veines pur et Sans all‘age, nos âmes s’inspirent de vos pensées. En nous léguant un héritage de traditions, de droits, et surtout de devoirs, Vous avez fait de nous des continuateurs. La patrie que vous nous avez choisie est loin du ciel énervant des tropiques; elle suit les rives du pus beau fleuve du monde; fleuve pur en sa Source qui jaillit des profondeurs limpides d’une grappe de mers, pour s'élargir et s’épandre, vaste corne d’abondance au-dessus du continent tout entier. Puisse son cours majestueux être l’image de nos destinées, Ses bords vivent notre genèse; ils frémirent au bruit des grandes guerres de cette lutte séculaire où les régiments français succombent enfin sous le nombre mais dans l'épuisement de la victoire, ainsi qu’il convient à des Franes. Et toute cette gloire recueillie est devenue l’épopée d’un continent.
Une civilisation nouvelle nous appartient, à nous les descendants, maïs nous ne sommes pas seuls pour en jouir et pour la développer. Nous avons dû en faire une part à ceux qui survinrent en cet instant mémorable où nous refusions de rompre de nouveaux liens, de peur de perdre le dépôt sacré légué par n0S pères.
Ces nouveaux venus étaient, eux aussi, une élite; ils portaient avec eux leur arche saïnte, leur idéal ; idéal différent du
nôtre, dans ses manifestations extérieures surtout, mais que nous pouvions néanmoins respecter. Ils étaient dignes d’être 20s émules et de devenir nos amis. L'amitié ne se noua pas du premier coup, les cicatrices mal guéries des haines séculaires se rouvrirent plus d’une fois. Des luttes ardentes, sanglantes quelquefois, signalèrent ces rencontres dé deux marées humaines. De nos jours même les malentendus surgissent parfois en- Core. Mais ensemble, malgré ces divergences, nous avons fondé une Confédérat'on immense par l'étendue du territoire, puissaute par l'excellence des éléments humains qui la composent, et qui, si nul événement funeste ne vient arrêter son essor, Semble appelée à de grandes destinées,
Voilà ce que racontent jusqu'à présent nos historiens. S'ils furent grands, e’est qu’ils eurent à dire de grandes choses, Pour qu’ils a'ent des successeurs, il faut que nous sachions être di- £&nes de ceux dont ils proclament les hauts faits. Ceux donc qui s’intéressent à la jeunesse, qui désirent qu’elle soit sage, active, énergique et studieuse, ont raison de la pousser vers les oeuvres de l’esprit, surtout vers cette science qui est, par excel. lence, celle du siècle, la science appliquée aux utilités économiques et qui occupe à la fois les intelligences et les bras. C’est à l’heure actuelle la préoccupation d’un grand nombre de nos écrivains les mieux connus et les plus sérieux. Pour ces penseurs, l’avenir offre des incertitudes très inquiétantes ; ils les expriment sans cesse, et leurs paroles sont l’écho du sentiment intime de leurs compatriotes, Et à côté d’eux l’histoire se tait, on dirait qu’elle n’ose pas élever la voix. Cet ensemble de cir- Constances n'est-il pas significatif? Pour notre part, nous y trouvons un aveu tacite mais général, dont il est impossible de ne pas tenir compte: notre destinée nationale, sociale et même polit'que n’est pas encore fixée. Cette situation n’est pas favorable à l’éclosion d’une grande oeuvre historique. En tout temps, sans doute, un écrivain peut reprendre et rendre plus clairs certains points d’histoiré imparfaitement traités. C’est ce qu’on fait présentement et avec un rare talent dans notre Pays, preuve manifeste que les historiens ne manquent pas. Maïs quel homme de valeur entreprendrait de fixer la psychologie d’une époque nouvelle avant que cette époque soit terminée”?
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Comment pourrait-il le faire avec intelligence? Si on voulait lui imposer une pareille tâche la plume lui tomberait des mains. Son oeuvre ne pourrait être que fade et obscure, un drame sans dénouement et sans moralité ; elle serait ingrate et même dangereuse, car l'écrivain, comprenant qu'il n’accomplit pas le devoir du moment, ne pourrait plus se croire sincère. Or c'est là la pierre de touche de la situat'on, l'épreuve infaillible et décisive de l’état où se trouve, à un moment donné, un peuple ou une nation. Alors, dès qu'il veut écrire, certaines questions se posent inexorablement devant l'historien : Convient-il de raconter quand l’ennemi s’avance au pas de charge? Est-ce dans la fumée du combat qu’on doit penser à en décrire les péripéties et à en expliquer les résultats? En ces heures de pénible incers titude tous les citoyens doivent être soldats: Est-il juste de les détourner du devoir du moment, qui est de combattre? Et si Nous nous appliquons à les distraire, à faire d'eux de mauvais soldats qui pour prix de leur insoucience recueilleront l’ineffaçable déshonneur, sans pour cela échapper à la mort, quelle responsabilité sera la nôtre! C’est pour cela que notre histoire écr'te ne se continue pas, et, répétons-le, l'indice est des plus graves.
Qu'on n’aille pas croïre qu’un sentiment d'étroit pessimisme dicte ce qui précède. Nous pensons avoir suffisamment prouvé, au cours de ces études, que cette faiblesse nous est étrangère. Mis ane trop grande confiance serait tout aussi dangereuse peut-être plus dangereuse encore à l’heure actuelle, Car en ce moment tnut se combine pour nous endormir dans une fausse sécurité. L'argent aboie dans nos campagnes, les cultivateurs s’enrichissent, de nouvelles paroisses se fondent, la population rurale semble de nouveau se porter en masse à la conquête du sol. Même sur nos côtes maritimes la nombreuse population qui vivait de pêche et qui restait très Pauvre parce que, exis-
ant jour le jour, elle se trouvait sous la coupe des patrons, = meuce & s'émanciper en se livrant à l'exploitation agricole. F ‘am la Gaspésie, en arrière des concessions morcelées de Î it des défrichements considérables où les familles € ‘ ement de moeurs et d’allures. Partout, naturel-
lement “erce local est prospère, l’industrie laitière
prend des proportions de plus en plus considérables, d'autres -hdustries non sans importance commencent à poindre, Tout cela n'est pas d’un peuple moribond, et tout cela cofirme ce que NOUS avons essayé de démontrer, Quelle puissance on observe de toutes parts chez cette population si saine et si exubérante! Même les étrangers sont frappés de sa vigueur physique et in. tellectuelle, du pouvoir latent qw'elle renferme encore plus que de ses qualités les plus développées. Et nous trouvons parmi | Is nôtres des gens qui prétendent que faute de capital, mais sur- : tout faute d'aptitudes, nous sommes d'avance voués à la dé- | faite, dans la lutte industrielle qui nous attend et que nous ne Pouvous pas éviter. Quelle ineffabilité!
Et que penser de ceux qui sans aller aussi loin que les premiers, nous soutiennent que par la victoire économ'que que nous remporterons certainement, si nous le désirons, nous risquons de perdre notre génie national, notre idéal, nos grandes | traditions; que notre flambeau s’y éteindra dans les boues du | matérialisme! En vérité, ceux-ci nous semblent encore plus il aveugles que ceux-là. Qu'ils nous disent depuis quand la vic- | toire et la puissance ont détruit chez ies peuples les glorieuses || traditions? Depuis quand la défaite et la servitude dévelop- {| pent-elles chez eux les qualités nobles et viriles? Sont-ce les | faibles qui dirigent les forts, les esclaves qui commandent aux maîtres? Qu’adviendrait-il, si par malheur il nous arrivait d’avoir à subir la loi du vainqueur économique, le plus terrible de tous; si en abdiquant virtuellement notre infuerice et nos droits, nos ouvriers devenant des ilotes, nos agriculteurs des paysans ruinés, nos classes instruites, ou prétendues tels, des prolétaires — comme le sont déjà les trois quarts de nos médecins, avocats et fonctionnaires ainsi que la presque totalité de nos instituteurs? Est-ce quand tout cela serait consommé que nous pourrions prétendre prêcher sur ce continent, comme le firent nos pères, la sainte croisade de la vérité, de la justice et de la liberté? Pourrions-nous espérer qu’en de telles conditions notre population s’accroîtrait et que nous fonderions des familles saines et nombreuses? Verrait-on fleurir dans un parel milieu l’agriculture, les lettres, les sciences, les arts, sans parier de la morale et de la religion! Or ce sont là des
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possibilités qui deviendront d'affreuses réalités si nous n'y Prenons pas garde, L'apathie serait ici criminelle, et s'il est défendu de désespérer jamais de son pays, au moins doit-on admettre que l'incertitude de l'avenir plane sur nous comme une nuée de mauvais présage,
Ah! ne nous y trompons pas. Nous n’accomplirons nos destinées qu’à la condition d’être de toutes manières les forts de notre siecle, Nous n’y arriverons que par un effort constant et bien dirigé; par la résolution inébranlable de mettre en honneur et en pratique parmi les nôtres cette science “ qui Constate (:t qui applique) les lois générales déterminant l’activité et l'efficacité des efforts humains pour la production et la jouissance des différents biens que la nature n’accorde pas spontanément et gratuitement à l’homme.” Faisons cela; le reste nous sera accordé par surcroît. L’effort ainsi compris nous donnera tout: la puissance économique d’abord qui est la base nécessaire de toute oeuvre nationale, sociale et civilisatiice; puis, conséquences qui naturellement en découlent, l’autorité et l'influence de toutes nos classes, et plus particulièrement de nos hommes publics qui ont tant besoin pour êtie écoutés d’un puissant appui populaire. C'est alors que la confiance qui prov'ent de la force consciente mise à l'épreuve nous confirmera dans la possession de ces biens immatériels qui sont notre héritage le plus précieux, que nous tiendrons enfin la baguette magique qui révèle les trésors de l'âme et fait éclore toutes les fleurs de l'esprit.
Puis à l’heure qui suivra notre victoire, en un de ces moments sj rares où le peuple, sûr désormais de l'avenir, jouira en paix du présent, du sein de la floraison des lettres, des sciences et des arts, surgira l’historien attendu pour immortaliser cette nouvelle étape de notre vie nationale.
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