KIR. Voy. n
88. MUM. Cette valeui/ syllabique, ne se trouvant nulle part , n*est pas sûre comme telle. Les assyriologues Tont conjectarée du mot mummu.
8g. MAR. Inattention : déjà donné au n** ^7-
90. NAR. M. Halévy ne cite pas les valeurs de lib, pak, lab. S*il avait étudié lés textes, il pourrait dire, en faveur de son idée, que ce mot indique «esclave», 1^2 , d'où nar; mais le naru qu'il cite n existe pas.
91 . SUK. La valeur attribuée à ce signe est fausse. M. Menant, cité comme témoin, n a jamais dit ce que lui fait dire M. Halévy.
92. PUS. Valeur très -contestée, tirée d'un mot assyrien par -quelque assyriologue.
93. SIL. M. Halévy doit pourtant savoir que ce signe , l'un des plus anciennement connus, a la valeur de Tï, qu'il fait semblant d'ignorer. La valeur de sil, qu'il lui attribue seule , est fausse. L'hiéroglyphe de t côte » se disait silu en assyrien, yVs; donc le signe, quand il indique «côté», doit se prononcerez (Delitzsch).
95. La valeur de ras, alléguée à tort par M. Halévy, est écartée depuis longtemps. D'ailleurs déjà cité n' 66.
96. Déjà donné au n** 61. Inattention. Au surpins, la valeur de sar est imaginée par M. Halévy.
97. IS. L'assyrien exprime «arbre» par gissu. Seul parmi les idiomes sémitiques , il n*oQre pas la curieuse coïncidence avec la langue sumérienne. H faudrait un miracle pour qu'il n'y en eût pas : le français tour (ordre) ne vient pas de l'hébreu tôr. Mais ici la diversité de l'assyrien seul est plus désastreuse que M. Halévy ne semble le soupçonner.
98. UR. Cette valeur syllabique n'existe pas : le signe signifie «lumière, sphère», donc uru en assyrien.
100. Le signe de mé exprime «cent» en assyrien, parce que le nombre se disait ainsi.
J. As. Extrait n" 2. (iSyS.) 7
loi. Ë. La valeur d*ekalu est inventée par M. Halévy. Le signe a les valeurs de qabû, qâha, ika et d'autres.
102. UP. M. Halévy «nez(?), région». Il se prononce d abord kibrat, tabukta, puis uppa, Voy. n** 19 et ^5.
io3. UA « et, aussi ». Particule propre à toutes les langues sémitiques.» Certainement; mais à d*autres langues aussi. La copule s'exprime également par le signe n° 2 « tt. Confusion de la cause et de Teffet. Mais ou M. Halévy prend-il la valeur de ua ?
loii. HI «bon». M. Halévy écrit M")>n, en y ajoutant un point d'interrogation. Puisqu^il veut bien nous adresser une question , nous lui répondrons par la négative. Le mot « bon » se dit en assyrien tâb, usar; Thiéroglypbe est celui de « genou » , en assyrien birka. En sumérien «bon» se disait /ii^a^ ^i^i; les assyriologues opinent, sans en tirer aucune conclusion, que cela ressemble encore plus au turc eyi qu*à Thébreu tob.
105. UT. Déjà cité n"" 9a. Ce signe signifie «soleil» samsu, «jour» yumu. Ce que M. Halévy lit adma se prononçait chez les Assyriens yumu. Le mot adama veut dire « rouge » comme dans les autres langues sémitiques. On veut nous apprendre que le jour est la « rougeur » parce que Taurore est rouge ; Taurore pourtant n est pas le jour; au contraire, elle fait partie de la nuit. Puis Taurore ne se dit pas udmu. En cpielle langue sémitique donc le mot jour dérive-t-il de la racine « être rouge » ? Le jour est blanc, et la nuit est noire,
106. Dernier signe. Écoutons M. Halévy : « AT « maître, puissant, vainqueur, père». Cf. les racines sémitiques
inv, IIK, lin^ owfi» ^l-» Nous n'y changeons rien.
Non, M. Halévy. Ce mot, à Niiiive et à Babylone du nroins , ne signifiait ni (( maître » , ni « puissant » , ni «vainqueur», mais «père». Ne disons pas qu'un
père ne puisse pas être maître [patria potestas), ni puissant [paires conscripti), ni vainqueur [pater est qaam naptiœ demonstrant) ; mais les Assyriens, quiconnaissaient leur langue mieux que les assyriologues» ne transcrivent ce mot que par aba «père». Cela est fâcheux , mais cela est.
Le mot est gênant, et Ton comprend toute la préoccupation de M. Halévy à sen débarrasser en lui donnant une acception autre que celle qu'il a véritablement. En sumérien, en médique, dans toutes les langues tartaro-altaïques, l'idée de père s'exprime d'une manière ressemblante à la syllabe AT. Seules, les langues sémitiques n'ont pas voulu de at pour rendre ce sens. Si les Sémites avaient inventé le système, ils auraient certainement attaché à l'hiéroglyphe de a père» la valeur syllabique de ab; M. Halévy a, comme de juste, prévu toute la gravité de ce détail. Il a donc voulu en atténuer le coup en se servant d'une de ces innocentes échappatoires par lesquelles il déride de temps à autre les lecteurs de son travail.
Les assyriologues ne peuvent que se féliciter de ce que M. Halévy admet si complètement le principe par lequel ils prouvent que les Sémites noni pas inventé l'écriture cunéiforme*
Ils lui sauront gré d'avoir pu quitter une fois le domaine des vagues arguments ad hominem, et de leur avoir fourni l'occasion de lui répondre par des détails. Ajoutons que toutes les données analogues dans l'article se trouvent inexactes dans cette proportion.
Si M. Halévy voulait réclamer contre Tun ou Tautre des numéros i jusqu à 1 06 , nous ie prierions, avant tout, de nous répondre catégoriquement sur ie silence qu il observe à Tégard des centaines de valeurs syllabiques qui ne cadrent pas avec les termes sémi^ tiques qu elles représentent comme idéogrammes. Les assyriologues feront grâce au lecteur de toutes ces valeurs; ils résistent à cette tentation, qui pourrait devenir fastidieuse; mais ils demanderont la permission de citer seulement les signes simples et fondamentaux. La signification donnée est, autant que possible, celle de l'hiéroglyphe primitif qui nous révèle Torigine de la lettre.
A t eau t , en assyrien mû.
I « auguste > , en assyrien nahid « lier » agad. U fdix» esratj t seigneur ■, en assyrien bélu. U « côté » aha.
E « parler » qabû^ « cube ■ qâbu, H (hiatus) umana.
HE « maison B bïtu, d*où la valeur syllabique bit. YA • cinq » hamsa.
HA « poisson » nûna.
HI • genou d birku» « bon • iâbu, HU « oiseau » issura, AH • pou » kalmat, IH « bétail » slnii, UH (sens obscur) , A:u5a.
KA « bouche, face » /dû ^ • annoncer » nabû. Kl « terre » irsit, « place • asru.
KU «vêtement! sabat, «s'asseoir» asab, a prophétiser » as(ip, « adorer » tukulîu.
QA « mesure d'épha » gidistu, QI • livre 9 éipru.
QU t vaincre i hasala.
GA « réseau » kamaru.
GI «roseau» qanu, «être» (sumérien gen), kànu»
GU « pouvoir», yakvdu; en sumérien guaa,
AK « faire » épis, « surveiller » paqad.
IK « porter » nasâ, * exister • basa.
13K « personne, homme » , nisa,
TA « étincelle » asitu, « à partir de > altu.
TI « côte » «7a, « prendre » laqû ; puis « vivre • balatu , parce que en sumérien <//a avait ce sens.
TU «entrer» erih.
TE « base » temenna (sumérien) , « renverser » dahû.
DA , TA « ligne , surface » pidnu.
DI, TI « achever » salam, • périr » anal}, , «juger » dân.
DU • marcher » haîaku, « être » kàn.
TU « drachme » apasu.
AT « père » abu.
IT «angle, coin» qarna, «main, bras» ida^,
UT « soleil » samsu, «jour » yum, • blanc • pisû.
PA « aube du jour » naharu.
PI «oreille» uznu, d*où amphore (mesure) giltanu.
PU, BU «lien» élrgu, «long» araku; en sumérien gidda, d'où l'autre valeur de git.
BA « serre d'oiseau , déchirer » nasar.
BI « ruisseau» kâsu (d'où la valeur de kas), « roseau » kalamu.
BE « sang » damu, « ancien » labiru,
AP « vieillard » sïba, sumérien abba.
^ M. Halévy prétend à tort que , suivant quelques assyriologues , ce signe désigne funité (p. b2^). M. Ualévy s*est à ce sujet adressé à M. Oppert qui lui a expressément dit que le it APRES le chifire an ne se trouvait qu une seule fois, dans le texte de Bisoutoun , pour indiquer le complément phonétique de ihit, une^àVL féminin. Ainsi en et in se trouvent dans cette même qualité pour exprimer le masculin isten et istin. Mais les faits réels ne suffisent jamais à M. Halévy, parce qu ils contrecarrent ses idées préconçues.
IP « époque » dam, « gloire s nibitta,
UP «région » kibrat, tabuktu, sumérien apda.
MA R parole sacrée » sipia; en sumérien mada est • pays », d*où pays.
MI « nuit » , mtt5a« ■ noir » salmu.
MU « année » <a<ta, t nom » iiima.
ME « sanctuaire » parsa, « demeurer » o^aft, d*où la valeur de sip.
AM t colonne » rêmii.
IM ■ région céleste» sâra; en sumérien im/^o veut dire • même » , d*où « même » raman ' en assyrien.
^ Ce mot ne veut pas dire • gloire» (p. 53 5), et ne provient pas de rama «être élevé», mais de racan «entrailles». M. Halévy dit textuellement, ce qu^on ne comprendra peut-être pas :
« Le pronom réfléchi est im « gloire » ; il est calqué (!) sur Tassyrien € raman qui a la même signification (où donc?); mais récriture « idéographique , ayant les allures plus libres (! ?) que la langue parlée , «pouvait renforcer cette idée en ajoutant le signe te «base» (corn- •prenne qui peut)» ef même la conjonctive ua (pourquoi lia au lieu € de au?) = va dont Torigine assyrienne n*est pas douteuse (?). Ainsi , «pour indiquer Tidée «lui-même» on pouvaiC^écrire im-té-au-a-ni , « mot à mot « gloire-fondamentale-réunie » , plus la marque empha- «tique, plus 5a. » [Mais pourquoi +5t. emph. -^ sa? Il était si facile d avoir un simple siyne pour écrire « même* sans alyhbre aucune).
Nous donnons sans commentaire ces lignes qui en auraient pourtant besoin. Faut-il ajouter que toutes les prétendues assimilations sont dans le même cas? Les assyriologues expliquent ramanisu. Tassyrien , par « lui-même », et selon eux imleoani, cpii se trouve à sa place dans Toriginal sumérien, est un mot sumérien signifiant «luimême ». Ils se gardent bien de compliquer ce fait simple par un galimatias dont personne, y compris M. Halévy, ne comprendrait un mot. Spécialistes , ils n ont pas un assyrien spécial.
Nous ne relèverons pas les dix-neuf erreurs matérielles que M. Halévy entasse eu seize lignes (p. 5a4, 525) : nous demandons seulement les noms de « tous les interprètes » qui traduisent , selon M. Halévy, Kar-ramani < quai ( ?! ) de la gloire ». M. Smith ne le traduit pas du tout, mais le transcrit seulement (Eavly hisiory, p. 44). Si quelqu'un a traduit « quai de gloire », c'est qu'évidemment « les assyriologues »
UM « soutien • éamakka.
NA « vase » iapla,
NI « pelle » yâu.
NU « image » salma.
NE, <e^ 6i7^ pi7, Aram» « feu » i^ata, k nouveau u etiu.
AN t ciel 1, samé (en sumérien anna) , « dieu » ila.
IN t sourcil » piUkkau
UN € homme» nisu.
EN «maître» héla, a jusqu^à » «£.
RA « rigole » palgu, « arroser, inonder » rahas,
BI « digue » talh, d'où la valeur de taL
RU « fronde , jeter • nadu.
AR inconnu.
IR «dépouiller» salaL
ER « ville » aîu. L*assyrien ne connaît pas le mot hébreu ir.
UR «chien» kalbu.
UR , or « iront » , éunu»
LA « peau • ara.
LI « élevé » illu.
LU « brebis » si'na,
AL, sens incertain « a/Zo,
IL (sens inconnu).
EL « saint • eUu, mot sumérico , « soutien » éimak/m.
UL «étincelle» cuitu,
SA « dent » sinnu, « manger » akal, « faire » sakan.
SI « œil » inu, « face » pana.
SE « blé » umu.
SU «main» qata, emprunt à Touran^, sémitique yacL
ont traduit par ^a^Zocre le mot sumérien namkarramwii ; c est namitar, kar, et non pas ramsaiit qui a le sens de «gloire, honneur». De pareilles erreurs , malheureusement , »e répètent à chaque ps^e.
^ M. Halévy pousse la ^s^mimarue jusqu'il un point incroyable. Son premier axiome est, que tout ce qui se trouve dans une langue sémitique quelconque est forcément sémitique. Le contraire peut être prouvé par bien des mots, dans les langues anciennes coranve dans les idiomes modernes. £n revanche^ tout ce qui ressemble de
SU « légion » kissat, « se coucher » (des astres) erib. AS « firmament » kikkina.
IS « poussière » ipru,
US « membre viril t nitaka (d'où la valeur syllabique de nit) , t mâle i zikara,
ES « trente » seîasà, ■ lune ■ 5znû.
SA « maître ■ maliku, « tumeur • iu^onci.
ol « corne » qamn.
SU «ventre» zamru, tpeaui masku, ■ multiplier» rahm.
SE « donner > nadan*
SA , Z A « quatre » ar6a^ « toi » aita.
SI « maîtresse » martu.
SU «tache, déchirure (du vêtement)» masadu,
ZI «âme» napastu, sumérien ziba.
ZU «table, instruction» talmédu, «apprendre» lamad.
AZ (sens inconnu) , âzu, sens dérivé du son.
IZ « bois , matière » gissa,
UZ (sens inconnu), uzû, sens dérivé du son.
Voici tous les signes simples avec lesquels on peut écrire toute la langue assyrienne. Ils sont la base de récriture dite anarienne, qui a servi aux Sumériens, auxMèdes\ aux Susiens, aux habitants de FArménie et aux Assyro-Chaldéens Sémites. Nous n'avons indiqué que les acceptions primitives, en négligeant
loin, dans tout antre langage, à une expression rappelant un terme hébraïque , araméen , arabe, éthiopien ou amharique, est, selon lui , d'origine incontestablement sémitique aussi. Des mots zends d'un aryanisme pur sang, tels que khvaza, açpereno, gava, gudha et d'autres, sont expliqués par Taraméen, pour prouver l'origine moderne du Zendavesta. Cependant, Taraméen est-il si moderne?
* M. Halévy parle d'une langue protomédique. Qu'est-ce que ce nouveau barbarisme ? Le « protomédique » serait le zend ou le perse. Il n'y a aucune excuse pour cette dénomination. L'idiome est le médigue tout simple; laissons proto aux chimistes.
une foule d'autres sens. Nous ne donnerons pas les centaines de caractères dits complexes qui se substituent souvent aux combinaisons de deux syllabes simples. Pour écrire sis, on emploie si îs, ou bien on exprime cette syllabe par un signe unique qui a la valeur de sis. Si l'on parcourt la liste énorme de ces lettres, et le nombre plus grand encore des significations qui y sont attachées, l'impression pro- <luite par Ténumération des signes fondamentaux n est pas atténuée; au contraire, plus on dégage le sens des mots assyriens, plus on trouve de la divergence avec les syllabes que ces signes représentent.
Nous avons énuméré une centaine de signes avec leurs significations. Les mots sémitiques qui les expriment n ont aucun rapport avec les sons syllabiques qu'ils rendent comme caractères phonétiques. Quelques exceptions, fussent-elles plus nombreuses qu'elles ne le sont, ne feraient que confirmer le principe énoncé par l'immense majorité. Si les Assyriens avaient inventé Iç système des cunéiformes, toas les signes devraient pouvoir s'expliquer par la langue assyrienne. Le lecteur verra qu'il s'en faut de beaucoup, ou plutôt que la totalité des hiéroglyphes certains et nombreux écarte une origine sémitique.
Une autre particularité, constatée par des milliers d'exemples et admise sans conteste, c'est le phénomène qu'on a nommé, avec un mot impropre, l'emploi des, mots allophones; le terme d'hétérogène, moins prétentieux, serait plus correct. Un mot phonétiquement écrit est emprunté au sumérien ,
transporté dans le texte assyrien , et est là prononcé à l'assyrienne. Ainsi, le mot zida veut dire la droite, imna; il est le mot sumérien , et non pas Tidéogrammc que Ton connaît également. En sumérien, la vie se disait tila, on écrit donc tila que d'autres exemplaires d*un même texte rendent par le mot assyrien balai. Et qu*on ne dise pas que ce mot est un idéogramme composé, ce qui militerait à la vérité toujours contre Torigine sémitique; car, les idéogrammes signifieraient a peau de la côte ». Ce qui achèverait de démontrer l'absurdité dune pareille explication, cest le fait quon trouve tinla^, pour rendre le mot sumérien signifiant vie. Il y a donc des règles euphoniques observées dans cette langue. La démonstration, s*appuyant sur le principe admis surtout par notre antagoniste, deviendra complète, quand le lecteur saura que la valeur tin exprime, elle aussi , Tidée de la vie. Ce principe , prouvé par des milliers d*exemples, rend impossible la théorie de lorigine assyrienne d'une écriture gratifiée par cette hypothèse de faits d'un inexplicable arbitraire.
Li'examen de l'intégralité des valeurs fondamentales du système anarien démontre, en conséquence, que, parmi les cinq nations qui se sont servies de cette écriture, il en est une qui ne peut pas l'avoir inventée. Cette nation est formée par les Sémites de l'Assyrie.
On peut prouver également que ce ne sont
pas les Mèdes touranwns, ni les Susiens, ni les Arméniens. Ce ne peut être que le peuple qu on appelait jadis casdoscythique , protochaldéen , accadieriy mais dont le vrai nom est Samer. Le nom fait moins à lafFaire que Texistence du peuple , laquelle n est mise en doute par personne de compétent. Or, les inventeurs de récriture cunéiforme ont écrit, et, s*ils.ont écrit, ilest très-probable qu'ils ont parlé.
La langue en usage chez les inventeurs de récriture cunéiforme est justement Tidiome dont nous avons tant de textes unilingues, et dont des centaines de documents nous sont parvenus accompagnés de traductions ou même de paraphrases assyriennes.
Le lecteur impartial jugera alors Tassertion de M. Halévy qui voudrait faire accroire que « Tinventeur du touranisme » s'est appuyé sur deux exemples (p. Soa). Nous citons maintenant comme attestant une illusion peu explicable le modeste passage que voici (p. Soa) :
«Mais l'origine étrangère (à quoi?) du syllabaire, qui a paru possible au début de Tassyriologie, nest plus admissible aa/oard'/iui(!) depuis que les tablettes philologiques d'Assourbanipal nous ont révélé une foule de choses qu'on ignorait alors (lesquelles?), et il y a lieu de s'étonner qu'on n'ait pas pensé plus tôt à examiner de nouveau une hypolhèsè faite à un moment où la connaissance du lexique assyrien et de l'exacte signification des signes était à peine ébauchée. »
M. Halévy se trompe quaad il pense que les syllabaires « d*Âssourbanipal » n étaient pas connus au débul des études. La découverte qui fut faite par Sir Henry Rawlinson a suivi de très-près leur exhumation matérielle par M. Layard ; elle date de i85i. Hincks s'en servait depuis i853, et M. Oppert les copia, à Londres, en i855. G*esl justement l'examen de ces documents que M. Rawlinson lui avait déjà montrés à Bagdad, en i852, qui a confirmé a le fondateur du touranisme^ n dans lopinion admise aujourd'hui par tous les assyriologues.
Le contraire de ce que M. Halévy suppose est exact : plus on avance dans la voie des connaissances , plus on confirme lorigine non sémitique du syllabaire assyrien. Quil fétudie, il nous approuvera.
En général le grand défaut de l'argumentation de notre contradicteur se réduit à une appréciation vicieuse d'un fait capital. L'écriture anarienne a été en usage chez les Assyriens pendant des milliers d'années; ils ont pendant ce laps de temps énorme introduit quelques modifications, peu nombreuses il est vrai, pour approprier davantage cette écriture à leur langage. M. Halévy a complètement oublié le fait naturel, qu'ils devaient, sous quelque point de
^ Cet inventeur du touranisme est précisément M. Juies Oppert. Memeadsum quifecL Le « fondateur» proteste contre toute « louange » qui voudrait le séparer des cLccadistes de nos jours. Cette phrase se trouve après le mot de t préhistorique». M. Oppert vivant encore, la phrase : « les accadistes de nos jours » lui parait prématurée.
vue, (w^ynanw^?' l'écriture assyrienne. Mais ces innovations, qu'on peut montrer au doigt, ne formaient quune minorité infime en comparaison des faits qui prouvent l'origine étrangère au sémitisme du système graphique assyrien. Négliger l'immense majorité des cas, et se cramponner à quelques exceptions peu nombreuses, c'est sortir des règles de toute saine critique. Certes, elle porte à faux, cette hypothèse comparable à celle qui voudrait nier l'origine sémitique de notre alphabet, en s'appuyant sur l'existence des voyelles exclues du système originaire des Sémites. Les Grecs et les Romains ont employé les consonnes phéniciennes à*alef, de hé, de aîn, de yod, pour en faire les voyelles a, €, o, i. On a même créé deux lettres nouvelles, le v et le y. Il y a donc ici un changement radical , qui voile même le principe primitif de l'alphabet sémitique. Rien de comparable n'existe dans les efforts trèspeu étendus , d'ailleurs , dont nous avons démontré l'existence dans l'écriture anarienne telle que l'emploi millénaire des Assyriens nous l'a transmise.
L'invention de l'écriture cunéiforme n'est pas l'œuvre d'une race sémitique*
Un dernier mot. Reportons-nous en arrière de quinze ans; un critique éminent combattait alors le sémitisme des Assyriens et de leur idiome. Que de peine n'ont pas eue les assyrîologues pour faire accepter le caractère sémitique de la lancjue en France, en Angleterre et surtout en Allemagne! On objectait alors aux cunéiformisants le caractère syllabique de
— H^{ IIO ).«^*—
cette écriture, comme complètement impropre à rendre ies articulations sémitiques. Étonnons-nous que notre antagoniste, si enclin à créer des lois imaginaires pour les Touraniens, les Aryens, ne se soit pas souvenu de la seule objection sérieuse qu on ait jadis formulée. Que les temps sont changés! Aujourdlmi, on veut nous imposer malgrénouslesémitisfaie de lecriture^ Quand M. Renan parlait de la façon plate de récriture anarienne. et de la maladresse des Assyriens se servant d*un système graphique qui confondait les lettres terminales dun même. organe, les assyriologues ne le contredisaient pas. Il est hors de doute que cette écriture est on ne peut plus mal choisie pour rendre des mots sémitiques; les érudits spéciaux conviennent de ce fait, en publiant des grammaires entières en caractères hébraïques. Qui donc écrirait aujourd'hui une
^ Une autre ailégation plus que légère. M. Haiévy prétend que ies articulations sémitiques sont représentées dans le syllabaire. Il ne s*y trouve ni Yàlef, ni le he, ni Tarn surtout. Qaant aux gutturales, qu*il veut faire passer comme sémitiques, elles se trouvent partout ailleurs. Il en est de même de sifflantes, qui, évidemment, ont exprimé, en sumérien comme en médique , des palatales étrangères au sémitisme. On ne peut éluder la question du syllabisme aux terminales indéterminées. Les Phéniciens, créateurs de la vraie écriture sémitique, n ont fait qu appliquer les nécessités linguistiques qui se seraient imposées à toute autre nation de la même famille qui aurait voulu inventer un système graphique approprié à son idiome.
Mais il serait impossible aux assyriologues de prolonger cette discussion sur ce terrain-là. Ils n imposent à personne leurs opinions, qui leur sont démontrées par leurs études poursuivies par chacun d*eux d*une manière indépendante. Leur seule réponse sera de continuer leurs recherches. L*avenir les jugera.
grammaire arabe, syriaque ou éthiopienne avec les lettres de la Bible ?
Notre adversaire a imité sur ce point les assyriologues. Il leur donne raison, ne l'en blâmons pas. Pourquoi n'écrit-il donc pas la langue sémitique avec des cunéiformes dont il voudrait faire accepter, pour les besoins de sa cause, l'origine sémitique? Parce que ce système graphique n'appartient pas aux Sémites, et qu'il est justement, à cause de sa provenance étrangère, incapable de préciser scientifiquement une forme grammaticale quelconque appartenant à cette classe d'idiomes.
Que reste-t-il maintenant des Observations sur les Toaraniens de la Bahylonie, présentées par M. Halévy, et à quoi ont abouti tous ces efforts tentés par M. Halévy?
Ils ont contribué à prouver que le sumérien a existé comme langue du genre agglutinatif ou isolant , qu'il a appartenu à une race touranienne aujourd'hui éteinte, et que les Sémites n'ont pas inventé l'écriture cunéiforme.